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04 mai 2008

À propos de l'examen d'écriture du MELS

Cher Renart (et à tous, bien sûr),

Tant qu'à me voir banni du serveur de la CSDM, amusons-nous un peu aujourd'hui....

Le début mai est marqué par la Fête des travailleurs. C'est aussi vers ce moment de l'année que les élèves de cinquième secondaire doivent affronter l'examen ministériel d'écriture. Affronter est un terme peut-être un peu fort, tout de même...

Comme l'ont relevé certains articles de La Presse, la réussite à certains critères de cette épreuve atteint des proportions similaires aux élections soviétiques. Mais comment expliquer un tel succès alors que certains jeunes peinent pourtant à écrire correctement leur langue maternelle?

C'est bien simple: cet examen est conçu pour être réussi par le plus grand nombre possible d'élèves, qu'ils sachent écrire correctement ou pas. L'important, c'est de décerner des diplômes et d'envoyer les petits sur le marché du travail. Pour les autres, des cours de rattrapage sont prévus au cégep et même à l'université. Rattrapage après 13 années d’enseignement du français et deux épreuves ministérielles qui sont supposées valider la maitrise de la langue…

On pourra toujours s'interroger sur la pertinence d'écrire correctement sa langue maternelle pour occuper certains métiers. Il n'en demeure pas moins qu'on fait croire aux jeunes qu'ils maîtrisent leur français en leur donnant aussi mensongèrement 85% à une épreuve terminale.

J'ai souvent lu des témoignages de jeunes qui s'estimaient floués par un système d'éducation qui lui remettait un diplôme pour ensuite les recaler. Ils ont bien raison.

Je les ai souvent vus partir pour le cégep et se casser la gueule dès leur première session parce qu’ils ne possèdent pas les compétences-connaissances nécessaires à leur réussite. Mais qui s’en soucie? Sûrement pas ceux leur décernent un diplôme de la sorte.

Une formule gagnante : le cahier de préparation

Afin de s'assurer que le plus grand nombre d'élèves réussissent cet examen, on leur confère certains avantages majeurs.

On remet tout d'abord un cahier de préparation aux élèves. Ce dernier contient des textes à partir desquels ils devront écrire un texte argumentatif d'environ 500 mots.

Le gag, si c'en était drôle, c'est que ce cahier révèle immédiatement une partie du sujet qui sera abordé. Cette année, par exemple, il y avait de fortes chances que le sujet porte sur la gestion des déchets. Pourquoi? Tout d’abord le titre du cahier est «Parlons poubelles!» Ensuite, il écrit dans le cahier qu’une partie du sujet portera sur ce sujet :

«Au cours des prochains jours, on vous demandera de réfléchir et de prendre position, en tant que jeune citoyen ou citoyenne, sur la gestion des déchets au Québec.»

On suggère même à la même page des activités qui pourraient servir à l’écriture du texte :

«La première vous amène à prendre conscience du problème de l’élimination des déchets. La deuxième vise votre gestion écologique des déchets dans le quotidien. La troisième vous propose certains textes sur cette problématique et ses différentes dimensions telles la réduction, la réutilisation, le recyclage, la valorisation des matières résiduelles, etc.»

Et devinez finalement quel a été le sujet de rédaction? Donnez votre opinion sur les mesures mises en place pour gérer les déchets. Quelle surprise!

L'avantage pour l'élève est donc qu'il pourra écrire une partie de son texte et l’apprendre par coeur, anticiper les aspects de celui-ci, ses arguments, etc. On voit ainsi des élèves qui 50% dans l’année bondir à 75% au ministère.

Combien d’élèves ont écrit à l’avance un sujet amené et l’ont corrigé avec un proche ou à l’ordinateur vous croyez? Combien me l’ont montré en voulant que je le corrige?

Ensuite, et cette année, cela est plus vrai que jamais, chaque texte est résumé en une phrase au début de celui-ci. On s’assure dans certains cas de préciser clairement la fonction de l’auteur du texte.
  • «Comment pouvons-nous diminuer l’accumulation des déchets dans les dépotoirs? Une spécialiste du recyclage et de l’environnement nous en informe dans l’extrait qui suit.»
  • «Les emballages des produits contribuent à l’augmentation des déchets. Peut-on arriver à réduire le volume de ces emballages?»
  • «Les déchets électroniques posent un problème croissant pour l’environnement et la santé publique partout dans le monde.»
  • «Une enquête fouillée de François Cardinal, journaliste spécialiste en environnement au quotidien La Presse, fait ressortir des lacunes relativement à la gestion des déchets au Québec.»

D’ailleurs, chaque texte est introduit par un signet. Cette année, ils sont moins révélateurs, mais je me souviens d’une fois ou il indiquait carrément des aspects à traiter.

Bref, dire que tout le travail est prédigéré serait donc près de la réalité.

Ce cahier est évidemment remis aux élèves qui peuvent le travailler pendant près d'une semaine avec un ami, un parent. Quoi de mieux d’ailleurs qu’un parent enseignant de français quand vous êtes Fille masquée! On ne mesure donc pas la capacité des élèves à comprendre des textes, mais plutôt leurs habiletés sociales ou leur entourage familial.

Dans ma classe, les forts se sont regroupés entre eux et n’ont admis qu’un petit nombre d’élèves en difficulté au sein de leur cénacle. Sur quelle base aurais-je lu les obliger à faire autrement? Soyez gentils… Vous me faites de la grosse pé-peine, là…

Dans la même veine. il est d’ailleurs étonnant que des élèves n’aient pas encore créé un blogue pour échanger leurs informations sur ce cahier. Les accuserait-on de plagiat comme l’a fait une université canadienne dans un cas similaire? Même mes amis d’Atheex n’y ont pas pensé. Oh! Il existe bien quelques forums de discussion sur MSN, mais rien de très sérieux.

Une autre formule gagnante : la feuille de notes

Afin de pouvoir utiliser des arguments solides et précis, on permet à l’élève de retranscrire sur une feuille de notes les extraits tirés des textes qu’il juge pertinents.

Il peut aussi ajouter certains éléments afin de l’aider dans sa correction comme en fait foi cette consigne :

«Après avoir lu et annoté les textes, inscrivez les éléments d’informations susceptibles de soutenir votre argumentation : mots-clés, citations et références, positions d’experts, schémas et définitions. Vous pouvez également y noter des éléments qui vous seront utiles pour vérifier et améliorer la qualité de votre texte (vocabulaire, syntaxe, ponctuation, orthographe d’usage et grammaticale, organisateurs textuels)».

Un élève futé pourra toujours caché au sein de sa feuille de notes des informations qui seraient interdites. De toute façon, à toutes fins pratiques, ces feuilles ne sont pas vérifiées efficacement. Certaines contiennent de milliers de mots, vous imaginez le travail!

Elles ne sont pas envoyées au MELS, le prof qui surveille l’examen n’a souvent aucun idée de ce qu’on doit y retrouver et les zélés comme moi qui demandent à avoir la possibilité d’être libéré pour vérifier les feuilles de notes de ses élèves se heurtent parfois à une direction qui trouve que ça coûte cher.

Oh! On prend soin de préciser que «cette feuille de notes ne doit contenir aucun texte déjà rédigé par l’élève.» Mais j’en ai vu qui ont utilisé avec brio une succession de mots-clés pour y «cacher» leur introduction et des passages importants.

Bref, la porte est toute grande ouverte, les amis… et, on le verra, quelqu’un au MELS a eu la bonne idée cette année de l’ouvrir encore plus.

Dictionnaire et grammaire

Il faut aussi savoir que les élèves rédigent leur texte en ayant la possibilité de consulter un dictionnaire et une grammaire. On s’étonne toujours du nombre de fautes qu’ils commettent quand on sait qu’ils ont droit à ces deux outils.

Là encore, demander à vérifier les dictionnaires ou les grammaires lors d’un examen afin d’identifier certains tricheurs relève de la persévérance. En une heure, chez nous, un prof doit vérifier une centaine de feuilles de notes et autant de dictionnaires et d’ouvrages de références.

Et quand on met la main sur un tricheur, rien n’indique qu’il sera sanctionné. D’expérience pour l’avoir vécu, un adjoint décidera de ce qu’il convient de faire alors que les consignes au surveillant indiquent pourtant que l’élève est immédiatement expulsé du local d’examen.

En plus de la porte, on s’assure également d’ouvrir les fenêtres au cas…

La tricherie

Dire qu’on peut tricher à cet examen est un euphémisme, on l’a vu. Mais il existe d’autres façons de parvenir à fausser les résultats obtenus lors de cette épreuve.

Avec le palmarès des écoles, la compétition est féroce entre certaines écoles pour être première au tableau d’honneur. Si les règles du MELS précisent que les enseignants ne peuvent pas aider directement les élèves à la préparation de cette épreuve spécifique, cette consigne n’est pas toujours suivie rigoureusement. De même pour la vérification de la feuille de notes.

Je me souviens de ces copies ou tous les élèves connaissaient le nom du ministre fédéral de la Justice. On m’a indiqué que, cette année, dans une école de ma CS, un prof aurait permis aux élèves de retranscrire le plan complet du texte sur leur feuille de notes. Pourquoi pas, après tout?

