10 août 2011

Je ne suis pas masculiniste

Par contre, parfois, il m'arrive de me dire qu'on manque de belles occasions de passer un beau message ou on en émet un auquel il aurait fallu réfléchir davantage.

L'idée de permettre à des athlètes d'être accompagnés de leur mère grâce à une nouveau programme mis de l'avant par le comité international olympique et la firme Proctor and Gamble lors des cinq prochaines olympiades est sympathique. Mais pourquoi uniquement leur mère? Si on avait donné aux athlètes le choix entre leurs deux parents, on les aurait placés dans une situation embêtante. Mais de favoriser uniquement un parent, est-ce mieux? Et si le père d'un athlète avait joué un rôle plus prépondérant, pourquoi ne pas lui donner aussi cet avantage? Si sa mère était l'être le plus abject au monde et son père le plus gentil? Pourquoi ne pas avoir choisi de subventionner les parents, point?

J'ai beaucoup de difficulté à lire ce texte sans me demander ce qu'en pensent les pères de certains athlètes qui n'ont pas été interviewés.

07 août 2011

Manipulateur

Une année, j'ai connu un élève qui manipulait ses collègues de classe en affirmant qu'il était suicidaire. Il racontait ses envies de mort, ses scénarios morbides pour en finir avec la vie. Vous comprenez l'effet puissamment négatif qu'il exerçait sur les autres. Chacun se sentait coupable quand il n'allait pas bien; tous portaient constamment attention à sa personne, à ses humeurs. Il régnait en quelque sorte sur un groupe qui avait déjà connu d'autres malheurs et qui était très fragile.

Une bonne journée, alors que j'enseignais en classe, j'ai été appelé d'urgence à intervenir auprès de lui alors qu'il s'était embarré dans une cabine des toilettes. J'ai passé une heure à jaser, à discuter, à tenter de  le raisonner. Il est finalement sorti de sa réclusion et a été confié aux ambulanciers qui attendaient de l'amener à un hôpital disposant d'une section psychiatrique.

Avant d'embarquer dans l'ambulance, je lui dis: «Prends soin de toi.» Ce dernier m'a alors répondu: «Ne t'inquiète pas: je sais quoi exactement leur répondre pour avoir la paix. On se revoit dans deux jours.» Comme de fait, deux jours plus tard, il était de retour en classe et reprenait son manège. Le gamin était intelligent, très intelligent.

Il ne fait aucun doute que cet élève était manipulateur. Mon entourage comprenait mal que je lui accorde tant d'importance. Une blonde bourgeoise et pincée d'Outremont m'a quitté pour cela et j'ai fini l'année en burn out, plongeant ironiquement à mon tour dans des idées suicidaires. Je n'ai jamais regretté mes actions parce qu'elle était en accord avec mes valeurs comme enseignant. Lorsqu'on me répliquait que ce jeune ne méritait pas mon attention parce qu'il était manipulateur, j'ai toujours eu deux pensées dans mon esprit:
- il faut être drôlement fêlé pour manipuler les autres de la sorte. Ses actions montraient bien sa folie et ce n'est pas parce qu'il contrôlait les autres qu'il était nécessairement responsable des actions qu'il posait et qu'il distinguait le bien du mal.
- le danger avec quelqu'un manipulateur de la sorte est qu'il finisse par croire lui-même à ses propres mensonges et passe à l'acte.

Voilà. Cette anecdote est en lien avec le billet précédent.

06 août 2011

Affaire Turcotte: réflexion

Je n'ai pas voulu  écrire sur le procès de Guy Turcotte. Il y avait trop d'émotion, trop d'opinions dans l'air. De plus, comme je n'ai pas assisté à celui-ci, je préfère me taire. Le verdict était-il juste? Aucun verdict ne peut être équitable dans ce genre de cas.

Par contre je remarque que, souvent, l'être humain a l'indignation à géométrie variable. Au Québec, la justice actuellement est dans un état de délabrement semblable à un viaduc. Le système judiciaire n'est plus accessible à la classe moyenne, les procureurs de la Couronne sont sous-payés et en nombre insuffisant, certains procès sont retardés quand on ne libère tout simplement pas les accusés... On pourrait citer des cas qui dépassent l'entendement: les Hell's, les Mohawks, Norbourg, l'industrie de la construction...

Mais ce qui occupe le citoyen aujourd'hui est l'affaire Turcotte. À cause de sa conclusion apparemment incompréhensible, il flotte dans l'air une odeur de colère, de vengeance. «Un meurtre, c'est un meurtre. Quelle que soit la raison, il doit payer pour ça», ai-je lu ici.

Je ne sais pas si les gens sont conscients des conséquences de certaines de leurs revendications, mais elle risque d'ouvrir une boite de Pandore et de produire des effets opposés à ce qu'ils réclament.

