26 mars 2020

Négociations urgentes : je ne comprends pas

Voilà plus de deux semaines que les écoles sont fermées. En ces temps difficiles, c’était la décision à prendre. Il aura fallu attendre une semaine de plus pour mettre tout le Québec sur pause, mais on y est enfin arrivé.

En fait, tout le Québec n’est pas sur pause. Ici et là, on s’inquiète. Pas des risques d’être infecté. Pas que nos proches soient atteints ou malades. On s’inquiète des apprentissages des enfants et on commence à se livrer ici et là à des commentaires parfois désobligeants sur les enseignants.

On me permettra ici d’écrire que moi aussi, je suis inquiet. Comme vous tous, je suis inquiet pour mes proches, ma famille, mes amis.  Pour l’avenir. Et honnêtement, je suis aussi  inquiet pour certains de mes élèves. Pas à cause de leurs apprentissages. En temps et lieu, j’ai confiance que nous saurons rattraper ce retard. Je suis inquiet pour mes élèves qui ne mangent pas à leur faim, pour ceux qui vivent dans des milieux toxiques, pour ceux qui ne voient pas la psychologue de l’école et qui avaient déjà des idées suicidaires. Ces enfants, bien des parents ne savent pas qu’ils existent. Ce ne sont pas leurs, mais ce sont un peu des miens.

Bien des gens aimeraient que nous fassions comme si de rien n’était, que nous organisions de l’enseignement en ligne. Personne n’est prêt à cela, pour différentes bonnes raisons qu’on a pu lire ici et là. Le système scolaire et certains intervenants ont fait la preuve de leur inefficacité de bien des manières au cours des derniers jours. Il faudra en tirer des leçons. Mais pas maintenant.

Bien des profs piaffent d’impatience aussi. Dans certaines régions, ils ont organisé une parade dans les rues où habitent leurs élèves pour indiquer qu’ils pensent à eux. D’autres ont organisé des groupes Facebook d’apprentissage sans pour autant viser un contenu académique.  D’autres enfin attendent. Ils attendent que le ministère se branche. Oui, oui : le même ministère qui nous a parlé de décentraliser les pouvoirs dans les écoles. Pourquoi cette attente? Parce qu’on leur a appris avec le temps à ne plus avoir d’initiative, à suivre les ordres. 

L’enseignement en ligne? Il faudra patienter une semaine de plus que prévu pour voir des contenus ministériels en ligne. Des collègues en ont mis en moins de 24 heures. Aller chercher les effets scolaires dans les écoles? Des directions ont trouvé il y a une semaine une façon de rendre les objets essentiels aux parents qui en faisaient la demande parce qu’elles voyaient bien qu’il était insensé d’ouvrir les écoles à tout le monde en même temps. Les services de garde pour les enfants des employés des services essentiels de l’État? Des parents et des directions se rendent compte qu’il est illogique d’envoyer leurs enfants dans un lieu qui va à l’encontre de la distanciation sociale.

Aujourd’hui, le ministère invite les enseignants à écrire à leurs élèves. Je ne sais pas si quelqu’un à Québec sait que certains profs du secondaire ont jusqu’à 360 élèves…

Aujourd’hui, j’apprends aussi qu’en pleine pandémie mondiale, le gouvernement veut négocier rapidement toutes les conventions collectives des employés de l’État.  Je croyais que la priorité de tous les Québécois étaient de sauver des vies…

Manifestement, il doit y avoir quelque chose que je ne comprends pas.  Ça sera une de plus. Je m en doute. Mais de voir le gouvernement s'empresser de négocier nos conventions collectives, quel mauvais message.  Ça manque de distanciation politique et sociale. Les snow birds sont bien légitimes de faire leur épicerie en Winnebago.   

24 mars 2020

Examens ministériels annulés : un peu de décence!


Alors que la planète vit au rythme macabre d’une pandémie et que bien des Québécois sont inquiets pour leur santé, ne voilà-t-il pas que deux bons universitaires en éducation trouvent fort à propos de nous entretenir du manque de pertinence des examens ministériels de fin d’année. 

Au nom d’une vison progressiste de l’apprentissage, ils expliquent que l’annulation de ces examens est sans conséquence. En fait, ces idéologies opportunistes en temps de crise en profitent surtout pour faire avancer leur agenda personnel. 

Désolé, messieurs, mais si vous ne l’avez pas remarqué, notre société vit actuellement des moments angoissants. Qu’on questionne la validité de ces examens, soit. Mais en ces temps troublés, c’est légèrement indécent! Actuellement, les jeunes, que vous dites défendre contre une évaluation abusive, auraient besoin de chevaliers qui pensent plus loin que leur cause personnelle. 
  

L'école au temps du choléra

La crise sanitaire que connait actuellement l'ensemble du monde révèle bien comment nous voyons la vie.  Et au Québec, au niveau de l'éducation, celle-ci montre bien la définition que certains ont de l'école.

Tout d'abord, on l'a vu, pour bien des parents, l'école est simplement une garderie. C'est un endroit pratique où l'on parque ses enfants parce qu'on ne sait pas quoi faire avec eux et qu'on est vite dépassé quand vient le temps de les occuper. Qu'on pense à cette dame qui avouait candidement à la caméra qu'avec le confinement demandé par le gouvernement, elle ne savait désespérément pas ce qu'elle allait faire avec les siens...

