16 décembre 2007

Violence à l'école et solutions

Ce n'est pas partout pareil, mais il faut se rendre à l'évidence: il est fréquent qu'un enseignant doive travailler dans un milieu violent ou les agressions verbales et même physiques sont tolérées, voire acceptées comme faisant partie de la nature de son travail.


La violence en milieu scolaire est un phénomène complexe, mais je ne suis pas surpris qu'on en vienne à des comportements inappropriés et blâmables de la part des profs comme le montrent ces deux cas (ici et ici).
À quelques reprises, j'ai dû me retirer de ma classe, le temps de reprendre mon souffle, tellement certains jeunes cherchaient la confrontation. Aucun enseignant n'est à l'abri d'un dérapage, je crois, et on nous forme peu à gérer cette forme de stress.
On peut blâmer la société, la télévision ou les parents pour le comportement agressant de nos jeunes, mais cet exercice est futile puisque les écoles n'ont aucune influence directe sur ces derniers. Reste à l'école à tenter d'agir sur elle-même pour améliorer une situation qui est loin d'être rose.
Des solutions?
Il existe plusieurs pistes de solutions, mais peu d'entre elles sont mises de l'avant.
De façon générale, un milieu scolaire vivant et propre favorise le respect et l'harmonie. Comment se sentir serein quand l'environnement immédiat tombe en ruines?
De plus, il faut mieux encadrer les éléves en difficulté d'apprentissage ou présentant des problèmes de comportement, notamment en ce qui concerne la consommation de certaines drogues.
On s'ennuie aussi du plan Pagé qui permettait aux jeunes de demeurer après l'école pour participer à des activités parascolaires qui leur faisaient vivre des activités stimulantes à l'école. En banlieue et en région, le fait que tous les gros autobus scolaires partent à la même heure après l'école limite la participation des jeunes. Occuper nos jeunes et ne pas les laisser à eux-mêmes, ce n'est pas si sorcier.
Il existe aussi des campagnes de promotion du savoir-vivre, campagnes auxquelles Gooba fait référence, par exemple. Si on est parfois lent à sanctionner les gestes inappropriés, il est très significatif qu'on ne reconnaisse que très rarement les actions méritantes et louables qui sont, dans les faits, bien plus nombreuses.
À cet égard, à mon école, j'ai suggéré que chaque membre du personnel puisse remettre une mention ou un avis de bon comportement à un jeune qui pose un geste contribuant au mieux-être de l'école (ramasser des détritus près d'une poubelle, aider un confrère handicapé à porter ses livres, etc.). Chaque mention donne alors droit à une participation à un tirage ou l'élève peut se mériter des billets pour une activité culturelle ou sportive, des livres, des vélos, des bons d'achat, etc. L'idée est restée lettre morte. Trop difficile à gérer, j'imagine...
Un autre facteur qui mine le climat d'une école est également les différentes applications du code de vie. Dans certains cas, on est trop extrémiste; dans d'autres, trop permissif.
Dans une école, tous les éducateurs doivent veiller à l'application des règles de conduite. Cependant, les directions jouent un rôle déterminant à la fois parce que ce sont elles qui appliquent les sanctions importantes (renvoi, suspension, etc.) et parce que ce sont elles qui, par leur leadership, incitent le reste du personnel à être rigoureux et cohérent. J'ai connu des directions qui faisaient preuve d'un laxisme incroyable tant dans l'application des règlements que dans la supervision des enseignants. Il faut peu de temps pour que le climat se dégrade, croyez-moi.
Souvent, ce n'est pas que l'application des règlements mais aussi la communication déficiente entre les divers membres du personnel et un suivi inefficace des élèves qui expliquent que certaines écoles deviennent invivables. Des exemples?
  • Un enseignant accueille une nouvelle élève dans sa classe. On prend bien soin de ne pas lui indiquer que celle-ci a écrit des courriels invitant à une fusillade dans l'école d'ou elle a été expulsée, question qu'elle ne soit pas étiquetée par ses nouveaus profs. Et quand celle-ci se battra à coups de poing à l'heure du midi, l'enseignant l'apprendra une semaine plus tard par la «rumeur» puisque la direction de l'école n'indique pas les motifs d'une suspension..
  • Deux élèves avec lesquels l'enseignant a un contact privilégié sont suspendus. Aucune information n'est divulguée sous le prétexte de la confidentialité du dossier des élèves, dossier que l'enseignant peut consulter s'il se rend au bureau de la secrétaire! Finalement, il finira par découvrir que les élèves ont été surpris à consommer des psychotropes à l'école, ce qui lui permettra de discuter drogue avec ces jeunes et de les accompagner comme adulte signifiant dans leurs démarches auprès des intervenants en toxicomanie. Mais encore a-t-il fallu qu'il fasse la démarche de s'informer...
  • Une direction interdit à des enseignants de parler de cas précis d'élèves en réunion de niveau. Il ne faut pas stigmatiser l'élève... Pourtant, combien de fois ai-je vu des jeunes mieux fonctionner quand ils ont compris que l'ensemble des enseignants travaillaient de concert pour les amener à corriger certains comportements répréhensibles? Combien de fois suis-je intervenu pour indiquer que tel jeune fonctionnait bien dans mon cours, remettant ainsi en question la perception incomplète que quelques collègues avaient de ce dernier?
  • Des jeunes peuvent arriver en retard à leurs cours jusqu'à 15 fois dans un mois avant qu'on se penche sur leur cas.
  • Des jeunes reçoivent une remise de temps de 45 minutes pour avoir séché quatre périodes d'une heure.
Revoir le principe de sanction?
Enfin, le mode de sanction appliqué dans les écoles du Québec est peut-être à revoir. En effet, en Ontario, le concept de «justice réparatrice» semble donner de bons résultats si l'on se fie à cet article du Journal de Montréal.
«Avec la méthode réparatrice, le jeune est en présence de la personne lésée et de ses émotions. Il doit trouver lui-même une solution qui convient à la victime. Ça demande pas mal plus qu'une suspension», affirme Claire Beaumont, codirectrice de l'Observatoire canadien pour la prévention de la violence à l'école (OCPVE).
On peut douter qu'au Québec, on ira de l'avant avec une telle méthode. Il est plus facile de punir que d'éduquer. Et même là, on ne fait pas toujours le travail comme il faut. Même avec nos processus actuels de sanction, on explique peu aux enfants et aux parents la portée de leurs gestes. On fait peu participer le jeune à une possible solution du méfait qu'il a posé. Un peu à l'image de l'anecdote d'Énidan...

