06 décembre 2007

Les parents, l'école et l'État

Ce soir. Un bon souper. Et puis, réflexion blogale.

Dans le fond, plusieurs des billets précédents ont porté sur les devoirs des parents (ici et ici). Il s'en est suivi un échange, somme toute, intéressant.

Or, voilà que, dans un commentaire, Nullus a allumé une réflexion en moi en écrivant:

«De plus, on empiète sur les valeurs des parents, qui ne sont pas tous des enseignant(e)s et qui n'ont pas nécessairement tous été à la même école...

Les parents ont également leur mot à dire et ont le droit de mettre la priorité sur ce qu'ils veulent. Que cela nous plaise ou non.»

Il m'est alors venu en tête diverses pensées, pas nécessairement toutes cohérentes, mais je les partage avec vous.

Dans les faits, en éducation, les parents n'ont pas un grand mot à dire de façon directe dans l'éducation de leur enfant. Le programme de formation et les programmes disciplinaires sont décidés par le MELS. Par exemple, avec le nouveau cours d'éthique et culture religieuse, tous les élèves doivent se familiariser avec les grandes religions du monde. C'est l'État qui décide en consultant bien ici et là, il va sans dire.

Déjà, certains regroupements religieux, les juifs hassidiques entre autres, ont émis leurs réserves à ce sujet. De même pour des parents catholiques pratiquants qui désirent revoir les bons vieux cours d'enseignement religieux dans nos école.

Ne trouvez-vous pas ironique que l'école puisse mettre en contact un jeune avec des valeurs religieuses qui ne sont pas celles désirées par ses parents? La principale raison pour laquelle on agit de la sorte est bien sûr de s'assurer que chaque jeune Québécois ait accès à une éducation pleine et entière avant sa majorité et que celle-ci ne soit pas brimée par les volontés zélotes de parents ultra-fondamentalistes religieux, par exemple.

Par contre, cette volonté d'éducation pleine et entière tombe devant des parents insouciants qui n'apportent pas leur soutien à leur enfant en motivant ses absences à outrance. L'État veut que chaque jeune puisse avoir accès à une instruction, mais il ne peut pas empêcher un parent de motiver injustement les absences de son enfant.

Je ne dis pas que l'école doit disposer de ce pouvoir. Je souris simplement devant cette apparente contradiction. On me pardonnera cette boutade un peu facile mais, légalement, au Québec, il est plus facile d'obliger un Juif d'étudier Mahomet que de garder un jeune à l'école.

6 commentaires:

La Mère à Boire a dit…

Si vous saviez ce que je pense de ces groupes de parents qui se braquent devant le nouveau programme d'éducation religieuse... Ils utilisent des gros mots, comme "dictature" et "ingérence".

Come on, le peuple. Dans les écoles on nous apprend le français, la géographie, l'anglais, les maths, etc. Est-ce une dictature? ou de l'ingérence?

Quel est le danger pour les enfants d'apprendre l'existence des grandes religions du monde? En quoi cela est-il plus dangereux que d'apprendre l'existence du Zimbabwe?

J'ai-tu assez hâte que ça soit fait et derrière nous depuis quelques années...

Pour donner une culture religieuse à mon fils, j'ai envisagé l'inscrire au cours de religion, au primaire. Mais quand la prof nous a expliqué le programme, j'ai immédiatement demandé un changement, par lettre, au directeur de l'école. "C'est Dieu qui a fait ceci, et c'est Dieu qui permet cela." Ah non, vraiment, s'il vous plait! pas à l'école!

Safwan a dit…

Mon questionnement apaparaîtra sûrement bête à certains, mais allons-ons gaiement quand même!
Quand j'étais en cinquième secodaire, en 1994-1995, mon enseignant du cours Enseignement religieux nous a parlé des cinq grandes religions, des sectes les plus importantes dans le monde, et il ne faisait que suivre le programme de l'époque. Quelqu'un peut m'expliquer pourquoi on se braque maintenant avec le cours Éthique et culture religieuse parce qu'il demande d'enseigner... les cinq grandes religions?
Parce que ce cours, contrairement à mon époque, oblige TOUS les Québécois à le suivre, j'imagine, peu importe leurs croyances personnelles?
Parce que c'est «dangereux» d'en apprendre sur ses concitoyens, pour mieux «vivre ensemble» (on connaît son Renouveau ou on ne le connaît pas, hein?)?
Parce que nous avons trop, beaucoup trop parlé accommodements raisonnables cette dernière année et que tout le monde a peur de son voisin qui lui est étranger?
Moi, j'opte pour l'ensemble de mes réponses :OP

