Cher Renart (et à tous, bien sûr),Tant qu'à me voir banni du serveur de la CSDM, amusons-nous un peu aujourd'hui....
Le début mai est marqué par la Fête des travailleurs. C'est aussi vers ce moment de l'année que les élèves de cinquième secondaire doivent affronter l'examen ministériel d'écriture. Affronter est un terme peut-être un peu fort, tout de même...
Comme l'ont relevé certains articles de La Presse, la réussite à certains critères de cette épreuve atteint des proportions similaires aux élections soviétiques. Mais comment expliquer un tel succès alors que certains jeunes peinent pourtant à écrire correctement leur langue maternelle?
C'est bien simple: cet examen est conçu pour être réussi par le plus grand nombre possible d'élèves, qu'ils sachent écrire correctement ou pas. L'important, c'est de décerner des diplômes et d'envoyer les petits sur le marché du travail. Pour les autres, des cours de rattrapage sont prévus au cégep et même à l'université. Rattrapage après 13 années d’enseignement du français et deux épreuves ministérielles qui sont supposées valider la maitrise de la langue…
On pourra toujours s'interroger sur la pertinence d'écrire correctement sa langue maternelle pour occuper certains métiers. Il n'en demeure pas moins qu'on fait croire aux jeunes qu'ils maîtrisent leur français en leur donnant aussi mensongèrement 85% à une épreuve terminale.
J'ai souvent lu des témoignages de jeunes qui s'estimaient floués par un système d'éducation qui lui remettait un diplôme pour ensuite les recaler. Ils ont bien raison.
Je les ai souvent vus partir pour le cégep et se casser la gueule dès leur première session parce qu’ils ne possèdent pas les compétences-connaissances nécessaires à leur réussite. Mais qui s’en soucie? Sûrement pas ceux leur décernent un diplôme de la sorte.
Une formule gagnante : le cahier de préparation
Afin de s'assurer que le plus grand nombre d'élèves réussissent cet examen, on leur confère certains avantages majeurs.
On remet tout d'abord un cahier de préparation aux élèves. Ce dernier contient des textes à partir desquels ils devront écrire un texte argumentatif d'environ 500 mots.
Le gag, si c'en était drôle, c'est que ce cahier révèle immédiatement une partie du sujet qui sera abordé. Cette année, par exemple, il y avait de fortes chances que le sujet porte sur la gestion des déchets. Pourquoi? Tout d’abord le titre du cahier est «Parlons poubelles!» Ensuite, il écrit dans le cahier qu’une partie du sujet portera sur ce sujet :
«Au cours des prochains jours, on vous demandera de réfléchir et de prendre position, en tant que jeune citoyen ou citoyenne, sur la gestion des déchets au Québec.»
On suggère même à la même page des activités qui pourraient servir à l’écriture du texte :
«La première vous amène à prendre conscience du problème de l’élimination des déchets. La deuxième vise votre gestion écologique des déchets dans le quotidien. La troisième vous propose certains textes sur cette problématique et ses différentes dimensions telles la réduction, la réutilisation, le recyclage, la valorisation des matières résiduelles, etc.»
Et devinez finalement quel a été le sujet de rédaction? Donnez votre opinion sur les mesures mises en place pour gérer les déchets. Quelle surprise!
L'avantage pour l'élève est donc qu'il pourra écrire une partie de son texte et l’apprendre par coeur, anticiper les aspects de celui-ci, ses arguments, etc. On voit ainsi des élèves qui 50% dans l’année bondir à 75% au ministère.
Combien d’élèves ont écrit à l’avance un sujet amené et l’ont corrigé avec un proche ou à l’ordinateur vous croyez? Combien me l’ont montré en voulant que je le corrige?
Ensuite, et cette année, cela est plus vrai que jamais, chaque texte est résumé en une phrase au début de celui-ci. On s’assure dans certains cas de préciser clairement la fonction de l’auteur du texte.
- «Comment pouvons-nous diminuer l’accumulation des déchets dans les dépotoirs? Une spécialiste du recyclage et de l’environnement nous en informe dans l’extrait qui suit.»