Le progrès technologique est aussi au service des tricheurs. Il y a deux ans, certains élèves de mon école connaissaient le sujet complet de l’examen une heure et demie avant la tenue de l’épreuve. Un ami d’une école voisine qui commence plus tôt est allé au petit coin et a transmis la précieuse information grâce à la magie du téléphone cellulaire. Simple. Efficace.

La CS a eu vent de l’affaire et a corrigé la situation. Est-ce le cas ailleurs?

Et pourquoi ne pas faciliter les choses!

On compare souvent les résultats des élèves d’une année à l’autre. Mauvaise idée! En effet, cette comparaison est fautive parce que le MELS change les conditions dans lesquelles celui-ci est administré.

Par exemple, l’année dernière, on a allongé de 15 minutes le temps dont peuvent bénéficier les élèves parce qu’on a remarqué que plusieurs d’entre eux manquaient de temps. Au lieu de remarquer qu’ils étaient plus faibles et que l’épreuve les dépassait, on leur facilite les choses!

De même, cette année, sans avoir averti les enseignants, le MELS a décidé de permettre aux élèves de pouvoir retranscrire des marqueurs organisationnels sur leur feuille de notes. Au début, ils ne m’ont pas cru quand je leur ai annoncé la nouvelle tellement elle semblait incroyable.

L’impact d’une telle décision est évidemment que les choses seront plus faciles pour nos jeunes puisqu’ils pourront écrire les organisateurs textuels suivants :

Devant ce problème
Pour ma part,
Premièrement
En effet
C’est-à-dire
Par exemple
En fait
Il faut
Deuxièmement
Ainsi
En d’autres mots
Pour conclure
En premier lieu
En second lieu


Ajoutez à cette liste les mots-clés, les citations et références, les positions d’experts, les schémas et définitions de vocabulaire, les éléments de syntaxe, de ponctuation, d’orthographe d’usage et grammaticale et vous obtenez rien de moins qu’un texte à numéros. Dur, dur d’échouer…
Je pourrais aussi vous entretenir de la correction de cette épreuve et des critères d’évaluation du MELS, mais j’en ai assez pour aujourd’hui.

De toute cette mascarade, je ne retiens qu’une chose et elle est un baume sur mon cœur d’enseignant. Le sujet du texte était la gestion des déchets. Un de mes élèves m’a fait remarquer que le ministère de l’Éducation ne prêchait sûrement pas par l’exemple. En effet, il a remis aux élèves un document de quatre pages dont deux étaient vierges. Bel exemple de l’utilisation intelligente des ressources! Sur la rue Fullum, on aurait dû relire un des textes remis aux élèves et qui traitait de la thématique de réduire, réutiliser, recycler et valoriser.

20 mars 2008

À des élèves comme à des demeurés

Bon, le titre est un peu provocateur, mais il convient très bien au sujet qui me titille aujourd'hui.

L'autre jour, dans mon école, nous avons dû procéder à la distribution d'un feuillet d'informations, gracieuseté du gestionnaire de la cafétéria de mon école. J'imagine qu'il s'agit d'une façon d'éduquer les jeunes quant à leurs habitudes alimentaires tout en continuant à servir la poutine une fois de temps en temps et en ne retirant pas du menu les légumes génétiquement modifiés provenant de Californie, le poulet au stéroïdes et les aliments irradiés. Bref, le document de quatre pages, d'un goût douteux, s'intitule fort in-judicieusement: «T'es à mon goût».

Tout d'abord, d'entrée de jeu, ledit document contient quelques fautes d'orthographe, dont «jus de fruit» et «poids-santé». En fait, je devrais parler d'incohérences puisqu'on peut aussi y lire les expressions correctes «jus de fruits» et «assiette santé». Il y a également quelques erreurs de ponctuation et quelques erreurs de syntaxe relevant de la langue orale, par exemple «Le truc à Mariloup».

Mais là ou l'on semble prendre les élèves pour des demeurés, c'est dans le vocabulaire qu'on utilise pour s'adresser à eux. En voici quelques exemples:
  • cool (1 fois)
  • shake (2 fois)
  • chum (1 fois)
  • super (3 fois)
  • full (4 fois)
  • best (1 fois)
  • slush (1 fois)
Yo les jeunes! On va être super full cool pour vous tchater malbouffe, genre! Le plus rigolo, en passant c'est que le mot «slush» est en italique, mais rien en ce qui concerne les autres termes empruntés à l'anglais.

Je me demande pourquoi certains adultes font toujours l'équation «jeunes - niveau de langue familier». Je les imagine faisant des guiliguili à des grands bébés de 16 ans. De plus, pourquoi se sent-on obligé de moins respecter le français pour s'adresser à des adolescents, par exemple? Sont-ils débiles? Va-t-on s'imaginer qu'ils vont nous écouter davantage parce qu'on les singe? N'est-ce pas là leur manquer de respect?


hose certaine, le document de la cafétéria a connu un véritable succès... auprès du bac à recyclage. Full cool, mes jeunes, je vous dis!

06 mars 2008

Qualité du français: on le savait déjà!

Aujourd'hui, le journal La Presse nous apprend: «Examens de français: les jeunes Québécois de moins en moins bons.» Pour qui suit l'éducation un tant soit peu, ce n'est pas une nouvelle, juste une confirmation.

Au secondaire comme au cégep, les jeunes Québécois réussissent de moins en moins bien aux examens de français, constate l’Office québécois de la langue française (OQLF).

Les résultats aux épreuves de cinquième secondaire du ministère de l’Éducation, compilés par l’Office, montrent une dégradation des taux de réussite depuis 2000. En 2004, les jeunes finissants au secondaire franchis­saient l’é­preu­ve, la rédaction d’un texte d’opinion de 500 mots, dans une proportion de 78 %. Ce taux de réussite a déjà dépassé les 90 %, mais, observe l’Office, le ministère de l’Éducation a resserré ses critères de correction.

Même avec l’aide du dictionnaire et de la grammaire, les jeunes Québécois étaient seulement 58 % en 2004 à réussir le volet de la «forme». C’est principalement l’orthographe, avec un taux d’échec de près de 50 %, qui constitue leur plus gros talon d’Achille. Sur papier, les élèves semblent très forts pour argumenter en français, avec plus de 95 % des jeunes qui obtiennent la note de passage, et ce, depuis 10 ans. Ces taux de réussite avaient d’ail­leurs fait dire à la ministre de l’Éducation Michelle Courchesne cet automne que la grille d’évaluation était trop permissive. Notons que ces élèves n’ont pas été touchés par la réforme de l’éducation.

Le portrait n’est pas plus rose chez ceux qui terminent leurs études collégiales et doivent, pour obtenir leur diplôme, rédiger une dissertation de 900 mots, avec l’aide d’un maximum de trois ouvrages de référence sur le code linguistique. Alors que les cégépiens réussissaient dans une proportion de 88,6 % en 1998, ils ne sont plus que 81 % à subir l’épreuve avec succès en 2005. Pour réussir ce test, un élève doit commettre moins de 30 fautes dans son texte, soit une erreur tous les 30 mots. L’OQLF note que depuis 1997, le taux de réussite en orthographe chute. De même, de moins en moins de collégiens font «seulement» 15 fautes en syntaxe et en ponctuation. La syntaxe et l’orthographe seraient, aux yeux de l’Office, les faiblesses des finissants des cégeps.

Deux commentaires.

Primo: le MELS n'a pas - à proprement parler - resserré ses critères de correction au secondaire. La correction des fautes et le contenu reste la même. Il a cependant ajouté une seuil de réussite à respecter. Si un élève fait plus d'un faute de grammaire ou d'orthographe aux 14 mots, on estime qu'il ne maîtrise pas la langue française et sera considéré en échec.

De plus, depuis deux ans, je crois, le MELS alloue 15 minutes supplémentaires aux élèves lors de l'examen. On parle ici d'une mesure qui devrait pourtant les avantager. Cet ajout est survenu quand le ministère a remarqué que les jeunes n'avaient pas le temps de terminer cette épreuve dans le temps imparti. Il s'agissait pourtant d'un signal clair de la faiblesse des jeunes.


Mais rien n'a véritablement été fait pour travailler à améliorer la qualité du français des jeunes. On a tenté de modifier - à la hausse - les résultats des élèves en leur donnant plus de temps, c'est tout.

Deuxio: qui a écrit cette phrase: «D'abord, et on semble l'oublier, que nos enfants parlent, écrivent et lisent leur langue maternelle avec plus de rigueur.»?

Un indice: il s'agit d'une politicienne qui indiquait qu'un jeune de cinquième année du primaire maîtrisait suffisamment sa langue maternelle pour vivre une expérience d'immersion en anglais.

Un deuxième indice: elle a déjà été ministre de l'Éducation et donc responsable de la maîtrise du français de nos jeunes.

Un autre indice est-il nécessaire? Après tout, vous n'êtes pas des sous-sols...

13 février 2008

L'apprentie pédagogue

Après Michelle Courchesne et ses tonnes de copies (...), c'est au tour de Pauline Marois de jouer à l'apprentie pédagogue.

