15 juin 2018

Éducation : Un ministre qui a davantage pensé à son avenir politique


Maintenant que les travaux parlementaires sont terminés à l’Assemblée nationale, la tradition veut qu’on évalue les actions effectuées au cours de la dernière année par le gouvernement. En éducation, le bilan du ministre Sébastien Proulx est plus que mitigé et un universitaire comme Égide Royer, qui lui donnait 8 sur 10 en 2017, n’hésite pas à lui remettre aujourd’hui une note de 3 sur 10.

Oublions l’excellence

La création d’un institut national d’excellence en éducation, dont le ministre Proulx nous vantait il n’y a pas si longtemps les mérites, semble avoir été passée à la trappe. En effet, l’homme politique ne dit plus un mot sur celui-ci. Il faut croire que les données probantes et les études rigoureuses, des expressions dont il émaillait régulièrement ses discours, sont moins importantes que les retombées électorales de certaines décisions populaires mais dont la pertinence et l’efficacité n’ont pas été démontrées. Plusieurs vous le diront : ce genre d’institut constitue un intervenant gênant quand on veut avoir les coudées franches. Déjà que le ministre doit se dissocier régulièrement des avis du Conseil supérieur de l’éducation, pourquoi irait-il s’encombrer d’un organisme de la sorte?

Le Lab-École décolle-t-il vraiment?

Non, le modèle que le ministre semble privilégier est le Lab-École de l’architecte Pierre Thibault, du promoteur de sport Pierre Lavoie et du chef cuisinier Ricardo Larrivée. Les récentes nouvelles concernant celui-ci ressemblaient d’ailleurs davantage à des annonces électoralistes réchauffées et ont été qualifiées de floues par plusieurs journalistes.

Ainsi, en mai dernier, le ministre Proulx parlait de mettre du «wow» dans sept écoles en ajoutant 2 millions à une enveloppe de 60 millions pour des projets déjà prévus et qui verront le jour au plus tôt en 2021. On a l’impression que peu a été fait dans ce dossier et que nos Three Amigos de la réussite ont répété des lieux communs déjà mentionnés en novembre 2017. Pierre Thibault, qui se prête à cette mascarade politique, a affirmé: «L’école, on va la développer ensemble, on ne la connaît pas encore.»  

On peut se demander comment le ministre en est arrivé à remettre en question toute l’expertise universitaire mais aussi celle du MEES alors que ces trois individus sont si peu avancés après une année. On comprend que la recette magique qu’ils préconisent pour l’école québécoise - du pain, des murs et des jeux - semble davantage relever de mesures populaires que de pratiques efficaces. Personne ne peut être contre la vertu, personne ne peut être contre de belles écoles où les élèves bougent et mangent bien, mais si on veut améliorer la réussite des élèves québécois, les façons d’y parvenir vraiment n’ont rien à voir avec ce qu’on nous propose. À cout égal, il existe des mesures bien plus reconnues. Mais doit-on s’en étonner quand un ministre en quête de réélection préfère le Lab-École à un institut d’excellence en éducation?  

Par ailleurs, il flotte un certain malaise dans tout ce dossier. Voilà trois hommes dont les idées ont été retenues par un ministre et qui ont eux-mêmes des intérêts en éducation. Que feront-ils de cette expertise du milieu scolaire québécois qu’ils se sont construite au cours des derniers mois en partie à nos frais? Difficile de ne pas penser que ceux-ci vivront un jour de potentielles situations de conflits éthiques. Qui aura les contrats d’architecture? Qui s’occupera de nourrir les élèves? Chose certaine, ils se sont développé, avec la complicité du ministre, une importance reconnaissance aux yeux du public et de certains décideurs scolaires. Quand un traiteur affiche que les repas qu’il offre à la cafétéria d’une école secondaire publique sont des recettes de Ricardo, on réalise les risques de dérapage.

Et puis, comment expliquer le silence de ce même Ricardo devant le refus du ministre Proulx d’appuyer un projet de la CSDM d’offrir des repas gratuits à ses élèves des écoles primaires et secondaires? Comment peut-il appuyer l’idée que les élèves mangent mieux sans s’insurger devant le fait que certains ne mangent pas du tout? Maintenant qu’il est devenu une personnalité publique en éducation, peut-on lui souligner que cette attitude est incohérente?