7 commentaires:

Armand a dit…

Cher Professeur Masqué,
J'aimerais faire une comparaison avec ce qui se passe parfois dans d'autres contextes.
Le délinquant, un casseur par exemple, fait souvent partie d'une "bande".
Si un juge (le proviseur) le somme de réparer des dégâts (moraux et matériels), il (ou des membres de sa bande) seront tentés de menacer la victime de représailles. Ce serait une exportation des lois de la Maffia.
Si on applique la méthode à l'enseignement, il faudrait donc que l'on contrôle si la réparation est bien proportionnelle aux actes délictueux et qu'il n'y a pas d'actes d'intimidation à l'égard des victimes.
N'oubliez pas aussi qu'une grande partie des agressions sur les profs est due aux parents.
Amitiés
P.S. J'ignore ce qu'il faudrait faire et il semble que personne ne le sache car s'il existait une méthode parfaite, elle serait universelle.

Une femme libre a dit…

"À quelques reprises, j'ai dû me retirer de la classe, le temps de reprendre mon souffle."

C'est la chose à faire. Ce qui est conseillé aux parents d'un bébé qui hurle depuis des heures, comme à ceux d'un petit qui fait une dixième crise et qui sentent leur propre colère monter, au mari insulté par sa femme qui a envie de l'étrangler. Se retirer de la situation. Appeler le directeur si les élèves sont jeunes et se retirer le temps qu'il faut. Prendre sur soi.

"Il vaut mieux encadrer les élèves en difficulté d'apprentissage ou présentant des problèmes de comportement, notamment en ce qui concerne la consommation de certaines drogues."

Les enfants qui ont des problèmes d'apprentissage n'ont pas nécessairement des problèmes de comportement et ne consomment pas plus de drogues que les autres. Le problème de la consommation de drogue en milieu scolaire serait le fait de toutes le clientèles, pas seulement des jeunes en difficulté et autant dans les écoles privées que publiques. Sauf que les écoles privées mettent ces élèves à la porte alors que les écoles publiques font preuve de laxisme.

