10 décembre 2007

Les accommodements alimentaires

Une journée de fou aujourd'hui. Il y aurait tant de choses sérieuses à raconter, mais je préfère y aller avec de la légèreté.

Ce matin, Prof masqué n'a pas eu le temps de déjeuner à la maison. Qu'à cela ne tienne: il se sustentera à la cafétéria de son école.

  • (ton affamé) Un orde de toast au beurre de pinottes, s"il vous plait.
  • (ton blasé) On a pas de beurre de pinottes.
  • (ton ironique) Vous êtes back order de pinotte?
  • (ton «y'é tu fatiguant») Non, non, on a pu de beurre de pinottes. C't'à cause des allergies.
  • (ton ahuri) Pardon, je ne comprends pas. Il n'y a pas de beurre d'arachide à la cafétéria, pas même des petits contenants individuels que je pourrais tartiner moi-même sur mon pain grillé?
  • (ton «y va-tu s'tanner de ses questions, lui, là») Non, non, on a pas de beurre de pinottes pantoute. C't'à cause des allergies. Din coup que je salirais queuque chose avec mon couteau, pis qu'un jeune en mourirait.

Une question: si je suis allergique aux légumes mous et trop cuits, pouvez-vous interdire le brocoli?

Une question : si j’amène mon beurre d’arachides, est-ce que je peux l’utiliser quand même?

Une question : si je suis allergique à ceux qui imposent tout à la cafétéria, est-ce que je peux créer une commission Bouchard-Taylor?

24 commentaires:

La Mère à Boire a dit…

Oh boy! si tu savais comme ça me hérisse les poils, ces niaiseries!

À la limite, à la garderie, et au primaire (et encore!). Mais dans une école secondaire, y'a des maudites limites bordel!

Je suis moi-même affublée d'une allergie aux arachides depuis l'adolescence. Jamais il ne me viendrait à l'esprit de faire interdire les arachides pour ça!

Dans la classe de mon fils, il y a un petit gars allergique aux fraises, et l'an dernier, on n'avait "pas le droit" d'envoyer une collation contenant des fraises.

Vous savez quoi? Si moi, j'avais un fils aux prises avec une allergie alimentaire du genre, je souhaiterais plus fort que tout le responsabiliser au plus tôt! La meilleure des sécurités, c'est encore celle-là. Mais ce qu'on fait, en bons Québécois qu'on est, c'est déresponsabiliser les jeunes de plus en plus, et leurs parents. Ce qu'on fait, c'est rendre l'environnement aseptisé le plus possible pour les soi-disant protéger.

Qu'est-ce qu'on peut être cons des fois...

Bon, désolée de ma montée de lait (en espérant qu'aucun lecteur n'est aux prises avec une intolérance au lactose!!!)

Hortensia a dit…

Oh!!!! Pauvre toi!
Ça me fait penser à une cafétéria de ma connaissance, qui ne veut pas nous vendre une portion de légumes à l'unité parce que le prix n'est pas prévu sur la caisse. Un grand classique est lorsque, un jour, un collègue a demandé à la souriante dame qui faisait le service à quoi était exactement la sauce rosée qui accompagnait les pâtes.
Réponse de l'affable dame: "ben, est rosée, a' goûte la sauce rosée."
p.s. on a encore droit au beurre de pinottes. Gnangnangnangnan!

Sylvain a dit…

Si un élève est allergique aux profs, va-t-on nous sacrer dehors de l'école, nous, pauvres enseignants ?

folle à lier, voire attachante (hé,hé) a dit…

héhé... si vous apportez votre beurre d'arachides, vous devrez peut-être assumer des charges de meurtre avec préméditation.

...au point où nous en sommes rendus...

bobbiwatson a dit…

Voilà que, pour une fois, les écoles primaires et les écoles secondaires sont égales. Avant on ciblait les allergies au primaire car on se disait qu'au secondaire les jeunes savaient quoi faire et ne pas faire. Va-t-on maintenant interdire le yogourt à cause des allergies au lactose? Il ne faut pas oublier les allergies au gluten, au sulfat etc. Finalement, ne devrait-on pas fermer les cafétérias des écoles?

La modération a meilleur goût.

Le professeur masqué a dit…

Dans les faits, je suis allergique à l'incompétence administrative et pédagogique. Je me demande encore comment je fais pour survivre...

