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26 mai 2008

Le professeur voilé...

Québec Solidaire en remet une couche aujourd'hui dans l'actualité sur la possiblité pour les enseignantes de porter le voile pendant leur travail. Je rapporte ici les extraits importants de ce texte et je les commente au fur et à mesure.

Le parti politique le plus ouvertement féministe partage donc sans réserve la recommandation du rapport Bouchard-Taylor voulant qu'il faudrait permettre aux enseignants et fonctionnaires de porter des signes religieux ostentatoires, comme le voile islamique, symbole de soumission des femmes aux hommes et d'intégrisme musulman. (...)

Le voile islamique n'est pas un accessoire de mode innocent. Il découle d'un système de valeurs et de pensée bien différent de celui qu'on retrouve en Occident. Qui plus est, bien des immigrants ont justement fui leur pays d'origine à cause de celui-ci. Et voilà qu'au Québec, on l'autoriserait dans le contexte de l'enseignement alors que d'autres pays occidentaux et arabes ne le font pas justement à cause de sa signification intrinsèque. Décidément, au Québec, on est les meilleurs.

Là où le foulard islamique représente une menace à la stabilité démocratique et aux droits des femmes, «ce sont des pays où l'islam occupe 80 pour cent de la place», a-t-il (Amir Khadir) fait valoir, en rappelant que les musulmans ne forment que deux pour cent de la population québécoise.

Et puis, après? Désolé, mais cet argument du nombre est bien faible. On parle ici de principe, pas de chiffres. Si le voile est en soi une menace, pourquoi le tolérer?

Québec solidaire est aussi d'accord avec la commission Bouchard-Taylor, qui a remis son rapport la semaine dernière, pour dire que ceux qui exercent une fonction d'autorité - comme les policiers et les juges - devraient s'abstenir d'afficher des signes religieux. Mais ce principe ne vaut pas pour les enseignantes. Selon Québec solidaire, interdire le voile serait aller à l'encontre du principe de la laïcité, qui doit «être un instrument d'inclusion et non d'exclusion». «Le port du voile est un choix individuel», selon M. Khadir.

Désolé, mais l'enseignant est une figure d'autorité, quant à moi. Il est un modèle, un représentant social et gouvernemental. Dans les pays de l'Est à l'époque, ce n'est pas pour rien que ces états voulaient tant contrôler l'éducation. C'est un lieu idéologique puissant.

Quant au principe que la laïcité est un instrument d'inclusion, je pense que, dans la pratique, ce principe est parfois perverti. Je me rappelle de cette école religieuse à Montréal qui obligeait les enseignantes à porter le hijab. Ces dernières auront-elles le droit de ne plus le porter maintenant, question de présenter aux jeunes des modèles culturels et religieux différents?

Par ailleurs, le port du voile est-il un choix individuel ou le résultat d'un conditionnement social, culturel et religieux? Dans la même veine alors, pourquoi s'insurger devant nos élèves à demi habillées et hypersexualisées qui exercent un choix individuel? On vit en société. Certaines limites sont nécessaires et acceptables, je crois. Je ne porte pas mon chandail du Bloc Pot en classe, à ce que je sache.

On assiste lentement mais sûrement vers un glissement des droits collectifs vers des droits individuels et je me demande ce que signifiera le mot «inclusion» si toutes les différences se valent et doivent être acceptées.

L'autre porte-parole du parti, Françoise David, a dit partager les vues de M. Khadir, voyant même un côté positif au port du voile par une enseignante.«Le fait de porter un signe religieux va à tout le moins nous indiquer en quoi elle croit», a-t-elle indiqué, en jugeant que cette question ne devait pas devenir une «obsession».

D'accord. Alors, fidèle à la pensée de Mme David, je propose que chaque enseignant se munisse d'un écriteau qu'il portera bien en évidence autour du cou: «Je suis végétaliste, nihiliste, marxiste, voilé, masqué...» Toute ma vie, on m'a appris que l'enseignant devait être neutre, savoir s'effacer devant son devoir et sa matière, qu'il avait un devoir de réserve envers ses élèves.

