31 octobre 2007

Les invasions musulmanes?

Dans ma banlieue 450, le monde change un peu chaque jour. Cette année, on commence à vivre l'arrivée de nombreuses familles de confession musulmane dans mon patelin de travail.

Jusqu'à présent, le plus difficile a été d'apprendre à prononcer correctement tous ces noms et prénoms faciles écorcher. C'est une question de respect, simplement. Mais ce n'est rien à côté, je dois l'avouer, du nom de cette élève serbo-croate de l'année dernière. Comment peut-il y avoir autant de consonnes et si peu de voyelles dans un mot?

Ces élèves musulmans, vous ne les remarqueriez même pas dans mes classes. Pour les deux filles, elles sont fortes en français et très appliquées. Oubliez le voile et tous les clichés: elles sont résolument modernes et fonceuses. Quant à l'autre garçon, sa principale difficulté est qu'il parle cinq langues. Il lui arrive parfois de se mélanger quelque peu, si vous comprenez. Pour le reste, je pense qu'il connaît mieux sa console Nintendo que le Coran.

Je m'en voudrais de ne pas vous raconter sur deux anecdotes très révélatrices à leur propos.

La première est survenue lorsque nous parlions religion après le cours. Comme nous abordons le conte et la légende, il était inévitable que nous parlions de la présence de la religion catholique dans les légendes québécoises: diable beau danseur, loup-garou, etc.

La conversation est tombée tout naturellement sur le ramadan et la prière. Wahib (j'ai changé le prénom. Hey: n'allez pas vous imaginer que j'ai de la difficulté à prononcer «Wahib» quand même) m'expliquait qu'il n'est pas obligé de prier à heures fixes et qu'il repousse le tout en soirée. Quant au ramadan, on a rigolé un bout coup en pensant à cet astronaute malaisien à bord de la navette spatiale SSI: «De façon théorique, un musulman devrait prier 80 fois par jour à bord de la SSI puisque cette dernière effectue 16 rotations toutes les 24 heures autour de la Terre.» Et je ne parle pas du jeûne après le coucher du soleil... Allah n'avait pas tout prévu. Fin de la première parenthèse.

La seconde est survenue ce matin. Wahib était en examen et ne comprenait pas le sens de l'adjectif «constante». J'ai donc tenté de le lui expliquer à l'aide d'exemples. Il a compris (du moins, je l'espère!) et je suis retourné à ma place, songeur.

Wahib est un enfant de la Loi 101. Il doit légalement fréquenter l'école française. À une autre époque, il n'est pas dit qu'à cause de sa religion, on l'aurait accepté dans un réseau scolaire catholique ou même francophone. S'il avait admis au PSBGM, il aurait été intégré à la communauté anglophone en moins de temps qu'il n'en faut pour crier «Alléluia!» Dans un contexte montréalais, j'aurais même eu, j'en suis convaincu, le mauvais réflexe de lui expliquer le mot «constante» en le traduisant en anglais.

Mais voilà: Wahib étudie en français dans une école francophone. On l'y a accueilli et il s'y intègre assez facilement. Wahib n'est pas un radical, un extrémiste, tout comme ses consoeurs. Dans un an, dans deux ans, ils auront mieux compris le Québec et seront moins ignorants de la réalité de cette société distincte que si on les avait rejetés.

Quand je pense à toutes les erreurs d'intégration que la société québécoise a commises et aux bienfaits de certaines mesures mises de l'avant par le passé, je me dis que c'est une bonne chose de réfléchir à notre façon de concevoir et de gérer l'immigration au Québec.

Pour l'instant, mon école n'est pas confrontée à de grandes différences culturelles. Mais un jour viendra ou il faudra se pencher sur le voile, par exemple. Pour ma part, je me demande s'il ne vaut pas mieux tolérer certains signes religieux comme le voile et espérer intégrer à moyen terme des Québécois d'une autre confession que de les refuser et voir ces individus se tourner vers la communauté anglophone ou se refermer sur eux-mêmes, par exemple. Après une génération ou deux, il est démontrer que les individus dont les parents venaient de l'extérieur du Québec ont tendance à adopter nos valeurs, pour le meilleur et pour le pire.

