19 octobre 2011

Intimidation et violence en éducation: on achève bien les enseignants

On fait grand écho depuis deux jours de ces élèves qui ont écrit des menaces de mort à l'égard d'enseignants sur Facebook. Dans certains cas, ces jeunes planifiaient même des scénarios d'assassinat. 80 élèves ont été suspendus du jeudi au lundi en plus de devoir assister avec leurs parents à un atelier de sensibilisation aux risques associés à Internet. Même après cela, certains jeunes parlaient encore d'une blague et trouvaient la réaction des autorités scolaires et des adultes exagérée.

Soyons honnête: une suspension de trois jours pour avoir écrit des menaces de mort envers des enseignants, c'est plutôt cela la véritable blague. Dans les faits, il est faux d'affirmer que ces jeunes ont été suspendus trois jours. Ces trois jours s'apparentent plus à une période d'étude de cas où l'on a décidé de ce que l'on allait faire avec eux qu'à une véritable sanction. 

Toute cette histoire montre bien que le geste d'intimider, voire même de menacer de mort, est rendu banal et sans conséquence dans nos écoles. Après tout, il ne s'agit que d'enseignants. À ce propos,  faut-il rappeler qu'un individu qui a menacé sur FaceBook le premier ministre du Québec, Jean Charest, est actuellement détenu et subi son procès. J'ose espérer que la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, va se sentir interpellée par cette situation et va intervenir de tout son poids dans ce dossier. Alors qu'on parle du climat difficile de certaines écoles, la ministre ne peut tolérer de tels comportements.

De plus, il faut savoir que l'école québécoise défend très mal les enseignants dans des cas de violence, d'intimidation et de fausses accusations. 

Ainsi, il n'est pas rare qu'une direction d'école cherche à minimiser les gestes violents posés ou les paroles menaçantes émises par des élèves à l'égard d'enseignants. J'ai déjà vu des équipes de profs menacer de débrayer en soutien à des confrères agressés et où des directions envisageaient des sanctions ridicules envers les élèves fautifs. 

Comme le droit à la scolarisation des élèves est souvent plus important que la santé et la sécurité du personnel des écoles, il est arrivé qu'on demande à des enseignants de garder des élèves qui les ont agressés dans leur classe ou encore de continuer à les côtoyer dans les corridors. 

De même, quand un enseignant est victime d'intimidation ou violence, la ministre doit savoir qu'il ne peut pas compter sur l'école: il doit souvent porter seul les accusations auprès des services de police concernés. Également, quand un enseignant est accusé d'avoir posé des actes violents, il doit généralement se défendre seul. Ni son école ni sa commission scolaire ni son syndicat ne le défendront.  

Personnellement, en constatant ces faits, j'hésite aujourd'hui à effectuer des interventions disciplinaires dans mon école, car  je ne sens pas que les différents acteurs du monde scolaire sauront me défendre et m'appuyer dans mon travail. Je crains d'être démuni devant d'éventuelles représailles de la part des élèves concernés ou de leurs parents. Et je ne suis pas le seul dans ce cas.

La peur engendre la peur et crée un cercle vicieux où seuls les agresseurs finissent par être gagnants. Il est grand temps que la ministre Beauchamp montre l'exemple dans ce cas et comprenne qu'on doit protéger les enseignants si l'on veut que l'école québécoise soit un lieu où l'on peut apprendre et vivre en toute sécurité.

4 commentaires:

Profquifesse a dit…

Est-ce un hasard si dans ce billet, la police est minuscule ?

Le professeur masqué a dit…

Paresse, simplement.

Anonyme a dit…

Trop vrai... malheureusement...
(oui monsieur, j'utilise le trop parfois).

P ;)

gillac a dit…

Dans le cas de menace d,un enfant mineur, je pense que les sanctions doivent atteindre non seulement les fautifs mais aussi leurs parents. Un parent ayant à payer 200 ou 500$ d'amende serait alors sensibilisé à sa propre responsabilité.