D'ailleurs, les écoles privées sont indirectement une source de clientèle plus poquée et violente dans les écoles publiques. Si les écoles privées ne gardent que des jeunes polis et disciplinés,elles privent d'autant les écoles publiques de ces éléments et leur renvoient systématiquement tout élève perturbateur. Les écoles publiques à vocation particulière se chargent encore plus d'épurer les rangs, ramassant les autres élêves doués et motivés. Le restant, dont de nombreux cas problématiques, constitue la clientèles des écoles publiques. Si certaines écoles publiques sont excellentes, surtout en quartier favorisés et en dehors de la grande ville, certaines sont de véritables ghettos de violence. Il est en soi extraordinaire que de tels milieux réussissent à recruter des professeurs.

Une femme libre a dit…

Je trouve toutes vos pistes de solutions pertinentes, Prof Masqué. J'ajouterais que la taille des écoles devrait être diminuée. Une petite école où tous les élèves sont connus de tous, reconnus comme des individus importants et valables peut plus facilement gérer la violence potentielle et favoriser un milieu humain, chaleureux et encadrant. Une école belle, avec des oeuvres d'art, de l'esthétique, des couleurs invitantes. Les polyvalentes, affreuses et déhumanisées devraient être transformées en condos.

Le professeur masqué a dit…

Armand: vous avez entièrement raison sur le point que vous avancez. Dans le cas de gang de rue, ce mode de justice est difficilement applicable. Je pense qu'il s'exerce mieux avec l'élève moyen dans des cas de bris à la propriété ou d'infractions mineures.

Mais, avec notre méthode ou une autre, c'est le degré d'engagement du milieu (direction, enseignant, élève) qui est déterminant. Malheureusement, c'est là ou le bât blesse.

Une femme libre: je suis content de voir que mon instinct de survie n'est pas si mal. Le «retrait préventif», comme je l'appelle, n'a de valeur que si on revient calme, posé et plus fort. Il n'est pas une fuite. Mais tout cela n'est pas enseigner à l'université.

Quant à l'idée de trouver un directeur dans une école qui ne soit pas en réunion de gestion ou en formation à l'extérieur, je préfère vous dire que c'est souvent du domaine de l'impossible. Il est fini le temps ou le directeur était à son bureau et ou on pouvait l'appeler en cas d'urgence. Même avec le cellulaire, la chose n'est pas évidente.

Je connais des écoles ou les directions sont tellement occupées que les élèves ne les reconnaissent souvent même pas dans les corridors.

On manque de personne-ressource pour affronter de telles crises dans nos écoles.

Par ailleurs, dans un premier temps, ne croyez pas que j'associe élèves en difficulté d'apprentissage et consommation de drogues illégales.

Dans un deuxième temps, dans certaines écoles, et je reviendrai sur ce sujet tellement cette situation est inconcevable, on méprise l'intelligence des élèves en difficulté et on accepte de certains des comportements qui ne seraient pas tolérés chez d'autres et je ne parle pas de cas reliés à des problèmes psychologiques ou intellectuels.

Enfin, oui, l'école publique est parfois devenue un ghetto violent avec la popularité des écoles privées. Et le phénomène va en gouvernemental est trop occupé à gérer des réformes et des conflits de travail qu'à s'occuper de certains problèmes préoccupants comme la violence, la drogue, l'absentéisme.

Quant à la taille des écoles, je dois vous avouer que j'ai enseigné dans une grosse polyvalente de 3000 élèves ou les problèmes de discipline étaient moins criants qu'aujourd'hui. Même qu'à l,époque, ce milieu était plus tranquille que des écoles plus petite ou j'avais fait mes stages. Une direction efficace, un véritable suivi des élèves, des activités parascolaires stimulantes, une application rigoureuse et intelligente des réglements, tout cela permettait à cette école d'être considérée aussi intéressante que le collège privé du coin à qui elle livrait une féroce concurrence.

Une Peste! a dit…

@Femme Libre,

"Appeler le directeur si les élèves sont jeunes et se retirer le temps qu'il faut. Prendre sur soi."