Cette dernière propose que chaque petit Québécois ressorte de l'école bilingue en mettant sur pied un programme d'immersion pour tous au primaire. Au départ, madame Marois avait en tête que l'enseignement de certaines matières de la cinquième et sixième année du primaire soient enseignées en anglais, notamment l'histoire et la géographie. Finalement la chef du Parti québécois a reconnu qu'elle n'avait pas choisi les bonnes matières pour illustrer son idée et y allait d'une lettre ouverte dans les journaux pour corriger le tir en général. Il n'y a pas de doute: madame Marois a longuement réfléchi avant d'ouvrir la bouche.

Alors que de nombreux souverainistes dénoncent cette idée, dont Gérald Larose, Yves Michaud et Victor Lévy-Beaulieu, un de ses députés est venu à sa recousse aujourd'hui. Sylvain Simard, qui a déjà été ministre de l'Éducation, croit qu'il «faut qu'il y ait à quelques occasions dans un cursus scolaire, à la fin du primaire et du secondaire, des moments où on apprend vraiment une langue.» Ouf! M. Simard mentionne aussi qu'actuellement, bien des jeunes finissent leur secondaire sans pouvoir parler anglais. Voilà un constat rassurant d'un individu qui a été le premier responsable de l'éducation au Québec!

Personnellement, on peut parler d'un très mauvais moment pour aborder un tel sujet alors que la ministre Courchesne dévoilait son plan sur l"amélioration du français et encore plus si on pense au fait que l'Office de la langue française tient cachées des études sur la langue de Gilles Vigneault au Québec. Anglais intensif? Encore faut-il avoir les enseignants pour mettre une telle mesure de l'avant!

Mais là ou j'estime que madame Marois dérape, c'est lorsqu'elle écrit:
«Le Québec doit renforcer les critères d'application de la loi 101, intensifier la protection de notre langue, garantir sa visibilité, s'assurer d'un meilleur apprentissage du français tant pour ceux qui arrivent ici que pour nos propres enfants. C'est un projet de loi qui va exactement dans ce sens que j'ai déposé à l'Assemblée nationale. Car là est notre premier défi. Et notre vraie lutte!
En fait, qu'ai-je dit en parlant de l'apprentissage intensif de l'anglais? Deux choses.
D'abord, et on semble l'oublier, que nos enfants parlent, écrivent et lisent leur langue maternelle avec plus de rigueur.
Comment? En faisant en sorte, de la première à la quatrième année, que ce soit le français qu'ils apprennent, et le français seulement, pour que, avant de savoir les mots d'une autre langue, ils soient capables d'écrire, de lire, d'épeler la leur.
Voilà ce que j'ai d'abord dit.»
Dans la même veine, en entrevue à 98,5, madame Marois indiquait qu'un jeune de cinquième année du primaire maîtrisait suffisamment sa langue maternelle pour vivre une expérience d'immersion en anglais.

Je vais aller vérifier les mesures que le Parti québécois entend mettre de l'avant pour améliorer le français dans nos écoles. Mais je suis sans doigt devant la vision qu'ont certains politiciens de la maîtrise du français de plusieurs de nos élèves. Ça doit être les muffins au pot.

12 février 2008

La nouvelle orthographe pour aider nos jeunes?

Dans un article du 8 février dernier, la journaliste Isabelle Hachey se demandait si on ne pouvait pas améliorer la maîtrise de la langue écrite chez les jeunes en ayant recours à la nouvelle orthographe. Elle ramène cette idée dans l'actualité en soulignant que le rapport Ouellon suggérait d'accepter les nouvelles graphies acceptées en 1990 par l'Académie française, une idée que la ministre de l'Éducation. Michelle Courchesne n'a pas retenue.

On explique souvent la piètre qualité de l'écriture des jeunes en affirmant la langue française est compliquée alors que l'italien et l'espagnol ont su simplifier leur grammaire et leur orthographe. Pour Chantal Contant, chargée de cours à l'UQAM et membre du GQMNF, les jeunes Québécois sont en quelque sorte victimes de cette façon de faire : «À 8 ans, les enfants espagnols sont capables d'écrire une lettre sans faute à leur grand-mère. Nos adolescents de 17 ans en sont incapables sans faire 10 fautes par paragraphe. Pourquoi? Ce n'est pas l'enfant francophone qui est moins brillant, c'est qu'il y a plus d'embûches dans la langue française.»

Vous me permettrez de décrocher un peu devant ce discours pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, j'ai suivi un atelier animé par madame Contant lors du dernier congrès de l'Association québécoise des professeurs de français (AQPF). De mémoire, je me rappelle qu'elle nous affirmait que ce renouvellement de la langue ne se voulait pas laxiste et n'avait pas tant pour but de faciliter la tâche aux jeunes scripteurs que de régulariser des anomalies de la langue française. Elle indiquait aussi aux participants présents que les nouvelles graphies auraient un impact mineur sur leur façon d'écrire un texte.
Pour qui s'intéresse aux modifications qu'on souhaite apporter à la langue française, cette rénovation linguiste est bien timide et manque parfois de cohérence. Honnêtement, on est loin d'une réforme majeure. Je doute donc qu'elle fasse des miracles dans nos écoles et afffirmer qu'elle permettrait aux jeunes Québécois de mieux écrire serait un brin exagéré.

Également, on souligne rarement que les erreurs de nos élèves sont davantage reliées à des accords simples des noms et des verbes. Encore ce matin, je corrigeais des copies truffées de «Ils les guettes» ou «Ils sont partient». Désolé, mais les modifications orthographiques ne changeront rien à ce type de fautes. Mieux connaître la classe et la fonction des mots et groupes de mots, par exemple, serait bénéfique. Mais quel enseignant voudrait s'embêter à faire de l'analyse grammaticale, surtout s'il est en cinquième secondaire et s'il a des élèves qui ne savent pas distinguer un adverbe d'un adjectif, un nom d'un verbe et j'en passe!

De plus, dans la plupart des évaluations auxquelles ils sont soumis, les élèves québécois ont droit à une grammaire et un dictionnaire. En plus de ne pas connaître la nature des mots avec lesquels ils travaillent, nos jeunes ont souvent de la difficulté à fournir l'effort nécessaire pour utiliser les outils qu'on leur donne. Et puisqu'on parle d'effort, on peut souligner qu'un élève peut encore écrire un texte truffé d'erreurs (à chaque mot même!) et malgré tout réussir son examen d'écriture. Pourquoi alors devrait-il se forcer? La ministre Courchesne entend resserrer les critères d'évaluation en écriture, mais seulement au primaire. Pourquoi s'arrêter là?

Enfin, un dernier petit point: celui du gazon plus vert chez le voisin. Il m'est arrivé de jaser avec des profs d'anglais provenant d'Ontario. Un de leurs constats était que les jeunes élèves qu'ils avaient sous leur gouverne maîtrisaient très mal cette langue qu'on dit pourtant plus facile que le français. Qu'en penser? J'attends de jaser avec des profs d'italien ou d'espagnol avant de me faire une idée. Si leur opinion à l'égard de leurs élèves est semblable, peut-être faudrait-il s'interroger davantage sur nos jeunes que sur les difficultés de la langue française?
Même si ces chiffres n'ont pas de lien direct avec l'écriture, l'Espagne et l'Italie occupent les 26e et 29e rangs en ce qui a trait à la compréhension de l'écrit dans les tests PISA 2003. Le Québec serait troisième. Plus faciles à écrire qu'à lire, l'espagnol et l'italien?

09 février 2008

Courchesne: la suite de la suite

Dans ce dernier billet sur le rapport Courchesne (il y a tellement d'autres sujets actuellement dans l'actualité), je reviendrai dans un premier temps sur ce que la ministre a retenu et n'a pas retenu du rapport Ouellon, un comité d'experts qui devait la guider sur des mesures à apporter pour améliorer l'enseignement du français. Par la suite, je commenterai quelques nouvelles réactions dans les journaux à propos du plan qu'elle entend mettre de l'avant. Mais tout d'abord, intéressons-nous au rapport lui-même.

Le rapport Ouellon et ceux qui l'ont rédigé

Les auteurs du rapport Ouellon sont très prudents quand ils s'attardent à qualifier leur travail. On le constate en lisant les passages suivants:

«Malgré toutes les contraintes liées aux emplois du temps chargés des membres experts du Comité, nous avons tenu neuf journées entières de discussions auxquelles a assisté la très grande majorité des membres. »

«Compte tenu des échéanciers serrés que nous nous étions fixés, certains aspects de notre mandat n’ont été qu’effleurés. »

«Étant donné le court laps de temps qui lui était imparti, le Comité n’a pas la prétention d’avoir abordé tous les sujets se rapportant à la délicate question de l’apprentissage de lalangue écrite.»

Ces auteurs sont :
  • Conrad Ouellon, président du Comité Président du Conseil supérieur de la langue française;
  • Aline Boulanger, coordonnatrice à l’enseignement général, Commission scolaire des Grandes-Seigneuries;
  • Olivier Dezutter, professeur de didactique du français, Université de Sherbrooke;
  • Carole Fisher, professeure de didactique du français, Université du Québec à Chicoutimi;
  • Daniel Germain, enseignant de français au secondaire, Collège de Lévis;
  • Michel Laurier, doyen de la Faculté des sciences de l’éducation, Université de Montréal;
  • Pascale Lefrançois, professeure de didactique du français, Université de Montréal;
  • France Le Petitcorps, conseillère pédagogique de français au primaire, Commission scolaire Marie-Victorin;
  • Arlette Pilote, présidente de l’Association québécoise des professeurs de français (AQPF);
  • Jocelyne Cauchon, secrétaire du Comité Conseillère pédagogique de français au primaire, Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.
On peut être déçu qu'il y ait si peu de vrais professeurs de français au quotidien et encore moins de profs du collégial. Soulignons malgré tout la présence de la présidente de l'AQPF, une première dans ce genre de comité.