La Marsouine a dit…

Cher tous... je suis allergique aux arachides. Et ce depuis mon enfance. Et dans mon temps, personne n'y croyait à l'allergie aux arachides. Ça m'arrive même encore aujourd'hui dans certain casse-croûte de me faire dire: ben voyons, spa vrai ça les allergies aux peanuts. J'ai donc appris très tôt ce que je pouvais manger et ce que je ne pouvais pas manger. Et encore, mon allergie est parmi les légères. Oui, j'en meurs, mais au moins, faut vraiment que j'en mange l'équivalent d'une arachide. Pas de problème avec les peut contenir ou les traces pour moi. Mais certains de mes confrères réagissent seulement à l'odeur. Même moi, ça me lève le coeur. Quelqu'un qui mange un petit cup de beurre d'arachide à 10 pieds de moi, faut que je m'en aille. Bref, je sais que les mesures sont drastiques, je sais que c'est désagréable. Mais pour avoir souvent été malade à l'école à cause de gateaux à l'huile d'Arachides ou autres trucs, je comprends ces mesures....

Une femme libre a dit…

Si vous étiez allergique au brocoli, Prof, ce ne serait pas une allergie mortelle. L'allergie sévère aux arachides l'est. Une personne vraiment allergique ne peut pas manger dans une cafétéria, même des aliments qui ne contiendraient pas en soi d'arachides, à cause des risques de contamination croisée, par exemple,comme vous l'expliquait l'employé de la cafétéria, un couteau qui aurait été en contact avec du beurre d'arachides et qui servirait à couper un sandwich à la viande. Un adolescent est mort en Ontario parce que le beurre dans son sandwich au fromage avait aussi été utilisé pour des sandwichs aux arachides. Une infime particule d'aliments suffit pour causer la mort d'une personne sérieusement allergique. On ne parle pas de caprice ici mais bien de protéger sa vie. Les adultes qui sont allergiques ne mangent donc jamais dans des cafétérias. Trop risqué. Une cafétéria libre d'arachides permet aux jeunes allergiques de s'y faire servir comme tous les autres.

noisette sociale a dit…

Moi je trouve que le beurre d'arachides est victime de beaucoup trop de discrimination dans notre société :oP Mwahahahaha.

Sinon, 100% d'accord avec vos propos ;)

La Mère à Boire a dit…

Une femme libre: doit-on toujours tout faire en fonction de l'exception?

L'arachide, et ses dérivés, c'est bon pour la santé, et ça ne coûte pas cher. Alors pourquoi tous les élèves d'une école doivent s'en priver parce que l'un d'eux est en danger?

Vous souvenez-vous du fameux feu de la Saint-Jean, à Québec, il y a 10 ou 15 ans? Un crétin trop soûl s'y était jeté. Alors l'année d'après, le feu de la St-Jean a été entouré de clôtures de sureté.

Débile.

Je suis désolée, mais je considère que ce n'est pas à tous d'assumer les privations qui ne concernent que certaines personnes. C'est à ces personnes-là à apprendre à vivre avec leurs limites à elles.

C'est mon avis. Et j'ai fait deux chocs anaphilactiques à l'adolescence.

Va pour les garderies et les écoles primaires à l'extrême limite. Mais les écoles secondaires? Come on.

Le professeur masqué a dit…

Une femme libre et La marsouine:

Je comprends votre point de vue. Une allergie aux arachides n'est pas nécessairement bégnine. Ce n'est donc pas un caprice.

Dans le cas de la contamination croisée, je suis désolé, mais j'ai travaillé dans une cafétéria et c'est une des premières choses dont on m'a parlé. Le cas que vous citez est déplorable.

Sauf que, justement, ce n'était pas une blague ce titre d'accommodement alimentaire. Jusqu'ou doit-on aller? Bien sûr, il y a la santé des jeunes. Sauf que, dans cette veine, on ouvre la porte à bien des choses.

J'ai une élève allergique aux piqûre d'abeilles. Devinez qui est déjà entrée par la fenêtre sans moustiquaire dans mon cours? Et que fera-t-on sur l'aire de débarquement des autobus?

Un autre exemple. J'avais un élève qui souffrait de très grosses migraines. Parfois, il avait envie de s'arracher la tête tellement il souffrait. J'enseignais les néons fermés parce que le bourdonnement de ceux-ci le rendait littéralement fou.

Je ne sais pas. Je me demande si on ne va pas trop loin. Que fait-on de l'enfant allergique aux fruits de mer et à certains crustacés? Rend-on vraiment service à ces jeunes en les protégeant de tous les dangers qu'ils connaîtront à l'extérieur de l'école? ne vaut-il pas mieux les responsabiliser dès maintenant? En même temps, l'école ne doit-elle pas être un milieu protégé pour les élèves?

Vous le verrez, j'organise un déjeuner d'avant examen et un dîner de Noël. Va-t-il falloir y accoller certains interdits?

Je ne sais pas. Je vous lis. Je comprends. Je nuance. Mais en même temps, je ne peux me sortir de ;a tête cette image d'une mère qui promenait ces enfants en «brouette» Fisher-Price et qui leur avait mis un casque de vélo au cas...

