21 août 2007

Bulletin: un avis prévisible

AVIS: VOUS ÊTES PRO-RÉFORME OU VOUS DÉTESTEZ QUAND LE PROFESSEUR MASQUÉ FAIT UNE MONTÉE DE LAIT? ALORS, NE LISEZ PAS CET BILLET.

Certains médias et même certains blogueurs semblaient surpris par cette nouvelle: dans un avis qu'il vient de déposer à la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) désapprouve l'idée d'imposer la notation en pourcentage et la moyenne de groupe dans un bulletin uniforme (ici, ici et ici). Pourtant, il faut se rappeler que le CSE a toujours défendu le renouveau pédagogique. Il est donc tout à fait cohérent avec ses positions antérieures. C'est un peu comme si on se surprenait de voir une tribunal ecclésiastique condamner le mariage entre conjoints de même sexe! On appelle cela une non-nouvelle.

Ce qui m'exaspère plutôt dans cette nouvelle, ce sont les arguments du CSE.

Les fameux pourcentages

Tout d'abord, concernant les notes en pourcentage, le CSE croit que ce mode de transmission des résultats «n'apportera pas d'information permettant aux parents de mieux comprendre la progression de leur enfant.» Pour la présidente de cet organisme consultatif, Nicole Boutin, il s'agit d'une «simple conversion de cote en pourcentage.» Alors, pourquoi tout ce débat entourant cette question, je me le demande? De plus, ironiquement, je me dis qu'il évident que recevoir un A à l'énoncé du type «L'élève construit sa conscience citoyenne à l'échelle planétaire» était plus clair.

Ensuite, toujours concernant les pourcentages, le CSE se demande si les enseignants auront suffisamment le temps de s'ajuster à ce changement. Grands dieux! Le CSE qui se préoccupe des enseignants et qui craint l'improvisation pédagogique! Depuis les débuts, cette réforme suscite les critiques de bien des enseignants qui lui reprochent, entre autres, son implantation à la petite semaine. De grâce, trouvez d'autres arguments plus sincères...

La moyenne de groupe

En ce qui concerne le retour de la moyenne de groupe, le CSE, se basant sur plusieurs recherches, estime qu'il ne s'agit pas d'une bonne façon de soutenir les apprentissages de l'élève: «L'inscription de la moyenne du groupe pourrait avoir un impact négatif sur la perception de la compétence et l'estime de soi d'une bonne proportion d'élèves et sur le rapport qu'eux et leurs parents vont établir avec l'école.»

Dans un premier temps, je vous avoue que j'aimerais bien lire ces fameuses recherches. Ah! les recherches, les études et les rapports d'experts! Que tout cela donne du sérieux à une argumentation, toute boiteuse qu'elle soit!

Cet éternel argument de l'estime de soi et du caractère nuisible des comparaisons me rend toujours aussi perplexe. Certains vont même jusqu'à affirmer que le dopage et la tricherie sont les conséquences inévitables de cette culture de la performance. Pourtant, qu'y a-t-il de mal à comparer quand cela est fait sainement? D'ailleurs, les enfants d'une même classe comparent toujours leurs résultats, même avec la réforme. Pour les parents, il s'agit encore d'un repère plus parlant pour savoir ou en est rendu son enfant. Je ne dis pas que cette indication soit parfaite. Par contre, elle permet de situer son enfant par rapport à une certaine norme moins abstraite que le développement de son propre potentiel.

Enfin, de là à affirmer que les moyennes de groupe poussent les élèves au décrochage, je suis désolé de l'écrire, mais cet argument démontre surtout à quel point ces derniers sont mal accompagnés. On doit indiquer à l'enfant ses faiblesses et ses forces, on doit l'amener à mieux se connaître et grandir. L'estime de soi, c'est davantage que des indications dans un bulletin. C'est un entourage familial présent et réconfortant malgré la tourmente. Ce sont des enseignants qui, sans être complaisants, sont capables de stimuler l'enfant et l'amener à comprendre ou à dépasser ses limites.

À respecter cette logique, pour contrer le décrochage, à la boutade, décernons des A à tous les élèves et le problème sera réglé. Pourtant, mon instinct me dit que...

Pour le CSE enfin, l'école devrait davantage favoriser divers moyens pour informer les parents, dont les rencontres avec les enseignants, le portfolio ou l'inscription de messages dans l'agenda. Quelqu'un pourrait-il rappeler au CSE que certains enseignants voient plus de 250 élèves différents par semaine?

La ministre a déjà tranché

La ministre de l’Éducation, pour sa part, a indiqué qu'elle maintiendrait le retour des pourcentages et des moyennes de groupe. Selon elle, il s'agit d'un élément motivateur: «Vivre en société, c’est vivre forcément avec des comparaisons. Si la moyenne est abordée positivement et accompagnée de mesure de soutien, ça peut aider les enfants et leur donner le goût de la réussite. »

De plus, Mme Courchesne croit qu'on a «oublié les parents dans cette réforme et 10 ans plus tard, ils nous demandent de revenir à un système qui leur parle à eux.» J'espère seulement qu'elle réalisera bientôt que bien des enseignants, eux aussi, se sont sentis mis sur la touche.