Le professeur masqué a dit…

Tiens, juste en lien avec mon commentaire:

Enseignement religieux: les Québécois veulent avoir le choix

http://www.cyberpresse.ca/article/20071207/CPACTUALITES/71206234/1028

Nullus a dit…

Bonjour,

En tant que parent:

En ce qui concerne l'éducation religieuse, tant qu'à moi, ça ne devrait pas faire partie du programme scolaire, tout simplement. Pas au primaire.
Les croyances sont une affaire personnelle, pas une affaire d'État. Il me semble qu'on en est rendu là dans notre siècle et dans notre société.

Je suppose que c'est à cause de la pression des parents que ça en fait encore partie, mais là, je ne sais pas de quoi je parle, ce n'est qu'une supposition.

Je fais aussi la supposition que le nouveau cours sur la culture religieuse (je ne connais pas le nom du programme et mon fils n'est plus au primaire)serait une tentative de sortir la religion de l'école, mais comme plusieurs parents veulent la religion à l'école, on essaie de satisfaire tout le monde en ne mettant pas l'emphase sur une religion particulière et en essayant de faire acquérir une culture générale sur le fait religieux et, du même coup, essayer d'inculper un concept de respect de la diversité.

Je trouve que la tentative est tout de même bien pensée et que ses buts sont nobles. Sauf que, ce que ça donnera en pratique, je n'en ai aucune idée.

En tant que parent, je n'ai pas l'impression d'avoir mon mot à dire sur le programme du ministère. Je pourrais toujours: en m'unissant avec d'autres parents et en faisant de la pression, mais je ne le fais pas parce que je trouve que ce n'est pas si dramatique.

Les parents ont leur mot à dire mais quand on arrive à la religion, je bloque.

Les parents, s'ils ne sont pas satisfaits de l'éducation que reçoivent leurs enfants à l'école, ont toujours le droit de se rassembler et de faire «l'école à la maison». Je suis pour ce droit et j'aurais bien aimé le faire.

Sauf que, quand on arrive à «l'école à la maison» juste pour pouvoir enseigner la religion de son choix, comme beaucoup de groupes le font aux États-Unis, ça me révolte un peu. J'ai peut-être un gros préjugé envers la religion parce que si ces gens-là ne nuisent à personne en particulier, ils ont bien le droit de transmettre leurs valeurs à leurs enfants.

Personnellement, je remplacerais la religion et la morale par de la sociologie, tout simplement. À un niveau adapté, bien sûr.

La Mère à Boire a dit…

Nullus, tu dis : "En ce qui concerne l'éducation religieuse, tant qu'à moi, ça ne devrait pas faire partie du programme scolaire, tout simplement. Pas au primaire. Les croyances sont une affaire personnelle, pas une affaire d'État. Il me semble qu'on en est rendu là dans notre siècle et dans notre société."

Il ne s'agit pas de croyance religieuse, mais de culture religieuse. Pour moi, ça a tout à fait sa place à l'école, au même titre que la géographie, l'histoire, la science, et le français. Ça fait partie de l'histoire de l'humanité et de la vie sur terre. C'est incontournable.

Il ne s'agit pas de faire des croyants, mais d'éviter d'en faire des incultes!

Je ne crois pas en Dieu, moi. J'ai tout de même fait écouter Jésus de Nazareth et Les Dix Commandements à mon fils, et nous avons eu plusieurs discussions sur les questions religieuses.

Remplacer la religion par la sociologie n'effacera certainement pas 10000 ans d'histoire humaine! Les religions font partie de la vie et de l'histoire de tous les humains, même les athées.

Nullus a dit…

@ la mère à boire

Je comprends votre point de vue.
Peut-être que mon point de vue est trop subjectif dans le sens que ce n'est pas parce qu'on parle de «culture» religieuse à la maison que ça se fait nécessairement dans toutes les familles.

C'est une connaissance essentielle, je suis d'accord avec vous. J'ai à recogiter là-dessus.

En me relisant, j'ai vu que j'ai écrit «inculper» au lieu de «inculquer», j'en profite pour rectifier...

Moi, je crois en Dieu... à ma façon.