En passant, la cafétéria, chez nous, est très particulière. Elle ferme le bar à salade une demi-heure avant la fin du dîner parce que plus personne ne vient choisir de la salade, paraît-il. C'est davantage le fait de payer un employé en supplémentaire qui motive ce choix.

Et je ne parle pas de ces aliments irradiés, de ces petits pois qui viennent de Chine, de ce poulet aux stéroïdes, de ces légumes OGM...

Une femme libre a dit…

Me priver de beurre d'arachides à l'école ou dans mon milieu de travail pour sauver la vie de quelqu'un ou simplement pour lui permettre de manger tranquillement la même chose que ses camarades m'apparaît comme un bien petit sacrifice. Même chose pour construire des édifices aux portes plus larges,avec des rampes pour permettre aux élèves et aux professeurs handicapés d'avoir accès à toutes les écoles, accueillir les élèves souffrant de quelque déficience que ce soit dans un milieu le plus normal possible sont des accomodements qui me tiennent à coeur. Se sacrifier un peu pour les autres,avoir de la compassion, ce sont des valeurs importantes à inculquer aux jeunes. On ne peut rien faire contre l'abeille qui entre dans la classe évidemment mais quand on peut accomoder,aider, prévenir, pourquoi ne pas le faire? Un milieu ne peut jamais être assez accueillant et adapté aux gens qui le fréquentent et chacune des personnes d'une école devrait être importante. Vous allez me dire que je suis une idéaliste. C'est tout à fait vrai! ;o)

La Mère à Boire a dit…

Bin quin. Puisque tu en parles, prof Masqué, il se trouve que je suis aussi allergique aux piqûres d'abeille! Ça m'a fait vivre des étés de crainte pendant des années, sans blaguer. J'étais terrifiée...

Bon et quoi alors? Que doit faire l'école et la société pour me protéger?

N'est-il pas plus utile pour moi d'apprendre à gérer ma limite, par moi-même, sans demander à tout le monde autour de se priver?

Nullus a dit…

Peut-être est-ce par ce qu'on pourrait légalement revenir contre l'école? J'sais pas moi, peut-être que si l'école savait qu'il y avait des élèves allergiques au beurre de peanut, elle serait peut-être passible d'être légalement accusée de négligence? J'sais pas, j'dis ça comme ça...

Pas de beurre de peanut à l'école, pfff, on a assez l'occasion d'en manger à la maison! D'ailleurs, c'est pas plutôt au petit déjeûner qu'on mange ça? Qui déjeûne à l'école?

Je ne crois pas qu'on en viendrait à bannir le bar à salades, mais le beurre de peanut! Plus de biscuit au beurre de peanut, dans quel monde vivons-nous!

Le professeur masqué a dit…

Une femme libre: idéaliste, mais nécessaire. Mon seul point est seulement que je me demande ou tracer la limite. D'ou le mot «accommodement»? Et comment s'assurer de responsabiliser le jeune?

Nullus: effectivement, il pourrait ya avoir un risque de poursuite.

Il m'est parfois arrivé de déjeuner à l'école parce que je pars trop tard de la maison. De même, plusieurs jeunes ne déjeunent pas à la maison et attendent après la première période pour manger....

Nullus a dit…

Aaah! Merci Professeur Masqué.

Dans ce cas-là, c'est comme pour la cigarette dans les bars: dehors!

(Gnak, gnak, gnak)

Mérédith a dit…

Et n'y a-t-il pas autre chose de mangeable sur ses toasts?

J'ai un neveu allergique aux arachides, le petit est bien sensibilisé, le personnel de l'école aussi, mais les autres enfants... pas sure!

Sont-ils assez matures à 13-14 ans pour comprendre qu'on ne fait pas de blague avec les allergies?
Si un enfant rejeté est allergique, les "bourreaux" n'auraient-ils pas la bonne idée de beurrer un de ses crayons par exemple?

Je suis pour cette politique d'interdire les arachides et les noix dans l'école.
J'ai même vu une école où les sandwich aux oeufs étaient interdits.

On vit en société, on protège la société.

bobbiwatson a dit…

Je pense que ceux (et celles) qui souffrent d'une allergie, que ce soit aux "peanuts", aux abeilles et à leurs piqûres, au gluten, à l'aspartame et autres, ont appris dès leur plus tendre enfance à faire ce qu'il faut pour ne pas être malades.

Je ne vois pas pourquoi l'école serait passible de poursuite. Doit-on priver 1199 élèves de "beurre de peanut" par ce qu'il y en a 1 qui est allergique.

Vivre et laissez vivre peut-être !!!!

La Mère à Boire a dit…

Je propose une "limite".