Ce qui n'était pas dans le rapport Ouellon

Vous l'avez en mille: l'imposition de la dictée, de la rédaction de textes chaque semaine et la période quotidienne de lecture. Voici ce que dit le rapport Ouellon à ce sujet:

«Peu de pratiques sont bonnes ou mauvaises en soi. Il s’agit de les utiliser intelligemment et à bon escient. Par exemple, s’il s’agit d’exercices, il faut privilégier ceux qui amènent à construire véritablement les connaissances ou ceux qui se rapprochent le plus fidèlement possible de véritables situations d’écriture. Si on utilise la dictée, il faut s’assurer que la correction aide à transmettre des connaissances que l’élève pourra ensuite transférer dans d’autres situations d’écriture, ou se préoccuper de permettre à l’élève d’expérimenter l’utilisation de certaines ressources comme le dictionnaire ou le correcteur orthographique.»

«L’élève doit écrire souvent, en produisant des textes de différente longueur, que ce soit en classe de français ou dans les autres disciplines. Pour devenir une scriptrice ou un scripteur compétent, il lui faut profiter de toutes les occasions d’écrire et de réfléchir surson écriture. Ces contextes d’écriture peuvent devenir autant d’occasions d’appliquer les règles de grammaire apprises, d’utiliser les stratégies de révision et de correction correspondant à son profil de scripteur, d’apprendre de nouvelles règles en contexte, etc. Il faut s’efforcer de chercher les pratiques gagnantes qui, selon l’expérience, ont le plus d’effet sur les élèves.»

Une autre mesure de la ministre qu'on ne retrouve pas dans le rapport Ouellon est le resserrement des critères d'évaluation au primaire. On peut regretter qu'elle n'ait pas eu l'audace ou le courage de faire de même au secondaire et au collégial.

Ce que la ministre n'a pas retenu du rapport Ouellon

Plusieurs recommandations du rapport Ouellon n'ont pas été reprises par la ministre Courchesne.

Recommandation no 4 :
Le Comité recommande que le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport fasse en sorte que l’enseignement du français au secondaire soit obligatoirement assuré par une enseignante ou un enseignant spécialisé en français ou par une enseignante ou un enseignant inscrit dans un programme de formation continue en français, ce qui implique une modification du Règlement sur l’autorisation d’enseigner.

Bref, un professeur d'éducation physique pourra toujours enseigner le français. On comprendra que la ministre ne voulait pas s'embêter d'une telle restriction qui aurait été difficile à appliquer avec le contexte de pénurie des enseignants de français et avec les contraintes de confection des tâches dans les écoles.

Recommandation 7
Le Comité recommande que le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport mette en place des mesures incitatives pour favoriser la formation continue en français des enseignantes et des enseignants du primaire et du secondaire par rapport aux objets nommés au chapitre 3.3 du rapport.

Ici, le mot-clé oublié est «incitatives». On sent que la ministre se dirige lentement vers des mesures obligatoires. Le mot «incitatif» s'accordant avec «monétaire» tandis qu'«obligatoire» coûte moins cher.

Recommandation no 12 :
Le Comité recommande au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport d’assurer que le régime pédagogique du secondaire garantit un minimum de deux cents heures d’enseignement du français, par année, durant les trois premières années du secondaire.

Il pourra donc encore exister des programmes particuliers ou le français verra son nombre de période réduit comme peau de chagrin. Également, on note que les auteurs du rapport Ouellon ne s'intéresse pas à ce qui se passe après la troisième secondaire comme si les élèves, à ce niveau, maîtrisaient bien leur langue écrite. Dans les faits, c'est justement à ce moment de leur parcours scolaire que les jeunes sont les plus conscients de leurs lacunes, examen ministériel oblige.

De plus, les auteurs du rapport accompagnent cette recommandation d'une explication qui fait hurler en moi le prof de cinquième:

«Les enseignantes et les enseignants de français au secondaire devraient bénéficier de conditions particulières pour tenir compte de la lourdeur des tâches liées à l’enseignement de la langue française. À tout le moins devrait-on faire en sorte que le régime pédagogique garantisse un minimum de deux cents heures d’enseignement par année, durant les trois premières années du secondaire.»

Et les profs des autres niveaux sont-ils des «cotons»? Quand on sait la longueur des textes en quatrième et cinquième ainsi que le nombre d'élèves que nous avons!

Recommandation no 13 :
Le Comité recommande que le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport mette en place des conditions qui facilitent l’accompagnement dans l’apprentissage de l’écriture des élèves allophones, telle la réduction du nombre d’élèves par classe.

Cette mesure a été rejetée à cause de ses coûts importants. Pourtant, la ministre réfléchissait à l'idée d'embaucher des correcteurs pour aider les professeurs à corriger les textes que les élèves auraient à écrire chaque semaine. Je ne comprends pas.

Recommandation no 14 :
Le Comité recommande que le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport mette en place des conditions qui facilitent l’accompagnement dans l’apprentissage de l’écriture des élèves à besoins particuliers, telle la réduction du nombre d’élèves par classe.

Encore une fois, je ne comprends pas.

Recommandation no 19 :
Le Comité recommande au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport d’entreprendre une réflexion sur l’épreuve unique de fin de cinquième secondaire pour examiner la possibilité d’y offrir d’autres choix que le texte argumentatif et pour étudier le poids relatif du lexique dans les critères d’évaluation de cette épreuve.

On reste avec l'argumentatif, pour le meilleur et le pire. Un détail: il aurait fallu travailler à créer de nouveaux formats d'examen, de grilles de correction. Trop de boulot.

Recommandation no 21
Le Comité recommande que le Comité d’agrément des programmes de formation à
l’enseignement demande aux responsables des programmes universitaires de faire en
sorte que les étudiantes et les étudiants en formation à l’enseignement soient informés sur
les rectifications de l’orthographe.

La ministre, on l'a constaté à l'émission Les Francs-Tireurs, ne veut rien savoir des modifications apportées à la langue française. Donc, ces recommandation sont passées à la trappe.

Recommandation no 22 :
Le Comité recommande que la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport voie à la
création d’un organisme permanent qui aura comme mandat à court et à moyen
termes d’assurer le suivi des recommandations du Comité d’experts sur l’apprentissage
de l’écriture et, à plus long terme, de veiller à ce que soit assurée la qualité de
l’enseignement et de l’apprentissage du français au Québec.

Il s'agit ici d'une recommandation importante du comité Ouellon. Ce dernier explique d'ailleurs largement l'importance d'assurer un suivi aux mesures qu'il recomande:

«Le Comité juge que son travail et ses recommandations ne peuvent avoir de suites que si est créé un organisme permanent qui aura comme mandat à court et moyen terme de veiller au suivi de ses recommandations et, à plus long terme, de prendre les dispositions nécessaires pour que soit assurée la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage du français au Québec. La création d’un tel organisme se justifie, à notre avis, par l’importance du français comme matière et langue d’enseignement et par la place importante qu’occupe la languefrançaise, « cette langue qui est le coeur de notre liberté et de notre identité » (Allocution dupremier ministre du Québec, M. Jean Charest, lors de l’ouverture de la 1re session de la 38e législature, Assemblée nationale, le 9 mai 2007).»

La ministre n'a pas donné suite à cette recommandation. Elle formera, semble-t-il, un comité chargé de suivre l'application du plan qu'elle propose, mais elle ne veut pas en faire un comité permanent. Pourquoi s'embêtrait-elle une créature beaucoup plus difficile à contrôler?

Quelques réactions sur le plan Courchesne

Dans Le Devoir, Marie-Andrée Chouinard brosse un portrait positif du plan Courchesne tout en remarquant le principal danger qui le guette: «Au redressement promis manque toutefois l'essentiel: une sentinelle qui veillera à ce que les promesses se réalisent. (...) Voilà pourquoi on se désole que Michelle Courchesne n'ait pas jugé bon de retenir cette recommandation phare du rapport Ouellon qui appelle à la création d'un organisme indépendant chargé de l'application à long terme des mesures décidées en haut lieu, bien plus, en somme, qu'un éphémère comité de suivi.» On constate toutefois qu'elle réalise peu les impacts de ce plan sur le quotidien des enseignants.

Dans La Presse, Nathalie Collard dit que le plan de la ministre «reprend presque point par point les recommandations du comité Ouellon sur l'apprentissage de l'écriture», ce qui est inexact, on l'a vu. Elle y a ajouté des éléments importants et en a retranché d'autres.

Elle se leurre aussi quant à moi quand elle écrit: «L'accent n'est pas seulement mis sur les efforts qu'auront à faire les élèves, mais aussi sur la formation des maîtres, qui est absolument déficiente.»

Rien ne garantit que les élèves feront plus d'efforts si on n'exige pas davantage d'eux. Ils écriront peut-être plus, mais pas nécessairement mieux. Dans la mesure ou l'on ne resserre pas les critères d'évaluation au secondaire et au collégial, dans la mesure ou les évaluations «resserrées» au primaire seront fondues dans les grand tout du bilan de fin de cycle, j'ai de sérieux doutes. L'intention ministérielle est noble, mais insuffisante.