Sur la défensive, les deux porte-parole ont tenu à rappeler qu'ils étaient féministes. L'ouverture au port du hidjab à l'école, loin de constituer une menace à la laïcité de nos institutions publiques, doit être vue selon eux comme un facteur d'intégration à la société québécoise et à ses valeurs. Ce serait donc là le meilleur moyen de ne pas pousser les femmes et les fillettes qui le portent «dans les bras de ces mollahs de tout acabit qui veulent les encarcaner. Québec solidaire demande au gouvernement de ne pas tarder à appliquer l'ensemble des recommandations du rapport Bouchard-Taylor.

Je comprends cet argument et c'est à mon avis le meilleur mis de l'avant par Québec Solidaire mais, en même temps, je considère qu'il contient en lui-même son propre contre-argument. On relie ici implicitement le voile à des individus «encarcanants» alors qu'on tente de nous dire précédemment que celui-ci ne représente pas une menace. Et je ne suis pas sûr que, dans les faits, ce dernier mènera à une plus grande émancipation des femmes musulmanes au Québec.

Enfin, qu'à cela ne tienne, Québec mettra bientôt sur pied une ligne 1-800 «aider les commerçants, fonctionnaires, enseignants et autres «décideurs» à traiter les demandes d'accommodement raisonnable.» Celle-ci devrait être opérationnelle vers la fin du mois de juin. L'idée est intéressante et évitera de nombreux dérapages. mais en même temps, j'ai bien hâte de voir comment on suggèrera de régler certaines demandes d'accommodement.

23 mai 2008

Bouchard-Taylor et l'école (modifié, long et bon)

Bon, le rapport du psycho-drame national des 18 derniers mois, la commission Bouchard-Taylor, est enfin public! On pourrait bien commenter les 37 recommandations de ce dernier, mais seules quelques-unes s'appliquent à l'école. De façon générale, mon appréciation de ces dernières est plutôt mitigée.

Faisons le tour de certaines d'entre elles avec quelques commentaires.

Le besoin d’une formation accrue chez les agents de l’État dans toutes les institutions publiques, à commencer par l’école en raison de ses fonctions de socialisation.

Ma première réaction a été la suivante: «Encore de la formation!» Dans les faits, je suis conscient du rôle majeur joué par l'école dans le dossier de l'intégration des immigrants. Là ou je me questionne est sur ce que pourra exiger cette dernière des parents venus d'ailleurs. À Montréal, certains parents immigrants exigent de parler anglais avec l'enseignant de leur enfant. On doit également leur traduire les différentes communications envoyées par l'école. Il y a quelque chose de malsain à procéder de la sorte.

Que les gestionnaires d’institutions publiques intensifient leurs efforts pour adapter à leur milieu et traduire en directives concrètes les grandes balises devant guider la gestion des demandes d’ajustement.

Ça, ça revient à demander aux commissions scolaires de baliser les demandes d'accommodement raisonnable. La commission BT refile le ballon à un autre joueur.

Il existe à Montréal, semble-t-il, des cas d'intégration assez réussis, notamment à ville Saint-Laurent, je crois. Par contre, il est fort à parier que certaines CS attendront que Québec forme un comité à cet effet plutôt que d'aller de l'avant. On est décentralisateur quand ça nous arrange. À suivre.

Concernant les problèmes liés au régime de congés religieux en vigueur dans les commissions scolaires (à savoir des congés supplémentaires payés), que l’État forme un comité d’experts mandaté pour trouver une solution équitable et conforme au cadre juridique actuel du régime des congés religieux et ce, après consultation des principaux acteurs intéressés.

On sait que ce cas a été soulevé notamment à Montréal à cause d'enseignants bénéficiant des congés fériés d'origine catholique prévus au calendrier et à ceux demandés par leur religion. Suggérer la formation d'un comité d'expert est une autre façon de refiler le ballon et d'éviter de se mouiller. Un autre dossier à suivre.