Voyons les cas proposés par Une femme libre: "Même chose pour construire des édifices aux portes plus larges,avec des rampes pour permettre aux élèves et aux professeurs handicapés d'avoir accès à toutes les écoles, accueillir les élèves souffrant de quelque déficience que ce soit dans un milieu le plus normal possible sont des accomodements qui me tiennent à coeur. "

Dans ces deux cas-là, les accomodements accordés à ces cas spéciaux-là n'enlèvent rien aux autres, au contraire.

Dans le cas du beurre d'arachides, à mon avis, on enlève quelque chose aux autres en voulant accomoder les rares cas concernés.

Vous me direz qu'on peut remplacer le beurre d'arachides par autre chose... oui, mais n'empêche que c'est bien meilleur pour la santé, il me semble, que la confiture! c'est plus nourrissant, plus sain, et c'est pas cher.

Et va-t-on interdire le beurre d'arachides dans tous les lieux publiques aussi? Parce que l'ado allergique, l'est aussi au cinéma, au restaurant, au centre d'achats. Alors, on fait quoi?

Ça commence à être excessif. Le jeune est un ado, il serait peut-être temps qu'il apprenne à gérer très sérieusement son allergie par lui-même sans demander à ce qu'on aseptise l'univers entier pour lui, non?

La Mère à Boire a dit…

Mérédith: "Sont-ils assez matures à 13-14 ans pour comprendre qu'on ne fait pas de blague avec les allergies?"

Dites-moi, je vous en prie, que la réponse à cette question et OUI! Sinon, le problème, je le répète, ce n'est pas l'école!

Les jeunes de 13-14 ans sont-ils assez matures pour comprendre qu'il ne faut pas pousser un autre jeune devant une rame de métro?

Les jeunes de 13-14 ans sont-ils assez matures pour avoir des relations sexuelles?

Les jeunes de 13-14 ans sont-ils assez matures pour prendre la pillule?

Les jeunes de 13-14 ans sont-ils assez matures?

J'espère que oui! Je l'espère vraiment!

Mon fils, à 10 ans, l'est déjà. Si, à 14 ans, ils jugent que c'est une bonne blague de tremper le crayon d'un allergique dans du beurre d'arachides, le problème, c'est pas le beurre d'arachides, mais le manque criant de sensibilisation!

Et justement! Justement! Si on passe notre temps à bannir les dangers de la vie des jeunes, comment sont-ils supposés apprendre à vivre avec?

Safwan a dit…

Terroriste alimentaire ;-P

Safwan a dit…

Terroriste alimentaire!

Ta journée a commencé exactement comme la mienne. Pas entendu mon réveille-matin: me suis levée 5 minutes avant l'heure où je quitte habituellement! J'avais 4 périodes et la reprise d'examens, lundi... Méchante journée: j'ai cru l'avoir rêvée tellement elle a passé comme l'éclair.

La Marsouine a dit…

Ouf, c'est tout un exercice de lire tout ça. J'aimerais développer sur ce qu'a dit Meredith: «Si un enfant rejeté est allergique, les "bourreaux" n'auraient-ils pas la bonne idée de beurrer un de ses crayons par exemple?»

Justement, j'étais un rejet. Heureusement, mes bourreaux n'étaient pas trop stupide. Toutefois, quand j'avais 12-13 ans, je crois, il y avait eu deux cas qui m'avaient marqué. Un jeune de Rivière-du-loup, mort, parce que ses amis ne croyaient pas à son histoire d'allergie, et avait camouflé un peu de beurre d'arachides dans un sandwich au jambon. 14 ans les ptis gars je crois. Et une femme, de 22 ans, en voyage, sans son epipen, morte.

Effectivement, j'ai appris à me protéger et, heureusement, les règles sur l'affichage des produits alimentaires sont plus strictes aujourd'hui. Mais je crois que lorsqu'il s'agit d'individu mineurs, il ne faut jamais prendre de risque. Un parent confie son enfant à l'école pendant la journée. C'est à l'école de prendre en charge sa sécurité. Je crois que le reste du raisonnement va de soi.

En passant, l'Élu est allergique au poisson. À son travail, à la cafétéria, ils en servent parfois. Le personnel de la cafétéria n'est pas obligé, mais ils sont assez gentils pour lui mettre une assiette du plat qui n'est pas du poisson de côté, et de l'aviser la veille qu'il y aura du poisson au menu. Ce n'est pas de la déresponsabilisation. C'est juste du savoir-vivre et de la gentillesse.

Lise a dit…

Il y a 2 façons d’envisager la question. Soit on pense que les humains peuvent s’entraider pour le bien de tous ou on pense que la vie est une lutte chacun pour soi. À ce que je constate en lisant les précédents commentaires, la montée de l’individualisme va bon train.