06 juin 2007

Bienvenue au Ministère de l'Éducation!

Ce matin, j'ai rédigé ma lettre de démission à titre d'enseignant. Puis, à l'heure du dîner, je l'ai déchirée et j'ai plutôt rédigé une lettre d'amour. Suis-je maniaco-dépressif bipolaire? Non, ce sont plutôt les nouvelles en éducation qui sont comme des montagnes russes.

La lettre de démission

Première nouvelle du matin, donc: une manchette du Devoir nous apprend «Fini les fautes de français au cégep?» En fait, ce titre peut induire en erreur parce que les jeunes n'ont pas cessé de faire des erreurs... et que le MELS a toujours l'intention d'évaluer la qualité du français dans les textes des finissants des cégeps. C'est la méthode de correction qu'on proposait de changer. Au lieu de compter systématiquement toutes les fautes d'une production d'un élève, on l'évaluerait de façon holistique, c'est-à-dire de façon globale. On procéderait déjà de la sorte avec les examens collégiaux en anglais langue maternelle, semble-t-il. «Cela se fait ainsi partout sauf chez nous; c'est déjà comme cela pour l'épreuve uniforme d'anglais langue maternelle», fait valoir le directeur de l'enseignement collégial au ministère, Christian Ragusich.

Tout de suite, on a assisté à un lynchage en règle avant même d'en savoir davantage sur cette proposition et certains médias ont carrément compris qu'on ne corrigerait plus du tout la qualité de la langue. Il faut dire que le sous-titre du Devoir était à la limite du mensonge: «Québec suggère de ne plus compter le nombre de fautes à l’épreuve de français». On ne les compte plus, mais on en tient compte malgré tout!

Heureusement, le calme est revenu et on a éclairci certains points comme je l'ai fait précédemment. Je ne me livrerai pas à une analyse des bienfaits ou des méfaits de cette méthode. D'autres l'ont fait avant moi, et avec plus de talent, j'en suis convaincu

Bon, une fois cela dit, certains faits méritent qu'on s'y attarde.

Parlons tout d'abord de ce qui a causé cette manchette. Il s'agit d'un simple rapport qui n'a pas été approuvé par le MELS et qui a été commandé à Richard Berger, un enseignant en français. On est bien loin d'une politique ministérielle. Heureusement, surtout quand on prend connaissance de certains passages de celui-ci (que je vous rapporte, question de vous montrer l'égarement de certains pédagogues du ministère):
  • la méthode de correction actuelle serait «punitive»;
  • «Ce ne sont pas les faiblesses de l'élève qui devraient intéresser l'évaluateur, mais plutôt ses forces: on devrait valoriser ce qui est réussi et non mesurer ce qui est raté»;
  • le décompte du nombre d'erreurs de français est une approche «judéo-chrétienne» dont l'objectif est l'atteinte «d'une sorte d'état angélique».

Avouez que vous en restez bouche bée et que vous vous demandez ou le MELS a pêché un tel hurluberlu. Justement: qui a commandé ce rapport à cet enseignant? Et à quel coût? On aimera ça le savoir, question d'envoyer nos curriculum vitae!

Ensuite, parlons de la lourdeur du ministère. Que serait-il arrivé de ce rapport normalement? Le Devoir nous apprend que «Le document sera soumis à un comité du ministère, formé d'enseignants, de représentants des collèges et des universités, chargé de revoir l'ensemble de la formation générale au collégial. Le directeur de l'enseignement collégial souligne qu'une telle approche, si elle était retenue au terme des travaux du comité, devrait faire l'objet d'un projet-pilote avant que des recommandations soient formulées à la ministre de l'Éducation pour la révision de l'épreuve.»

Vous voilà rassurés? Moi, non. J'ai participé à un des ces comités bidons et je peux vous dire que les décisions étaient prises avant que les membres de celui-ci ne se rencontrent. Avec ma grande gueule, je me demandais ce que je faisais là, mais je peux vous assurer que je ne me demande surtout pas pourquoi on ne m'a pas réinvité...

La lettre d'amour

Décidément, la ministre de l'Éducation a le don de susciter mon admiration. Deux décisions intelligentes en deux semaines. Quand je pense que son prédécesseur n'a pas réussi à atteindre ce total en un an. Ainsi, une fois mise au courant du rapport Berger, la ministre a eu un commentaire qui m'a ravi: «Oh mon Dieu!»

Bienvenue au ministère de l'Éducation, Madame Courchesne! Vous n'avez encore rien vu! À ce suejt, la ministre est mieux de croire à la force de la prière si elle ne veut pas se décourager.

