29 juillet 2011

James Lee Burke: un dernier roman

Je comptais lire le dernier James Lee Burke durant mes vacances. C'est fait! Je dois avouer qu'il s'agit d'un auteur que j'adore tout simplement. Comme certains Lehanne, ce n'est pas tant l'action que ce qui l'entoure et comment cela est raconté qui fait le génie de Burke.

La saga du personnage Dave Robicheaux est un incontournable dans le domaine des romans policiers.  Tous les romans de celle-ci se déroulent en Louisiane et je peux vous certifier que la lecture des premiers de la série vous combleront. L'odeur, les sons, la musique, les couleurs, les références historiques, la cuisine et les gouts, les noms des lieux et des personnages... J'ai prêté quelques Burke à une amie qui a visité ce coin des États-Unis et elle en était sous le choc tellement elle revivait des émotions reliées à son voyage. Je me suis même promis d'en relire certains et de créer une playlist sur YouTube pour illustrer le monde musicale de chaque oeuvre, question de rester imprégné de la musique des mots de ces romans.

Dans La Nuit la plus longue, on s'éloigne malheureusement de cet heureux mélange. Bon, il faut dire que l'histoire ne se prête pas autant à une description enivrante de la Louisiane avec les dégâts qu'a causés l'ouragan Katrina. Mais justement, c'est cette absence de musique et de description, même tristes, qui mine le roman. Si au moins on expliquait cette absence de gout et de couleur... Alors que les premières pages sont puissantes et terribles, on tombe ensuite dans un rythme ronronnant où l'action prend trop rapidement le dessus et où l'ouragan passe davantage en mode mineur, comme s'il s'agissait d'un décor et non d'un acteur.  De plus, l'auteur a recours à certains procédés faciles dont on sent les ficelles quand on connait son oeuvre. Le personnage de Clete, par exemple, devient grotesque à l'usage. Un peu comme Bubba chez Lehanne avec qui il partage trop de points communs.

Et je ne sais pas pourquoi mais, depuis quelque temps, les romanciers américains ont la paternité ou la famille pesante. Connely, par exemple, nous impose la fille de Bosch dans Les Neuf Dragons. Burke, lui, y va avec le personnage d'Alafair qui, soi-dit en passant, est le prénom de sa fille et qui, comme elle, devient écrivaine. La scène de la petite famille menacée par les gros méchants, c'est d'ailleurs la deuxième ou la troisième fois qu'il nous la ressert, celle-là. Pour l'originalité et la vraisemblance, on repassera.

Un dernier point enfin: le titre. Je ne sais pas quel corniaud a eu cette idée d'appeler ce roman La Nuit la plus longue. (À cet égard, le titre anglais The Thin Roof Blowdown est à la fois plus évocateur et juste.) Cette référence à l'ouragan Katrina est exagérée puisque ce désastre naturel est quasi accessoire dans l'histoire qui dure plusieurs jours. On s'attend à une unité de temps qui n'a pas lieu. Oui, Burke nous raconte cette catastrophe, ses conséquences, ses injustices, mais sa plume nous a habitués à davantage, à mieux. On reste, sans jeu de mots, en surface.

Pour les néophytes de Burke, je ne recommande pas La Nuit la plus longue. D'autres de ses romans, surtout les premiers, sont plus forts, plus bouleversants aussi. Jolie Blon's Bounce, par exemple. Ils liront  avec davantage de plaisir sa dernière oeuvre quand ils deviendront des mordus de l'inspecteur Robicheaux.

1 commentaire:

Profquifesse a dit…

Je signale en passant que le dernier film de Bertrand Tavernier, "In the Electric Mist" mettait en scène un roman de cette série avec Tommy Lee Jones dans le rôle de Robicheaux. Film moyen mais qui arrive assez bien à rendre l'atmosphère des romans de Burke.