La mise sur pied d’un comité d’enquête indépendant mandaté pour faire la lumière sur les pratiques des ordres professionnels en matière de reconnaissance des diplômes.

Cette recommandation a un impact en éducation puisque certains immigrants ne voient pas leur diplôme reconnu alors qu'ils veulent être enseignants. On les confine à la suppléance tout en leur suggérant de retourner sur les bancs de l'université alors qu'on manque de profs. Est-ce une pratique acceptable?

Qu’il (le port de signes religieux par les agents de l’État) soit interdit aux magistrats et procureurs de la Couronne, aux policiers, aux gardiens de prison, aux président et vice-présidents de l’Assemblée nationale.

Mais que:

Qu’il soit autorisé aux enseignants, aux fonctionnaires, aux professionnels de la santé et à tous les autres agents de l’État.

Il s'agit ici de la plus controversée des recommandations de BT quant à moi. Avant d'aller plus loin, prenons connaissance de ce texte de La Presse ou M. Bouchard précise sa pensée:
Au sujet des signes religieux, les commissaires estiment qu’«une enseignante ne pourrait par exemple revêtir une burka ou un niqab en classe et s’acquitter adéquatement de sa tâche», mais qu’en revanche, «le foulard (islamique), lui, ne compromet ni la communication ni la socialisation». «Les jeunes qui sont exposés dès le bas âge à la diversité qu’ils rencontreront à l’extérieur de l’école pourront démystifier plus facilement les différences et seront moins prompts à les appréhender sous le mode de la menace», justifient-ils.

«Il n’en demeure pas moins que l’interdiction du port de signes religieux pour une gamme restreinte de fonctions se justifie mieux, poursuivent les commissaires. On peut avancer que l’exigence d’une apparence d’impartialité s’impose au plus haut point dans le cas de juges, des policiers et des gardiens de prison, qui détiennent tous un pouvoir de sanction et même de coercition à l’endroit de personnes qui se trouvent en position de dépendance et de vulnérabilité.»

Côté réactions, le Congrès juif trouve que cette recommandation ne va pas assez loin, la FTQ et la CSN croient qu'il aurait fallu être plus restrictif. Le Parti québécois ne la commente pas spécifiquement. Même chose pour la CSQ. Quant à Québec Solidaire, Françoise David affirme, à propos des enseignants: «Certains sont pratiquants, d’autres pas, et il n’est pas mauvais que les enfants soient exposés à cette réalité.»

Pour sa part, Christiane Pelchat, présidente du Conseil du statut de la femme, ne voit pas les choses du même oeil: «Dans les écoles publiques, à l’hôpital, la neutralité religieuse devrait être exigée. Pour nous (au Conseil), laïcité et égalité entre les hommes et les femmes vont de pair, et la laïcité préconisée par le rapport ressemble plus à du gruyère qu’autre chose.»

Louise Langevin, professeure de droit à l’Université Laval, explique le point de vue des commissaires de la façon suivante: «contrairement à la France où la laïcité est à tout crin, on considère au Québec que l’État est laïque mais que la religion fait partie intégrante des personnes, qui peuvent rester elles-mêmes dans l’espace public. C’est ce que les commissaires ont traduit.»

Je suis sûrement débile profond, mais je ne partage pas la vision des commissaires Bouchard et Taylor. Pour ma part, tous les agents de l'État devraient afficher une neutralité, à plus forte raison dans nos écoles. BT semble oublier qu'un enseignant est un représentant de l'autorité. La loi lui confère d'ailleurs certains pouvoirs à cet égard. Il est aussi un modèle social: «Je peux porter le hijab, ma prof le fait.» De plus, je vois mal un professeur portant un turban me parler de la religion juive sans avoir uen arrière-pensée. L'image, et c'en est une qui n'est peut-être pas politiquement correct, ne me revient pas.