Les frais exigés aux parents

Voilà un dossier qui remonte à 2010 et que l'actuel ministre de l'Éducation a laissé trainer depuis qu'il a été nommé à ce poste depuis deux ans, de peur de devoir se prononcer quant à la gratuité scolaire. Bien sûr, il a eu l’excuse facile  de dire que cette question était devant les tribunaux et qu’il fallait laisser la justice suivre son cours. Bien sûr, il a appelé les commissions scolaires et les parents plaignants à en venir à une entente. Mais voilà : maintenant cette entente survenue, il se réfugie derrière celle-ci sans manifestement trop comprendre ses impacts et promet un vague consultation sur la gratuité scolaire en 2019… s’il est réélu.

En deux ans donc, le ministre, qui a pourtant écrit à titre personnel un livre sur sa vision de l’éducation, n’a pas réussi à élaborer quelque scénario que ce soit quant à cette question. C’est un peu comme s’il était encore à la case départ dans ce dossier. Dans les faits, on peut surtout penser que M. Proulx a décidé de reléguer cette question électoralement sensible aux oubliettes de l’été et, pour la prochaine année, ce sont les écoles, les commissions scolaires et son éventuel successeur qui devront gérer les résultats de son inaction.  Et quels résultats!

Pour la prochaine année scolaire, il faut savoir que les choix d'école par les parents sont déjà faits. Les élèves sont déjà admis dans des programmes particuliers. Les tâches des enseignants sont déjà effectuées. Les choix de cours des élèves sont déjà complétés. Dans la plupart des écoles, les frais exigés aux parents ont déjà été adoptés par les conseils d'établissement.  Mais n'empêche: le ministre ne semble pas au fait de cette réalité.

Si l'on comprend bien la directive du ministre, l'école ne peut plus exiger de frais d'inscription pour les programmes particuliers. Par exemple, dans les programmes d’éducation intermédiaire (PÉI), on retrouve des frais pour que l’enfant puisse obtenir sa certification de l’OBI (organisation du bac international) et de la SÉBIQ (Société des écoles du monde du BI du Québec et de la francophonie). Qui paiera dorénavant ces frais? De même, qu’arrivera-t-il si l’école offre un programme particulier avec l’achat d’un portable? Ce programme particulier (non obligatoire) peut-il encore exiger des frais d’inscription et d’achat pour cet appareil électronique? Si non, qui les paiera? 

De façon plus générale, le ministre est-il conscient qu’une telle balise pourrait fragiliser bien des programmes particuliers qui permettent à l’école publique d’offrir des environnements pédagogiques stimulants à des enfants dont les parents n’ont pas nécessairement les moyens de les envoyer à l’école privée? On dirait bien que non.

Dans la même veine, le ministre a indiqué que «Les sorties et les activités éducatives organisées en application du régime pédagogique et du calendrier scolaires [sont] gratuites», mais pas les «activités parascolaire» ou les «sorties culturelles» facultatives. Ainsi, dans le cadre d’un cours de français, un enseignant qui veut amener ses élèves au théâtre ne pourra plus demander aux parents de payer pour cette sortie culturelle s’il demande un travail d’analyse à leur enfant. Qui paiera alors? Si cette sortie devient facultative le soir et qu’il ne demande plus de travail, les élèves pourront-ils y aller?

Est-ce la même chose pour les cours optionnels? Par exemple, pourra-t-on encore exiger des frais à des parents qui inscrivent leur enfant à un cours de théâtre afin d’aller voir des pièces en salle? Même chose pour le cours optionnel en art où l’enseignant voudrait amener ses élèves voir une exposition dans un musée?

À toutes ces questions le ministre explique que, dans le cadre de sa nouvelle politique culturelle, son gouvernement a ajouté 7 millions au trois déjà prévus pour ce qui est des sorties culturelles au budget du ministère de la Culture. Cet ajout ne sera jamais suffisant. Déjà, certaines écoles facturaient 30$ aux parents AVEC le budget existant de 3 millions. Et comment sera attribuée cette somme? par école? Par élève? Aux premiers arrivés? 