- «Les emballages des produits contribuent à l’augmentation des déchets. Peut-on arriver à réduire le volume de ces emballages?»
- «Les déchets électroniques posent un problème croissant pour l’environnement et la santé publique partout dans le monde.»
- «Une enquête fouillée de François Cardinal, journaliste spécialiste en environnement au quotidien La Presse, fait ressortir des lacunes relativement à la gestion des déchets au Québec.»
D’ailleurs, chaque texte est introduit par un signet. Cette année, ils sont moins révélateurs, mais je me souviens d’une fois ou il indiquait carrément des aspects à traiter.
Bref, dire que tout le travail est prédigéré serait donc près de la réalité.
Ce cahier est évidemment remis aux élèves qui peuvent le travailler pendant près d'une semaine avec un ami, un parent. Quoi de mieux d’ailleurs qu’un parent enseignant de français quand vous êtes Fille masquée! On ne mesure donc pas la capacité des élèves à comprendre des textes, mais plutôt leurs habiletés sociales ou leur entourage familial.
Dans ma classe, les forts se sont regroupés entre eux et n’ont admis qu’un petit nombre d’élèves en difficulté au sein de leur cénacle. Sur quelle base aurais-je lu les obliger à faire autrement? Soyez gentils… Vous me faites de la grosse pé-peine, là…
Dans la même veine. il est d’ailleurs étonnant que des élèves n’aient pas encore créé un blogue pour échanger leurs informations sur ce cahier. Les accuserait-on de plagiat comme l’a fait une université canadienne dans un cas similaire? Même mes amis d’Atheex n’y ont pas pensé. Oh! Il existe bien quelques forums de discussion sur MSN, mais rien de très sérieux.
Une autre formule gagnante : la feuille de notes
Afin de pouvoir utiliser des arguments solides et précis, on permet à l’élève de retranscrire sur une feuille de notes les extraits tirés des textes qu’il juge pertinents.
Il peut aussi ajouter certains éléments afin de l’aider dans sa correction comme en fait foi cette consigne :
«Après avoir lu et annoté les textes, inscrivez les éléments d’informations susceptibles de soutenir votre argumentation : mots-clés, citations et références, positions d’experts, schémas et définitions. Vous pouvez également y noter des éléments qui vous seront utiles pour vérifier et améliorer la qualité de votre texte (vocabulaire, syntaxe, ponctuation, orthographe d’usage et grammaticale, organisateurs textuels)».
Un élève futé pourra toujours caché au sein de sa feuille de notes des informations qui seraient interdites. De toute façon, à toutes fins pratiques, ces feuilles ne sont pas vérifiées efficacement. Certaines contiennent de milliers de mots, vous imaginez le travail!
Elles ne sont pas envoyées au MELS, le prof qui surveille l’examen n’a souvent aucun idée de ce qu’on doit y retrouver et les zélés comme moi qui demandent à avoir la possibilité d’être libéré pour vérifier les feuilles de notes de ses élèves se heurtent parfois à une direction qui trouve que ça coûte cher.
Oh! On prend soin de préciser que «cette feuille de notes ne doit contenir aucun texte déjà rédigé par l’élève.» Mais j’en ai vu qui ont utilisé avec brio une succession de mots-clés pour y «cacher» leur introduction et des passages importants.
Bref, la porte est toute grande ouverte, les amis… et, on le verra, quelqu’un au MELS a eu la bonne idée cette année de l’ouvrir encore plus.
Dictionnaire et grammaire
Il faut aussi savoir que les élèves rédigent leur texte en ayant la possibilité de consulter un dictionnaire et une grammaire. On s’étonne toujours du nombre de fautes qu’ils commettent quand on sait qu’ils ont droit à ces deux outils.
Là encore, demander à vérifier les dictionnaires ou les grammaires lors d’un examen afin d’identifier certains tricheurs relève de la persévérance. En une heure, chez nous, un prof doit vérifier une centaine de feuilles de notes et autant de dictionnaires et d’ouvrages de références.
