23 août 2007

Mon beau local...

Bon, la rentrée dans mon école secondaire est finie. Finito. Réglée. Terminée. Final bâton! Il ne reste plus que deux jours pour se réunir afin de changer le monde à nouveau, envoyer le matériel à l'imprimerie, rebrancher les ordinateurs que les concierges ont déplacé, attendre qu'on nous remette nos clés et quoi d'autre encore!

Après le blablabla poétique de la direction (C'est fou comment les dirigeants scolaires se sentent obligés d'être Prévert cette journée-là!), après les résumés des voyages des collègues plus outremontais de Joliette les uns que les autres (ah! la Provence: tu ne sais pas ce que tu manques, mon cher...), après les becs de matante mouillés et fouèreux (et je ne parlerai pas de la moustache de Nicole qui vous chatouille le visage), après l'hypocrisie savamment distillée à propos de ceux qu'on aurait souhaité ne pas revoir mais qui sont toujours là, vous rappelant que même vos pires cauchemars peuvent être une réalité, après surtout la joie de retrouver certains collègues qu'on estime et dont on s'est ennuyé, après tous ces moments de réjouissance précoce et naïf vient le moment tant attendu de LA REMISE DE L'HORAIRE DE TRAVAIL!

Cette mince feuille de papier est si déterminante pour la prochaine année scolaire. C'est bien simple: nous avons tous applaudi comme des corniauds quand notre directeur nous a annoncé que nous les aurions avant la fin de la réunion du matin. Plus soumis que ça, tu meurs, Quant à moi, comme les Québécois sont les seuls passagers au monde à applaudir quand le pilote pose l'avion sur la piste, je ne me surprend plus de rien.

Revenons donc à l'horaire de travail. Ce document indique les groupes à qui l'on enseignera. Dans mon cas, trois groupes, trois niveaux, trois préparations. Non, non, ne pleurez pas sur mon sort, Argentine: j'ai choisi cette tâche. Un peu de variété ne m'a jamais fait de tort. Généralement, ça m'évite de m'endormir dans mes propres cours. Pauvre stagiaire qui reprendra ma tâche cet hiver... Et puis, j'aurais la possibilité d'enseigner à un même groupe pendant deux ans. Les pauvres élèves... On aura le temps d'approfondir la matière, façon polie de dire que, la deuxième année, ils ne pourront pas me servir la célèbre excuse «Ben, on n'a jamais vu ça, monsieur!»

Ensuite, autre avantage de ce document, on peut rager contre le Sévice de la désorganisation scolaire qui nous a conçu un horaire grâce auquel diner deviendra un défi impossible si on aime faire de la récupération avec les élèves en difficulté.

Enfin, on découvre dans quel local, euh! dans quels locaux on enseignera cette année. Je suis chanceux: un seul local! Par contre, et c'est la norme, j'ai des collègues qui en auront deux. Je les imagine déjà se promenant avec un petit chariot d'une classe à l'autre dans les corridors encombrés de mon école en s'assurant que les piles de matériel qu'ils tentent de transporter ne finiront pas sur le plancher. Misère! Dans mon jargon, je les appelle les Juifs errants. Des apatrides n'ayant ni chez soi ni repos, toujours à courir après le temps qui rétrécit entre chaque période. Parfois, leur course entre chaque local est rien de moins qu'un exploit olympique, les stéroïdes en moins!

Ravi, satisfait, repus de mon horaire de travail, je pénètre d'un pas royal dans MON local. Fanfare et majorettes saluent cette entrée remarquable jusqu'à ce que... que...

que...

que...

oui, que...

... mon regard se voile et je me sente pris de vertige. Une musique infernale remplit mes oreilles. Je la reconnais malgré le trouble qui m'envahit. C'est Une nuit sur le mont Chauve de Rimsky-Korsakov (la version du New York Philarmonic est à conseiller).

Devant moi, une vision me coupe le souffle et anéantit tous mes espoirs débridés de décoration: Prof incapable de tenir sa classe! Je partagerai ce local avec Prof incapable de tenir sa classe!

Adieu veau, vache, cochon, plantes vertes, affiches et décoration personnalisée! Adieu dictionnaires rangés correctement dans l'armoire. Avec Prof incapable de tenir sa classe, n'importe quel local finit par ressembler à Beyrouth sous les bombes, n'importe quelle armoire à dictionnaires au cimetière du livre décomposé, n'importe quelle plante à une poubelle pour stylo impotent.

Voilà! La rentrée est finie. J'ai laissé mes plantes vertes dans l'auto. Elles retrouveront une place à la maison. Mes affiches traîneront quelques jours sur la banquette arrière. Soyons patient. Cessons d'anticiper la catastrophe. Prof incapable de tenir sa classe pourrait être capable de dépasser mes pires craintes. Elle a un magnifique potentiel destructeur par élèves interposés. Une Katrina scolaire, rien de moins!

On verra comment ma colocataire saura peut-être cette année enfin empêcher ses élèves de transformer les bureaux en oeuvres d'art post punk préhistorique avec des commentaires décrivant ses qualités d'enseignante (Va chiez grosse conne, au fait, est-ce une remarque positive?).

Pour l'instant, je vais de ce pas à l'oratoire Saint-Joseph. Peut-être que si je monte toutes les marches à genoux sous la pluie, le frère André aura pitié de moi, pauvre pécheur.

