28 décembre 2006

Le bulletin réformé vaut-il un «E»?

La nouvelle ne fera pas tous les journaux, mais un récent sondage SOM montre que 87% des Québécois sont favorables au bulletin d'avant la réforme avec des notes et des moyennes de groupe. Seuls 5% des gens consultés se disent en faveur du bulletin renouvelé. Ces chiffres sont quand même éloquents.

Il faudrait bien sûr en connaître davantage sur la façon dont ce sondage a été effectué, mais il semble que le ministère de l'Éducation, du Loisir, du Sport, de la Chasse et de la Pêche a un gros travail d'éducation populaire à faire et que les récentes manoeuvres médiatiques du ministre Fournier n'ont pas eu les effets escomptés.

Pour en savoir davantage:

http://lcn.canoe.com/lcn/infos/national/archives/2006/12/20061228-095835.html

7 commentaires:

Marchello a dit…

À propos des pensions des professeurs. Vous ferez pas brailler personne..... Allez courage.

Alexandre a dit…

Je n'ai pas eu la chance de voir l'un de ces nouveaux bulletins, mais il ne faut pas oublier que s gens (les parents) sont habitués à un type de bulletin. Changer les méthodes d'évaluation (m'enfin, de montrer les évaluations de leurs enfants) ne leur plaît peut-être simplement pas.

le professeur masqué a dit…

M. Alexandre,

Vous avez bien raison de souligner que les gens sont parfois réfractaires au changement. C'est au ministère de l'Éducation d'assumer son leadership pédagogique et de bien vendre le bulletin renouvelé aux parents et à la population en général. Et, avec un brin de méchanceté, je dirais qu'on voit bien les capacités pédagogiques du MELS...

Philippe a dit…

Quel est le problème avec un bulletin avec des notes? Ah oui! Il ne faudrait surtout pas comparer l'élève aux autres (moyenne) ou à un mécanisme de barême. La compétition, l'atteinte de l'excellence, ce n'est pas bon pour ceux qui ne peuvent pas y parvenir.

Le problème avec les notes? C'est qu'on n'accepte pas qu'on n'est pas tous pareils (syndrôme du modèle québécois?). En d'autre mots: il y a des perdants et des gagnants; tous ne peuvent pas être bon en math. Tous ne peuvent pas réussir. C'est une utopie (même en Alberta il y a des sans emplois - et pourtant...).

Cette réforme est l'aboutissement d'un long processus de l'effritement de l'excellence au sein de l'école publique. Lorsque j'étais au secondaire (public), les groupes étaient formés selon la moyenne académique. Cela faisait en sorte que les motivés étaient avec les motivés et que l'ambiance de la classe était au travail. Et les autres... Eh bien... C'est ça qui était ça.

Aujourd'hui, de tels groupent n'existent plus, car cela dévalorisait ceux qui étaient "moins bons". On a donc mélangé des "cancres" au sein de groupe "meilleurs" réduisant ainsi le calibre des "bonnes" classes.

L'éducation ne peut pas s'enseigner avec le plus petit dénominateur commun. Sinon, ça donne ce que ça donne présentement et futurement. Sur un jeu d'échec, il y a plus de pion que de "fous"... Ce ne sont pas les pions qui seront les leaders de demain.

Pourquoi alors pensez-vous qu'une majorité de parents souhaitent envoyer leurs enfants à l'école "privée"?

Le problème n'est pas que les gens soient réfractaires au changement. Les gens sont avant tout rétissents au manque de contenu, bref à ce qui est loin d'être concret.

Et maintenant la question à 3 cennes. Mon âge, mon niveau de scolarité et ma profession.

Le professeur masqué a dit…

Merci pour ce long billet, M. Philippe! Je ne peux y répondre, hélas! de façon brève.

En soi, ce bulletin est le reflet de toute la nouvelle façon d'enseigner. Plus que les chiffres, les lettres ou les moyennes de groupe, il détermine ce qui doit être évalué et comment on doit l'évaluer.

Ainsi, la notion de compétence a fait son apparition à la grande crainte de ceux qui s'intéressent aux connaissances. En théorie, l'un n'exclut pas l'autre, mais la façon dont le MELS nous a présenté le renouveau pédagogique a fait naître des craintes justifiées dans nos esprits de pédagogues. Pour les conseillers pédagogiques et certaines directions d'école, il fallait mettre au rancart tous nos anciens modes d'évaluation et ne fonctionner que par projet. Quarante ans de pédagogie était ni plus ni moins obsolète! Donc, finis les tests à choix de réponse, les examens conventionnels et tout le reste. On devait impérativement ne favoriser que le travail par équipe et la résolution de problèmes. Quelle absurdité!

Depuis quelque temps, le discours s'est adouci un peu et les mots «examens» et «connaissances» ne sont plus tabous. Mais ce qu'il en a fallu des débats et de l'énergie pour arriver à ce changement, débats et énergie qui auraient pu servir à enrayer le décrochage scolaire, la violence à l'école, etc.

