01 septembre 2010

La revue de presse masquée

La rentrée ramène son traditionnel lot d'articles sur l'école. Je vous propose ici une petite revue personnelle des textes parus aujourd'hui.

«Le checse de retour dans les écoles!»

Voila ce que hurlerait assurément le défunt Camil Samson. En effet, une coalition propose de ramener l'éducation à la sexualité dans les écoles primaires et secondaires du Québec. Celle-ci se base sur l'augmentation importante des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) pour tirer la sonnette d'alarme. Il y a dix ans, lors de l'abolition des cours d'éducation sexuelle, bien des intervenants avaient prédit cette hausse. On leur avait alors répondu que la sexualité serait l'affaire de tous dans l'école et serait abordée dans divers cours, dont ceux de sciences. Force est de constater qu'ils avaient tort et, dix ans plus tard, on songe revenir à la case départ.

Il existe un autre mythe semblable dans le réseau scolaire: celui de l'école orientante. Mais on parle beaucoup moins de celui-là.

«Speake white»

Voilà ce que dirait sûrement la poète Michèle Lalonde en lisant ce texte. On y apprend qu'il est plus payant d'être bilingue au Québec. Ainsi, un travailleur qui emploie l'anglais et le français au travail gagne 21% de plus qu'un unilingue francophone.

«You can't handle the truth!»

Voilà une phrase célèbre prononcée par Jack Nicholson dans le film Des hommes d'honneur, je crois. Joseph Facal revient un peu tard sur le dossier du TECFEE Son analyse est intéressante, mais un peu hors actualité, ce qui lui enlève de la pertinence, surtout qu'elle développe des arguments déjà utilisés ailleurs. N'empêche qu'il y va de belles phrases:
- «Quand on échoue à un examen, il est plus facile de blâmer l'examen que de se blâmer soi-même.»
- «Hormis le milieu familial, le facteur le plus décisif de la réussite éducative est la qualité du professeur. Or, la vérité est que l'aptitude à enseigner est largement innée.»
- «Bref, si on veut améliorer la réussite éducative des enfants, rien n'est plus important que de s'assurer que les autorités concernées embauchent de bons professeurs et ont des recours contre les mauvais.»


Et les directions peu compétentes? Et les commissions scolaires qui sont une force d'inertie incroyable?

«I Want Money»

Ah... Berry Gordy Jr... Alors que la CSQ et la FSE ont signé une entente avec le gouvernement à la sauvette avant les vacances (une entente que je considère très discutable), la FAE proposera le rejet des offres patronales à ses 32 000 membres cette semaine. Raison: les augmentations salariales ne sont pas assez suffisantes et ne permettent pas d'attirer suffisamment de jeunes enseignants.

Personnellement, si je considère que nos syndicats ont signé une entente à rabais, je ne crois pas qu'une augmentation salariale attirera des jeunes. Ce sont davantage les conditions de travail et la sécurité d'emploi qui me semblent problématiques pour ces derniers.

«Cachez ce texte que je ne saurais voir!»

Paraphrasons un peu Molière pour introduire ce texte de Martineau sur la présence féminine à l'école. Comme d'habitude, ce dernier y va un peu fort dans l'à-peu-près, ce qui nuit à la pertinence de son propos. Je pense à ce passage inexact:

«C'est une école où les garçons ne peuvent se tirailler à la récré, où il est interdit de grimper sur les collines de neige, où le moindre chamaillage est perçu comme une marque de violence et d'agressivité, où la compétition est honnie, où on distribue du Ritalin comme des Smarties et où les livres d'aventure, les magazines de sport et les épopées héroïques sont absents des bibliothèques.»

On se calme le pompon, mon petit Richard... S'il estime que l'école est mal adaptée aux besoins des garçons, je relève une phrase de Martineau que je trouve tout à fait vraie: «C'est bien beau, «adapter» l'école aux gars. Mais il faudrait aussi que les gars s'inspirent des filles, et qu'ils apprennent la culture de l'effort et de la persévérance.»