14 commentaires:

Gooba a dit…

Enfin, je peux dire que je suis d'accord avec ce que dit une politicienne! :c)

La comparaison n'est pas que négative et destructrice (même si elle peut l'être). Bien utilisée, elle peut être un moteur bien plus puissant que se regarder le nombril et se demander s'il avance! ;-)

Effectivement, je pense aussi que nous avons oublié les parents dans la Réforme (et même un peu avant), malgré les beaux discours qui allaient avec la Réforme. Le changement s'est fait aussi drastiquement pour les enseignants que pour les parents et je les comprends d'être perdus. Si nous on a manqué de formation, imaginez comment ils en ont manqué, eux! :-)

Dobby a dit…

Aaaaaaaaah la maudite moyenne.. c'est vrai qu'il est super démotivant pour un élève de savoir que son 45% n'est finalement pas une note si pire lorsqu'il considère le 30% de moyenne, et qu'il est pire pour un élève qui a 15% comparé à cette moyenne de savoir que finlament, il n'est pas si poche que ça...

Bon sang, si je me rappelle mes années d'école, les gens voyaient la moyenne comme un indicateur de ce qui se passait dans le groupe, pour savoir si la note était si pire que ça, si excellente que ça, si moyenne que ça. C'est sûr qu'il faut savoir comment est l'écart-type à la moyenne, mais ça ça peut toujours être indiqué en sachant combien d`élèves ont eu une note dans le même "écart" que soi... Toujours moyen de moyenner.

Et franchement, faut vraiment se fermer les yeux comme il faut pour pas réaliser que, même si on fait tout pour ne pas comparer les élèves entre eux et "aplanir" les différences (tout le monde il est beau, nentil et nintelligent paaaaaaaaaaaaaareil les namis), les élèves eux, dnas la cour d'école se comparent entre eux. Et que les parents le feront pareil, mais quelque fois de travers, ne sachant plus à quoi les comparer.

la marâtre a dit…

Bien d'accord avec vous... Dire que j'avais choisi l'enseignement primaire pour les belles opportunités que m'offriraient la réforme, j'ai désenchanté rapidement. C'est comme bien des choses, c'est beau sur papier, mais dans la vraie vie, c'est de la m*rde...


Concernant le décrochage, justement, je me demandais. Le meilleur moyen de savoir si les "méchantes moyennes de groupe" incite plus les élèves à décrocher, étant si démotivés, ne serait pas de vérifier les statistiques de décrochage entre 1995 et 2005 par exemple? Voir si entre ces années, le décrochage a eu une baisse significative!

J'ai donc cherché... sur ce site: http://reponses.iquebec.com/articles/decrochage.html on dit qu'en 1990, 32% des enfants sont décrocheurs. Cet autre site (http://recit.cadre.qc.ca/~chartrand/index.php?2006/05/15/136-reussir-a-travers-nos-differences-le-decrochage-scolaire) indique qu'en 2003, il était de 35% pour les garçons et 20% pour les filles. Sensiblement pareil non?? Mais le meilleur de ce 2e site pro-réforme quand même, est qu'il nous donne le meilleur argument anti-réforme. Le décrochage a diminué de moitié depuis 20 ans. Mais?!?! La réforme dure-t-elle depuis 20 ans? Au fond, la réforme n'a RIEN changé au décrochage... la société valorise plus l'éducation qu'il y a 20 ans, c'est tout. VOILÀ, le vrai facteur...

unautreprof a dit…

À bas les moyennes et les notes. Vive les collants en étoile et les sourires encourageants.
Mes élèves en difficulté se mettront à penser qu'ils n'ont pas de difficulté tant que ça, car il n'auront plus la moyenne pour se comparer.

On prend vraiment les enfants pour des "innocents", des inconscients!

Safwan a dit…

Mon étonnement prouve mon ignorance d'après ce que je comprends.
Il reste que les raisons du CSE, comme tu l'écris, me laissent toujours la même impression que ce matin.
Parlant de parents laissés pour compte, je suis allée chez le dentiste cet après-midi (tranche de vie) et l'hygiéniste dentaire pestait justement contre la Réforme et contre le fait qu'elle ne comprend rien aux bulletins de ses deux filles qui entreront en première et deuxième secondaire la semaine prochaine. Elle se sentait complètement étrangère au parcours scolaire des deux filletes. Aucun parent ne peut apprécier une telle situation à mon avis.

souimi a dit…

Vous êtes durs! Pauvres p'tits...Faut pas leur faire de la peupeine...

Commence à être temps que ça s'déniaise.... Imaginez La Souimi, en 4e secondaire, avec ses bonhommes sourires, ses morceaux de robot et ses clowns tristes...Ça n'a pas d'bon sang.

L'évaluation selon la réforme a toujours été une bien belle grosse guimauve. Puis ça commence à sentir drôlement le marshmallow calciné...

La politicienne a mis ses culottes. C'est pas pire, ça.