Ensuite, pour d'autres, l'école est un lieu d'apprentissage. Mais là encore, des nuances s'imposent. C'est un lieu d'apprentissages scolaires. Les jeunes doivent y apprendre des notions utiles pour une éventuelle profession afin de gagner leur vie. Aussi, doit-on s'assurer qu'ils n'aient pas de retard académique, quitte à favoriser un apprentissage en ligne. Cette notion d'apprentissage en ligne sous-tend que le rôle de l'enseignant est peu utile, qu'un jeune peut apprendre seul avec de bons outils. Que fait-on alors de l'effet enseignant, de la relation prof-élève? Elle passe magiquement à la trappe alors qu'elle est pourtant au centre de plusieurs discours visant à mettre davantage de responsabilités sur les épaules des profs.

On découvre aussi à quel point certains parents ont un rapport anxieux avec l'avenir de leurs enfants. S'ils n'ont pas d'école, ce n'est rien de moins que l'avenir de ces derniers qui sera menacé. Dans un contexte où la santé de tout être humain devrait être au coeur de nos préoccupations, on comprend pourquoi certains jeunes sont si stressés avec leurs résultats scolaires. Dans les faits, certains parents projettent leur propre angoisse sur leur progéniture. Oui, une pause n'est pas indiquée, mais elle ne tuera personne au sens propre comme au sens figuré. Il est ironique que, parmi ces parents qui s'inquiètent de l'avenir scolaire de leurs enfants, quelques-uns ont fait manquer la classe à ceux-ci pour aller en voyage dans des pays qu'on sait aujourd'hui contaminés. Je doute également que les parents de Bergame en Italie demandent un rapide retour en classe actuellement, trop occupés qu'ils sont à pleurer leurs proches décimés.

Pour les élèves, particulièrement les plus jeunes, la fermeture des écoles est surtout la perte d'un milieu social dans lesquels ils s'inscrivaient. Amis, adultes, professionnels qui les soignaient: ils se retrouvent seuls avec une réalité difficile à gérer, parfois même avec des parents hautement toxiques. Dans certains cas, ils n'auront rien à manger au déjeuner. Ce sont ces enfants qui devraient être l'objet de nos inquiétudes.

Enfin, de façon générale, ce que l'on constate est que l'école québécoise se définit surtout par son iniquité. À deux, à trois, à quatre vitesse? Dans les milieux plus aisés, on passera au travers de cette crise avec une école privée qui assurera un enseignement en ligne avec des élèves utilisant déjà leur propre ordinateur en classe. J'ai déjà oeuvré avec une clientèle similaire et c'est incroyable ce qu'un jeune peut faire quand il est bien équipé, bien encadré et habile avec différentes plate-formes d'apprentissage. Mais est-ce le cas de tous? Dans les faits, pour les autres, la situation sera variable. Ce qui nous montre bien à quel point il faudra agir quand les temps doux seront revenus. Agir: pas que parler et parler et parler...

Pour l'instant, en ces moments de tourmente, il existe deux choses que bien des parents québécois sont capables d'enseigner à leurs enfants avec un peu de bonne volonté. La première est simplement la vie, avec l'importance des lien et des gens qui nous entourent. La seconde est le respect envers ceux qui se battent en première ligne pour contrer cette pandémie; médecin, infirmière, pharmacien, éducateur, camionneur, concierge, commis d'épicerie, etc. Je connais plusieurs anciens élèves qui occupent ce type d'emploi actuellement et ils ont toute mon admiration.

L'égoïsme de ceux qui refusent de se placer en confinement alors qu'il est obligatoire dans leur cas ou qui adoptent des comportements pouvant nuire à la santé d'autrui est la malheureuse preuve que, comme société, nous avons bien des progrès à faire en matière d'éducation.




26 février 2020

La CAQ ne réglera rien à la déroute scolaire

Généralement, mais ce n’est pas toujours le cas, les enseignants héritent au début de leur carrière des groupes les plus difficiles. C’est ce qui m’est arrivé il y a longtemps. Aujourd’hui, on voudrait changer cette pratique. On me dit que 20% des jeunes enseignants décrochent après cinq ans. 

Des tâches souvent insoutenables

Je suis un enseignant d’expérience, un parmi les nombreux dont on connait mal leur réalité et à qui on veut attribuer les groupes «mal aimés».

Ces groupes dont personne ne veut, j’en ai connu pendant les 10-15 premières années de ma carrière. Me les redonner à nouveau dans le contexte actuel, c’est comme me faire revivre des moments que j’espérais derrière moi après de dures années de labeur. Si je n’avais pas tout le bagage que je possède maintenant, j’étais mû alors par une énergie plus vivifiante qu’aujourd’hui. Oui, je fais mes cinquante-six ans, miné par près d’une trentaine d’années au service d’un réseau d’éducation dysfonctionnel et pour lequel je n’ai jamais compté mon temps et mes efforts, parfois au détriment de ma santé, de mes amours, de ma famille.

Personne ne se demande si ce sont ces tâches qui sont tout simplement insoutenables, peu importe au fond qui on met devant une classe, de son âge, de son expérience. On nage plutôt dans les solutions faciles, dans la pensée magique; bref, un mode de gestion qui gouverne souvent le monde de l’éducation.

Personne non plus ne remarquera que bien des enseignants âgés ne se rendent pas à la fin de leur carrière, ne touchant pas ainsi leur pleine retraite. Ils préféreront se priver d’un revenu pour leurs vieux jours plutôt que de continuer à effectuer le métier qu’ils ont longtemps aimé et auquel ils ont consacré une partie importante de leur vie. Cette situation ne suscite à toute fin pratique aucune interrogation, aucun questionnement.  