Le débat reste entier. Pour l'instant.

12 commentaires:

bobbiwatson a dit…

L'intégration des jeunes musulmans se fait sans problèmes, sans embûches. L'arrivée d'une professeure, enseignant au primaire et portant le voile fait beaucoup plus de vagues. Pourtant, cette dernière est parfaitement intégrée à notre société. Y a-t-il tant de différence d'acceptation entre la grande ville et la banlieue? Ferait-on autant de différence si c'était c'était un professeur, un homme musulman? Honnêtement, on pourrait se demander si les différences physiques (tchador, voile, etc) sont les raisons qui nous braquent le plus envers les nouvelles communautés. Les attributs extérieurs sont vraiment ce qui nous dérange? Et le kirpan qu'on ne voit pas? Nous dérangerait-il?

La Marsouine a dit…

Merci pour la nuance! En ces temps de Commission Bouchard-Taylor, j'ai le poil des bras retroussé par l'avalanche d'opinions tranchées. Un bon exemple de la politique du cas par cas!

Safwan a dit…

«Dans un an, dans deux ans, ils auront mieux compris le Québec et seront moins ignorants de la réalité de cette société distincte que si on les avait rejetés.»

Ça me fait penser à un élève à qui j'enseigne cette année et à qui j'ai enseigné l'an passé. Un excellent élève. C'est un Latino-Québécois (pardonnez mon blanc de mémoire, je ne me rappelle plus de quel pays ses parents sont issus). Lorsque nous avons travaillé la poésie l'an dernier - on parlait déjà à l'époque des accommodements raisonnables - j'ai fait travailler aux jeunes un texte de Loco Locass, «Langage-toi». Il y est question du fait que l'on doive s'engager dans la préservation de sa langue et de sa culture. Eh! bien ce jeune homme, qui parle trois langues et dont le français n'est pas la langue maternelle, était le premier à dire à ses collègues comment il était important de défendre la culture et la langue françaises au Québec, qu'il ne fallait pas s'en laisser imposer, que l'on se devait d'être fiers alors que plusieurs autres, Québécois de souche, tentaient, à tort, d'accuser les immigrants du problème de préservation de notre langue et de notre culture. Belle leçon, non?

Renart L'éveillé a dit…

«De façon théorique, un musulman devrait prier 80 fois par jour à bord de la SSI puisque cette dernière effectue 16 rotations toutes les 24 heures autour de la Terre.»

Voilà bien, philosophiquement, la preuve de l'absurdité de la religion...

Pour le reste de ton texte, c'est très positif! Ça fait du bien!

bibco a dit…

Très pertinent, je remarque la même chose.

Une femme libre a dit…

En quoi dans une école, une jeune élève voilée est-elle plus dérangeante que sa consoeur les seins et la bedaine à l'air?

J'ai aussi remarqué qu'il y avait plus de personnes de confession musulmane quand j'ai eu la surprise de me faire demander s'il y avait ..... du porc! dans les friandises que j'offrais aux enfants à l'Halloween hier!

Le professeur masqué a dit…

Bobbi: ce sont de bonnes questions. L'apparence différente est souvent perçue comme menaçante. A lire l'actualité, il est fort possible que les fonctionnaires ne puissent plus afficher leur confession religieuse dans le cadre de leurs fontions. Belle chicane légale en perspective.

La marsouine: il n'y a pas grand débat à avoir dans ce que je vous ai raconté. Mais quand on aborde le voile, là, on soulève les passions. Et je n'ose pas pensé à ces gens qui affirment que l'excision est un rituel traditionnel ou à ce juge qui a excusé des accusés haîtiens en parlant de traits culturels dans une cause ou ils étaient accusés de viol.