Mais surtout, on ne pourra m'enlever de la tête que le voile est un symbole religieux souvent associé à l'oppression des femmes. Et là, je ne peux accepter que l'école cautionne une telle vision du monde. L'école est un espace public et devrait être laïque. Les enseignants sont des représentants de l'État. Ils devraient afficher une neutralité dans le cadre de leur fonction. Point à la ligne.
Quelques ajouts avec les journaux de ce matin
Foglia, sur la laïcité, dans La Presse :
Soit. C’est un intégriste qui parle et qui décline son credo laïque en deux articles.
1 - Liberté absolue de conscience et de culte.
2 - L’espace civique doit être absolument laïque.
Je viens de dire deux fois absolument, je sais: c’est bien un intégriste qui parle. L’espace civique? L’école publique en tout premier lieu. L’école avant les tribunaux, avant la police, avant l’armée, avant les institutions. Faut-il vraiment expliquer pourquoi l’école d’abord, pourquoi l’école surtout? Parce que c’est l’institution structurante de la société. Le premier contact de l’enfant avec la citoyenneté, donc avec la société, le lieu de conjugaison non pas des différences, mais des humanités. Il ne me dérangerait pas tant que cela (un peu quand même) d’être contrôlé par un flic portant la kippa. Mais je trouve déplorable, je trouve lamentable que les commissaires acquiescent benoîtement au port ostensible de signes religieux par les élèves et pire encore par les enseignants des écoles publiques.
J’ai trouvé futile que les commissaires suggèrent que l’on décroche le crucifix de l’Assemblée nationale (les députés ont bien fait de voter à l’unanimité pour le garder). Cette absurde histoire de crucifix nous dit quelle mauvaise lecture les commissaires font des signes. On apprend cela dans le premier cours de linguistique: il faut aller au signifié, au contenu du signe... ce crucifix devenu applique murale n’a plus aucun contenu, messieurs les commissaires.
Alors que le voile des jeunes musulmanes à l’école est l’étendard d’un communautarisme qui n’a rien d’innocent. Il a une vérité à proclamer, ce voile. Mieux, il a un projet: le retour du religieux dans l’espace civique.Et c’est ce projet qu’appuient nos curés. Projet baptisé par eux laïcité ouverte. Un concept en forme de cheval de Troie plein de barbus, de voiles et de turbans qui, espèrent-ils, va les ramener dans les écoles par la porte d’en arrière.
Martineau, sur le voile islamique, dans le Journal de Montréal:
Des problèmes? Où ça? Il n'y en a pas, de problèmes, voyons, tout est affaire de perception! Le voile, c'est joli, c'est folklorique, ce n'est pas dangereux, on n'a pas de raison de s'énerver.

On va même permettre aux enseignantes de le porter, vous allez voir, ça va permettre aux jeunes Québécoises de s'ouvrir aux autres cultures... On dort au gaz, les amis. On dort au gaz.
Michel Vastel, sur l'école et la laïcité, dans le Journal de Montréal:
Le conformisme et le souci de ne déplaire à personne se niche dans les moindres détails pour ces commissaires qui recommandent par exemple que le port de signes religieux soit interdit aux magistrats, procureurs, policiers, gardiens de prison et même au pauvre Michel Bissonnet, président de l'Assemblée nationale, mais qu'il soit permis aux enseignants, aux infirmières et aux médecins. Ne voient-ils pas que ces enseignants, infirmières et médecins sont en position d'autorité face aux enfants et aux malades?

