28 janvier 2007

Les mots manquent...

Un de mes élèves est décédé subitement vendredi et je suis tout simplement dévasté. Déjà, ses collègues de classe et moi échangeons par courriel. La nouvelle fait mal et la mort paraît encore plus absurde.

Je commençais à prendre l'habitude de prêter mes livres à ce grand gamin réservé en classe et on s'était promis une bonne jase de romans ensemble. De toute façon, cette rencontre était inévitable, que je me disais, et on avait bien le temps.

Je le vois, toujours plongé dans un livre. Fantastique, chevalerie, roman mystique... On avait échangé rapidement sur le Code de Vinci et il dévorait déjà Le Troisième secret de Fatima. Rien de bien profond, mais lire n'est pas obligé d'être toujours profond et mes livres ne sont pas obligés de rester toujours entre mes mains.

Il n'y aura pas de jase, pas de livres prêtés, pas d'étincelle dans les yeux à chaque page. Lundi matin, on retrouvera plutôt un pupitre vide, vingt-quatre élèves et un prof aux yeux pleins de larmes et de tristesse.

Mes pensées accompagnent ses parents et amis à qui je pense très fort.

13 commentaires:

Hérisson a dit…

En tant qu'enseignant, une telle situation doit être extrêmement difficile à vivre, je n'ose pas imaginer. Comment réagir ?

Faudra-t-il en parler en classe, échanger là-dessus ? Des élèves voudront sûrement discuter, d'autres moins. Combien de temps accorder à une telle discussion ? Jusqu'à quelle profondeur aborder le sujet ? (Parce qu'il y a certainement certains détails déplacés de mentionner...) Doit-on faire appel à des "spécialistes" extérieurs à la classe ? Comment planifier la journée du lundi, qui sera probablement lourde et chargée en émotions ? Alors qu'il n'a peut-être qu'envie de se laisser aller, le professeur a un travail de gestion difficile qui l'attend.

C'est correct de pleurer, ça démontre que le prof est aussi un être humain et qu'il est affecté par le décès d'un des siens. Toutes mes sympathies.

Le professeur masqué a dit…

Cher hérisson,

Je n'en suis pas à ma première situation de crise. Une année, nous avons eu plus de funérailles que de sessions d'examens dans un de mes groupes: suicide d'un frère, mort tragique d'une soeur... Les élèves étaient plus que ballotés psychologiquement.

Généralement, les écoles ont développé tout un système de gestion de crise dans ces cas-là. Dès qu'on est au courant de quelque chose, on avertit la direction et le processus se met en branle. Disons que l'enseignant n'est pas seul et qu'il doit surtout ne pas tout porter sur ses épaules. Il doit aussi identifier les élèves à risque ou ceux qui ont besoin d'aide.

Une crise comme celle-là est un moment pénible soit, mais comme père, je pense surtout aux parents de mon élève et je suis atterré. Ils avaient un bon fils.

Une femme libre a dit…

Mes sympathies. Alors que la mort fait partie de la vie et est normale pour une personne âgée, la mort d'un jeune est toujours dramatique.

Le professeur masqué a dit…

Vous savez ce qui m'embête parfois avec notre boulot? Ce sont les crétins qui s'imaginent qu'on est juste là pour toucher notre chèque. Je suis convaincu que n'importe quel enseignant dans une situation similaire serait lui aussi bouleversé. Il penserait aux parents, aux élèves.

Raison de plus de profiter de la vie et d'inculquer à nos élèves l'importance du moment présent. Apprendre oui, mais en s'amusant, en rigolant, en vivant.

Nini a dit…

C'est toujours tragique de voir une vie s'envolée, mais comme le dit une femme libre plus c'est tôt et plus ça nous affecte, enfin bon simplement pour dire mes sympaties moi aussi..

le Prof Maudit a dit…

Je ne veux même pas penser à un tel scénario dans mon cas.

Mes pensées sont avec vous.

Forsythia a dit…

Mes sympathies, ça m'est arrivé aussi à mon premier remplacement à vie ...

Le professeur masqué a dit…

Les jeunes sont attachants dans leur peine et dans leur solidarité. Un malheur arrive à l'un d'entre eux et ils ont du chagrin. Ils cessent leurs chicanes futiles pour s'épauler, se consoler, s'entraider, s'écouter.

Après deux jours, le gros «rush» de larmes est passé. L'équipe de soutien a fait un bon travail. Mais au-delà des psy, je remarque que ce sont toujours vers les professeurs significatifs que se tournent les jeunes dans ce temps-là. Les professionnels rentrent plutôt en action après, dans des cas plus individuels.

Dans cette vague et cette détresse humaine bien compréhensible, j'ai découvert un collègue génial, presque aussi fou que moi. Quelle moment de joie dans toute cette peine. J'ai aussi découvert qu'on n'est jamais prêt à passer une période complète devant une classe figée qui pleure un collègue. Ce fut l'une des heures les plus longues de ma vie.

Restent maintenant le salon et les funérailles. Je pense beaucoup aux parents éplorés et... à ma fille que j'adore.

Le professeur masqué a dit…

En passant, je n'ose penser à quoi peut ressembler un premier remplacement avec un tel événement, Forsythia.

Forsythia a dit…

C'était en janvier 2004.
http://forsythia.canalblog.com/archives/2004/01/index.html
Je continue de vous envoyer des ondes positives.

Delphine Bergeron a dit…

Mes condoléances.

Ness a dit…

Je suis vraiment désolée.
Un de mes élèves n'est jamais mort, mais la semaine passée, j'ai dû dealer avec la mort de la mère d'un élève. Un suicide. Violent. Ce sont les enfants (14 et 16 ans)qui ont trouvé leur mère.

Il est revenu à l'école hier et je ne savais vraiment pas quoi lui dire... Il a rit avec ses camarades de classe, mais quelque chose dans ses yeux a changé.

J'ai eu beaucoup de peine pour lui. J'aurais souhaité pouvoir faire disparaître une partie de sa douleur.

gengen a dit…

Mes sincères condoléances...bon courage pour les jours à venir.