22 décembre 2007

Ma rétrospective 2007

Après quelques jours de réflexion, voici donc mes neuf moments importants de l'année 2007 dans le monde merveilleux de l'éducation.
1- Les élections provinciales
Le premier événement, ce sont les Québécois eux-mêmes qui l'ont fait si l'on pense aux résultats des élections provinciales de 2007. Avec un gouvernement minoritaire et une ADQ avec le vent en poupe, les libéraux de Jean Charest n'ont pas eu le choix de rajuster le tir en éducation, quitter à emprunter certaines idées au parti de Mario Dumont. On a donc un gouvernement moins arrogant, plus à l'écoute, mais également et nécessairement plus populiste (populiste signifiant ici vouloir plaire au plus grand nombre possible).
Cette situation est porteuse de grandes remises en question, mais aussi de risques de manque de vision à long terme. Quand on ne veut pas déplaire à tous et chacun, le danger est grand de ne plaire à personne. C'est sur cette mince glace que marche la ministre Courchesne qui doit gérer un ministère ingérable et surtout chercher à plaire au plus large électorat possible. D'ou des annonces comme la politique anti-malbouffe dans les écoles ou le retour du bulletin chiffré. Je reviendrai d'ailleurs sur ces deux mesures mais, chose certaine, en 2007, l'éducation est devenue une chose politique, pour le meilleur et pour le pire. (billet et billet )

2- La réforme et la ministre Courchesne

Plus impopulaire que Jean Charest, la réforme aura été la mal aimée de l'année 2007. Celle-ci passerait mal auprès des parents (billet) et de plusieurs enseignants.

Au début de l'année, le MELS a maintenu le cap mais, après les élections provinciales mais, contrairement à mes prédictions (billet), la ministre Courchesne a remis en question le renouveau pédagogique (billet). C'était bien avant son passage à l'émission Les Francs-Tireurs ou ses propos lors d'une entrevue qu'elle accordait à Patrick Lagacé ont figé certains éducateurs et en ont réjoui d'autres (billet). Elle a repris l'essentiel de sa pensée lors de son passage à l'Association québécoise des professeurs de français (billet) et à l'émission Tout le monde en parle (billet, billet et billet).

3- Les bulletins

En 2007, la question du bulletin, intimement reliée à celle de la réforme, a occupé une large place dans les médias. Jetons un coup d'oeil sur cette une éternelle saga:
  • les bulletins sont réformés en novembre 2006 et désapprouvés par la population (billet);
  • les bulletins sont réformés dans certains cas à la mi-mai 2007 (billet et billet);
  • annonce à la fin mai 2007 par la ministre Courchesne que les bulletins seront réformés pour la rentrée scolaire (billet et billet) et ce, malgré l'avis du Conseil supérieur de l'éducation (billet);
  • les journaux ont un vilain plaisir à souligner le chaos et la mauvaise volonté qui s'en est suivi (billet) alors que, dans certaines écoles, cette transformation s'est opérée sans heurt.

4- L'enseignement du français

L'année 2007 aura également vu les Québécois faire leur traditionnel et hypocrite prise de conscience de la qualité plutôt relative du français enseigné dans nos écoles. Mais ne nous inquiétons pas pour leur équilibre identitaire: après tout, la devise officieuse de cette province n'est «Je me souviens pas» pour rien.

Quoiqu'il en soit, on aura assisté cette année à la publication de nombreux articles relatifs à l'école et l'enseignement du français. Qu'on pense au rapport Berger et à la correction holistique (billet et billet et billet) , à la qualité des enseignante et de celui du français de nos jeunes (billet), le «retour» de la dictée en classe (billet), les résultats des jeunes québécois en lecture (billet) ou encore à l'annonce d'un plan concernant le français à la CSDM (billet).

5- La pertinence des commissions scolaires

Dire que l'avenir des commissions scolaires a rien de moins que failli nous obligés à retourner aux urnes si la motion de l'ADQ avait été approuvée!

Cette année, les CS ont fait l'objet d'un traitement dont elles se seraient passées. Déjà, 2006 avait mis la table avec ses sévères critiques quant aux rôles et aux dépenses de certains commissaires scolaires. Avec le faible taux de participation aux élections scolaires de 2007, il était inévitable qu'on remette en question la représentativité des élus scolaires mais aussi la pertinence de cette forme de gouvernement (billet).