Cela donne même lieu à d'incroyables incongruités: les nouveaux cours d'éthique et de culture religieuse pourront donc être donnés par des enseignantes portant le hijab: bel exemple de déconfessionnalisation!
Le Syndicat de la fonction publique du Québec sur le port des signes religieux par les employés de l'État:
«Les employés de l'État qui sont en contact avec les citoyens ne devraient pas porter de symboles. La fonction publique est là pour être neutre et donner les mêmes services partout sur le territoire, soutient la présidente générale du SFPQ, Lucie Martineau. Je n'ai pas le droit de mettre le collant d'un parti politique sur mon bureau pour montrer mon appartenance politique. Ça devrait être la même chose pour la religion.»
Le Conseil du statut de la femme sur le même sujet:
«La distinction qui est faite entre les fonctionnaires se justifie mal. À notre avis, tous les agents de l'État en relation avec le public devraient s'abstenir de porter des signes religieux ostentatoires afin de véhiculer la neutralité de l'État.»
Le président de la Centrale des syndicat du Québec (CSQ) avec lequel je suis en désaccord:
«Chacun est libre de sa pratique religieuse dans la mesure où il n'y a pas de mouvement doctrinaire et que ça ne remet pas en question l'intégrité ou la sécurité physique de la personne», affirme le président de la CSQ, Réjean Parent.

06 décembre 2007

Les parents, l'école et l'État

Ce soir. Un bon souper. Et puis, réflexion blogale.

Dans le fond, plusieurs des billets précédents ont porté sur les devoirs des parents (ici et ici). Il s'en est suivi un échange, somme toute, intéressant.

Or, voilà que, dans un commentaire, Nullus a allumé une réflexion en moi en écrivant:

«De plus, on empiète sur les valeurs des parents, qui ne sont pas tous des enseignant(e)s et qui n'ont pas nécessairement tous été à la même école...

Les parents ont également leur mot à dire et ont le droit de mettre la priorité sur ce qu'ils veulent. Que cela nous plaise ou non.»

Il m'est alors venu en tête diverses pensées, pas nécessairement toutes cohérentes, mais je les partage avec vous.

Dans les faits, en éducation, les parents n'ont pas un grand mot à dire de façon directe dans l'éducation de leur enfant. Le programme de formation et les programmes disciplinaires sont décidés par le MELS. Par exemple, avec le nouveau cours d'éthique et culture religieuse, tous les élèves doivent se familiariser avec les grandes religions du monde. C'est l'État qui décide en consultant bien ici et là, il va sans dire.

Déjà, certains regroupements religieux, les juifs hassidiques entre autres, ont émis leurs réserves à ce sujet. De même pour des parents catholiques pratiquants qui désirent revoir les bons vieux cours d'enseignement religieux dans nos école.

Ne trouvez-vous pas ironique que l'école puisse mettre en contact un jeune avec des valeurs religieuses qui ne sont pas celles désirées par ses parents? La principale raison pour laquelle on agit de la sorte est bien sûr de s'assurer que chaque jeune Québécois ait accès à une éducation pleine et entière avant sa majorité et que celle-ci ne soit pas brimée par les volontés zélotes de parents ultra-fondamentalistes religieux, par exemple.

Par contre, cette volonté d'éducation pleine et entière tombe devant des parents insouciants qui n'apportent pas leur soutien à leur enfant en motivant ses absences à outrance. L'État veut que chaque jeune puisse avoir accès à une instruction, mais il ne peut pas empêcher un parent de motiver injustement les absences de son enfant.

Je ne dis pas que l'école doit disposer de ce pouvoir. Je souris simplement devant cette apparente contradiction. On me pardonnera cette boutade un peu facile mais, légalement, au Québec, il est plus facile d'obliger un Juif d'étudier Mahomet que de garder un jeune à l'école.

31 octobre 2007

Les invasions musulmanes?

Dans ma banlieue 450, le monde change un peu chaque jour. Cette année, on commence à vivre l'arrivée de nombreuses familles de confession musulmane dans mon patelin de travail.

Jusqu'à présent, le plus difficile a été d'apprendre à prononcer correctement tous ces noms et prénoms faciles écorcher. C'est une question de respect, simplement. Mais ce n'est rien à côté, je dois l'avouer, du nom de cette élève serbo-croate de l'année dernière. Comment peut-il y avoir autant de consonnes et si peu de voyelles dans un mot?