Les jurés et la notion de citoyen

En estimant que des jurés ne sont pas capables de se prononcer dans des causes complexes, c'est la notion même de citoyen qu'on remet en question. Car derrière l'institution que contitue un jury, il y a cette idée de la justice rendue par les pairs.

Si, comme citoyen, je remets entre les mains de spécialistes le pouvoir de rendre la justice, qui dit qu'elle sera plus juste ou, à tout le moins à mon goût? On le voit à l'occasion dans le cas de verdicts rendus par un juge seul. Remet-on en question cette façon de faire pour autant? De plus, qui dit que des psychiatres mandatés par la Cour seront plus «éclairés» quand viendra le temps d'évaluer un accusé? Comment choisira-t-on ces derniers et qui le fera? On le voit: cette solution n'en est pas véritablement une. Souvent, on reproche à la psychologie et à la psychiatrie d'être des disciplines manquant de rigueur scientifique. Le système actuel permet de faire valoir des idées opposées et de laisser certains citoyens juger.

Trop souvent, on estime que les citoyens n'ont pas de véritable pouvoir, qu'ils n'ont pas de prise sur le monde qui les entoure et là, parce qu'un seul verdict déplait, on voudrait se départir d'un privilège dont on sous-estime la valeur dans le contexte d'un système démocratique.

Si on considère que, comme citoyen, on ne peut pas rendre la justice, quelle sera la prochaine étape: retirer le droit de vote à certains parce qu'ils ne comprennent pas les grands enjeux politiques?

La responsabilité criminelle

Certaines personnes indignées par le verdict dans le procès Turcotte semblent mal comprendre la notion de responsabilité criminelle. La loi ne demande pas que l'individu soit troublé psychologiquement en permanence mais, qu'au moment de poser les gestes qui lui sont reprochés, il ne pouvait distinguer le bien du mal.

De plus, on semble croire qu'un individu atteint de trouble d'adaptation avec humeur dépressive est conscient de son état et peut rationnellement aller chercher de l'aide. Il faut mal connaitre les divers désordres mentaux pour affirmer une telle idée. J'ai frôlé la mort plus d'une fois alors que j'ai connu un épisode dépressif. Je ne m'appartenais plus: la maladie me possédait. Cautionner la pensée des gens dénonçant le verdict Turcotte revient ni plus ni moins à dire que tous les anorexiques, les boulimiques, les dépressifs, les gens abusés sexuellement ou physiquement sont responsables de leur sort parce qu'ils ne vont pas consulter d'eux-mêmes.

Certains - et ils ont une formation médicale - poussent plus loin et estiment qu'un médecin devrait être encore plus conscient de son état et des ressources qui lui sont offertes. J'oeuvre en enseignement. Je côtoie des individus intelligents qu'on doit quasiment forcer à aller chercher de l'aide. Il faut ne pas comprendre du tout ce que sont certains désordres psychologiques pour affirmer une telle chose. Pis encore, en avançant cela, on cautionne l'idée qu'il existe deux catégories de citoyens: les nuls à qui on doit pardonner et les autres - plus instruits - qui sont condamnés à la perfection.  Où est la justice alors?

Les risques de récupération et de faux espoirs

Certaines idées avancées aujourd'hui par les manifestants méritent qu'on s'y attarde. Mieux définir la notion de responsabilité criminelle? L'exercice a été fait il y a quelques années, je crois. Permettre à un avocat représentant les victimes de participer au procès? Pourquoi pas? Donner plus de ressources aux gens victimes d'actes criminels? Assurément!

Sauf que je crains surtout que ce genre de manifestation ne servent de caution à la droite canadienne et québécoise en ce qui a trait à la justice. Le modèle qu'elle propose, et c'est généralement admis, ne fonctionne pas. Il ne réduit pas la criminalité: au contraire, il l'augmente! Pire, dans certains cas, il met de l'avant une justice douteuse comme celle aux États-Unis où l'on condamne à mort des gens intellectuellement démunis.

De plus, ces manifestations créent de faux espoirs.  On ne peut pas réouvrir le procès Turcotte sauf si l'appel du procureur général du Québec actuellement en cours est accepté. Et où trouvera-t-on un jury impartial et juste après tout le battage médiatique et les manifestations qui ont suivi cette affaire? Bien sûr, on peut modifier une loi rétroactivement et demander que Guy Turcotte soit de nouveau jugé mais quel législateur va vouloir le faire dans le présent cas et créer un précédent aussi dangereux?

Je n'ai pas voulu  écrire sur le procès de Guy Turcotte. Il y avait trop d'émotion, trop d'opinions dans l'air. Mais si l'on propose de réformer le système de justice canadien, ce serait une erreur de le faire à partir d'un seul cas sans y réfléchir davantage et ceux qui dénoncent le verdict actuel devraient s'assurer de ne pas créer des injustices à leur tour.