Hortensia a dit…

Moi, ce que j'aimerais pouvoir mettre comme note dans mes cours, c'est R(éussite) quand les compétences sont atteintes ou É(chec) quand elles ne le sont pas. À partir de là, peut-être qu'on pourrait arrêter de penser en note (certains élèves en font une obsession au collégial à cause de leur demande d'admission à l'université) et penser en termes de plaisir d'apprendre. Je sais, je rêve en couleurs, mais bon...

la marâtre a dit…

@Hortensia : mais comment accepter les élèves dans les programmes contingentés alors??
Réussir, Performer, Passer sur la fesse, ce n'est pas la même chose...

Le professeur masqué a dit…

Dans la même logique, avec la réforme, il n'était pas évident pour départager les élèves qui auraient voulu s'inscrire en sciences de la santé au cégep... Ils auraient tous obtenu une moyenne générale de A!

Hortensia a dit…

la marâtre et prof masqué
En fait, je suis bien consciente que ce serait difficile à gérer pour toutes les raisons que vous énoncez. C'est pour ça que je disais que je rêvais en couleurs à un contexte d'enseignement idéal...

Je voulais seulement souligner le fait que, dans toutes ces batailles administratives (pour ou contre la réforme, pour on contre le bulletin chiffré, pour ou contre la correction holistique, etc.), l'essentiel est parfois perdue de vue.

Au fond, je suis un peu hors sujet. Veuillez m'excuser. ;-)

Magrah a dit…

Au secondaire, le bilan de fin de cycle est présenté en pourcentage. Comme au deuxième cycle, la réforme prévoit un bilan par année, il n'y a pas de difficultés à prévoir pour les admissions au cégep, bulletin unique ou pas.

En vous lisant, je dois admettre que je suis bien découragée...

Le professeur masqué a dit…

Magrah: jusqu'à tout récemment, dans ce que j'ai vu, les notes pour les années du deuxième cycle étaient des lettres converties en pourcentage à l'aide d'échelle d'équivalence. Le hic est que, dans le cas des élèves forts qui voudront aller en science de la santé au cégep, ils auront tous la même moyenne, soit A, équivalent à 90 et plus. Comment les départager alors?

Parlant de cégep, officiellement, la réforme Robillard installait l'ère des compétences au cégep et pourtant, les notes sont encore rendues en pourcentage.

Enfin, ce matin, mes collègues de 3éme secondaire, me confiaient qu'ils ne savaient absolument pas comment ils allaient évaluer leurs élèves cette année. Ils n'en avaient pas une idée précise. On parle d'une école du 450.

Magrah a dit…

Ce sont des échelles de niveaux de compétences qu'on pondèrent ensuite pour en arriver à un pourcentage. Il ne s'agit pas d'additionner des notes, on est en évaluation de compétences...

Pour ce qui est de l'insécurité des profs de 3ième secondaire, elle est tout à fait normale. Les profs vont chiâler, faire des essais, et s'habituer à la nouvelle façon de fonctionner avec le temps. L'insécurité devant le changement n'est pas exceptionnelle dans l'école du 450 dont tu me parles, elle est la même partout. Mais elle ne justifie pas un retour en arrière.

Le professeur masqué a dit…

Magrah: je vais tenter d'être plus clair. Pour être admis au cégep, le SRAM calcule la note moyenne d'un élève. On va donc additionner les pourcentages (qui proviennent des calculs effectués à l'aide des échelles de compétence)qu'il a obtenus dans toutes ses matières pour arriver à une moyenne générale.

Or, dans le cas des programmes contingentés, habituellement, on départage les élèves à la décimale près. Avec ce nouveau système de notation, impossible de départager les forts des très forts des super forts.

Ensuite, pour ce qui est de l'«insécurité», je parle d'enseignants qui, depuis 14 ans, ont toujours su assurer la pratique de leur métier sans trop de crainte. Ils ont connu, dans certains cas, d'autres réformes. Là, ils se sentent complètement perdus. Ne pas entendre ou ne pas comprendre cet appel de détresse me trouble profondément. Sur certains points, c'est même anti-pédagogique. Un prof qui ferait la même chose avec ses élèves devrait être sérieusement remis en question.

On ne parle pas de «chiâlage» mais de professionnels qui se sentent démunis devant ce qu'on leur demande de faire. C'est cela qui n'est pas normal. C'est un signal qu'il y a quelque chose qui ne marche pas actuellement!

Ces enseignants ne demandent pas qu'on retourne en arrière (et là, mon commentaires ne se veut pas méchant): ils veulent pouvoir aller de l'avant convenablement.

À chaque fois que certains critiquent la réforme, ils se font toujours répondre qu'ils sont des rétrogrades, que la réforme est basée sur les progrès des sciences de l'éducation (permettez-moi de sourire à cet argument), qu'ils «chiâlent» pour rien.

Et si on prenait en compte ce que disent ces professionnels de l'éducation? Il me semble qu'ils ne sont pas tous des «chiâleux». Négliger leur détresse va plus nuire à cette réforme que tous les défauts qu'elle comprend, croyez-moi. On assite actuellement à un clivage trés malsain pour tous et pour les élèves.