Ces élèves musulmans, vous ne les remarqueriez même pas dans mes classes. Pour les deux filles, elles sont fortes en français et très appliquées. Oubliez le voile et tous les clichés: elles sont résolument modernes et fonceuses. Quant à l'autre garçon, sa principale difficulté est qu'il parle cinq langues. Il lui arrive parfois de se mélanger quelque peu, si vous comprenez. Pour le reste, je pense qu'il connaît mieux sa console Nintendo que le Coran.

Je m'en voudrais de ne pas vous raconter sur deux anecdotes très révélatrices à leur propos.

La première est survenue lorsque nous parlions religion après le cours. Comme nous abordons le conte et la légende, il était inévitable que nous parlions de la présence de la religion catholique dans les légendes québécoises: diable beau danseur, loup-garou, etc.

La conversation est tombée tout naturellement sur le ramadan et la prière. Wahib (j'ai changé le prénom. Hey: n'allez pas vous imaginer que j'ai de la difficulté à prononcer «Wahib» quand même) m'expliquait qu'il n'est pas obligé de prier à heures fixes et qu'il repousse le tout en soirée. Quant au ramadan, on a rigolé un bout coup en pensant à cet astronaute malaisien à bord de la navette spatiale SSI: «De façon théorique, un musulman devrait prier 80 fois par jour à bord de la SSI puisque cette dernière effectue 16 rotations toutes les 24 heures autour de la Terre.» Et je ne parle pas du jeûne après le coucher du soleil... Allah n'avait pas tout prévu. Fin de la première parenthèse.

La seconde est survenue ce matin. Wahib était en examen et ne comprenait pas le sens de l'adjectif «constante». J'ai donc tenté de le lui expliquer à l'aide d'exemples. Il a compris (du moins, je l'espère!) et je suis retourné à ma place, songeur.

Wahib est un enfant de la Loi 101. Il doit légalement fréquenter l'école française. À une autre époque, il n'est pas dit qu'à cause de sa religion, on l'aurait accepté dans un réseau scolaire catholique ou même francophone. S'il avait admis au PSBGM, il aurait été intégré à la communauté anglophone en moins de temps qu'il n'en faut pour crier «Alléluia!» Dans un contexte montréalais, j'aurais même eu, j'en suis convaincu, le mauvais réflexe de lui expliquer le mot «constante» en le traduisant en anglais.

Mais voilà: Wahib étudie en français dans une école francophone. On l'y a accueilli et il s'y intègre assez facilement. Wahib n'est pas un radical, un extrémiste, tout comme ses consoeurs. Dans un an, dans deux ans, ils auront mieux compris le Québec et seront moins ignorants de la réalité de cette société distincte que si on les avait rejetés.

Quand je pense à toutes les erreurs d'intégration que la société québécoise a commises et aux bienfaits de certaines mesures mises de l'avant par le passé, je me dis que c'est une bonne chose de réfléchir à notre façon de concevoir et de gérer l'immigration au Québec.

Pour l'instant, mon école n'est pas confrontée à de grandes différences culturelles. Mais un jour viendra ou il faudra se pencher sur le voile, par exemple. Pour ma part, je me demande s'il ne vaut pas mieux tolérer certains signes religieux comme le voile et espérer intégrer à moyen terme des Québécois d'une autre confession que de les refuser et voir ces individus se tourner vers la communauté anglophone ou se refermer sur eux-mêmes, par exemple. Après une génération ou deux, il est démontrer que les individus dont les parents venaient de l'extérieur du Québec ont tendance à adopter nos valeurs, pour le meilleur et pour le pire.

Le débat reste entier. Pour l'instant.

21 octobre 2007

De la religion à l'école

Hier, plusieurs centaines de parents manifestaient devant l'Assemblée nationale pour le maintien des cours d'enseignement religieux catholique et de morale dans nos belles écoles québécoises (ici, ici, ici et ici). Ces derniers souhaitent que les jeunes continuent de recevoir une éducation confessionnelle et préfèrent donc la situation actuelle au nouveau cours d'éthique et de culture religieuse. Bon, ils s'y prennent un peu tard, quant à moi, mais c'est l'intention qui compte comme on dit.