05 août 2011

Joe Nesbo et le refus de la peur

Joe Nesbo est un auteur de romans policiers que j'adore. À la suite des événements survenus en Norvège, il a publié ce texte que je reproduis ici. Parfois, on a plus besoin d'écrivains que de politiciens.
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Quelques jours avant la bombe posée devant le siège du gouvernement et la fusillade de l'île d'Utoya, je discutais avec un ami de la façon dont coexistent en nous la joie de vivre et la tristesse de voir changer les choses. Même l'avenir le plus lumineux ne peut jamais faire oublier qu'il n'existe pas de chemin pour revenir en arrière. L'innocence de l'enfance. Le premier amour. Le parfum de juillet, les brins d'herbe qui chatouillent votre dos en nage juste avant de sauter d'un rocher, pour plonger dans l'eau glaciale d'un fjord norvégien, tandis que votre nez et votre palais s'emplissent des goûts de sel et de glaciers.
Il n'y a pas moyen de revenir à mes dix-sept ans, quand j'étais sur le port de Cannes avec dix francs en poche, et où je regardais deux hommes en uniforme blanc ridicule débarquer de leur yacht avec une femme, un caniche et une carte de crédit. C'est à cet instant que j'ai compris que la société égalitaire que je connaissais n'était pas la règle mais l'exception. Il y a aussi des moments où j'ai écarquillé les yeux devant un Parlement étranger, cerné de soldats armés de fusils automatiques. Une vision qui a provoqué en moi un mélange de découragement et de satisfaction : d'où je viens, on n'a pas besoin de ces précautions-là.
Car je venais d'un pays où la peur de l'autre ne s'était pas définitivement enracinée. Un pays que l'on peut quitter trois mois durant pour assister ailleurs à deux coups d'Etat, une famine, un massacre dans une école, deux attentats et un tsunami, avant de rentrer au bercail et de s'apercevoir en lisant les journaux que la seule chose qui a changé, ce sont les mots croisés. Un pays dont la sécurité matérielle est venue avec la découverte du pétrole dans les années 1970, et dont l'orientation politique définitive a été décidée dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le consensus y est omniprésent, les débats portent sur le meilleur moyen d'atteindre des objectifs qui mettent d'accord la droite et la gauche.
Ce pays là pensait que son intérêt était de rester à l'écart. Il a choisi de ne pas entrer dans l'Union européenne alors que la plupart des petits pays sont prêts à sacrifier leur bras droit pour y adhérer. Les débats idéologiques n'apparaissent que lorsque la réalité environnante se fait trop pressante, lorsque le peuple, composé quasi exclusivement jusqu'aux années 1970 de citoyens ayant les mêmes origines ethniques et culturelles, doit décider si leurs nouveaux compatriotes peuvent porter le hijab et construire des mosquées, et s'il faut envoyer des soldats en Afghanistan et en Libye. Jusqu'au 22 juillet 2011, l'image que la Norvège avait d'elle-même était celle d'une vierge : une nature que les mains humaines n'avaient pas touchée, une société que les maladies de la civilisation n'avaient pas souillée.
Cette vision était surfaite, bien entendu, mais tout de même : en juin, le Premier ministre norvégien, Jens Stoltenberg, un ami commun et moi-même traversons Oslo en vélo pour aller faire un peu d'escalade sur une paroi rocheuse en pleine forêt, le tout sans sortir des limites de cette grande petite capitale. Deux gardes du corps nous suivent, en vélo eux aussi. Nous nous arrêtons à un feu rouge, une voiture se range au niveau du Premier ministre, vitre baissée. Un homme crie son prénom. 'Jens !' Le fait que presque tous les Norvégiens s'adressent à lui en l'appelant par son prénom est une tradition égalitaire qui ne m'étonne plus depuis longtemps.
"Je connais un petit gars qui sera super content de pouvoir te dire bonjour." Jens Stoltenberg sourit et serre la main du petit garçon assis sur le siège passager : "Salut, je m'appelle Jens."
Le Premier ministre coiffé d'un casque de cycliste. Le petit garçon derrière sa ceinture de sécurité. Tout le monde s'est arrêté au feu rouge. Les gardes du corps se tiennent derrière nous à distance respectueuse. Ils sourient. C'est une image de sécurité et de confiance mutuelle. Dans l'idylle sûre de la Norvège de tous les jours. Dans ce que nous considérons comme normal. Comment les choses pouvaient-elles mal tourner ? Nous avions des casques, des ceintures de sécurité, et un code de la route que tout le monde respectaient.
Bien sûr que ça pouvait mal tourner. Ça peut toujours mal tourner.
En février, il y eut les Championnats du monde de ski nordique. Les sportifs norvégiens ont donné le maximum d'eux mêmes et réuni chaque soir pour les remises de médailles plus de 100 000 Norvégiens enthousiastes. Le 25 juillet, 150 000 des 600 000 habitants d'Oslo se sont réunis dans le deuil. Le contraste était frappant. Tout comme les similitudes. Les deux moments ont montré la force presque étonnante des sentiments chez un peuple pour qui la maîtrise de soi est une vertu nationale et qui a toujours à l'esprit de 'garder la tête froide', mais pas 'le cœur chaud'.
Même pour ceux d'entre nous qui avons une aversion naturelle pour l'autosatisfaction cocardière, les drapeaux, les grands mots et les débordements de joie ou de chagrin de la foule, le fait que tant de gens se rassemblent ne peut qu'impressionner. Tous sont venus pour montrer que ces idéaux et ces valeurs dont nous avons hérité et que nous avons considéré petit à petit comme une évidence ont un sens. Ces rassemblements ont voulu signifier au monde que les Norvégiens ne laisseront personne leur enlever leur sentiment de sécurité et de confiance. Nous ne voulons pas perdre ce combat contre la peur.
La volonté est là.
L'autre jour, j'ai entendu un homme pousser un hurlement de rage dans le train. Avant le 22 juillet, ma réaction aurait été de me retourner, voire de m'approcher. C'était peut-être une dispute intéressante sur laquelle j'aurais pu - après un examen objectif des arguments - prendre position. Ou - encore mieux - peut-être y avait-il une femme à défendre et j'aurais sans aucun doute été aidé par d'autres passagers.
Mais ma réaction a été de regarder ma fille, de m'assurer qu'elle était en sécurité, d'évaluer nos possibilités de fuite au cas où l'homme se révélait dangereux. Espérons que cette réaction nouvelle finira par s'émousser avec le temps. Mais je sais qu'elle ne disparaîtra jamais - jamais - complètement. La date du 22 juillet reviendra chaque année, et pour tous les Norvégiens, jusqu'à la fin de leur vie, elle restera comme un rappel que rien ne peut être considéré comme acquis, en dépit des casques et des ceintures de sécurité.
Après l'explosion de la bombe, dont j'ai senti la déflagration alors que j'habite à plus d'un kilomètre de là, et lorsque les informations sur la fusillade d'Utoya se sont répandues, j'ai demandé à ma fille si elle avait peur. Elle m'a répondu en me rapplelant ce que je lui avais dit un jour : "Oui, mais si on n'a pas peur, on ne peut pas être courageux."
Alors s'il n'existe aucun chemin qui permette de revenir en arrière, il y a par contre moyen d'aller de l'avant vers la quiétude naïve de ce qui n'a pas été souillé. D'être courageux. De continuer comme avant. De tendre l'autre joue, tout en posant la question : "C'est tout ce que vous avez trouvé ?" De refuser que la peur modifie la façon dont nous avons bâti notre société.