Par ailleurs, le raisonnement qui veut que l’ancienneté équivaille à la compétence est faux. Certains  jeunes enseignants sont tout aussi professionnels avec leur expérience que d’autres plus âgés. Ne pas l’admettre revient à dire que tout nouveau diplômé est incapable de bien effectuer son travail avec certains groupes ou certains élèves. Parfois, la réussite dans la gestion de ces groupes relève davantage de la personnalité de celui qu’on met devant la classe que de son CV. Mais poser le problème de la sorte revient encore et toujours au même :  faire porter sur les épaules des profs un système qui est fondamentalement mal foutu. 

Des élèves qui ne maitrisent pas les savoirs essentiels 

Il est impossible, à moins d’être de mauvaise foi, d’ignorer que ces groupes difficiles sont le résultat d’une école à trois vitesses : celle des écoles privées subventionnées à plus de 60%, celle des écoles publiques offrant des programmes particuliers et celle des élèves «ordinaires» (le terme est celui utilisé par le MEES) qui n’appartiennent à aucun programme. On se rappellera que les deux premières effectuent une sélection, soit par les notes soit par le niveau socio-économique des parents.  En effet, ce ne sont pas tous les Québécois qui ont les moyens d’envoyer leurs enfants dans une école ou un programme ayant des frais de scolarité plus élevés. 

Demandez à tous les enseignants et ils vous diront qu’on retrouve souvent dans les groupes «ordinaires» des élèves dont les parents sont absents et dont le niveau socio-économique est habituellement plus faible. On y retrouve aussi, par la magie de l’évaluation, des élèves qui ne maitrisent pas les savoirs essentiels, quand ils n’ont pas tout simplement été promus alors qu’ils n’ont pas réussi des matières de base depuis plusieurs années. On ne parle pas ici de maquillage de notes sans le consentement des enseignants, sujet qui a fait l’objet de nombreux débats et qui a occulté une réalité toujours présente : on parle des règles de passage adoptées par les centres de services et qui font qu’un élève peut se retrouver en mathématiques deuxième secondaire sans jamais avoir réussi ce cours depuis la sixième année du primaire. 

Qu’on comprenne bien la situation : on ne modifie pas la note donnée par un enseignant à un élève, on n’en tient tout simplement pas compte et celui-ci est promu au niveau supérieur! Je n’exagère pas. Ces cas sont connus et documentés, mais les médias n’en parlent pas. Bien sûr, on ne permet pas à l’élève de monter à un niveau supérieur sans lui adjoindre un plan d’aide ou un plan d’intervention. Mais que vaut ce plan lorsque, on l’a constaté depuis des années, les services pour l’accompagner sont rares, quand ils ne sont pas tout simplement inexistants?

La réalité malheureuse de l’éducation, ce sont ces classes «ordinaires» qui sont tout sauf «ordinaires». Ce sont des classes dysfonctionnelles pour lesquelles on manque d’encadrement et de spécialistes; ce sont des classes difficilement gérables dans lesquelles on intègre sauvagement des élèves totalement dépassés par les programmes de formation; ce sont des classes où une proportion importante des élèves n’a même pas eu les acquis pour réussir l’année précédente et pour laquelle on se fait croire qu’elle rattrapera son retard tout en assimilant une nouvelle année; ce sont des classes épuisantes qu’on confie à des enseignants, jeunes et moins jeunes, dont la tâche s’est déjà alourdie au fil des ans et qui deviennent rapidement submergés par tout ce qu’on leur demande.


L’évaluation, c’est pour les autres

Nos décideurs ne feront jamais ces constats parce que cela reviendrait à remettre en question la façon dont le système de l’éducation fonctionne. Cela reviendrait à remettre en question leur gestion administrative et pédagogique. Ils préfèrent plutôt la bonne vieille stratégie qui consiste à blâmer les plus faibles, ceux dont le pouvoir est le moins grand.  Ils préfèrent remettre en question la gestion de classe et la compétence des enseignants qu’ils ont placés dans des situations intenables. Non, jamais ils ne s’évalueront eux-mêmes : ils choisiront de diviser pour mieux régner en opposant les enseignants, jeunes aux moins jeunes.

Un exemple patent de cette mauvaise gestion: dans le cas des départs des jeunes enseignants, qui a relevé que les pratiques de nos décideurs contribuent à ce phénomène? En effet, on refuse le plus souvent de créer possible des postes à temps plein, accentuant ainsi la précarité des nouveaux diplômés, comme c’est le cas avec les infirmières en santé. Comment ne pas comprendre qu’un jeune enseignant soit excédé quand il se retrouve année après année, quand il est «chanceux», avec des postes à temps partiel à 85, 92 et même 94%? Au nom de quel principe refuse-t-on de lui placer à l’horaire de travail la demi-heure qui lui manque pour en faire un employé à temps plein? 

En éducation, le gouvernement de la CAQ a les allures d’un vieil administrateur.  La loi 40 et les demandes qu’il a formulées dans les présentes négociations collectives (on ne peut vraiment pas parler d’offre quand on ne donne absolument rien) le démontrent. À lire les propos de MM Legault et Roberge, les problèmes de l’éducation au Québec se résument simplement aux commissaires scolaires - qu’ils ont fait disparaitre - et aux enseignants. 