Cela nous a valu une belle prise de bec entre la Fédération québécoise des directeurs d’établissement et le distingué président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, l'incroyable André Caron (billet et billet et billet).
6- Éthique et culture religieuse
Après le programme d'histoire au secondaire en 2007, cette année, ce fut au tour du programme d'éthique et de culture religieuse de connaître sa part de controverse. Bien avant Mario Dumont, déjà en octobre dernier, des parents manifestaient contre le programme d'éthique et de culture religieuse (billet). Le chef de l'ADQ a pris la balle au bond.

7- La politique anti-malbouffe
Personne n'est contre la vertu. Les nouvelles consignes que devront respecter les cafétérias des établissements scolaires n'ont donc pas soulevé de controverse, mais ont été l'occasion de nombreuses discussions sur le rôle de l'école (billet, billet, billet et billet).
8- Les devoirs et les parents
Comme bien d'autres années, les parents ont été au coeur des débats portant sur l'éducation.

Ainsi, le Journal de Montréal a souligné leur «incompétence» à accompagner leur enfant dans les devoirs à la maison comme si cela était leur rôle (billet, billet, billet et billet). Cette série d'articles devait évidemment mener à la suggestion d'abolir les devoirs comme l'a fait Nathalie Collard dans La Presse (billet).
9- La gestion des finances des universités

L'année 2007 aura été marquée par de nombreux questionnements sur la gestion des finances des universités. Qu'on me comprenne bien: le gouvernement Charest ne s'est pas tant intéressé à leur financement qu'à la façon dont ces dernières gèrent les sommes qu'elles reçoivent du provincial.
Déjà, avec l'affaire du tristement célèbre Ilot Voyageur (billet), l'Université du Québec à Montréal a connu la médecine de la ministre Jérôme-Forget (billet). Et pas besoin d'être devin pour prédire que cette situation connaîtra de nombreux développement en 2008. La fermeture du Centre en enseignement en milieux défavorisés (billet) et la reprise de l'édifice Saint-Sulpice par le ministère des Affaires culturelles est un exemple des gestes qui seront posés l'année prochaine.
En fin d'année, c'était au tour de l'Université de Montréal d'être mis au pas, même si on sentait déjà, dès juin, que des problèmes se préparaient (billet) . Là encore, la situation risque de connaître des développements intéressants.
Pour moi, 2007 aura été l'année de tous les déchirements. Parents, enseignants, enseignants entre eux, haut fonctionnaires, penseurs, ministre: tous adoptent actuellement des positions et des attitudes qui rendent très difficile la recherche d'un nécessaire compromis. Pendant que plusieurs de nos jeunes connaissent une grande détresse humaine, pendant qu'il est reconnu que la pauvreté est un facteur déterminant dans le phénomène du décrochage scolaire, on discute du sexe des anges.
Maintenant cette rétrospective 2007 effectuée, je me permets une seule question (alors que des dizaines et des dizaines se sont bousculées dans ma tête au fur et à mesure de la rédaction de ce billet) : ou se cachent les quelque 1 000 spécialistes pour aider les élèves en difficulté qu'on prévoyait embaucher si on se base sur notre dernière pseudo convention collective?

4 commentaires:

bobbiwatson a dit…

Professeur Masqué, vous nous aviez demandé de vous soumettre cinq évènements dans notre rétrospective et vous, vous nous en énumérez neuf : de quoi nous faire sentir cheap !!!

La malbouffe date de fin 2006 mais semble connaître des "oublis" en 2007. On verra en 2008.

Joyeux Noël à vous et à votre famille Masquée.

Armand a dit…

Cher Prof masqué,
Tu parles politique du Canada... Je n'y connais rien. :(
Je te souhaite donc seulement un joyeux Noël et une bonne année.
Amitiés

Le professeur masqué a dit…

Bobbi: j'aime tricher.

Armand: merci de vos souhaits. Pour ce qui est de la politique, je ne suis pas sûr d'y comprendre quelque chose parfois!

bobbiwatson a dit…

La tricherie est souvent une arme à deux tranchants ....

comme les implantations en éducation ...