Parmi les arguments invoqués par ces parents, l'on retrouve:
  • les jeunes du primaire et du secondaire avaient déjà de la difficulté à assimiler une seule religion;
  • l'État ne devrait pas s'approprier du droit de parler de religion;
  • la vraie neutralité de l'État est de permettre aux deux discours de se tenir dans les écoles;
  • le citoyen doit avoir préséance sur l'État pour définir ses valeurs;
  • c'est une atteinte à la liberté de choix;
  • la loi 95 est une véritable dictature de la pensée.

Bon, si certains arguments font sourire, d'autres sont carrément en contradiction avec le fait même d'enseigner quelque religion que ce soit à l'école.

Cependant, ce qui m'interpelle tout d'abord dans ce débat, c'est que l'école, de tout temps, a toujours enseigné des valeurs. Le renouveau pédagogique, par exemple, est basé sur des valeurs bien précises. Le nouveau cours d'éducation physique aussi. Et de même quand Gooba parle de sexualité en classe. En français, quand je décide de parler de Gaston Miron, je dois traiter de l'indépendance du Québec. Seulement, je n'en fais pas la promotion tout comme le nouveau cours des religions ne le fera pas non plus.

En cette période de réflexion sur les accommodements raisonnables, ces revendications parentales catholiques pourraient soulever bien des vagues. Si on ramène l'enseignement de la foi religieuse dans nos classes (parce que c'est de cela dont il s'agit), comment peut-on s'opposer à l'enseignement du Coran ou du Talmud?

Tiens, cela me rappelle que l'État québécois subventionne encore des écoles confessionnelles. Je ne veux pas me faire traiter d'antisémite, s'il vous plait, mais il faudrait être cohérent. S'il favorise l'enseignement des religions, le gouvernement devrait cesser de financer l'enseignement de quelque foi que ce soit.

21 août 2007

Les accommodements raisonnables à l'école - la suite

Ce matin, dans Le Devoir, on apprend que la communauté mennonite songe à quitter le Québec afin de préserver ses enfants, entre autres, de l'enseignement de la théorie de l'évolution.

«On peut penser ce qu'on veut de la théorie darwinienne... mais pourquoi faut-il absolument heurter les sentiments des mennonites qui trouvent cela vraiment contraire à leur vision du monde», explique, M. Andries, un membre de cette croyance religieuse..

Mais il n'y a pas que Darwin que fuient ces adeptes religieux. À la suite d'une visite d'inspecteurs du MELS, leur école s'est vu signifier d'appliquer les programmes déterminés par le ministère et de s'assurer de la formation des enseignants qu'on y retrouve, sinon elle devra fermer ses portes.

Au-delà de la théorie de la sélection naturelle des espèces, M. Andries déplore qu'en lecture, par exemple, le MELS «va imposer des histoires, des personnages, qui mettent de en avant des modes de vie, des rôles, jugés négatifs par les mennonites», notamment «l'homosexualité».

Les habitants de Roxton Falls ont adressé une lettre au premier ministre du Québec, Jean Charest, afin qu'il trouve un moyen pour que l'école mennonite poursuive ses activités et qu'il suspende toutes procédures judiciaires en cours. «Ils se sont intégrés à notre milieu très facilement. Ce sont des gens impliqués, travaillant, des propriétaires de ferme ou de commerces dans la région, indique l'accommodant maire de cette municipalité, Jean-Marie Laplante. Notre école est prête à les recevoir, mais ce sont les mennonites qui ne veulent pas. Il y a certains éléments du programme qui ne cadrent pas du tout avec leur foi.» Combien on parie que M. Laplante n'est pas homosexuel? De plus, les mennonites ont le bonheur de ne pas porter de hijab ou de burka. Deux poids, deux mesures...