Et vlan dans les dents!

«J'ai un cerveau féminin!»

Voilà ce que déclare le prof masqué à la lecture de ce texte paru dans Le Soleil. Alors qu'on commence à peine à comprendre le fonctionnement du cerveau et de ce que j'appelle la «neurologie des apprentissages», certains spécialistes affirment que les garçons et les filles apprennent différemment. Ainsi, les garçons seraient plus visuels et concrets. Les filles développeraient plus jeunes leurs habiletés langagières. À moins que je ne me trompe, la notion de «visuel», d'«auditif» et tout le tralala est fortement contestable.

J'ai de la difficulté avec ce genre de généralisation. Tout jeune, j'étais déjà premier de classe en français et je clenchais les filles en écriture. Dois-je remettre en question mon identité sexuelle?

Pour Claude Saint-Amant, ce genre d'affirmation est erroné: «Si c'était vrai, on retrouverait les mêmes différences entre garçons et filles partout sur la planète, et ce n'est pas le cas.» En Australie et au Japon, par exemple, les garçons réussissent mieux à l'école que les filles, dit celui qui a analysé plusieurs données semblables dans différents pays. Et au Québec, les filles ont rattrapé les garçons en mathématiques au cours des dernières années, rappelle-t-il. «Comment l'explique-t-on? Est-ce que le cerveau des filles a changé?» ironise M. Saint-Amant.

Ouf! j'ai peut-être encore un cerveau d'homme...

J'arrête ici cette courte revue et je reviens demain avec une autre série de textes que nos glorieux médias ont publiés aujourd'hui.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Si je peux me permettre une petite précision concernant la FAE, celle-ci nous propose d'accepter l'entente sectorielle (conditions de travail) où nous avons obtenu un peu plus et un peu différent de la FSE. Elle nous recommande de refuser l'offre intersectorielle (salaires et retraites). À moins que je ne me trompe, la FSE n'a pas non plus voté en faveur de l'intersectoriel au moment où l'on se parle.

Paul C. a dit…

Sexe: un autre problème contre lequel l'école n'est pas un remède efficace.

Speak white: Heureux de constater ça. Ne pas parler anglais est un handicap sérieux, surtout si on veut lire et être informé. Mais ça ne durera pas. Le nouveau standard sera 3 ou 4 langues parlées.

The truth: Beaucoup d'épaves en éducation et c'est parmi ces gens qu'on sélectionne les administrateurs (milieu incestueux).

Matineau: amuseur public

Les cervaux: Un autre bel exemple de la futilité du discours en éducation. En éducation - n'importe quoi sauf des faits.

Lud. a dit…

J'adore vos revues... c'est fantastique d'avoir des liens et des commentaires sur une série de textes sur l'éducation trouvés un peu partout.

Profquifesse a dit…

Speak White : l'allusion à Michèle Lalonde est quelque peu abusive, il me semble. Les chiffres (qui ne parlent qu'en chiffre, donc qu'en généralisant) disent aussi que le fait de posséder plus d'une langue, où que ce soit au Canada, est relié à un meilleur salaire. La différence est supérieure et de loin au Québec, et je ne vois pas pourquoi il faudrait s'en réjouir, mais, petite consolation, se vérifie partout ailleurs au pays même si la différence est moindre. Je généralise à mon tour : l'instruction est payante, le savoir parfois récompensé en espèces sonnantes.

Le professeur masqué a dit…

Merci anonyme!

Merci de vos commentaires, Paul C.

Merci Lud!

Prof qui fesse: C'est vrai que l'allusion à Mme Lalonde est un peu tirée par les cheveux, mais ce que je constate personnellement, c'est que l'une langues des deux peuples fondateurs du Canada semble moins importante en général. On encourage le savoir, c'est vrai. Mais pourquoi un travailleur unilingue francophone est-il moins valorisé quand la majeure partie de la population qu'il dessert parle cette langue? Paie-t-on le bilinguisme ou la connaissance de l'anglais?