Toute une déclaration de Mme Marois

Nos politiciens rivalisent d'imagination pour se livrer à des déclarations remplies de... Prenons Sam Hamad, l'actuel ministre des Transports, qui affirme: «Toutes les routes qui sont ouvertes sont sécuritaires.»

Cette fois, c'est Mme Marois qui y va de son grain de sel, en parlant du sinistre des Transports: «Si j'étais là, il ne serait pas ministre.»

Effectivement, Pauline, effectivement. Ça m'étonnerait que tu nommes un Libéral comme ministre...

04 août 2011

Un roman vraiment pénible...

Lancinant et pénible, même.

Il m'a fallu quatre mois d'acharnement pour enfin me dire: «Fini.» Quatre mois où, certains soirs, je lisais deux pages et j'avais atteint ma limite. Quatre mois où j'ai lu cinq ou six autres romans au lieu de terminer celui-ci.

Il faut savoir que je suis un lecteur rapide. Un roman. Une journée ou une nuit. J'ouvre la première de couverture et c'est parti. Tellement rapidement d'ailleurs que mes bouquins ont l'air neufs. Mais celui-ci...

J'ai déjà connu de grandes batailles. Moby Dick entre autres, pour lequel j'ai dû m'y prendre à cinq reprises. J'y ai trouvé de grandes joies, de grands moments. Ulysse, de Joyce, qui n'est pas encore terminé mais que je regarde comme un trésor que je saurai découvrir et comprendre un jour. Sauf que ce roman dont je parle dans ce billet a toutes les allures d'une victoire misérable.

L'abomination a pour titre Métacortex, de Maurice G. Dantec. Qu'est-ce qu'Albin Michel lui trouve pour l'éditer, je me le demande. Une enquête policière longue, sans fin, sans suspens, sinon un peu vers la fin, truffée de détails techniques inutiles, de descriptions sans pertinence. Quelques beaux flashes, dont ce parallèle entre le père nazi et son fils policier ou encore ces ombres revenues des morts. Sauf que. Que. 807 pages de verbiage, de superflu et d'accessoire. Facilement l'impression que 500 pages auraient pu être arrachées sans que le récit n'en souffre.