La loi 40 et les récentes demandes patronales limitent l’autonomie professionnelle des enseignants. Elles augmentent les contraintes qu’ils subissent déjà en matière de formation. Elles restreignent leur représentativité à l’intérieur des diverses instances qu’on entend modifier ou créer. Elles augmentent la réddition de comptes pour obtenir des services aux élèves.  En bref, si on ne corrige pas le tir, la CAQ en viendra à surcharger encore plus ceux qui ont tenu à bout de bras l’école publique des classes ordinaires et moins ordinaires pendant des années et n’apportera aucune véritable solution sinon qu’un inefficace et traditionnel brassage de structures. 

La vision de la réalité de nos décideurs ne mènera nulle part, sinon qu’à l’échec. Cet échec, c’est celui des enseignants qui seront encore et toujours débordés, qui se sentiront profondément insatisfaits de leur travail quand ils ne vivront pas carrément un sentiment d’incompétence. Cet échec, c’est surtout celui des jeunes d’aujourd’hui qui quitteront l’école sans connaissance, avec ou sans diplôme. Et cet échec, c’est enfin celui des élèves qui les remplaceront et qui connaitront le même destin.

25 janvier 2020

Éducation: un grand rendez-vous manqué

Le projet de loi 40 et les prochaines négociations dans le secteur public auraient pu être l'occasion d'un grand rendez-vous entre tous les intervenants en éducation pour revigorer un réseau scolaire qui en a bien besoin. Mais voilà, le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, et le gouvernement de la CAQ de François Legault en ont manifestement décidé autrement.

Un projet de loi très révélateur

Le projet de loi 40 aura réussi à unifier contre lui des organisations ayant pourtant déjà connu des différends importants comme les commissions scolaires, les syndicats enseignants et les comités de parents. Quand autant de gens ayant habituellement des intérêts si opposés partagent le même point de vue, la population en général devrait commencer à se poser de sérieuses questions sur ce que propose M. Roberge. N'appuient principalement le ministre que les cadres scolaires, qui devaient normalement passer à la trappe selon les promesses de la CAQ et qui aujourd'hui sont fort reconnaissants de se trouver dans les bonnes grâces du ministre, et les directions d'école, qui croient à tort qu'elles bénéficieront de davantage de pouvoirs une fois cette mesure législative adoptée.

Pour les enseignants, le projet de loi 40 vient consacrer la piètre opinion qu'a le ministre de ses anciens confrères de travail.  Cette piètre opinion, on a aussi l'impression qu'elle est semblable à celle de ses proches collaborateurs, de ses sous-ministres ou de ses haut-fonctionnaires qui disent connaitre si bien l'éducation et qui ont géré la catastrophe dans laquelle nous vivons depuis des années. Et on ne parle pas de ces chercheurs experts qui ont leur entrée privilégiée et qu'on n'entend plus réclamer la création d'un institut d'excellence en éducation maintenant qu'ils ont l'oreille du ministre.

Pas assez formés, ne bénéficiant pas d'une expertise assez précieuse pour être reconnue à sa juste valeur dans la constitution des nouvelles instances décisionnelles qu'il entend créer, M. Roberge réduit les enseignants à de simples exécutants, à des techniciens n'ayant qu'à suivre les consignes de ceux qui savent ce qui est bon pour l'école québécoise.

Oui, il y a eu de beaux discours avec une larme à l'oeil, des professions de foi empreintes de sollicitude ainsi que des serments, la main sur le coeur... mais les gestes parlent davantage et on constate que tout cela manque de bienveillance, une notion devenue rare en éducation.

Des demandes patronales rarement vues

Les négociations collectives actuelles auraient pu être l'occasion de revaloriser la profession enseignante mais, manifestement, la CAQ, animée par des réflexes néo-libéraux, en a décidé autrement. Tout d'abord, en soumettant aux enseignants des augmentations de salaire en dessous du coût de la vie, elle leur indique cyniquement que, pour elle, les gens oeuvrant en éducation ne méritent que de s'appauvrir. Quelle belle occasion manquée de s'assurer que les enseignants québécois ne soient pas les moins bien payés au Canada!

Mais au-delà du salaire, ce qui est consternant est que les diverses demandes patronales viendront alourdir la tâche des enseignants. Alors que le nombre de cas d'épuisement professionnel augmente, que l'embauche et la rétention du personnel sont des défis importants, que les jeunes enseignants décrochent après cinq ans, que les plus âgés quittent avant leur pleine retraite, que nous sommes en pleine pénurie de personnel au point de mettre à peu près n'importe qui devant une classe, voilà que le gouvernement Legault - dont on louait l'expertise économique - s'imagine qu'il retiendra les employés en place et attirera de nouveaux candidats dans cette profession en réduisant leurs conditions de travail.

Les mauvaises langues disent que c'est dans le but de s'assurer l'appui des cadres scolaires et des directions d'école quant au projet de loi 40 que le gouvernement de la CAQ a déposé de telles demandes qui rejoignent en tous points celles que font ces deux groupes d'intérêts depuis des années. Vérité? Mensonge? Dans le contexte actuel, on serait bien tenté de le croire.

Depuis les 26 ans que j'oeuvre en enseignement, jamais je n'ai vu des collègues partout au Québec aussi cyniques et désabusés. Ils oeuvrent dans des écoles surpeuplées, parfois insalubres, avec du matériel souvent désuet, avec certains élèves entassés dans une même classe que les parents eux-mêmes n'arrivent pas à éduquer correctement et qui viennent pourtant critiquer leur gestion pédagogique quand cela fait leur affaire... Jamais aussi je n'ai autant vu de collègues décourager leurs élèves, leurs amis ou même leurs enfants qui songent à devenir enseignants. Cela en dit beaucoup sur ce qu'ils pensent de la valeur de leur profession et de la reconnaissance qu'ils reçoivent quant à leur travail.