Par contre, elle voit juste quand elle conlut : «Enfin, on ne répétera jamais assez que français ne se vit pas en vase clos. La famille, les médias, l'ordinateur ont une grande influence dans la vie des jeunes.»

Enfin dans Le Devoir, déjà, on peut voir que les commissions scolaires et les syndicats commencent à affirmer qu'il n'est pas nécessaire de modifier le régime pédagogique pour appliquer certaines recommandations du plan Courchesne.

«On n'a pas besoin de modifier le règlement. Je fais confiance aux trois paliers, les commissions scolaires, les directions d'école et les enseignants, pour qu'une amélioration du français puisse être perçue. Ils vont trouver les moyens pour que les 22 mesures prévues dans le plan d'action aient un effet. On est capables, si tout le monde y met du sien, de livrer la marchandise», a affirmé le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), André Caron.

«La présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), Johanne Fortier, croit elle aussi que la mobilisation devrait donner des résultats, sans qu'on ait besoin de contraindre les enseignants par règlement. «Je ne vois pas comment on pourrait modifier le régime pédagogique sans tomber dans les travers d'une approche trop tatillonne.»

Quand deux acteurs si opposés du monde scolaire s'entendent de la sorte, ça commence à sentir l'enterrement de première classe.

08 février 2008

Plan Courchesne : la suite (modifié)

Après quelque temps de réflexion, je me sens plus à l'aise d'effectuer un retour plus approfondi sur certains points du plan de la ministre Courchesne quant au français, retour que j'avais débuté mercredi.

1- Les élèves devront écrire un texte au moins une fois par semaine dans le cadre de leur cours de français et faire une dictée régulièrement de manière à vérifier l'acquisition des connaissances.

Tout d'abord, pour ce qui est d'écrire un texte par semaine, il est plus facile d'appliquer cette mesure au primaire qu'au secondaire. À vrai dire, bien des enseignants de primaire le font déjà! Rien de bien nouveau pour eux.

Au secondaire, la chose est autrement plus difficile.

Pour un enseignant de français qui a entre 90 et 120 élèves, cette idée de la ministre Courchesne peut représenter une tâche minimale d'une dizaine d'heures par semaine à raison de 5 minutes par copie si l'on parle d'un texte court. Si le texte est plus long, on oublie carrément l'idée d'avoir une vie personnelle. Oui, notre convention minutée à la seconde près comporte du temps pour corriger, mais jamais autant!

On peut toujours les faire écrire et ne s'attarder par la suite qu'à corriger qu'un aspect de la langue ou qu'un texte ici et là. Mais, en connaissez-vous des élèves qui accepteraient de voir leur prof corriger qu'une partie de leur effort? Moi, il n'y en a pas dans mes classes.

Là-dessus, je crois que la ministre ignorait totalement la somme de travail qu'ajoute une telle mesure aux enseignants. En entrevue à Désautels sur les ondes de Radio-Canada, elle suggérait que les conseillers pédagogiques pourraient leur venir en aide. Dans Le Devoir ce main, elle parlait d'embaucher des correcteurs. Dans les deux cas, ces hypothèses ne pourraient pas fonctionner. Ce n'est pas le rôle des conseillers pédagogiques et ils sont trop peu nombreux. Pour ce qui est des correcteurs, il en faudrait un nombre considérable, disponibles facilement et avec qui il faudrait coordonner notre travail d'enseignement. De plus, pourquoi embaucher des correcteurs (une mesure qui pourrait coûter cher si on pense qu'il en faudrait au moins un pour quatre enseignants quand on pourrait réduire le nombre d'élèves par classe. On complique donc les choses en voulant soulager les profs.

Au secondaire, une façon de s'en tirer serait de confier aux profs de chaque matière, à tour de rôle, le soin de donner et de corriger un texte. On montrerait ainsi l'importance de la langue dans chaque cours. Le hic réside dans le fait que j'ai des collègues qui seraient incapables de faire un tel exercice tellement leur maîtrise du français est discutable. Également, la réforme interdit qu'on enlève des points pour la qualité de la langue dans un cours autre que le français. On revient donc un peu à l'idée d'évaluer le tout dans une des compétences transversales. Tiens, tiens...

Quant à la dictée, elle existe encore au primaire et au secondaire, quoique la réforme, du moins à ses débuts, a voulu reléguer cette pratique aux oubliettes. C'est d'ailleurs pour cette raison que la ministre insiste tant sur cette méthode pédagogique: cette dernière est une icone, une image du retour à une certaine pédagogie traditionnelle très payante aux yeux d'un certain électorat.

Il existe différentes formes de dictée et chacune vise un but précis. Règle générale, elle se corrige plus rapidement qu'un texte et ce travail formateur peut même être effectué par des pairs, une pratique pédagogique qui a l'avantage de ne pas surcharger l'enseignant de travail et d'amener l'élève à recorriger de nouveau le même texte.

Dans les deux cas cependant, la ministre s'immisce dans le travail des enseignants et je reviendrai sur ce point en conclusion.

2- Une plage horaire consacrée à la lecture devra être prévue quotidiennement par les écoles.

Au primaire, encore une fois, il n'y a pas de problème. Cette façon de faire existe déjà et est assez répandue.

Au secondaire, méchant problème en vue! J'ai hâte de voir comment certaines écoles vont appliquer cette mesure. Si l'élève a du français chaque jour, on alloue simplement 15 minutes à la lecture. Mais si ce n'est pas le cas (comme c'est fréquent dans les programme spécialisés ainsi que ceux de quatrième et cinquième secondaire), comment se débrouille-t-on? On lit en éducation physique?

Encore une fois, la ministre s'immisce dans le travail de l'enseignant qui fait lire ses élèves à la maison pour consacrer son temps de classe à l'enseignement de l'écriture ou à tout autre projet. Quinze minutes par jour, c'est un cours par semaine.

12- Le nombre de conseillers pédagogiques en français sera augmenté et un plan de formation assurera la mise à jour de leurs connaissances.

Cette mesure a fait sourire mes collègues. Les conseillers pédagogiques sont des fantômes à leurs yeux. La ministre veut les faire passer de 150 à 300. Comme il y a 3 000 écoles au Québec, je peux m'attendre à en voir débarquer dans mon milieu de travail une fois par deux semaines dans le meilleur des cas.

De plus, les conseillers pédagogiques que j'ai connus étaient contre la dictée et pour l'enseignement de la grammaire en contexte. Problème idéologique en vue!

Conclusion

Plus que jamais, les points 1 et 2 du plan de la ministre Courchesne m'apparaissent davantage guidés par des convictions personnelles et électoralistes. Elle voulait plaire à certains parents, se démarquer de la réforme. Il faut comprendre qu'il s'agit d'une politicienne mais aussi de quelqu'un qui a une vision extérieure de l'éducation.

Encore une fois, je me questionne sur l'entourage de la ministre et la façon dont on la prépare sur certains dossiers. Elle ne pouvait ignorer la charge de travail qu'entraînerait une telle mesure. Sa méconnaissance du rôle des conseillers pédagogiques (à moins qu'il ne s'agisse que d'un oubli) aussi est troublante.

Également, madame Courchesne s'immisce beaucoup dans le travail des enseignants au quotidien au détriment de leur autonomie professionnelle, comme si elle ne leur faisait majoritairement pas confiance. Le président de la Fédération québécoise des directeurs d'établissements (FQDE), Serge Morin, mentionne d'ailleurs à ce sujet: «On traite tout le monde pareil, cela ne lisse pas de place pour exploiter le professionnalisme dont les enseignants sont capables.»
Au lieu de les aider, elle risque de leur compliquer davantage la vie en prescrivant comment ils doivent enseigner. D'ailleurs, le texte du Devoir souligne que la rédaction des modifications qu'elle doit apporter au régime pédagogique «sera délicate puisque la Loi sur l'instruction publique garantit l'autonomie professionnelle des enseignants.»

À cet égard, le peu de réaction de nos syndicats me consterne. Avant Noël, la FSE et la CSQ avaient fait circuler une pétition dans toutes les écoles du Québec pour indiquer au gouvernement Charest que son simple engouement pour la dictée ne devait pas l'amener à vouloir régir la pratique enseignante au quotidien, ce qu'il n'hésite manifestement pas à faire aujourd'hui avec le plan Courchesne.

Globalement, je crois la ministre quand elle dit vouloir améliorer l'école québécoise. Je la sais très préoccupée par ce qui se passe dans nos écoles. Plusieurs des solutions qu'elle propose sont intéressantes et méritent d'être appliquées à condition qu'on s'assure efficacement du suivi de celle-ci. Mais la sincérité ne suffit pas.

Ce qu'il manque à ce plan, ce sont tout d'abord des moyens qui iront directement dans les classes, auprès des élèves et des profs. Pensons à des budgets pour du matériel didactique (livres et dictionnaires), à la réduction du nombre d'élèves par classe, à un meilleur encadrement et soutien des élèves au quotidien.

