25 septembre 2010

Avertissement: ceci est un des bons billets que j'ai écrit depuis un bout...

Je veux revenir sur mon billet précédent. Lorsqu'un enseignant demande à des parents d'acheter des romans, il a au moins deux intentions derrière la tête.

La première est reliée à compenser pour un financement inadéquat de l'enseignement du français; la seconde, à des raisons pédagogiques.

Le français: une matière sous-financée

Savez-vous quelles sont les matières les mieux pourvues financièrement lorsque vient le temps d'acheter du matériel pédagogique dans plusieurs écoles? Si je me base sur mon expérience et différents chiffres que j'ai vus: éducation physique, arts et sciences. Des matières comme le français, l'anglais et les maths reçoivent généralement un budget deux à trois fois moindre.

On ne tient pas compte de plusieurs facteurs quand on procède à cette répartition budgétaire. Ainsi, comment une matière comme français peut-elle recevoir moins de la moitié du budget consacré à l'éducation physique ou aux arts alors que le nombre de périodes de français dispensées est le double sinon le triple de chacune de ces deux matières? Dans la même veine, quelle matière scolaire est le plus souvent au coeur des débats de notre société?

Si j'établis un comparaison avec les sciences, avec la réforme, il a fallu aménager de nouveaux laboratoires à mon école et embaucher davantage de techniciens pour aider les enseignants de cette matière à préparer leur matériel lors d'expériences en classe. Or, les résultats des petits Québécois en sciences faisaient déjà l'envie de plusieurs pays. Pourquoi pomper plus de fric dans cette matière quand on sait que la qualité du français de plusieurs finissants du secondaire est pour le moins douteuse?

Avez-vous déjà entendu parler de laboratoire de français? Ça existe, mais il faudrait être culotté pour faire cette proposition à une direction. Un prof de français a droit à un tableau, des craies, des vieux dictionnaires et des romans passés date. Vous me direz qu'on avait aussi la possibilité d'acheter de nouveaux manuels «réformés». Dans les faits, on était obligé d'acheter des manuels. Dans ma classe, ils ne servent jamais. Ils sont totalement inutiles et même dépassés. Par contre, il m'était impossible de demander qu'on achète des dictionnaires neufs, des romans... Ce n'est pas la même enveloppe budgétaire.

Un achat pédagogique

Donc, on demande aux parents d'acheter des romans parce qu'on veut travailler avec des oeuvres récentes, nouvelles, intéressantes avec nos jeunes. On veut travailler avec des livres en bon état, pas des livres qui perdent des pages et qui ont un aspect repoussant.

Les jeunes ne lisent pas assez, clame-t-on un peu partout. Peut-on alors mettre toutes les chances de notre côté pour inciter un jeune à ouvrir un bouquin qu'il va aimer et qui va lui prouver que lire est une activité captivante?

Qui plus est, on veut permettre au jeune d'utiliser ce livre comme un outil d'apprentissage.

Une anecdote: chaque fois que je passe un texte photocopié à mes élèves, ils me demandent toujours s'ils peuvent l'annoter ou surligner certains passages importants. «Bâtard, que je leur réponds, il est photocopié justement pour que vous écriviez dessus!» Mais quand je leur distribue un livre, on oublie ça! On désapprend, on régresse! Regarde, mais ne touche pas.

Toujours dans l'anecdote. Une année, mes élèves ont dû acheter deux romans tandis que l'école leur fournissait les deux autres. Après avoir appris à lire de façon active avec les deux romans qu'ils ont achetés, plusieurs m'ont demandé la permission d'acheter les deux autres et de ne pas utiliser ceux de l'école! Voici quelques-unes des raisons qu'ils ont avancées.
- Le livre est plus beau.
- Ça a l'air d'un bon livre et je pourrai le garder: il m'appartient.
- Je peux avoir le livre en tout temps et le lire quand je veux. Pas seulement lors de moments prévus en classe.
- Je peux écrire dedans. C'est plus pratique pour me rappeler les passages importants et indiquer ce que je ne comprends pas.

On se plaint que la lecture est une lacune importante chez les jeunes québécois. Pourrait-on me donner les moyens de travailler à y remédier?

6 commentaires:

gillac a dit…

C'est la même indifférence qui prévaut dans le débat sur la loi 103. Secrètement et parfois ouvertement, plusieurs parents espèrent une assimilation à la langue anglaise pour que l'on en finisse avec la question politique et que leurs rejetons puissent avoir accès à de meilleurs emplois. Pour toutes sortes de raisons, l'école publique a échoué dans le fait qu'elle peut apprendre deux langues à ses élèves, même pas une depuis quelque temps. Je connais des jeunes avocats incapables d'écrire un texte sans faute même si c'est la base de leur métier.

bobbiwatson a dit…

Ne jette pas le blâme sur les Conseils d'établissement. Il y a quelques années j'ai réussi (après moulte essais) à convaincre le CE de mon école secondaire de permettre de faire acheter deux romans par les parents. AUCUN commentaire négatif de la part des parents. C'est la CS qui est intervenue: c'est pourquoi tu dois maintenant te contenter des vieilles séries achetées jadis par ton école. Tes élèves ne pourront pas bénéficier de romans récents.
C'est dommage pour tout le monde.

Anonyme a dit…

C'est un autre bon billet que tu écris depuis déjà longtemps. Il est aussi pertient que tous les autres que tu écris.

Gen a dit…

Au prix où sont les romans, je trouve ridicule qu'il y ait des gens qui se plaignent. Un abonnement au câble coûte plus cher par mois que deux bon romans-jeunesse québécois.

... et en prime vous faites vivre un auteur. Un Québécois. Qui paiera des impôts. Et des taxes scolaires. Donc qui aidera l'école à survivre.

mariellepotvin a dit…

Dans les faits, on était obligé d'acheter des manuels. Dans ma classe, ils ne servent jamais. Ils sont totalement inutiles et même dépassés. Par contre, il m'était impossible de demander qu'on achète des dictionnaires neufs, des romans... Ce n'est pas la même enveloppe budgétaire.

Cette situation ne peux plus durer. Ça se répète depuis des années, aussi étonnant que ça puisse paraître. Votre analyse de la situation mérite d'être lue et diffusée. Merci.

Le professeur masqué a dit…

Marielle: puisse quelqu'un lire et relayer à un journaliste compréhensif! Mais chose certaine, j,aimerais mieux faire vivre les auteurs québécois que les maisons de matériel scolaire...