Dans les autres provinces canadiennes et aux États-Unis, les jeunes mennonites peuvent suivre leur propre programme d'enseignement à l'école pour ensuite passer un examen normalisé. Au Québec, la Loi sur l'instruction publique tient à s'assurer que l'éducation de chaque jeune, peu importe ses origines et ses croyances, réponde à des critères propres à la société québécoise. L'école et l'argent des contribuable doivent servir à la formation de jeunes qui respectent les droits de la personne, par exemple.
Malgré tout, il existe des dérives connues et documentées. Qu'on pense à certaines écoles musulmanes, juives ou même à l'Institut Laflèche. Et on ne parle pas de ces nombreux jeunes dont le MELS a carrément perdu la trace et qui ne suivent pas une formation reconnue...

15 août 2007

Les accommodements raisonnables à l'école

Alors que va débuter la commission Bouchard-Taylor, Richard Martineau, à la fin d'une chronique plutôt délirante, rapporte le cas de cet enseignant qui s'est fait demander par la direction de son école de ne plus employer l'expression «Oh, mon Dieu!» parce que celle-ci choquait certains élèves musulmans de sa classe. Est-ce exagéré?

Je sens qu'on va beaucoup parler des accommodements raisonnables cet automne et certains dérapages seront inévitables. Pour ma part, à cause du mileu ou j'enseigne, je suis rarement confronté à cette réalité québécoise qu'est l'intégration des immigrants. En fait, je crois qu'au départ, on confond souvent intégration des immigrants et respect des religions. Les deux ne vont pas automatiquement de pair. Je m'explique.

Depuis des années, mes classes comprennent souvent des élèves «québécois de souche plus fléchés que ça tu meurs et qui connaissent par coeur toutes les tounes des Cowboys fringuants». Ce qui les démarque des autres, ce sont leurs convictions religieuses. Ils sont Témoins de Jéhovah, par exemple. Essayez alors d'organiser un échange de cadeau à la Noël! Bien sûr, il existe des moyens de contourner les interdits, mais il faut quand même tenir compte de cette réalité dans l'organisation de la classe.

Bien sûr, on ne verra pas les Témoins de Jéhovah réclamer des locaux de prière, des piscines séparées, des repas différents à la cafétéria... Sauf qu'on les accommode sans trop de problème parce que leurs demandes ne sont pas trop dérangeantes. Ici, il ne s'agit donc pas d'une question de principe, mais de faisabilité.

Je pense aussi à un autre cas ou j'ai dû m'assurer de bien surveiller mon langage en classe (eh oui! le Professeur masqué s'échappe parfois...) et développer toute une nouvelle variété d'expressions pour exprimer divers sentiments, disons, sans faire référence à la religion catholique romaine. L'élève à la source de mes modifications langagières était plus Tremblay que Tremblay et, pourtant, il m'a demandé plus d'efforts d'adaptation que sa voisine qui débarquait à peine du Sénégal.

Et si je songe à mes débuts en enseignement, je me rappelle ces élèves vietnamiens avec qui je devais respecter tout un code non verbal afin de respecter certains comportements propres à leur milieu d'origine: pas de contact physique, éloignement à quelques pieds pour ne pas les mettre mal à l'aise, pas de regard insisitant, etc.

S'adapter à l'autre, l'accommoder est un signe de respect, de politesse. On n'a pas tort en soi d'agir ainsi. On le fait pour des raisons religieuses, politiques, écologiques, personnelles. Le véritable débat est peut-être davantage de savoir jusqu'ou l'on doit aller et ce que l'on est en droit d'exiger de celui qu'on accueille.

Une anecdote en terminant: hier, je suis allé planter au billard un ami directeur d'école. À chaque coup qu'il manquait, il ne pouvait s'empêcher de s'exclamer :«Ah, la pute!» Si madame Madame masquée avait été présente, elle lui aurait sûrement demandé de modifier son langage. Aurait-il s'agi alors d'un accommodement raisonnable? Ah, mon Dieu...