Voilà. Je l'ai terminé. Je ne vous le recommande définitivement pas. Même le bac de recyclage va rouspéter, j'en suis sûr.

02 août 2011

L'enfant dans la cage - des nouvelles

À la suite d'un commentaire d'un anonyme, j'ai effectué une petite recherche sur ce qui est advenu de toute cette histoire concernant Félix ou l'enfant dans la cage. Et j'ai trouvé quelques textes intéressants! Pour ceux qui ne savent pas ce dont il s'agit, voici un petit résumé des faits, mais cet article brosse un bon topo de l'histoire.


Un petit résumé 


En 2007, une mère effectue une sortie dans les médias régionaux et nationaux, dénonçant le traitement qu'aurait fait subir une enseignante à son enfant. Elle comparait alors l'aire de retrait où était placé son fils à une cage ou à un enclos. Elle y va alors de plusieurs propos et réclame, si je me souviens bien, la démission de cette dernière et de la direction de l'école de son fils. Dans une conférence de presse, l'employeur prend la défense de son enseignante et rectifie, selon lui, certains faits. 


L'enseignante, soutenue par son syndicat, décide alors de poursuivre les parents du jeune élève en diffamation pour une somme de 200 000$.  Ceux-ci répliquent avec une poursuite de 1 670 000$ contre la commission scolaire et l'enseignante, car ils estiment avoir subi des dommages matériels et moraux. Par la suite, le montant réclamé par les parents est ramené à 1 100 000$ tandis que celui de l'enseignante est passé à 275 000$.


Des poursuites ont également été intentées par l'enseignante contre certains médias ayant traité de cette nouvelle et ont fait l'objet d'une entente hors cour à son avantage en novembre 2009. Je ne peux placer un lien vers la source appuyant cette information puisqu'elle indique le nom de l'enseignante concernée et que ce dernier ne peut actuellement être mentionné puisqu'il fait l'objet d'une ordonnance de non-publication dans l'affaire qui nous concerne. 


Maintenant devant les tribunaux


Il importe de préciser que le but de ces deux procès croisés n'est pas à proprement parler de déterminer si l'enseignante a bien agi ou pas dans le cas de Félix, mais davantage si les propos exprimés par les différentes parties étaient diffamatoires et ont causé des préjudices. (ici)


Le juge doit également tenir compte, si j'ai bonne mémoire, de différents facteurs dans sa décision, dont la bonne foi des individus concernés mais aussi leur degré de responsabilité quant à cette situation et des dommages qu'ils ont véritablement subis. Il est difficile effectivement de dédommager quelqu'un qui est responsable de son propre malheur ou qui n'a vécu aucun dommage vérifiable.


Des faits mensongers?


Pour Louise Sinotte, la mère de Félix, le communiqué et la conférence de presse convoquée par la commission scolaire de l'enseignante au coeur de ce litige étaient truffées d'erreurs et ont nui à sa réputation, entre autres lorsqu'on affirmait que Félix avait un comportement perturbateur connu de ses parents et que sa mère aurait refusé plusieurs services offerts pour aider ce dernier. (ici)


Tout d'abord, et c'est un phénomène quasi universel, je remarque que certains parents ont de la difficulté à voir la réalité quand on parle de leur enfant. Pour sa mère, Félix est «semblable aux autres» et elle soupçonne que certains commentaires négatifs à l'égard de son fils auraient été ajoutés dans le carnet de ce dernier après que les procédures judiciaires aient été intentées. Accuser quelqu'un d'avoir falsifié une preuve est une accusation grave. De plus, elle qualifie de «manquements mineurs» le comportement d'un jeune qui ne lève pas la main pour prendre la parole en classe, qui perd son temps et qui dérange souvent.

Ce qu'on apprend aussi, c'est que Félix aurait eu des comportements violents à quelques reprises, ce que la mère a tenté de minimiser. Il aurait notamment eu un comportement dérangeant dans l'autobus scolaire qui a entrainé un suspension de deux jours d'école. Puis, il se serait aussi battu avec un élève de sa classe à qui il aurait asséné un coup de chaise. (ici)

On apprend également que la mère de Félix aurait refusé la reconduction à deux reprises de services destinés à son fils si l'on se base sur les témoignages d'un orthopédagogue et d'un agent de réadaptation. (ici)


Pour sa part, Félix se décrit comme un enfant normal, ne présentant aucun problème de comportement. Il ne se rappelle pas avoir été un élève dérangeant ou violent, à part un coup de poing donné dans le dos d'un confrère de classe, alors qu'un ancien camarade dit plutôt de lui qu'il se chamaillait souvent. Il ne se souvient pas non plus avoir bénéficié pendant plusieurs mois des services d'un orthopédagogue. (ici)