Si le gouvernement de la CAQ remporte la lutte qui s'annonce avec les syndicats enseignants sans parvenir à signer une entente, pour reprendre les mots d'un ancien premier ministre canadien, «dans l'honneur et l'enthousiasme», cette victoire sera le signe d'une défaite pour tout le système d'éducation québécois et marquera, quant à moi, le début des années sombres dans nos écoles québécoises.

MM Legault et Roberge ont devant eux une occasion incroyable de changer le climat délétère qui règne dans le monde de l'éducation depuis des années. Ils en ont le pouvoir; ils en ont aussi les moyens financiers. Si leur discours à l'effet que notre jeunesse mérite ce qu'il y a de mieux est davantage que des mots,  qu'une promesse creuse et vide de sens, c'est à eux de faire le premier pas.


17 novembre 2019

Quand un Parent se mêle d'éducation

Qu'un chroniqueur généraliste montre son incompétence quand il aborde un sujet relié à l'éducation me choque toujours. Pourquoi? Tout simplement parce que je comprends mal qu'on accepte de laisser un néophyte aborder un thème aussi spécialisé et important pour notre société. Après tout, on confie la couverture du monde de l'économie à des analystes financiers, pas à un chroniqueur sportif ou à un météorologue. C'est un peu comme si on laissait un commentateur sportif parler d'immigration...

Mais quand je vois un chroniqueur spécialisé en éducation errer dans son analyse, là, je fulmine. Et le dernier en lice est Réjean Parent, dans le Journal de Montréal. Ce qui est encore plus choquant est que M. Parent a longtemps été président d'une centrale syndicale.

On peut être pour la réussite de tous les élèves, comme le préconise M. Parent. Mais ce dernier semble très mal comprendre tout le débat autour de l'article 96.15 du projet de loi 40 autorisant la direction d'une école après consultation de l'enseignant concerné. Voici ce que dit cet article:

«Les normes et modalités d’évaluation des apprentissages visées au paragraphe 4° du premier alinéa ne peuvent avoir pour effet de permettre la majoration automatique d’un résultat. Elles peuvent toutefois permettre exceptionnellement au directeur de l’école, après consultation de l’enseignant, de majorer le résultat d’un élève s’il existe des motifs raisonnables liés à son cheminement scolaire. ».

Voici maintenant ce qu'en dit M. Parent dans son analyse:

«De même pour les syndicats qui se scandalisent que leurs membres soient invités par la direction d’établissement à rehausser la note lorsqu’elle se situe près du seuil de réussite. Les représentants syndicaux devraient plutôt y voir un effort pour amener l’élève plus loin dans son parcours.»

Tout d'abord, la réalité n'est pas que les enseignants seraient «invités» à augmenter la note d'un élève: on pourrait non seulement les y contraindre mais modifier celle-ci sans même leur consentement. Un beau matin, un enseignant pourrait regarder les notes de son groupe et voir certains résultats modifiés sans qu'il y ait touchés.  On est loin de l'invitation polie. On est davantage dans un geste de déni de l'expertise professionnelle de l'enseignant. Qu'un ancien syndicaliste ne comprenne pas cela est consternant.

Comme si on n'avait pas déjà assez du ministre de l'Éducation actuel pour remettre en question la compétence des enseignants, voilà que M. Parent en rajoute une couche en citant une étude du professeur américain Alfie Kohn qui indique qu'on doit «retarder le plus longtemps possible le moment où une note doit être mise sur les performances de l’élève et à s’assurer qu’elle ne lui soit pas nuisible. Estime de soi et motivation sont pour l’élève des piliers de la réussite que l’enseignant devrait s’imposer comme préoccupation constante.»

Comme si tous les enseignants du Québec se plaisaient à évaluer les élèves au mauvais moment ou à leur nuire sciemment! Très souvent, M. Parent devrait se le rappeler, les moments d'évaluation les plus importants dans le parcours scolaire d'un élève ne sont pas décidés par les enseignants mais bien par le ministère de l'Éducation, la commission scolaire ou l'école. Il s'agit d'une contrainte qui leur est imposée.

M. Parent associe ces modifications de notes à un effort «pour amener l'élève plus loin dans son parcours». On peut se demander ici si l'ancien président de la CSQ ne subordonne pas la «réussite» scolaire à l'acquisition véritable de savoirs et de compétences.  Il est ironique de voir ce dernier indiquer que «le jugement professionnel [des enseignants] devrait surpasser la statistique des tests!» alors qu'il semble prendre les enseignants pour des demeurés pédagogiques.

Là cependant où M. Parent se surpasse est lorsqu'il écrit «Encore plus triste de faire échouer un élève à un point sous la barre du 60 % quand on sait que, chez les voisins ontariens, le seuil est à 50 %» alors que, quelques lignes plus haut, il rappelle l'importance des «données probantes». 

Quelqu'un pourrait-il lui rappeler qu'il est méthodologiquement incorrect de comparer deux seuils de réussite de la sorte alors qu'ils s'appliquent à des programmes de formation et à des réalités scolaires aussi différentes? Rien n'indique qu'un 50% ontarien équivaut à un 50% québécois et vice versa. 

L'argument invoqué par M. Parent n'a aucune valeur. En effet, un seuil de réussite élevé ne signifie pas automatiquement qu'on soit plus exigeant envers les élèves. N'importe quel enseignant peut vous expliquer qu'il est facile de créer un examen qui sera réussi (à 60 %) par à peine la moitié de ses élèves une semaine et un autre portant sur la même matière qui sera réussi par à peu près tous la semaine suivante.