Le bulletin réformé refuse les moyennes parce que l'élève doit se comparer à lui-même, à son potentiel. En soi, l'idée est bonne si l'enfant a suffisamment de maturité ou des parents qui le suivent dans son parcours scolaire. En effet, la motivation d'apprendre devrait venir de l'intérieur et l'on devrait davantage s'évaluer en fonction de ce qu'on a comme potentiel. La comparaison avec la moyenne d'un groupe est un couteau à deux tranchants. Prenons l'exemple d'un élève fort dans un groupe faible. Il pourrait moins travailler parce que son écart à la moyenne est grand alors que, s'il était dans un groupe plus fort, il serait peut-être dernier de classe. Mon enfant vit cette situation cette année et il a fallu lui faire comprendre que la moyenne de groupe est parfois un mirage.

En fait, au-delà du bulletin, le véritable problème est l'évaluation. Je lisais récemment sur un blogue (et j'ai vérifié par la suite) qu'un élève peut faire autant d'erreurs qu'il y a de mots dans sa production écrite et malgré tout «réussir» (si ce mot conserve son sens), être réputé compétent en écriture. Il y a quelque chose qui cloche, non?

Donc, plus que les lettres, les notes ou les moyennes, c'est ce qu'on évalue et comment on l’évalue qui est le noeud du problème. Qu'un enfant ait A, 1 ou 90%, s'il ne sait pas écrire convenablement, c'est là qu'on devrait être scandalisé.

Par contre, il est vrai, comme vous l'avez souligné, que certains se servent de ce bulletin pour éviter la comparaison et ne pas nuire, croient-ils, à l'estime de soi des élèves. Quel mauvais service ils leur rendent puisqu'un jour, ces derniers affronteront la VRAIE réalité et vivront tout un choc à force d'avoir été protégés... pour leur bien.

Enfin, je dois vous avouer que je ne suis pas à l'aise avec votre devinette. Mon père de 77 ans n'avait qu'une sixième année, je crois, et écrivait mieux que mes élèves de cinquième secondaire. Je me méfie donc de ce genre de jugement implicite souvent teinté de préjugés. Je préfère connaître et apprécier les gens pour ce qu'ils sont et ce qu'ils font.

Philippe a dit…

C'est comme le virage ambulatoire: c'était beau sur papier, mais il fallait s'y préparer avant de l'implanter, et surtout, accompagner la réforme de bidoux. Deux règles qui ne furent guère respectées.

La notion de compétence et de connaissance est intéressante. Quel est l'objectif de la scolarisation? L'acquis de connaissances ou la maîtrise de compétence? Ou finalement, les deux ne sont-ils pas intimement reliés? Ou alors est-ce les deux grandes solitudes de madame Jean? (hi hi hi)

À la bonheur si les bonzes du ministère ont fini par tendre l'oreille aux premiers intervenants afin d'ajuster le discours!

Comparer l'élève à lui-même est un concept intéressant tant qu'il ne devient pas exclusif puisque la réalité de notre société est tout autre.

À ce sujet, j'ai d'ailleurs une certaine inquiétude. Ne sommes-nous pas en train d'éloigner du monde réel nos futurs travailleurs? Un employeur recherche les meilleurs éléments. Et pour se faire, il les compare les uns aux autres. La vraie vie, c'est la jungle, une féroce compétition où les puissants piétinent les faibles (malgré nos lois). On est malheureusement loin du concept des poussineaux et poussinettes (ce cher Martineau...)!

Et c'est sans parler du choc que subiront ceux qui choisiront de poursuivre leurs études à l'université. Car à l'heure actuelle, la cote Z est omniprésente pour la sélection des collégiens à un programme universitaire. D'ailleurs, comment font à présent les collèges pour admettre les étudidants dans les programmes contingentés s'il n'y a plus de cote R?

Pouvons-nous oser comparer un cours académique à une discipline olympiade où il n'y aurait plus d'or, d'argent et de bronze?

Cela mène à une question plus profonde: le véritable objectif de l'école. Former pour "former" (ou de façon plus belle - développer l'âme) ou alors former pour répondre à des besoins de société, et donc, du marché des entreprises?

Du côté du travail d'équipe, c'est une bonne chose: apprendre à nos jeunes à interagir avec ses pairs. Mais... (il y a toujours un 'mais') Malgré ce que peuvent affirmer les entreprises, ces dernières n'aiment le travail d'équipe, même si c'est un thème omniprésent. Qui dit travail d'équipe, dit force et esprit d'équipe, donc groupe qui fonctionne surper bien, mais qui peut se retourner contre son boss. Et ça y en être mauvais!

C'est vrai que la moyenne est un danger lorsque le "tri" des élèves est mal fait. Mais alors le véritable problème n'est pas la moyenne, mais bien la manière dont sont agencées les classes (et même les écoles).

Comme vous dites, peu importe le système d'évaluation si l'élève est capable de passer à travers les mailles du filet.

Pour la boutade de la fin, j'ai 27 ans avec un DEC de technicien en électronique.

Mais là, yé tanné de ce fère bocé fac ke la y va devnir partner din une business ;-)

Zed Blog a dit…

Quel poisson a-t-on voulu attraper, quel caribou liquide a-t-on chassé, à quoi joue-t-on et quel est ce sport pour lequel je n'arrive pas à développer de connaissances transversales?

Les barres parallèles, il semble. Jamais ne se rencontreront ces gens qui vivent à l'intérieur de leur bulle éthérée et nous, professionnels, parents ou simplement population concernée.