Pour le frère jumeau de Félix, qui était dans la même classe, la chose est assez simple: «Je crois qu'elle ne l'aimait pas. Elle était méchante et préférait les filles aux garçons, c'était clair.» (ici)


Pour l'enseignante, les parents ont tenu des propos diffamatoires en affirmant que l'enfant était placé dans une cage ou un enclos, que le jeune y était gardé en permanence et que cette mesure avait débuté le 9 janvier 2007 et non le 19 janvier. (ici)


Déjà, diverses photos ont bien montré que les termes employés par les parents pour désigner l'aire de retrait où Félix était assignée sont exagérés puisqu'il ne s'agissait pas d'un endroit clos. Par contre, il faut noter que les médias ont retenu la photo qui donnait à penser qu'il s'agissait d'une cage en treillis de bois fermée. Un autre angle aurait présenté cette réalité bien différemment. (voir les deux photos dans ce billet)


Maintenant, pour ce qui est de savoir si Félix a passé ses journées complètes à l'école dans cette aire de retrait, on a affaire ici à des versions contradictoires, comme on pouvait s'y attendre. Le juge aurait à trancher entre celles de l'enseignante et de sa direction et celles de Félix, de son frère et d'un camarade de classe. Il aurait été intéressant que d'autres adultes aient été convoqués en cour à cet effet, ce qui aurait permis d'éclairer cette zone d'ombre.


En ce qui a trait à la durée du retrait et du moment où les parents ont eu connaissance de cette mesure, on est davantage dans une situation où, manifestement, la direction de l'école et l'enseignante sont dans une position vulnérable parce qu'elles ne se sont pas assurées d'une communication efficace avec les parents. 


Dans les cas litigieux ou qu'on sent qu'ils deviendront problématiques, il est préférable de tout noter sur  l'élève: copie, retenue, réprimande, etc. Un adjoint de mon école appelle cela «monter un dossier». Également, il vaut mieux toujours avoir des communications écrites. Certains enseignants favorisent des notes au carnet scolaire que le parent doit signer. Pour ma part, je recommande davantage des lettres que l'élève doit ramener signées des parents à son enseignant. Je peux ainsi les garder en ma possession, contrairement au carnet de l'élève


Dans l'histoire de Félix, c'est davantage un récit d'horreurs. Voici quelques exemples tirés des articles que j'ai pu lire.


L'enseignante aurait tenté de téléphoner aux parents pour les informer de son projet mais en vain. Elle leur a donc envoyé une note écrite. Elle n'a pas eu de leurs nouvelles avant le 6 février vers midi. (ici)

Quant à la note qu'elle a écrite aux parents dans le carnet de route de l'enfant pour leur annoncer l'existence d'une aire de retrait, celle-ci ne contenait pas les mots «aire de retrait». L'enseignante avait plutôt écrit que l'enfant travaillait désormais en arrière de la classe pour ses travaux individuels. (ici)
L'enfant a répliqué qu'une fois la situation décrite, il croyait que sa mère avait compris, alors qu'elle avait plutôt imaginé que son fils ne voyait pas bien au tableau en raison d'une poutre, et non d'un treillis. (ici)


C'est pourquoi elle (la mère) n'a pas cherché à entrer en contact avec l'enseignante pour en savoir plus, croyant plutôt que s'il y avait quelque chose de grave, celle-ci la contacterait. (ici)


Ce n'est qu'une fois la découverte de l'aire de retrait, le 6 février 2007, qu'il en aurait été question avec la directrice de l'école. (ici)


L'enseignante a admis ne pas avoir parlé des problèmes académiques et de comportement du petit garçon à Mme Sinotte en septembre et octobre 2006 et ce, même si elle l'a rencontrée. (ici)


En novembre, elle a par contre soutenu avoir proposé à Mme Sinotte l'aide d'un psychoéducateur pour son fils, aide qui a été refusée. Toutefois, cette proposition a été faite verbalement et non par écrit. (ici)


Et il faut rappeler que tout cela serait arrivé alors que le jumeau de Félix, pourtant dans la même classe et doté d'une bonne capacité d'expression en français, n'aurait pas été capable de raconter correctement la situation vécue par son propre frère à ses parents. (ici)


Faire son propre malheur?


Lorsqu'on poursuit quelqu'un en diffamation, un autre aspect important est de savoir si on a contribué à son propre malheur ou pas. Dans le cas qui nous concerne, c'est un point que l'avocat de l'enseignante a tenté d'exploiter, comme on le verra.


Tout d'abord, on pourra toujours s'interroger sur la pertinence du recours à des médias dans certaines situations.