Un pourcentage de réussite indique la proportion des élèves ayant répondu à certaines attentes en ce qui a trait à une évaluation, mais ne garantit en rien que cette évaluation soit exigeante. Par conséquent, une note de passage n'est qu'une note et n'a de signification réelle que quand on regarde les exigences auxquelles les élèves sont confrontés. Ainsi, si la note de passage n'est que de 50 % en Ontario, mais que les examens y sont beaucoup plus difficiles que ceux au Québec, la comparaison en apparence favorable à la Belle province n'a plus aucune valeur.

Lorsque, pour des raisons politiques dans les années 1980, on a voulu montrer qu'on était plus exigeants dans nos écoles québécoises, on a décidé de hausser le seuil de réussite de 50 à 60 %, il a fallu seulement un an pour que tout le monde de l'éducation s'ajuste à celui-ci. Les élèves sont-ils alors devenus soudainement meilleurs? Si oui, qu'attend-on aujourd'hui pour le hausser à 70, ou même à 80 %? Dans les faits, on comprend bien que ce sont les exigences qui ont été revues à la baisse et que ce seuil est bien relatif.

M. Parent aime bien donner des leçons. Encore faut-il que ce qu'il enseigne soit fondé et exact.





15 novembre 2019

PL 40: la supposée autonomie des directions d'école

Un des objectifs du projet de loi 40 modifiant principalement la Loi sur l'instruction publique relativement à l'organisation et à la gouvernance scolaire est de conférer plus d'autonomie aux écoles. Quand on rebaptise les commissions scolaires en les appelant maintenant des «centres de services», on s'imagine que ces dernières deviendront de simples fournisseurs de ressources matérielles et humaines mis à la disposition de directions d'écoles fortes et autonomes.

Or, quand on y réfléchit quelques instants, ce n'est pas tout à fait le cas. En effet, qui nommera les directions d'école dans un tel système? qui encadrera réellement leur performance? qui pourra déterminera leur nomination d'une école à une autre? qui sera responsable de leur congédiement, si nécessaire? Réponse; les pseudo centres de services dont les pouvoirs et l'autorité exercée sur les directeurs d'école resteront identiques à ceux de la situation actuelle.

Les CS nommeront donc à la direction de ces supposées écoles plus autonomes des individus qui correspondront au profil managérial qu'ils attendent. Par conséquent, comment peut-on croire qu'un directeur d'école voudra ou même pourra bénéficier d'une marge d'autonomie et d'un marge d'esprit critique suffisant pour remettre en question les pratiques administratives et pédagogiques déterminées par le CS? Qui relève de qui dans une telle organisation?

Il se peut que je saisisse mal toute cette nouvelle dynamique qui se mettra bientôt en branle. Si je comprends très bien l'attitude très «accueillante» des cadres scolaires qui ne voient pas leurs postes menacés, jouiront de pouvoirs plus importants et seront débarrassés des élus scolaires (des emmerdeurs patentés, aux yeux de certains), l'enthousiasme à peine dissimulé des représentants des directions d'école me fait douter de mon analyse. Quels pouvoirs réels ces derniers gagneront-ils?  Y a-t-il des choses que je ne comprenne pas ou qui demeurent cachées pour l'instant?

Chose certaine, le PL 40 est très loin des premières ébauches que la CAQ avait faites en éducation. On se rappellera, par exemple, que MM Roberge et Legault proposait alors de donner un droit d'embauche complet aux directions d'école.







09 novembre 2019

Projet de loi 40: l'épitre du Cardinal

François Cardinal, de La Presse, signe un éditorial pour le moins douteux sur le projet de loi 40 ce matin. Douteux pour diverses raisons que j'énoncerai ici.

Un ministre enseignant n'est pas un gage de compétence en éducation

M. Cardinal présente celui qui propose ce projet de loi, l'actuel ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, en affirmant qu'il «sait de quoi il parle» parce qu'il a oeuvré dans ce domaine. Or, ce n'est pas parce que M. Roberge a été enseignant pendant 17 ans qu'il connait le fonctionnement d'un réseau scolaire et qu'il est automatiquement apte à diriger le MEES.  On a vu ce que des ministres pourtant médecins ont fait du réseau de la santé. On devrait juger M. Roberge en tenant compte de ce qu'il dit, de ce qu'il écrit et de ce qu'il fait. De grands ministres de l'Éducation n'ont jamais été enseignants, mais ils ont su écouter et s'entourer d'une équipe leur permettant de marquer l'histoire de ce ministère.

Dans certains dossiers, M. Roberge a pris des mesures courageuses, notamment en ce qui a trait aux écoles dites religieuses. Par contre, il suffit d'analyser le projet de loi 40 pour comprendre à quel point sa vision de l'éducation est réductrice et sa vison des enseignants pire encore.

Par ailleurs, divers intervenants en éducation que je connais et qui ont eu affaire à M. Roberge (et même des membres de son propre parti) m'ont partagé le sentiment qu'il manifeste, dans certains dossiers, une attitude problématique. On n'a qu'à penser à son refus de reconnaitre s'être trompé en payant des intervenants provenant de l'extérieur du Québec lors de la commission parlementaire sur les maternelles quatre ans.