Dans le fond, sur le coup, j'ai été très déçu par ce plan de la ministre sans savoir pourquoi. Aujourd'hui, je comprends mieux ma réaction. Madame Courchesne impose des contraintes aux enseignants sans rien leur donner en retour. Des bibliothécaires, des conseillers pédagogiques... Désolé, mais mes besoins les plus urgents sont ailleurs! Les points les plus publicisés de son plan (texte et dictée) ne reposent que sur les épaules des seuls enseignants.

Également, j'aurais souhaité l'annonce d'un resserrement des critères d'évaluation au secondaire et au collégial. Déjà, il y a quelques années, le MELS avait imposé, à une année d'avis, un seuil de maîtrise de la langue écrite en français de cinquième secondaire. Globalement, si un élève faisait plus d'une faute de grammaire et d'orthographe à tous les 15 mots, il était simplement recalé. Ce seuil, encore aujourd'hui, n'existe qu'en cinquième secondaire, comme si on admettait qu'un jeune pouvait écrire un texte bourré de fautes pendant le reste de son parcours à l'école.

Bien sûr, une faute aux 15 mots, ce n'est pas la mer à boire et l'on pourrait se montrer plus sévère quant à moi mais, globalement, les élèves, même les plus faible, atteignent ce niveau de maîtrise de la langue. D'ailleurs, cette mesure, qu'ils craignent, les stimulent, les poussent à travailler davantage.

Je ne veux pas qu'on pense que je suis adepte de la crainte comme motivation pédagogique. Je lui préfère la fine psychologie, le dépassement de soi. Mais comment amener l'élève à y parvenir si les attentes qu'on a ne lui demandent aucun effort?

Il appartient, entre autres, à l'enseignant de motiver les élèves qu'il a sous sa gouverne. Seulement, quand ce dernier à l'impression de se battre contre un système laxiste, des parents mous et des jeunes désabusés, lui demander d'en faire davantage est purement décourageant.

Enfin, en terminant, je suis désolé de l'avouer, mais je ne crois pas que le fait d'obliger un élève à écrire davantage le fera nécessairement écrire mieux. Faire plus n'équivaut pas toujours faire mieux. C'est souvent ce qui se passe avant et après l'acte d'écrire qui compte le plus. Et même mon syndicat ne semble pas le comprendre!
Tiens, ce matin, dans Le Devoir, un lecteur y va de ce commentaire prouvant que le vrai problème, ce sont les enseignants: «Les enseignants craignent que le nouveau programme d'enseignement du français augmente considérablement leur travail de correction. à ceux-ci, je leur rappelle que pendant nos études classiques, nos professeurs de français enseignaient à plusieurs classes et qu'ils corrigeaient nos dissertations sans jamais se plaindre qu'ils n'avaient pas le temps de les corriger.» Dans votre bon vieux temps, monsieur, les profs ne passaient pas autant leur temps à jouer au psychologue et au travailleur social en plus de gérer des cas d'enfants délinquants et mal élevés. Épargnez-nous, s'il vous plait, les comparaisons...
Demain: un dernier billet sur le plan Courchesne (ce que la ministre n'a pas retenu du rapport Ouellon) et j'arrête de vous emmerder avec mes propos pédagogiques pour un bout.

06 février 2008

Le plan Courchesne quant au français

Il est toujours dangereux de réagir à chaud à un dossier comme je le ferai dans ce billet. Les jours qui suivent apporteront des précisions quant à des éléments qui manquent de clarté ou que j’aurais mal compris. De plus, il faudra voir comment ces intentions ministérielles se traduiront dans la réalité.

Vous comprendrez aussi que mon billet sera teinté de mon regard d’enseignant de français et d’enseignant tout court qui vit au quotidien dans une école depuis maintenant 15 ans.

Je vous livre donc ma lecture exhaustive du plan de madame Courchesne concernant le français, plan qui fait suite au rapport Ouellon. Si vous n’êtes pas dans la catégorie des lecteurs patients, vous pouvez toujours sauter à la partie conclusion de ce texte.

Plan d'action pour l'amélioration du français à l'enseignement primaire et à l'enseignement secondaire

Volet : valoriser la place du français à l'école

1- Les élèves devront écrire un texte au moins une fois par semaine dans le cadre de leur cours de français et faire une dictée régulièrement de manière à vérifier l'acquisition des connaissances.

Impact peut-être négatif, entre autres pour les enseignants du secondaire

Si on la prend au pied de la lettre, c’est une mesure inapplicable au quotidien. Au secondaire, j’ai des collègues qui ont 120 élèves. Imaginez la correction qui vient de leur tomber sur la tête! Même si cette mesure aura des effets moins grands au primaire, c’est quand même une atteinte à l’autonomie professionnelle des enseignants. On détermine encore comment ils doivent enseigner.

Essentiellement, il s’agit d’une mesure politique.

En entrevue à Radio-Canada, la ministre Courchesne n’a pas indiqué quels moyens elle comptait fournir aux enseignants pour y parvenir. Elle a cependant indiqué que des guides seraient mis à leur disposition.

Il est fort à parier que les enseignants, sans ressources appropriées, adapteront cette mesure dans leur quotidien. Une réponse à développement de cinq lignes constitue, après tout, un texte.

2- Une plage horaire consacrée à la lecture devra être prévue quotidiennement par les écoles.

Impact en partie négatif au secondaire

«Plus on lit, plus on maîtrise l'écriture», a dit la ministre au quotidien La Presse. J’ai mes réserves sur ce raisonnement.

Au secondaire, comment va-t-on procéder? On vient jouer directement dans la grille-horaire de toutes les écoles et de réduire le temps d’enseignement de certains cours. Et de quelle durée sera cette période? Quant à moi, cette période de lecture, sans être inscrite dans une démarche signifiante, pourrait constituer une perte de temps pour certains élèves et constituer davantage une corvée disciplinaire pour les enseignants. De plus, les écoles ont-elles suffisamment de livres à offrir à leurs élèves?

Essentiellement, il s’agit encore une fois d’une mesure politique.

3- Les commissions scolaires devront fournir annuellement de l'information à l'égard du temps que leurs écoles consacrent à l'enseignement du français et analyser en conséquence les résultats de leurs élèves aux épreuves du Ministère en français.

Impact indéterminé

En soi, cette mesure se veut possiblement une réponse aux programmes particuliers qui réduisent le nombre de périodes consacrées à l’enseignement du français.

Elle sera pertinente si les CS ont véritablement des comptes à rendre.

Ou est la contrainte d’adopter pour les commissions scolaires un plan d’action et de véritables mesures favorisant la réussite en français? Implicitement, cet exercice est déjà fait, de façon volontaire si l’on veut, dans de nombreuses CS.

De plus, comme ce sont les CS qui analyseront elles-mêmes les résultats de leurs élèves aux épreuves du ministère, je doute qu’elles se livrent à des exercices d’auto-flagellation. Comme actuellement, il est facile de réussir les examens du ministère, on peut douter qu’il faille en venir à ce que celles-ci adoptent des mesures de redressement. D’autant plus que les programmes particuliers choisissent leurs élèves parmi les meilleurs.

4- Chaque commission scolaire devra avoir une politique linguistique, notamment en ce qui concerne l'apprentissage du français et les communications avec les parents.

Impact indéterminé

Cette mesure sera pertinente si les CS ont des comptes à rendre.

Quant à la qualité des communications avec les parents, la ministre a indiqué qu'elle ne tolèrera plus des fautes d'orthographe dans les communications externes des établissements scolaires et des enseignants. Auprès de qui ceux-ci se plaindront-ils et qu’est-ce que cela changera à la situation actuelle?

5- Le niveau de maîtrise du français atteint par chaque élève à la fin du primaire sera communiqué à l'école secondaire qui l'accueille.

Impact à déterminer

Toujours en entrevue à Radio-Canada, la ministre parle de dossier de l’élève personnalisé. En soi, que le portrait de l’élève soit constitué d’autre chose que d’une note est une bonne idée. Il faudra voir comment cette information sera transmise du primaire au secondaire et si elle constituera une augmentation de la tâche de l’enseignant du primaire.

Volet: réviser le contenu du programme de français

6- Les programmes d'études en français seront revus de manière à préciser ce que les élèves doivent connaître et être en mesure de faire à la fin de chaque année (orthographe, syntaxe).

Impact partagé

En soi, ces précisions pourront apporter certaines clarifications quant aux programmes d’études et une hiérarchisation des contenus notionnels.

Pour le journal La Presse, «Mme Courchesne impose un virage majeur à la réforme de l'éducation, en misant désormais sur les bonnes vieilles méthodes d'apprentissage de connaissances - de l'orthographe, de la syntaxe et de la grammaire, à travers la dictée et la lecture - plutôt que l'acquisition de compétences.» On aime ou on n’aime pas.

Deux bémols.

En entrevue à Radio-Canada, la ministre semblait indiquer que les programmes préciseraient le moment de l’année ou certaines notions devraient être vues. Il s’agit encore une fois d’un empiétement dans l’autonomie professionnelle des enseignants.

Sur un plan personnel, j’aurais souhaité qu’on détermine de façon plus précise quand les genres littéraires doivent être vus au cours du cheminement de l’élève, entre autres au secondaire afin d’éliminer le chevauchement actuel. Par exemple, la nouvelle littéraire, un récit difficile pour un jeune élève, peut être abordé à toutes les années du secondaire, ce qui entraîne une répétition du contenu d’une année à l’autre.