Dès la «découverte» de cette situation, les parents de Félix se sont rendus à son école avec un appareil-photo. «Ils étaient fâchés et criaient après moi en disant que ça n'avait pas de bon sens de faire travailler un enfant là. Ils trouvaient ça abominable. J'étais bouleversée. Je ne comprenais pas trop car je trouvais ça invraisemblable», a affirmé en cour l'enseignante. (ici) La mère de Félix affirme qu'elle ne savait pas, à ce moment, que le couple ferait appel aux médias, même si elle avait pris des photos.


Deux jours plus tard, les parents font part de cette situation à un média télévisé (ici). Par la suite, pendant plusieurs jours et sur plusieurs tribunes médiatiques, ils répéteront à bon nombre de reprises les propos qui leur sont reprochés dans le cadre de ce procès. (ici) De mémoire, ils remettent même aux médias les photos qu'ils ont prises à l'école.


Dans son témoignage, la mère de Félix affirme avoir agi ainsi dans le but de dénoncer la situation vécue par son fils et de pousser la commission scolaire à le retirer de l'aire de retrait. «Nous avons suivi l'ordre des choses. Nous sommes allés voir l'enseignante, la direction de l'école et nous avons contacté la commission scolaire. Nous avons été très patients. La situation était inacceptable.» (ici) Elle reconnait cependant qu'elle a accepté que son fils et elle soient filmés et photographiés. Si on lui avait proposé de masquer son visage, elle aurait accepté, dit-elle.  (ici) 

Pour sa part, il est vrai que la commission scolaire a diffusé un communiqué et tenu une conférence de presse où elle aurait, selon les parents de Félix, tenu des propos diffamatoires. (ici) Elle s'est cependant abstenue d'identifier les parents ou l'élève concerné pour les raisons légales que l'on sait. (ici)


Les préjudices subis?

Actuellement, à partir des textes que j'ai lus, l'enseignante semble avoir davantage démontré les préjudices qu'elle a subis que les parents de Félix. Si toutes le parties impliquées dans ce procès ont témoigné avec émotion (ici), cette dernière bénéficie en effet d'une expertise psychologique, contrairement à la mère. (ici)

D'après le Dr Pierre Vincent, médecin psychiatre, l'enseignante a éprouvé des troubles d'adaptation avec humeurs anxio-dépressives se traduisant par une perte d'estime de soi, des troubles du sommeil, des difficultés à respirer, de la panique, du stress aigu, d'hypervigilance et une perte d'appétit. Il faut savoir également que cette dernière a été victime de menaces de mort jugées suffisamment sérieuses pour que le service de police de sa région instaure des patrouilles supplémentaires près de sa résidence. (ici)

Pronostics sur le jugement


Ce qui m'interpelle dans toute cette histoire, c'est que des parents poursuivent une enseignante pour les torts qu'ils auraient subis, mais qu'ils ne se soucient pas de réclamer quoi que ce soit pour leur propre enfant. Si Félix a été victime d'un comportement inapproprié, il a pu en subir des conséquences qui méritent une compensation, non? Or, ici, nulle trace véritable de l'enfant au centre de toute cette histoire.


Aussi bien vous le dire, dans l'état actuel des choses, il ne fait aucun doute dans mon esprit que l'enseignante de Félix est en excellente position dans ce procès. Il faut aussi savoir qu'elle a remporté deux autres «causes» reliées à cette affaire.


La première a trait à une ordonnance de non-publication interdisant que son nom soit mentionné dans les médias concernant cette affaire et que j'ai tenu à respecter ici. La seconde relative à une entente hors cour qui a été conclue avec différents médias dans le cadre d'une autre poursuite en diffamation et qui fait d'ailleurs l'objet d'une clause de confidentialité. (ici) C'est, à mon avis, pour cette raison que vous n'aurez plus un mot de cette affaire dans un média de l'empire Quebecor.  


On ne peut que sursauter quand on lit que l'avocat des parents de Félix, Me Julius Gray, affirme que la plainte de l'enseignante n'est qu'une procédure civile abusive dont le seul objectif est de supprimer la critique à l'égard des professeurs. (ici) Tout d'abord, comment Me Gray qualifierait-il la campagne médiatique entreprise par ces deux parents? Ont-ils agi correctement afin de corriger la situation qu'aurait vécue leur enfant? Ensuite, quels mots utiliserait Me Gray pour parler de leur recours de 1 100 000$ contre l'enseignante de Félix et la commission scolaire qui l'emploie? On parle d'une somme cinq fois supérieure à celle demandée par l'enseignante!


S'il est vrai qu'il est exceptionnel qu'un syndicat défraie les couts de l'avocat d'un enseignant dans une telle cause, j'hésite à me réjouir de la tournure qu'ont prise tous ces événements. Peu importe qui gagnera, on retrouvera surtout des perdants dans les deux camps. Sauf qu'il était grand temps, selon moi, qu'un syndicat appuie un enseignant victime d'un tel comportement de la part de certains parents et de certains médias.