M. Roberge aime avoir raison. Il est persuadé de posséder toutes les bonnes solutions et écoute peu les idées contraires aux siennes. Mais peut-il en être autrement quand son premier ministre n'a de cesse de le présenter comme un Sauveur? Autour de moi, on dit même qu'on est manifestement devant un clone de M. Jolin-Barrette et que le ministre, s'il ne corrige pas son attitude, connaitra le même sort que son confrère.

La fameuse anecdote des dictionnaires

M. Roberge cite souvent cette anecdote des dictionnaires que rapporte ici M. Cardinal sans plus de nuance. Il se souvient qu'une enveloppe budgétaire «fermée» l'avait empêché d'acheter des dictionnaires alors qu'il estimait en avoir besoin pour ses élèves.  Il faudrait préciser que, contrairement à ce qu'écrit M. Cardinal,  l'usage de ces enveloppes budgétaires est rarement décidée par les commissions scolaires, mais bien par le ministère que dirige aujourd'hui M. Roberge. On parle alors de mesures «protégées» qui ne peuvent être transférées à un autre poste budgétaire.

Cette anecdote relevant d'un discours politique populiste m'a toujours fasciné pour trois raisons. La première est qu'on peut se demander si le ministre actuel est contre les règles de gestion comptable que son propre ministère impose aux commissions scolaires et aux écoles. Suivant sa logique administrative, dès sa nomination, il aurait dû abolir ces règles et laisser les écoles dépenser les sommes qu'on leur octroie comme bon leur semble. Or, il n'a posé aucun geste en ce sens.

La seconde est la fin de l'anecdote où l'on apprend que les somme que convoitait le futur ministre pour acheter des dictionnaires avaient été dépensées en clés USB inutiles. M. Roberge réalise-t-il qu'il fait ainsi la preuve que, lorsqu'on laisse aux écoles le soin de dépenser des budgets, elles ne le font nécessairement avec sagesse? Or, ce sont à ces mêmes écoles qu'il entend confier plus de pouvoirs, affirme-t-il, avec le projet de loi 40.

La troisième est que le ministre, en pleine période de surplus budgétaire, n'a posé aucun geste afin de mettre un terme à la rareté des dictionnaires et des grammaires qu'il a été à même de constater dans nos écoles comme enseignant. Au contraire, il a reconduit des sommes importantes pour l'achat massif de matériel informatique pédagogique, une mesure sur laquelle on devrait se questionner fortement.

Une fausse autonomie

Mais il n'y a pas que M. Roberge qui manque d'analyse logique. M. Cardinal répète exactement la même erreur de croire qu'une école plus autonome serait nécessairement plus compétente. L'éditorialiste de La Presse montre plus loin dans son texte sa compréhension inexacte du projet de loi 40 quand il écrit:

«C'est là que le mérite du projet de loi 40 se révèle : les écoles seraient tout simplement gouvernées par le conseil d’établissement, qui aurait le dernier mot sur le projet éducatif de l’école. Il pourrait ainsi statuer sur les orientations de l’établissement, les horaires, la grille-matières, les arts enseignés au primaire, etc.»

En effet, contrairement à ce qu'il affirme, avec ce projet de loi, le projet éducatif d'une école devra être cohérent, entre autres, avec les directives imposées par le ministre mais aussi avec les mesures de réussite décidées  par ce qu'on appelle paradoxalement (et de façon illogique) le centre de services auquel elle appartient. De même, il faut ne rien connaitre en ce qui a trait à la gestion du transport scolaire pour croire qu'une école peut décider seule de son horaire.

M. Cardinal ne semble pas d'ailleurs remarquer la propre contradiction de sa position quand il qualifie d'«irritant», plus loin dans son texte, le fait que le ministre concentre un nombre important de pouvoirs en déterminant «les cibles et les objectifs des centres de services ainsi que les exigences liées à leurs rapports annuels.» Notre éditorialiste, qui dénonçait le fait que les écoles actuelles ne sont que des succursales des commissions scolaires, ne semble pas réaliser que c'est exactement le même sort qui attend et les écoles et les centres de services: être des succursales relevant directement de l'autorité du ministre de l'Éducation.

Enfin, comment ne pas être consterné par la conclusion de ce texte qui montre une fois de plus la profonde incompréhension du débat actuel de son auteur?

«Cela dit, ne perdons pas de vue l’essentiel : le gouvernement élimine enfin la politique du réseau scolaire. Il réduit les risques d’excès et de dérapages bureaucratiques. Il limite le contrôle imposé d’en haut aux écoles. Et surtout, il abolit enfin des instances en crise de légitimité depuis trop d’années.»

Premièrement, le projet de loi 40 n'élimine pas «la politique du réseau scolaire»: il élimine des contre-pouvoirs, permettant ainsi au contraire au ministre d'exercer un plus grand contrôle politique sur le réseau scolaire québécois. Si on voulait éliminer la politique de réseau, on confierait un plus grand rôle aux professionnels qui y oeuvrent, ce qui n'est pas le cas, mais on s'assurerait aussi que les données scientifiques probantes occupent une plus grande place dans les décisions de tous les jours en éducation. À cet égard, on remarquera que le ministre Roberge est bien plus pressé d'éliminer les commissions scolaires que de présider à la création d'un centre d'excellence en éducation, pourtant une promesse de la CAQ.