Si tel est le cas, le ministre réalise-t-il que,  peu de sorties scolaires auront lieu et que des entreprises culturelles verront le nombre de leurs spectateurs ou de visiteurs baisser de façon significative, ce qui pourrait mettre en péril leur existence même? Déjà, bien des commissions scolaires et des écoles ont décidé de ne planifier aucune sortie de ce type l’année prochaine.

L’avenir des commissions scolaires

En ce qui a trait aux commissions scolaires, le ministre Proulx, tout comme bon nombre de dirigeants de celles-ci, vit dans une certaine forme de déni. Il existe actuellement au Québec un mouvement fort préconisant soit leur réforme soit leur abolition. Or, en reportant l’élection des différents commissaires scolaires en 2020 sous prétexte que la date actuelle de celle-ci du 4 novembre est trop proche du scrutin provincial du 1er octobre, on présume que le ministre tient surtout à éviter que la gouvernance scolaire devienne un enjeu électoral dont il pourrait sortir perdant à cause de l’inaction de son parti sur cette question. Il a compris qu’il lui est inutile de donner des munitions supplémentaires à la CAQ sur ce sujet.

À moins d’être naïf, il est difficile de croire que le ministre Proulx se soit soudainement rappelé cette proximité électorale pourtant connue depuis des années. Quant à son idée que ce délai de deux ans permettra aussi d’explorer une façon de rendre cette élection plus accessible, notamment en implantant le vote à distance, notamment par Internet, peut-on indiquer que cette suggestion a été soulevée aussi loin qu’en 2010 et que rien n’a été fait depuis?

Quand on regarde les actions et les inactions de M. Proulx, cyniquement, on pourrait penser que ce ministre semble davantage travailler à la réussite de sa réélection et à celle de son parti qu’à régler véritablement les dossiers importants qu’il a devant lui. Il est inconcevable que ce dernier affiche le même sourire aujourd’hui en annonçant des «investissements» en éducation que lorsque le gouvernement auquel il appartient se livrait à ce que le premier ministre Couillard appelait un exercice de rigueur budgétaire. Cette façon de gouverner à courte vue dans le but d’être réélu explique aisément les maux qui affligent notre système d’éducation depuis des décennies et ce sont surtout les élèves qui ont font les frais. Parfois, pour paraphraser George Clémenceau, c’est à se demander si l’école est une chose trop grave pour la confier à des politiciens.





22 mai 2018

Il est minuit et deux, Monsieur le Ministre

Le 10 mai dernier, des représentants de parents acceptaient une offre de règlement de 153 millions $ visant à régler un recours collectif concernant les frais que certaines écoles n'auraient jamais dû leur exiger. Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, annonçait alors qu'il ferait connaitre «bientôt» les balises pour encadrer de tels frais de la part des établissements scolaires.

Le 10 avril dernier, le ministre Proulx s'engageait à présenter de telles balises «au cours des prochaines semaines, d'ici la fin de l'année scolaire.» 

Le 12 octobre 2017, le ministre Proulx disait attendre un rapport sur cette question de la Fédération des commissions scolaires du Québec vers la mi-décembre avant de se prononcer.  LA FCSQ s'est finalement retiré du groupe de travail chargé d'examiner les frais exigés aux parents de crainte de s'incriminer quant au recours collectif auquel elle faisait face et le rapport n'a finalement jamais été déposé.

Le 22 aout 2017, le ministre Proulx indiquait que son ministère se penchait sur la question des frais exigés aux parents et précisait: «Je pense que cette année, on va bouger sur cette question-là.»

Nous sommes le 22 mai 2018. Le ministre Proulx n'a pas toujours pas fait connaitre quelles balises devraient guider les écoles par rapport aux frais exigés aux parents. La question n'est pas nouvelle. Le recours collectif réglé ce mois-ci a été déposé en 2013. Un recours semblable avait également été déposé en 2010 contre la commission scolaire des Grandes-Seigneuries et celle-ci avait alors également conclu une entente avec les parents. Par ailleurs, quelqu'un a-t-il informé le ministre que ces balises auraient dû être annoncées au début du mois de mai avant que les directions d'école présente à leur conseil d'établissement les frais exigés aux parents pour la prochaine année scolaire?