7- Un processus de mise à jour continue des programmes d'études sera établi, en commençant par le programme de français et en y associant étroitement les enseignants concernés.

Impact possiblement positif

Certains programmes d’études méritent d’être clarifiés. Le principe de mise à jour évite les réformes à tous les 10 ans, mais il a le défaut d’exiger des intervenants scolaires une plus grande vigilance quant aux changements apportés au fil du temps.

Le fait d’associer les enseignants concernés à cette démarche est une initiative intéressante, mais encore faut-il voir comment seront déterminés ceux-ci et de quelle transparence jouira ce processus.

Volet: accroître le suivi des élèves en français

8- Deux examens d'écriture seront ajoutés (4e année du primaire et 2e secondaire) et les écoles devront prendre en considération le résultat obtenu par l'élève.

Impact fort possiblement positif

En soi, il n’est jamais mauvais d’évaluer de façon précise la qualité du français écrit des élèves. De ne pas attendre à la fin du primaire et du secondaire pour procéder à une évaluation de la sorte est une bonne initiative.

D’une part, on peut s’interroger sur l’importance qui sera accordée à ces examens. Les «prendre en considération» est une indication un peu vague. Verra-t-on leur importance diminuée en étant noyée dans le bilan des apprentissages? C’est à voir.

D’autre part, ces examens auront peut-être un effet incitatif sur les élèves quant à la maîtrise du français écrit à condition que les critères d’évaluation de ceux-ci soient assez rigoureux.

9- Les exigences de réussite à l'épreuve d'écriture de la fin du primaire seront rehaussées, notamment en orthographe.

Impact fort possiblement positif

En soi, rehausser les exigences de réussite à l’épreuve d’écriture de la fin du primaire est intéressant. Encore faut-il voir comment quelle importance sera accordée à cette épreuve dans le bilan des apprentissages.

En entrevue, la ministre a précisé que l’application de cette mesure sera progressive afin de ne pas pénaliser les élèves actuels.

On remarque qu’une mesure similaire n’est pas proposée pour l’examen ministériel d’écriture de cinquième secondaire. Il s’agit, quant à moi, d’un oubli inquiétant quand on sait à quel point la correction de cet examen est laxiste. Au minimum, il aurait été intéressant que la ministre indique qu’un plan de resserrement des critères d’évaluation en écriture, tant au primaire, au secondaire et au collégial, était actuellement à l’étude.

10- Les commissions scolaires devront déterminer des cibles à atteindre concernant la performance des élèves aux examens de français du Ministère.

Impact à déterminer

Implicitement, les commissions scolaires déterminent déjà des cibles à atteindre en analysant leurs résultats aux examens de français du ministère. Cette mesure ne sera pas contraignante si ce sont les commissions scolaires n’ont pas de compte à rendre.

11- Les écoles devront se fixer des objectifs d'amélioration en écriture dans toutes les matières et les intégrer à leur planification annuelle.

Impossible à déterminer

Cette mesure manque de clarté. S’agit-il de s’assurer de la maîtrise du français en écriture dans toutes les matières afin de contrer les mesures du Renouveau pédagogique qui interdisaient l’évaluation du français dans d’autres matières?

Chose certaine, pour y parvenir, il faudra s’assurer de la qualité du personnel enseignant et que l’école ait des comptes à rendre.

Volet: accroître le niveau de préparation des enseignants

12- Le nombre de conseillers pédagogiques en français sera augmenté et un plan de formation assurera la mise à jour de leurs connaissances.

Impact à déterminer

En soi, cette mesure peut s’avérer positive. On passera ainsi de 150 à 300 conseillers pédagogiques. Cependant, ceux-ci ne feront cependant pas de miracle. Par rapport au français, certains d’entre eux sont partisans d’une approche de la grammaire en contexte qui pourrait même aller à l’encontre d’un enseignement des connaissances que semble privilégier la ministre.

Il faudra voir comment s’articulera leur plan de formation afin de s’assurer de la mise à jour de leurs connaissances.

13- Les universités devront revoir le contenu linguistique de leurs programmes de formation préparant à l'enseignement du français.

Impact positif

En soi, cette mesure pourrait permettre de former des enseignants de meilleure qualité. Il faudra cependant voir comment elle se traduira dans la réalité.

14- Les universités devront offrir une formation de 2e cycle en didactique comportant notamment un volet consacré aux difficultés des élèves en lecture et en écriture.

Impact à déterminer

Cette idée est intéressante. Il reste à savoir combien d’étudiants s’inscriront dans ce type de programme et combien d’argent y sera consacré.

15- Les universités devront faciliter l'accès à l'enseignement du français au secondaire pour les étudiants diplômés en linguistique et en littérature.

Impact possiblement positif

Actuellement, le Québec est aux prises avec une pénurie d’enseignants. Faciliter la formation d’étudiants en linguistique et en littérature permettra de combler des besoins en personnel avec des candidats ayant de bonnes connaissances quant à des contenus reliés au français.

Par contre, on peut douter que les universités soient pressées de répondre à cette demande pour des considérations financières.

16- Chaque enseignant devra se donner un plan de formation continue en français. Les universités devront mettre en place une offre de formation compatible avec les besoins exprimés.

Impact partagé

En soi, que les enseignants actuellement dans nos écoles soient mieux formés est préférable. Par contre, il s’agira de voir comment cette mesure se traduira dans la réalité.

Qui fournira cette formation et qui la paiera? De plus, quand les enseignants devront la suivre et à quel rythme? N’en demande-t-on déjà pas trop à certains enseignants? De plus, est-il souhaitable que cette formation soit obligatoire et ne devrait-on pas plutôt avoir recours à des incitatifs pour mieux motiver les enseignants?

Cette proposition soulève également toute la question du statut de l’enseignant : employé syndiqué ou professionnel?

Volet: renforcer les mesures de soutien

17- Une liste d'ouvrages sur l'écriture, la grammaire, l'orthographe et la syntaxe sera transmise aux écoles.

Impact à déterminer

Cette liste complétera vraisemblablement le travail du conseiller pédagogique en français.

18- Un programme de recherches sera établi afin de subventionner des études pour améliorer la capacité des élèves à bien écrire.

Impact à déterminer

Cette idée est intéressante. Il reste à savoir combien d’argent y sera consacré.

19- Les impacts seront analysés pour déterminer, s'il y a lieu, la nécessité d'ajouter des exigences particulières pour pouvoir enseigner le français à l'enseignement secondaire.

Impact à déterminer

Que signifie cette mesure et en quoi se traduira-t-elle pour les enseignants actuellement en poste? Ajout à la formation continue?

20- Un portail informatique sera créé afin de faciliter l'accès pour le personnel scolaire à la documentation relative à l'enseignement du français.


Impact à déterminer


Ce portail complétera vraisemblablement le travail du conseiller pédagogique.

21- Les programmes de formation à l'enseignement en formation professionnelle seront revus pour que les enseignants maîtrisent bien le lexique propre aux divers métiers concernés.

Impact partagé

En soi, que les enseignants dans nos écoles soient mieux formés est souhaitable. Par contre, il s’agira de voir comment cette mesure se traduira dans la réalité.

Qui fournira cette formation et qui la paiera? De plus, quand les enseignants devront la suivre et à quel rythme? N’en demande-t-on déjà pas trop à certains enseignants?

Cette proposition soulève encore une fois toute la question du statut de l’enseignant : employé syndiqué ou professionnel?

22- Le Plan d'action sur la lecture à l'école, qui est en vigueur depuis trois ans, sera renouvelé et bonifié par l'embauche de bibliothécaires.

Impact positif

Tout investissement en éducation est le bienvenu. On peut cependant se demander si l’embauche de bibliothécaire universitaire était nécessaire. De plus, il faut souligner qu’on parle de l’embauche de 200 bibliothécaires sur 10 ans, alors qu’il existe quelque 3 000 écoles au Québec.

Conclusion personnelle

En soi, le plan d’action de la ministre Courchesne constitue un pas dans la bonne direction. Il est quand même bon de voir que le français préoccupe nos décideurs scolaires et que ceux-ci reconnaissent l’importance de bien enseigner cette langue.

Parmi les points positifs de ce plan, on retrouve le resserrement des critères d’évaluation en écriture au primaire, la révision des programmes d’études et une amélioration de la formation initiale des futurs maîtres.

Par contre, d’autres mesures viennent empiéter sur l’autonomie professionnelle des enseignants. Pensons, par exemple, à la fameuse dictée, à la rédaction d’un texte une fois par semaine et à la période de lecture obligatoire.

Dans la même veine, comme l’écrit La Presse, on peut constater qu’«Implicitement, le ministère reconnaît qu'une trop grande marge de manoeuvre est actuellement laissée aux enseignants et aux écoles. Désormais, le ministère énoncera donc de façon explicite quelles sont les connaissances qui devront être acquises par l'élève avant la fin de chaque année scolaire.» Les partisans du Renouveau pédagogique y reconnaîtront évidemment la pensée de la ministre actuelle.