Deuxièmement, ce projet de loi ne réduit pas «les risques d'excès et de dérapages bureaucratiques»: le ministère de l'Éducation continuera d'exercer un contrôle administratif et budgétaire à la fois sur les centres de services et les écoles. Aucun fonctionnaire ministériel, aucun cadre scolaire ne voit son emploi menacé. Les nombreuses rééditions de compte auxquelles les directions d'école doivent se livrer chaque année et relevant directement du ministère de l'Éducation ne seront pas magiquement abolies. Les seuls qui y goutent, dans les faits avec ce projet de loi,  sont les commissaires scolaires et les enseignants, comme si c'était eux les responsables de l'actuelle situation de l'éducation au Québec. Rien n'empêchera l'anecdote des dictionnaires de se reproduire.

Troisièmement, malgré les beaux discours, on le comprend bien, le contrôle «imposé d'en haut» aux écoles demeure: à cet égard, que cela plaise ou non, il est en partie nécessaire pour s'assurer de la coordination régionale de certains services.

Quatrièmement, le projet de loi ne fait pas qu'abolir des «instances en crise de légitimité». Il élimine un niveau démocratique qui embête depuis longtemps tous les ministres qui se sont succédé à l'Éducation, mais aussi tous les cadres scolaires qui croient ainsi pouvoir jouir illusoirement de plus de liberté.

En terminant, plus on connait le monde de l'éducation, plus on est déprimé de lire certains commentateurs de l'actualité, dont on publie les épitres comme si elles étaient des vérités. Avec le projet de loi 40, les écoles ne seront pas «libérées»: elles seront encore et toujours asservies, mais autrement.





04 novembre 2019

L’Ontario, elle l’a tu l’affaire!

Grosse nouvelle ce matin : l’Ontario interdit le cellulaire dans ses écoles. Tous les gérants d’estrades jubilent. Voilà un gouvernement qui s’intéresse aux vraies affaires et qui n’hésite pas à intervenir avec rigueur dans ses établissements scolaires. Qu’attend-on pour faire de même au Québec, province gouvernée par des pleutres à genoux devant des enfants-rois?

Euh… Et si on prenait le temps de regarder en quoi consiste cette interdiction, l’on découvrirait ceci :

«Les jeunes peuvent toutefois continuer à amener leur téléphone intelligent à l'école, par exemple pour l'utiliser sur l'heure du dîner ou à la récréation. 
Des exceptions sont prévues pour permettre aux élèves d'utiliser leur cellulaire en classe s'ils ont des besoins particuliers, pour des raisons de santé ou à des fins éducatives, sous la directive de l'enseignant.» 

On est donc loin d’une interdiction totale. Dans les faits, si on prend la peine de s’informer un peu, on découvrirait que bien des écoles primaires et secondaires du Québec appliquent déjà des mesures similaires à celles de l’Ontario concernant l’utilisation du cellulaire. En fait, toutes les écoles que je connais ont un règlement similaire. Elles vont même jusqu’à interdire la seule possession en classe. L’appareil doit demeurer au casier.

Bref, certains gagneraient à s’informer un peu avant d’avoir une opinion.

01 novembre 2019

Participes passés et futur très conditionnel

Après des débats enflammés sur le report de la fête de l’Halloween, voilà que le Québec s’embrase à nouveau. Cette fois-ci, c’est à propos d’une éventuelle réforme des accords des participes passés. Un débat stérile n’attend pas l’autre dans ce pays où l’on s’étourdit à force d’immobilisme. 

Au-delà des arguments des uns et des autres, des notions de respect de la langue et de discrimination sociolinguistique, le véritable problème, quant à moi, n’est pas de savoir s’il faut ou non mettre un «S» ici et là, mais bien de se questionner sur les véritables apprentissages effectués en grammaire par les jeunes qui fréquentent nos écoles.

Enseignant depuis 26 ans au secondaire, c’est toujours avec stupéfaction que je constate chaque année, peu importe le niveau où j’oeuvre, que j’ai dans mes classes un nombre important d’élèves incapables de repérer un sujet dans une phrase ou de distinguer un verbe à l’infinitif d’un participe passé. Alors, imaginez quand il est question de repérer un complément direct nécessaire (ou non) à l’accord d’un participe passé avec l’auxiliaire avoir. Ne croyez pas ici que je méprise ces jeunes. Au contraire, je les plains amèrement et leur ignorance souvent diplômée m’attriste.

Dans tout ce débat sur l’accord des participes passés, personne ne s’interroge sur les raisons qui expliquent ce que savent et surtout ne savent pas ces jeunes, personne ne remet en question les méthodes d’enseignement qu’on nous impose dans nos classes et surtout personne ne dénonce le laxisme des évaluations qui permettent à ces mêmes jeunes de faire une faute de grammaire ou d’orthographe aux 15 mots, leur permettant ainsi de réussir une évaluation ministérielle nécessaire à l’obtention du diplôme d’études secondaires.

Il est ironique de voir tant de gens proposer de réformer une grammaire dont nous manquons chaque jour cruellement d’exemplaires dans nos classes. Où sont-ils, ces savants simplificateurs du verbe et de sa forme participiale quand on dénonce une situation pourtant pas si complexe? Où sont-ils, ces vertueux apôtres de l’égalité des chances linguistiques quand on s’insurge contre le fait que l’école privée peut forcer des élèves à acheter un code grammatical alors que l’école publique laisse les jeunes qui lui sont confiés les mains vides?  

Nul besoin de simplifier la grammaire française. Au rythme où vont les choses, elle s’avérera tout bonnement inutile si on continue à s’étourdir de la sorte. Une grammaire pour chaque élève en tout temps. Voilà le premier objectif qui devrait animer tous ceux qui se vantent de défendre une langue  qu’ils devraient tourner sept fois dans leur bouche avant de la parler ou de l'écrire.