Un directeur? Loin de moi l'idée de pincer votre bulle de zenitude, mais trouver un directeur présent dans une école ET disponible ET désireux d'intervenir dans nos classe: nous ne sommes pas loin de l'histoire de la Fée Clochette.

Beaucoup de demi-directeurs dans nos écoles primaires. Surtout dans nos "petits écoles toutes cutes". Restructurations (hein?)de nos adorables commissions scolaires.

Certaines directions ont jusqu'à trois écoles. Ils/elles ne sont donc présents qu'une, deux, ou si nous sommes chanceux, trois jours par semaine dans une même école.
Les enfants ont une excellente mémoire lorsqu'il s'agit de se souvenir des jours où le chat n'est pas là.

À cet égard, il faudrait que la c.s. pense à instaurer un système de crises (d'élèves) cela sur une base cyclique. Par exemple, tous les jours 3,6 et 9 .. les élèves de l'école Ste-Machin peuvent se laisser aller, madame la directtrice est là. Parcontre, pour les jours 2,4 et 8 .. personne. Les jours 1, 5 et 7 l'élève pourra également grimper dans les murs avec espoir que adulte interviendra puisque ces trois jours-là, c'est la responsable de l'école qui fait les jobs de bras. Enfin, lorsqu'elle est disponible. Une responsable d'école étant une enseignante sur place, titulaire elle-aussi de sa propre classe .. qui remplace la direction au cas z'ou l'école prendrait en feu.

Également. Mander l'aide de la direction n'est pas nécessairement une bonne idée. Nous sommes le capitaine du navire: lorsque la direction doit venir faire une intervention dans notre classe, clairement nos mousaillons ont saisi que nous n'étions pas en contrôle. Et oui, c'est vachement important d'être (d'avoir l'air, minimalement) en contrôle de la situation, en contrôle du quotidien. Sans compter que l'on a pas tous la chance d'avoir une direction qui a du cran et des compétences en intervention.

Aussi.
On peut, peut-être, au secondaire, mais au primaire c'est beaucoup plus sensible - surtout au premier cycle - de quitter la classe même pour aller prendre une minute d'inspirations/expirations à l'extérieur. D'autant que l'on s'imagine que la situation ayant mené à cette "sortie" ne risque pas de se calmer en notre absence. Tout le contraire.

Ce n'est pas simple comme les gens aimeraient donc que cela soit.

La Mère à Boire a dit…

Ma solution est trop extrémiste pour être applicable au Québec. On est beaucoup trop frileux pour ce genre de solution...

Responsabiliser les parents dès le primaire. Si ton jeune cause des problèmes en classe, et que le professeur l'a exclu de sa classe pour la journée, le parent doit venir le chercher sur-le-champ, sinon, payer une amende pour l'avoir laissé à la charge de l'école...

À mon avis, comme je l'ai dit maintes fois et comme je le répétrai encore, on déresponsabilise beaucoup trop les parents, au Québec. C'est jamais de leur faute, et ils n'y peuvent rien. Mais je serais étonnée de voir le nombre de parents qui se secoueraient les méninges pour trouver des solutions si les méfaits de leur jeune trésor devaient leur coûter de l'argent!

Par exemple, dans mon village, il y a des jeunes adultes qui conduisent en dangers publics. Des gars de 18 à 25 ans, qui habitent encore chez papa et maman, et qui font régner la terreur dans nos petites rues. Les parents de ces jeunes cons sont tout à fait au courant, tout à fait conscients. Mais ils ne foutent strictement rien. Alors ma règle inapplicable en société serait d'envoyer toutes les contraventions du jeune prodige à ses parents, et de les tenir responsables des dégâts causés par leur "chef-d'oeuvre" au même titre que ledit chef-d'oeuvre...

Quand je les croise, ces larves parentales, je me dis "maudit qu'ils doivent être fiers de leur boulot...". C'est lamentable.

En saignant a dit…

Bordel qu'on est frileux au Québec! Il suffirait qu'on ammène ces idées, certaines bonnes mais toutes intéressantes, sur la place publique pour qu'on se fasse encore rentrer dedans. Pourtant, en bout de ligne, ce n'est pas les enseignants et enseignantes qu'on protète mais la progéniture-même des chialeux.

Peut-être est-ce le temps pour de nouveaux étâts généraux? :)

Super intéressant à lire, bravo.