Quoi qu'il en soit, plusieurs déclarations sont fort intéressantes et je les reproduis ici:
  • «Non, nous n'arrêterons pas, et l'évaluation, pour moi, fait partie des mesures concrètes qu'on ne doit pas mettre de côté. Ce n'est pas une question d'être punitif, c'est une question de s'améliorer et d'aller plus loin» ;
  • «Il y a énormément d'écoles de pensée dans le milieu de l'éducation. Il y en a peut-être trop. C'est sûr que je vais poser des questions et je vais creuser davantage, là, pourquoi, quand, comment et, oui, à quels coûts tout ça se fait et pour quelles raisons» ;
  • «Je ne fais pas de chasse aux sorcières. Mais je crois que ce qu'il faut, c'est que le ministère de l'Éducation ait des orientations stratégiques qui soient claires, fermes et qui démontrent non seulement une volonté gouvernementale (mais aussi la volonté) de l'ensemble de la population québécoise» ;
  • « Je conteste l'approche des fonctionnaires quand il s'agit du français.»
À l'antenne de Radio-Canada, la ministre a aussi indiqué que son ministère aura une rencontre au sommet de deux jours en août pour se doter d'orientations plus serrées quant à la qualité de la langue française.

Là, je dois avouer que j'ai craqué. J'ai déchiré ma lettre de démission pour y aller d'un de mes plus beaux jets amoureux.

Mes amours seront-ils déçus? Chose certaine, j'ai l'intention d'inviter la ministre à souper. Je vous tiendrai au courant. Sinon, je me rabatterais sur l'ADQ...

Pour en savoir davantage sur toute cette saga:
Pour en savoir davantage sur le rapport Berger:

8 commentaires:

Gooba a dit…

Serait-il possible de nous gratifier de cette envolée amoureuse en faveur de Mme Courchesne? :-)

Safwan a dit…

Les déclarations de la ministre sont séduidantes. Je sais trop bien malgré mon jeune âge que bien des politicens, à leur arrivée en politique ou dans un nouveau ministère, voient leurs bonnes volontés gobées par la machine, c'est-à-dire que ce sont les fonctionnaires qui dirigent un ministère, pas son ou sa ministre... Je sais, je suis cynique; ou lucide, c'est à voir!

Averlok a dit…

Bien content de lire le nouvel article du Devoir ce matin. La position de Madame Courchesne semble assez immuable et j'espère qu'elle va le rester !!!

Anonyme a dit…

La correction de type holistique correspond à la méthodologie utilisée en langue seconde et qui est énormément contestée par les étudiants et professeurs parce que très subjective et peu efficace passé un certain niveau de connaissance.

Par contre, amener l'étudiant à devenir autonome est essentiel. Un code de correction utilisé en conjonction avec une méthode d'autocorrection permet aux étudiants de chercher leurs erreurs en ayant la piste du type d'erreur est très efficace. Ce code comprend tous les types d'erreurs, y compris l'orthographe : le ton, les différents aspects de la grammaire, la typographie, la différence entre oral et écrit, etc.

Madame Courchesne a été ministre de l'immigration mais a été tellement contestée que ce fut de courte durée. Espérons qu'elle ait appris un peu de ses erreurs précédentes.

Robert

Anonyme a dit…

Hahahaha!

Si c'est le Richard Berger que je pense, je l'ai eu comme professeur de français (littérature étrangère) au Cégep Montmorency en 1999, je crois. C'était un très bon professeur mais il détestait faire les corrections à un point telque je, une pauvre étudiante, lui avais offert de faire une première correction à sa place, il n'aurait qu'à repasser après moi pour valider ems corrections. Il a finalement refusé. Tout de même, cela est très révélateur à la lumière de son rapport.

Il a aussi écrit un livre paru en 1998: "L'épreuve uniforme de français" et il a un site sur le sujet: http://pages.infinit.net/berric/EUF/euf-accueil.html

J'imagine qu'il s'est peut-être "écoeuré" de corriger les fautes pour de bon...

Martin a dit…

Pour ne pas être punitif lors de corrections, on pourrait compter tous les bons mots et en faire un pourcentage sur l'ensemble du texte...

Zed Blog a dit…

Il faut avoir les reins du moral solides quand on est dans l'ensaignement, si je comprends bien! Hihi! Avant de payer le souper au resto, attends qand même un peu.

Je vais aller consulter tous ces liens car je n'ai pas terminé. Comme toujours, merci de les inclure, ce qui nous permet de parfaire nos connaissances.

Benoît a dit…

Ledit M. Berger faisait partie des enseignants superviseurs lorsque j'étais correcteur de l'EUF. Je l'aimais bien, il était d'ailleurs celui qui recueillait les perles trouvées dans les copies des étudiants. Par la même occasion, je ne suis pas très supris de lire les conclusions du rapport qu'il a préparé : lorsqu'il révisait la correction des copies des élèves en échec, il appliquait déjà ce genre de démarche (à notre grand désarroi d'ailleurs).