Safwan: parfois, j'ai l'impression que la plupart des jeunes se fichent de leur langue et de leur culture. Ils n'appartiennent pas à la société québécoise: ils appartiennent à la société de consommation.

Renart: à propos de l'immigration, je vous entretenais l'autre fois à quel point l'intégration doit se faire sur le plan de l'emploi. Aujourd'hui, dans le journal, il y avait ce texte qui appuie ma position: http://www.cyberpresse.ca/article/20071101/CPACTUALITES/71101159/6782/CPACTUALITES

Une femme libre: je m'interroge sur les bonbons que vous offrez! Je suis d'accord avec votre énoncé: l'hypersexualisation des jeunes m'interpelle beaucoup. Mais en même temps, la question du voile et du kirpan n'est pas vraiment résolue. J'ai hâte de voir comment mon école va gérer la première étudiante voilée...

Safwan a dit…

«Ils n'appartiennent pas à la société québécoise: ils appartiennent à la société de consommation.»
Je suis en accord avec toi. Ça me fait penser aux Blancs qui essaient de se faire passer pour des rappers noirs. Ri-di-cu-le. La culture hip-hop est mise en valeur énormément dans notre société de consommation alors ça laisse des traces. Idem pour l'un des amis d'enfance de M. Safwan qui essaie tant bien que mal de se faire passer pour un Italien.
C'est la preuve que l'identité québécoise dont on parle si souvent depuis les derniers mois reste à définir. Peut-être devrait-on demander à des publicitaires de la définir, de la mettre en marché et d'en faire la promotion. Ainsi, on serait assurés qu'elle ferait partie de l'économie de marché et qu'elle serait désirable aux yeux de nos adolescents.

Adnré Chartrand a dit…

« ce juge qui a excusé des accusés haîtiens en parlant de traits culturels dans une cause ou ils étaient accusés de viol. »

Professeur Masqué, j’ai eu vent d’une affaire du même genre, mais c’était en Allemagne. Pouvez-vous donner une ou des sources pour le cas que vous rapportez ici?

Merci.

Le professeur masqué a dit…

M. Chartrand: il s'agit d'un jugement rendu pat la juge Dubreuil en 1996, L'affaire avait soulevé les passions à Montréal.

Elle avait excusé le manque de remords des accusés, un facteur aggravant en écrivant: « Dans la présente affaire, l’absence de regret des deux accusés me semble relever plus d’un contexte culturel particulier à l’égard des relations avec les femmes que d’une véritable problématique d’ordre sexuel.»

http://www.jidv.com/BILGE-S-JIDV2005_10.htm

unautreprof a dit…

Je viens d'un milieu multi ethnique où nous vivions bien les uns avec les autres. Mes amis d'adolescence étaient d'origine portugaise, vietnamienne, péruvienne, polonaise, italienne, égyptienne, libanaise etc.
Ayant une mère immigrante qui ressemble maintenant en plusieurs points à une québécoise de souche, je trouve que ce débat d'intégration, quoique pertinent, est bien délicat.
Bien se connaître pour bien accepter l'autre,
avec ses différences ethniques, politiques, physiques, alouette!

Zed Blog a dit…

Hélas! Minorité ici, maorité ailleurs...

C,est sous-estimer le pouvoir de l'auto-lavage de cerveau et celui de la pression des pairs, non seulement ici, mais sur Internet et sur la planète.

Savais-tu que bien des femmes se voilent en arrivant ici? Et des petites filles de 7, 8, 9 ans vilées, je trouve que c'est un cas de DPJ.

Comme tu sais, pour moi, la solution est de défendre bien clairement les droits de la personne.

J'en ai marre du Québec Jello. L'adolescence et la crise d'identité, faut que ça finisse un jour, si on veut s'intéresser aux autres débats.

Tous ces billets intéressants pour mon énergie si petite ces temps-ci...

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Zed ;-)