Actuellement bien des directions d'école ont dû déposer devant leur conseil d'établissement une liste des frais exigés aux parents pour l'année scolaire 2018-2019 tout en ignorant quelles seraient les lignes directrices du ministère. Certaines craignent de devoir refaire tout ce travail, d'autres n'ont pas pris de chance et ont simplement annulé toutes les sorties culturelles et éducatives pour la prochaine année. Le ministre réalise-t-il que le fait qu'il ne se soit pas encore prononcé sur ce sujet occasionne certains problèmes dans les différents établissements scolaires du Québec?

Par ailleurs, sur un autre plan, se peut-il que certains producteurs culturels, acteurs et artistes ne suivent absolument pas ce dossier? Alors que lors des différents boycotts par les enseignants de différentes activités culturelles et parascolaires, ils n'avaient pas hésité à se dire «pris en otages» et à dénoncer ces moyens de pressions, pourquoi sont-ils étrangement muets devant l'abandon complet de plusieurs sorties scolaires? Et un peu méchamment, devant qui iront-ils manifester cette fois-ci? Sûrement pas devant le siège de la CSQ.  :)

06 mai 2018

Utiliser l'ordi lors d'un examen d'écriture

Dans le Journal de Québec, on publie aujourd'hui un article indiquant que le MEES songe à permettre aux élèves d'utiliser un ordinateur et un logiciel de correction comme Antidote lors de l'épreuve d'écriture de cinquième secondaire. Une recherche a même été effectuée auprès de 300 élèves à cet effet. Certaines des conclusions de celle-ci rejoignent ce que l'on constate déjà depuis des années sur le terrain, soit que les élèves qui ont utilisé Antidote ont effectué moins d'erreurs et que ceux qui ont utilisé l'ordinateur sans correcteur, eux, en ont fait davantage que leurs confrères munis seulement d'un crayon et d'une feuille de papier.

La principale raison expliquant le deuxième constat est assez simple: des élèves qui n'ont pas l'habitude d'utiliser l'ordinateur sont «bousculés» dans leurs repères et leurs techniques de correction. Dans bien des cas, ils voient moins leurs fautes à l'écran que sur le papier parce que leur oeil, par un phénomène bien connu, a davantage tendance à «reconstruire» correctement un mot mal orthographié quand il est écrit à l'ordinateur.

Actuellement, il faut savoir qu'il est déjà permis d'utiliser un ordinateur sans logiciel de correction pour compléter l'épreuve du MEES. La principale condition pour ce faire, par contre, est qu'on doit démontrer que l'élève est habileté à le faire, c'est-à-dire qu'il a appris à utiliser l'ordinateur pour rédiger, ce qui est une bonne idée quand on pense aux résultats de la recherche mentionnée plus haut.

Ce que l'on remarque cependant est que ceux qui sont vraiment habiletés à utiliser l'ordinateur réussissent mieux, même sans correcteur, tout simplement parce qu'ils gagnent presque 40 minutes sur un examen qui en dure 195 parce qu'ils n'ont pas à retranscrire leur brouillon au propre. Personne ne soulève cet avantage indu dont bénéficient actuellement des élèves de certaines écoles où l'on exige l'achat d'un appareil électronique ou bien où l'on fournit ce dernier.

Plusieurs difficultés empêchent présentement l'utilisation à large échelle d'un appareil électronique lors d'évaluations en français. La première est bien sûr que les élèves n'ont pas un accès fréquent à un tel appareil afin de devenir habiletés à l'utiliser.  La seconde est de s'assurer de la sécurité de la passation de l'épreuve afin d'éviter le plagiat ou la tricherie.

Sur la question de fond, à savoir si les élèves devraient utiliser ou non un logiciel de correction lors de leurs examens d'écriture, les avis sont partagés chez les enseignants. Ceux en faveur de cette idée indiquent qu'en 2018, il est temps qu'on apprenne aux élèves à utiliser un logiciel de correction en classe. Ils vont comparer cet outil à la calculatrice graphique utilisée en mathématique, par exemple. Ils souligneront aussi que ce logiciel peut favoriser l'apprentissage en indiquant à l'élève ses erreurs et comment les corriger. Ceux qui sont en défaveur se demandent plutôt si on aide vraiment l'élève à bien écrire en lui fournissant un tel outil. Ils donneront le même exemple de l'utilisation de la calculatrice qui a amené certains élèves à ne plus savoir multiplier ou diviser sans cet outil.