Est-ce que toute cette histoire aurait pu se régler à l'origine avec une communication plus efficace et de la meilleure volonté? Honnêtement, à la lumière de tout ce que j'ai lu, je ne le sais pas. Est-ce que les médias y penseront à deux fois avant de rapporter les propos de parents sans vérifier leurs dires? Là aussi, j'en doute encore. Ils oublieront la leçon, croyez-moi.

01 août 2011

Réseau routier au Québec


Sam Hammad va bientôt rassurer la population en affirmant: «Je demeure convaincu que le tunnel Hippolyte Lafontaine ne s'effondrera pas.»

Vaut mieux rouler sur du plat que de se faire aplatir...

(source de l'illustration: http://yfrog.com/z/kiy76rmj)

Se défendre aux petites créances ou attaquer?

Cette nouvelle de ce matin est assez révélatrice.

Un élève baveux a poursuivi aux petites créances un enseignant excédé qui l'a giflé en classe. Il réclamait 7 000$: il en a obtenu 500$.

Baveux l'élève parce que:
- le jeune a dérangé le prof tout au long de son cours en faisant des blagues et des mimiques;
- le jeune a dit à son enseignant qu'il risquait de perdre son emploi;
- le jeune avait une si mauvaise réputation que certains profs refusaient de lui enseigner;
- le jeune a demandé le montant maximal possible aux petites créances.

Révélatrice maintenant parce que le jeune a pu faire suer ses profs au point d'en amener un à poser un geste répréhensible. L'expression «Cherches-tu une claque sur la gueule» prend ici toute sa saveur. Or, selon la Cour, il faut savoir: «Le comportement du demandeur ne peut être vu objectivement comme une provocation justifiant la bousculade et la gifle que le défendeur lui a assénée. »

Ce qui est intéressant maintenant est que je me demande quand des enseignants vont utiliser les petites créances pour poursuivre les élèves qui les bousculent, les frappent, leur crachent au visage. Dans la même veine, des élèves ayant un comportement intimidant ou harcelant pourraient également avoir droit à la même médecine.

30 juillet 2011

Enseignant: un métier risqué

Je vous ai déjà parlé du cas d'Henri Fournier, cet enseignant qui a été accusé d'attouchements sexuels par des élèves dont il avait la responsabilité. Celui-ci a alors été suspendu sans salaire en se basant sur une clause d'exception qu'on retrouve dans la plupart des conventions collectives du Québec. Il a fallu un an et demi pour que ce dernier soit acquitté des accusations portées contre lui, un laps de temps assez court quand on connait la célérité de la justice québécoise. Quand est venu le temps de récupérer son salaire dont il estimait avoir été injustement privé, l'employeur de cet enseignant a refusé de le lui verser. Il est donc allé en arbitrage.

Dans une décision de la Cour supérieure du Québec récemment rendue publique, on apprend que la CS n'aura pas à rembourser ce salaire à son employé. La juge invoque le fait que les conditions imposées par le tribunal à l'époque (et dont la CS n'était pas responsable) interdisaient à toutes fins pratiques à cet enseignant d'exercer son travail mais aussi parce que son employeur pouvait aller de l'avant avec une clause d'exception prévue à cet effet, attestant qu'elle subissait «un préjudice important compte tenu des accusations portées contre le plaignant.»

Henri Fournier devra donc finalement songer à poursuivre la CS pour la façon dont elle a mené ce dossier à l'école, les forces policières qui ont effectué l'enquête et les parents des jeunes qui l'ont accusé s'il veut récupérer son plein salaire et toucher des indemnités pour les préjudices qu'il a subis. Dans les deux premiers cas, il aura à prouver la négligence de ces derniers. Je souhaite de tout coeur qu'il trouvera la force de livrer ce combat. Mais l'homme est brisé, exténué par cette longue lutte. Il faut savoir aussi ce dernier a été arrêté chez lui et emprisonné pendant une semaine, une semaine durant laquelle il a appris qu'un contrat avait été mis sur sa tête par des co-détenus pour lui régler son compte...

Si vous pensez que votre employeur est là pour vous protéger, détrompez-vous. Cet enseignant de 31 années d'expérience n'avait aucune tache à son dossier. Il a été sacrifié sur l'autel des apparences par une direction paniquée et une CS soucieuse de son image.

Une dernière question: dans tous les articles que j'ai lus pour écrire ce billet, je note qu'on mentionne que ce prof a dû défrayé des honoraires d'avocats de 80 000$ pour se défendre. N'a-t-on pas un syndicat pour   nous appuyer dans de telles situations?

(Trois autres textes en lien avec cette affaire: ici, ici et ici)