De plus, on remarquera que le MELS accorde peu de ressources pour l’application de ce plan alors que l’école québécoise manque de tout (dictionnaires, romans, etc.) et que les conditions d’exercice des enseignants de français sont exténuantes (pensons au nombre d’élèves par groupe). Également, on ne tient pas compte de l’apprentissage du français des élèves venant de milieu défavorisé ou multiethnique. Si on y ajoute l’obligation d’une formation continue, on est en droit d’affirmer qu’on en demande beaucoup aux enseignants, notamment de français, sans pour autant leur concéder quelque avantage que ce soit. Peut-être pousse-t-on le bouchon un peu trop loin.

Du côté de l’évaluation, on peut être déçu que la ministre ne semble pas ouvrir pas la porte à un resserrement progressif des critères d’évaluation de l’écriture au secondaire. Le problème demeure entier.

Quant aux opposants aux commissions scolaires, on remarquera que le plan Courchesne semble présager que celles-ci seront loin d’être abolies avec toutes les contributions qu’on leur demande.

Enfin, il reste à voir comment ces mesures seront appliquées et quel suivi en sera fait. En effet, on sait que les plans ministériels durent ce que durent les ministres eux-mêmes.

Autres documents à consulter:

05 février 2008

Réjean et Pauline: les arroseurs... arrosés! (modifié)

Il s'en est passé des choses depuis la sortie de Bernard Landry et ses amis. Je n'en retiendrai que quelques-unes...

Arroseur par anticipation

Tout d'abord, il y a Réjean Parent, président de la CSQ qui trouve le discours de Mario Dumont sur la réforme bien simpliste quand il affirme qu'il «faut ramener la rigueur et la discipline dans les écoles. La prévention a ses effets mais il faut passer à une autre étape, il faut faire preuve de plus de fermeté.»

«Comme si les écoles étaient des bordels, comme si c'était la foire partout, comme si le monde ne se retrouvait plus, comme s'il n'y avait pas de rigueur, comme s'il n'y avait pas de discipline, que c'était le laisser-faire et le laisser-aller. Il est peut-être resté avec une photo imprimée des années 1970. Mais l'école, elle a évolué!», affirme M. Parent, qui mentionne les écoles ont adopté des codes de conduite, des règles de vie et des projets éducatifs.

Je ne dis pas que M. Dumont n'a pas beurré un peu épais (on a l'habitude!), mais j'ai bien hâte de voir M. Parent affirmer un peu le contraire de ce qu'il vient de mentionner quand la ministre Courchesne rendra public son plan sur la violence à l'école. Tout à coup, les enseignants seront victimes de mauvais traitements, d'insultes, d'intimidations...


L'aversion de M. Parent à l'égard de Mario Dumont ne devrait pas le pousser à émettre des commentaires qui pourraient se retourner contre lui par la suite. Si j'étais Mme Courchesne, j'en aurais pris bonne note.

Un dernier point: les codes, les règles, les projets ne valent que le papier sur lesquels ils sont imprimés quand il n'y a pas de volonté de les appliquer dans le milieu.

Mme Marois impose sa loi...

Dans un premier temps, Mme Marois a exprimé son exaspération devant les propos des beaux-pères Landry, Facal, Lisée et Rebello sur la réforme. «Vous êtes tannés moi aussi je suis tannée!» a-t-elle indiqué, promettant désormais de ne plus commenter les idées de péquistes qui ont choisi de s'exprimer «ailleurs que dans les instances du parti. Je vous encourage à dénoncer cette façon de faire, pas à travers les médias, mais à travers nos instances, comme des militants exemplaires.»

Or, à ce que je sache, cette dernière ne s'était pas privé d'intervenir dans les médias sous le règne d'André Boisclair. Pis encore, il est étrange que la chef du PQ ne trouve rien à redire sur les déclarations de Jacques Parizeau sur la Caisse de dépôt et placement qu'il a émis la veille de la déclaration de M. Landry. Deux poids, deux mesures? Une vieille chicane pas réglée avec Bernard ou une volonté nette qu'on ne dénigre pas son ancien rôle de ministre de l'Éducation? Les deux en même temps?

Quoi qu'il en soit, Pauline a ramené dans l'actualité cette phrase de Maurice Duplessis à l'adresse d'un de ses ministres: «Toé, tais-toé!» Il est regrettable de constater que la première intervention politique proposant un arrêt de la réforme soit accueillie de façon aussi rude. Le titre du texte de Michel David publié dans Le Devoir résume à lui seul ce paradoxe politique: «Débattre en silence».

En même temps, ce genre de réaction ne me surprend pas. Avec le déni et le mépris, c'est celle à laquelle j'ai eu droit quand je critiquais le Renouveau pédagogique auprès des directions de mon école.

Mme Marois impose sa loi... sans réussir à la faire respecter

Mais ce que Pauline veut n'a pas force de loi.

Le jour même, les beaux-pères du PQ indiquaient ne pas se sentir mal à l'aise de participer à un débat public à l'extérieur de leur parti. Ainsi, Joseph Facal affirmait: «Moi, je ne suis élu nulle part Je suis redevenu un citoyen qui a le droit de s'exprimer, d'autant plus que je suis aussi parent.»

Même réaction du côté de Bernard Landry: «Mme Marois a raison de faire un appel à l’unité du parti, mais dans une société libre, on ne peut pas demander à des professeurs d’université comme moi, Joseph Facal ou Jean-François Lisée de se taire parce qu’on est en plus membres d’un parti politique. Quelle société au monde demande à ses professeurs d’université de se taire sur des sujets importants?»

Là ou l'on rigole encore plus, c'est quand Mme Marois ne trouve rien à redire des jeunes péquistes qui organisent une conférence de presse pour appuyer la réforme: «On confirme l'autorité de Mme Marois», dit sans rire Sébastien Lemire, président du comité national des jeunes du Parti québécois (CNJPQ). Ai-je mal compris, mais cette dernière ne voulait-elle pas que les débats se tiennent à l'interne? Deux poids, deux mesures?

Par ailleurs, la position du CNJPQ quant au débat sur la réforme n'a rien à envier à Mario Dumont en matière de simplisme. Par exemple:
  • La réforme serait victime d'une campagne de «désinformation» qui crée de l'insécurité et qui démotive les enseignants. Étrange? Ce sont justement certains enseignant et parents qui proposent un arrêt de la réforme.
  • «Il faut simplifier le jargon de la réforme pour avoir une meilleure compréhension de celle-ci.» Encore simplifier? On ne l'avait pas déjà fait avec le bulletin et la réécriture de certains programmes?
  • Les membres du CNJPQ ont adopté une proposition demandant plus de ressources financières pour accompagner les élèves et les enseignants dans l'application de la réforme. Ces derniers soulignent qu'il manque d'employés professionnels, tels des orthopédagogues, des psychologues et des psychoéducateurs. «Il faut plus de services et plus de soutien aux élèves handicapés ou en difficulté d'apprentissage», explique M. Lemire. Devinez quel parti politique a effectué les coupures les plus radicales dans le monde de l'éducation depuis 20 ans? Le PQ. Étrange comme les jeunes n'ont pas de culture politique.
Mme Marois impose sa loi... sans la respecter elle-même!

Plus désespérant, Mme Marois confiait au Devoir ce matin qu'elle voulait des élèves vraiment bilingues et mettait sur le compte de l'insuffisance de l'enseignement de l'anglais dans les écoles publiques le fait qu'il y ait autant de jeunes qui s'inscrivent par la suite dans des cégeps anglophones.

Mais Mme Marois va plus loin encore selon Le Devoir: «Aux élèves qui ont fréquenté le réseau anglophone -- et qui ont souvent une connaissance du français bien supérieure à celle de l'anglais chez les élèves francophones, a-t-elle reconnu --, Mme Marois veut imposer un nouveau test. Elle propose que, pour obtenir leur diplôme de cégep, les étudiants anglophones réussissent un examen démontrant qu'ils ont «une connaissance parfaite du français».

Tant qu'à s'interroger, la chef du PQ pourrait aussi constater que de plus en plus de parents inscrivent leur enfant dans une école primaire ou secondaire privée parce qu'ils estiment que l'école publique est moins en mesure de bien éduquer celui-ci. Ou encore que la qualité de la langue maternelle de nos élèves ne se portent pas mieux qu'il y a 10 ans alors qu'on disait déjà qu'elle était lamentable?

Enfin, je m'en voudrais de ne pas citer à nouveau les propos du président du Comité national des jeunes péquistes publiés dans La Presse : Les débats doivent avoir lieu dans les instances officielles du parti, plaide aussi Sébastien Lemire. «Ce qui est curieux avec M. Landry, c'est qu'il fait exactement ce qu'il dénonçait quand il était chef», souligne-t-il.

Et votre chef actuel, M. Lemire? Vous la trouvez cohérente?
Ce matin, madame Marois en rajoute dans le Journal de Montréal.
«Hier, Mme Marois a précisé au Journal de Montréal qu'un gouvernement du PQ éliminerait l'heure hebdomadaire d'enseignement de l'anglais entre la 1re et la 4e année du primaire, une mesure implantée par les libéraux, pour se concentrer sur le français, langue maternelle. Mais à compter de la 5e année du primaire et jusqu'à la fin du secondaire, le PQ intensifierait l'apprentissage de l'anglais. Pour intensifier l'apprentissage de l'anglais chez les jeunes, Pauline Marois voudrait que certains cours, l'histoire ou la géographie par exemple, se donnent en anglais dès la 5e année du primaire. »
Est-ce moi ou le politique intervient dans le pédagogique (comme d'habitude)?