Selon mon expérience,  l'utilisation d'un logiciel de correction à l'école avantagera les élèves déjà bons en français. Ceux-ci jouissent effectivement d'une bonne compréhension de la grammaire française et de sa logique interne. Ils n'en deviendront que meilleurs. Pour les élèves faibles et moyens, il est fort probable que leurs résultats s'amélioreront sans qu'ils comprennent pour autant ce qu'ils feront.

Pour ma part, l'utilisation d'un correcteur ne sera pas une panacée et ne remplacera pas l'enseignant, du moins pour quelques années encore si on se base sur l 'état actuel des programmes informatiques basés sur des concepts de l'intelligence artificielle. Il existe des limites à ce qu'un logiciel peut présentement expliquer à un jeune. Pour ce qui est de l'avenir, par contre, même avec une aide électronique plus développée, l'école et ses enseignants seront toujours aussi nécessaires, mais d'une façon différente. Ils devront mieux éveiller les jeunes à la logique, la beauté et les créations reliées à cette langue qui est la nôtre.







31 mars 2018

Codes vestimentaires dans les écoles : cachez ce que je ne saurais voir

Récemment, des élèves de la région de Québec portant un carré jaune ont remis en question les règles entourant la tenue vestimentaire permise dans leurs écoles.  La relance de cet éternel débat montre bien toute l’hypocrisie et le malaise entourant la définition des genres mais aussi la sexualité de nos jeunes.  

Des codes vestimentaires genrés et s’adressant à tous les élèves

Tout d’abord, il est indiscutable que ces codes de vie sont genrés : ils définissent ainsi la tenue vestimentaire des élèves selon un genre : par exemple, un garçon porte un short; une fille, une jupe. Mais que fait-on devant les cas des élèves qui ne s’identifient pas au genre qui leur a été assigné à la naissance? On peut alors comprendre que le jeune qui vit une volonté d’affirmation de son identité de genre ne se sente pas nécessairement accueilli dans sa démarche. Chaque école, chaque commission scolaire a ses propres règles – écrites et non écrites - en la matière. L’absence de directives ministérielles claires à ce propos rend d’autant plus insécurisante toute demande de la part d’un jeune vivant cette situation.  

Il y a quelques années, on m’a rapporté le cas de garçons venus à leur école secondaire en kilt pour souligner la Saint-Patrick. On a commencé par leur souligner qu’un homme ne pouvait pas porter une jupe puisqu’il s’agissait d’un vêtement essentiellement féminin. On s’est par la suite ravisé devant cet argument qui ne tenait pas la route pour plutôt invoquer qu’il s’agissait d’une tenue excentrique. Heureusement que ces élèves ne s’appelaient pas O’Connor ou O’Brien mais plutôt Mongrain ou Chênevert car ils auraient bien embêté les autorités de mon école en invoquant leurs racines culturelles…

Un autre point qui a été soulevé récemment par ces carrés jaunes veut que ces codes soient essentiellement discriminatoires envers les filles.  Or, il serait bien plus exact d’indiquer que ces codes limitent tous les élèves, quel que soit leur genre, dans leurs choix vestimentaires. Ainsi, généralement, pour les garçons, de nombreuses règles interdisent le port de la camisole en classe (comme des maillots de basketball) ou de pantalons très bas sur les hanches. Dans les faits, c’est le choix de tous les jeunes qui est limité ici, mais il faut noter que les filles sont souvent plus visées par la mode, les pressions sociales définissant le corps féminin et l’hypersexualisation.

Un malaise quant à l’éducation et l’affirmation de nos jeunes

Bien des intervenants éprouvent un malaise quand vient le temps de déterminer les règles entourant une tenue vestimentaire acceptable dans nos écoles. On comprendra qu’il s’agit d’une situation qui soulève des points de vue moraux, éthiques, parfois même religieux. Ces intervenants sont aussi remis en question quant à leurs valeurs et à ce qui constituent souvent chez eux des préjugés. Ils vivent aussi ce qu’on peut appeler un choc générationnel.