Et quand on met la main sur un tricheur, rien n’indique qu’il sera sanctionné. D’expérience pour l’avoir vécu, un adjoint décidera de ce qu’il convient de faire alors que les consignes au surveillant indiquent pourtant que l’élève est immédiatement expulsé du local d’examen.
En plus de la porte, on s’assure également d’ouvrir les fenêtres au cas…
La tricherie
Dire qu’on peut tricher à cet examen est un euphémisme, on l’a vu. Mais il existe d’autres façons de parvenir à fausser les résultats obtenus lors de cette épreuve.
Avec le palmarès des écoles, la compétition est féroce entre certaines écoles pour être première au tableau d’honneur. Si les règles du MELS précisent que les enseignants ne peuvent pas aider directement les élèves à la préparation de cette épreuve spécifique, cette consigne n’est pas toujours suivie rigoureusement. De même pour la vérification de la feuille de notes.
Je me souviens de ces copies ou tous les élèves connaissaient le nom du ministre fédéral de la Justice. On m’a indiqué que, cette année, dans une école de ma CS, un prof aurait permis aux élèves de retranscrire le plan complet du texte sur leur feuille de notes. Pourquoi pas, après tout?
Le progrès technologique est aussi au service des tricheurs. Il y a deux ans, certains élèves de mon école connaissaient le sujet complet de l’examen une heure et demie avant la tenue de l’épreuve. Un ami d’une école voisine qui commence plus tôt est allé au petit coin et a transmis la précieuse information grâce à la magie du téléphone cellulaire. Simple. Efficace.
La CS a eu vent de l’affaire et a corrigé la situation. Est-ce le cas ailleurs?
Et pourquoi ne pas faciliter les choses!
On compare souvent les résultats des élèves d’une année à l’autre. Mauvaise idée! En effet, cette comparaison est fautive parce que le MELS change les conditions dans lesquelles celui-ci est administré.
Par exemple, l’année dernière, on a allongé de 15 minutes le temps dont peuvent bénéficier les élèves parce qu’on a remarqué que plusieurs d’entre eux manquaient de temps. Au lieu de remarquer qu’ils étaient plus faibles et que l’épreuve les dépassait, on leur facilite les choses!
De même, cette année, sans avoir averti les enseignants, le MELS a décidé de permettre aux élèves de pouvoir retranscrire des marqueurs organisationnels sur leur feuille de notes. Au début, ils ne m’ont pas cru quand je leur ai annoncé la nouvelle tellement elle semblait incroyable.
L’impact d’une telle décision est évidemment que les choses seront plus faciles pour nos jeunes puisqu’ils pourront écrire les organisateurs textuels suivants :
Devant ce problème
Pour ma part,
Premièrement
En effet
C’est-à-dire
Par exemple
En fait
Il faut
Deuxièmement
Ainsi
En d’autres mots
Pour conclure
En premier lieu
En second lieu
Ajoutez à cette liste les mots-clés, les citations et références, les positions d’experts, les schémas et définitions de vocabulaire, les éléments de syntaxe, de ponctuation, d’orthographe d’usage et grammaticale et vous obtenez rien de moins qu’un texte à numéros. Dur, dur d’échouer…
Je pourrais aussi vous entretenir de la correction de cette épreuve et des critères d’évaluation du MELS, mais j’en ai assez pour aujourd’hui.
De toute cette mascarade, je ne retiens qu’une chose et elle est un baume sur mon cœur d’enseignant. Le sujet du texte était la gestion des déchets. Un de mes élèves m’a fait remarquer que le ministère de l’Éducation ne prêchait sûrement pas par l’exemple. En effet, il a remis aux élèves un document de quatre pages dont deux étaient vierges. Bel exemple de l’utilisation intelligente des ressources! Sur la rue Fullum, on aurait dû relire un des textes remis aux élèves et qui traitait de la thématique de réduire, réutiliser, recycler et valoriser.