10 commentaires:

la marâtre a dit…

Un peu hors sujet... si les Québécois sont les seuls à applaudir l'atterissage de l'avion, les Outawins sont les seuls à applaudir au cinéma! lol

Safwan a dit…

Je fais partie pour la première fois des Juifs errants: j'aurai un charriot où je mettrai les manuels de cinquième secondaire que je partagerai avec l'une de mes deux collègues de ce même niveau. J'ai aussi dû faire des acrobaties pour changer de local en voulant m'éviter l'ascenseur avec ledit charriot. J'oubliais. Je suis la seule enseignante de l'école qui n'avait pas son horaire dans sa petite pochette orange lors de la grande distribution. Cours après la nouvelle madame qui s'occupe du sévice de la désorgnisation scolaire, cours après le nouveau local de la nouvelle tite madame. Mon école est en reconstruction physique et organisationnelle et tout le monde y est mêlé. Mais je m'en sors =)

unautreprof a dit…

Jamais, lors de mes rentrées au primaire, que je n'ai eu mon fameux horaire le premier jour. La seule fois où c'est arrivé, c'est quand j'ai fait ma rentrée, au secondaire!
C'est pourtant LE grand moment de la rentrée...
Ah, je veux mon horaire, je veux mon horaire, je veux mon horaire!

souimi a dit…

J'ai vécu l'expérience l'an passé. Cohabiter n'est vraiment pas de tout repos. Je sautais souvent ma coche devant le coloc pour manifester mon mécontentement à ses élèves indisciplinés et désordonnés et la situation ne bougeait pas. J'ai respiré par le nez toute l'année,,, et je l'ai torché, chasuble!
Là, l'organisatrice scolaire m'a PROMIS que je ne partagerais pas avec lui (j'ai certainement l'air de la pire frouche présentement, quand on pense aux précaires qui n'ont pas de tâche), j'ai bien hâte de voir ça...
En passant, Marâtre, les Lambertoises sont les seules à s'applaudir lorsqu'elles ont fini une session d'aérobie et de n'importe quel cours collectif de cardio au gym. J'trouve ça crampant à chaque fois.

Hortensia a dit…

Ouf! Je vous souhaite une bonne année avec votre Katrina de coloc! (elle se laisse vraiment insulter par les élèves?!). Au collégial, il y a une loterie des locaux à chaque nouvelle session. Je dois dire que je ne suis pas tombée si mal cette session: mes 4 locaux sont équipés d'un ordinateur et d'un projecteurs multimédia, ce qui m'enchante. Pour le reste, l'armoire à dictionnaires est TOUJOURS en désordre, c'est un fait!

Zed Blog a dit…

Pourquoi ne pas mettre une affiche sur VOTRE porte : « Vous vous apprêtez à entrer dans un local postmoderne visant à vous initier aux horreurs de la guerre. »

Ou encore : « Ici, l'ordre et la propreté sont interdits. »

Ou bien : « Ce local est à l'image du 50 % qui l'habite et dont je ne suis pas le prof. »

Ou : « Si vous n'apercevez aucune plante verte dans ce local, c'est qu'elles exigent de l'oxygène et perturbent le désordre établi en suscitant le désir d'harmonie. »

Sympathies. Zed :)

P-S : - Cela doit être surprenant, étonnant pour beaucoup de Québécois, un projet qui aboutit.
Je suis étonnée de ce qu'ils se retiennent d'applaudir quand l'avion décolle. Ça aussi, c'est à jeter par terre...

Poussière d'étoiles a dit…

Prof masqué : je vais de ce pas vous allumer 3-4 lampions..

Un miracle est toujours possible!

ne rangez pas vos affiches maintenant.. et gardez les plantes vertes à proximité!

souimi a dit…

Je ne veux pas irriter qui que ce soit mais nous,,, nous avons reçu notre horaire à la fin juin...
De plus, puisqu'on fabrique nos tâches nous-mêmes, il est très facile de prendre l'horaire-maître et de voir quel sera notre horaire personnel.
Aussi, lors du choix de tâche en juin, on peut, dès ce moment-là, choisir les groupes de façon à éviter qu'une personne se retrouve avec des journées sans période libre etc.
Je constate que nous avons probablement conservé des acquis qui se sont perdus dans d'autres commissions scolaires.... Est-ce que je me trompe?

Anne a dit…

Le prof qui ne sait pas tenir sa classe de notre école a changé d'école...personne ne m'Avait annoncé la bonne nouvelle!!! Pourtant, étant celle avec qui il a vécu les trois dernières années, me semble que je méritais de savoir. Vous auriez dû voir le sourire resplendissant du concierge lorsqu'il m'a dit " on a perdu notre ami...honnnnn". En plus (je sens que c'est mon année chanceuse) une collègue a demandé pour moi à ce que je ne sois plus cette année la juive errante (je lui en dois une) ... bref, pour la première fois depuis trois ans, j'ai pour vrai installé une classe...que je partage avec une prof qui m'a l'air bien organisée. haaaaaaaaaaaa le bonheur!

Le professeur masqué a dit…

La marâtre: à Abestos aussi...

Safwan: mes condoléances. Errer d'un cours à l'autre, ne pas habiter sa classe, c'est une perte côté pédagogie. Ça déshumanise l'enseignement, je crois. On a plutôt l'air des techniciens dans ce temps-là...

Un autre prof: je pensais qu'au primaire, les choses étaient plus simples. Maudit qu'on connaît de nos réalités respectives! Et puis, cet horaire?

Souimi: vos propos neme rassurent pas. Tristesse...

Hortensia: il y a des profs qui ne veulent pas voir.

Chez moi, l'armoire doit être en ordre. Le respect des livres et des outils de travail, c'est une base essentielle de l'apprentissage version masquée.

Zed: j'avais aussi pensé à «Danger: plantes carnivores».

Poussière d'étoiles: merci de ses bons mots d'encouragement.

Souimi: attendez, je vous reparlerai de mon horaire. Avec l'équité et tout le kit, c'est un enfer à compléter!

Anne: je comprends votre bonheur. Habiter sa classe, c'est la rendre accueillante pour les élèves.