«Pute ou prude», voilà le choix qu’on semble donner à plusieurs jeunes filles qui vivent un déchirement entre les valeurs d’appartenance à une image de la femme véhiculée dans notre société et les valeurs de certaines familles ou écoles. Si l’on était cynique, on pourrait se demander où est la différence entre ces établissements scolaires dont les règlements excluent certains vêtements et ces religieux zélés obligeant des femmes à porter une tenue «modeste»?  Dans les faits, il n’y en a aucune dans la mesure où chacun des deux considère que la jeune fille est responsable des regards pervers qu’elle attire. Pourtant, n’y aurait-il pas lieu de véritablement éduquer nos enfants à ce sujet?

On pourra souligner que le ministère de l’Éducation instaurera un programme d’éducation à la sexualité l’année prochaine dans les écoles québécoises. Mais faut-il rappeler toute la saga entourant celui-ci? Contenu flou, personnel peu formé : il est difficile de croire que cette initiative règlera quoi que ce soit à ce sujet.

Bien sûr, certains diront que l’école a pour rôle de former les jeunes au marché du travail où il existe des codes vestimentaires et que, plus tôt, ils l’apprendront, mieux ce sera. Mais c’est oublier que l’école est avant tout un milieu de vie où l’on doit former des citoyens faisant preuve d’ouverture et de réflexion.  Forme-t-on vraiment des esprits critiques en interdisant certaines tenues plutôt qu’en éduquant? A-t-on véritablement songé aux valeurs qui guident ces codes? À cet égard, la contestation des carrés jaunes est un appel à la réflexion.

L’uniforme : une fausse solution hypocrite

Souvent, afin d’éviter de se prononcer réellement par rapport à toutes ces questions, certaines écoles choisissent d’imposer un uniforme obligatoire auprès d’un fournisseur unique. Soulignons tout d’abord qu’il s’agit généralement d’une solution genrée qui nie l’identité et l‘affirmation des jeunes. Ensuite, on peut se questionner sur le fait de privilégier un seul fournisseur.

Pour aller de l’avant avec une telle mesure, on affirme également que la tenue obligatoire offre de nombreux avantages alors que c’est tout simplement faux. Ainsi, on n’aplanit aucunement les différences sociales puisque les jeunes peuvent continuer à se démarquer en portant des accessoires démontrant leur statut économique. Quant à l’idée qu’un uniforme permet d’assurer la sécurité en limitant l’entrée d’intrus dans une école, il suffit de regarder les pages Facebook de certains établissements scolaires pour constater que n’importe qui peut y acheter des tenues scolaires usagées, facilitant ainsi la circulation d’individus indésirables. Enfin, à tous ces parents qui apprécient le côté pratique d’un uniforme, pourquoi doivent-ils l’imposer à d’autres qui n’en veulent pas? Manquent-ils à ce point d’autorité qu’ils comptent sur l’école pour se substituer à eux en ce qui concerne l’éducation de leurs enfants?

Dans les faits, l’imposition d’un uniforme obligatoire dans nos écoles ne constitue pas une solution à un problème mais une autre manifestation de celui-ci. Au lieu de permettre aux jeunes d’établir leur propre identité à un moment important du développement de la personnalité d’un individu ainsi que de les amener à adopter des comportements responsables et réfléchis, on interdit au lieu d’éduquer.



S’il est difficile actuellement de déterminer un code de vestimentaire dans nos écoles, c’est tout d’abord parce que notre société de plus en plus éclatée n’arrive pas à dégager un consensus à ce sujet. Et nos écoles répondent du mieux qu’elles le peuvent, en choisissant parfois la voie de la facilité avec un uniforme obligatoire, à ce problème qui prendra encore plus d’ampleur si on n’y réfléchit pas correctement.

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Dans la catégorie «Préjugés de mononcles», cette intervention de Martin Everell, animateur à BLVD qui n'hésite pas à traiter à plus d'une reprise de «guedoune» une adolescente de 15 ans porte-parole du mouvement des carrés jaunes:

« Regarde, elle a rien qu’à s’habiller comme une guedoune après l’école (…) Une guedoune, j’appelle ça comme ça, une petite fille avec une camisole pas de brassière, avec des shorts très courtes. C’est une guidoune (…) »