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31 juillet 2008

Rossinante pro tempore

Voilà: Prof masqué a maintenant deux roues. Je l'ai appelée Rossinante pro tempore. Rossinante, bien évidemment en l'honneur de la célèbre monture de Don Quichotte et pro tempore parce qu'elle ne constituera qu'une transition vers un autre vélo plus performant si tout se déroule bien.

Hier, pour sa première randonnée en 10 ans, il a fait un petit trajet pépère de 23 kilomètres en une heure. Du plat, beaucoup de plat et un peu de pluie. 23 kilomètres, c'est exactement la distance entre l'école et chez lui, vous me suivez?

Principal sujet d'inquiétude, le dos a bien supporté le trajet. C'est donc bon signe. Le cardio, lui, est comme d'habitude: débilement au-dessus de la norme. Je me suis même permis de terminer à cadence élevé, juste pour être un peu baveux... De toute façon, je ne suis pas un moulineur, alors je suis demeuré en dix-septième vitesse tout le long, le dérailleur ne me permettant pas de rejoindre la dix-huitième. Je devrais remédier à cet inconvénient aujourd'hui.

Rossinante, c'est un Raleigh Prism, un vélo hybride, un tank. Pour le cycliste en moi habitué à un vélo de route nerveux avec des jantes de course en alliage et des boyaux, j'ai l'impression d'avoir conduit un Hummer. Mais pour l'instant, il fait amplement le travail. Et il ne sert à rien de vouloir un vélo plus léger : j'ai plus de poids à perdre que ma monture...

Au-delà de ce premier essai, plusieurs sentiments ont traversé mon esprit au cours de cette randonnée.

Le premier est que c'est lent un vélo quand on est habitué à emprunter la voiture chaque jour. Je faisais un trajet très familier et j'avais l'impression de ne pas avancer. Il y a aussi que, dans mes souvenirs et sûrement dans les faits aussi, je roulais plus rapidement autrefois.

Le deuxième est que le vélo et moi, ça a déjà été une longue histoire d'amour. Issu d'une famille dysfonctionnelle et violente, il a été ma première forme d'évasion, de liberté, d'indépendance. Je me rappelle ces randonnées de fou dans les Laurentides, ces parcours chronométrés effectués par toute température et ou je perdais 10 livres juste en sueur... Je me rappelle la traditionnelle première randonnée du printemps qui consistait à monter l'avenue Camilien-Houde... Et ce vélo que je bichonnais, lavais, huilais, grassais...

Rossinante est simplement de passage mais, hier soir, elle n'a pas dormi dans le cabanon: elle a dormi dans le salon. Si j'avais pu, elle aurait dormi dans la chambre, comme certains de ses prédécesseurs. Elle l'aurait bien mérité.

07 juillet 2008

L'été où Stephen Harper est devenu souverainiste

C'est la consternation sur la Colline parlementaire. Dimanche matin, alors que la session battait son plein, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a annoncé qu'il était devenu souverainiste. Questionné par les journalistes, le chef du Parti conservateur depuis sept ans a expliqué son choix de la façon suivante: Ce matin, je me suis levé et j'ai senti que c'était fini. Il ne faut pas me demander pourquoi. C'est comme ça. Il n'y a pas de raison précise.

C'est bien sûr la consternation dans la famille conservatrice et certains militants sont choqués par ce retournement inexplicable et inexpliqué.

******

Voilà. Il n'y a pas plus à dire. Ce sont les seules explications que j'ai pu obtenir d'Ex-madame Masquée lors de notre deuxième et dernière conversation en près de deux mois. Ce sont les seules que j'obtiendrai, cela, et son souhait que nous devenions de bons amis. Pas de rencontre, tout aura été effectué au téléphone. C'est certain qu'on est partis sur des bonne base pour une amitié, il n'y a pas à dire.

Il n'y aurait pas de futur prospect dans le décor, sinon qu'un chat qu'elle a adopté.

J'ai perdu une blonde que j'ai aimée du mieux que j'ai pu, une belle-famille pour qui j'étais presque un fils et dont j'étais le voisin quasi immédiat parce que j'avais décidé de déménagé à proximité de celle-ci.

J'ai perdu sept années de ma vie et, à 44 ans, ces années sont si précieuses, surtout quand les envies de paternité commence à vous démanger.

J'ai perdu... et j'espère maintenant ne pas me perdre à mon tour.

*******

Ce billet constituera le dernier portant sur la rupture d'avec ex-madame-Masquée. Non pas qu'elle n'habite plus mes pensées. Je ne suis pas ce type d'individu qui oublie les gens sur demande. Seulement, les réflexions de ce genre ne sont plus à leur place ici sur ce blogue.

J'ouvrirai peut-être un autre espace virtuel pour parler davantage de mon jardin intime. J'ai déjà réservé le titre de celui-ci. Reste à me sentir prêt à le faire. Et je ne suis pas rendu là dans ma route.

Une chose cependant: je ne serai plus le même, mes yeux et mon coeur non plus. En moi, il demeurera quelque chose de brisé. Ma générosité, ma confiance en l'avenir et en l'humain, ma naieveté de croire en son prochain sont durement atteints.

Quant à ex-madame Masquée, je serai toujours partagé entre l'amour, l'incompréhension et la colère. Mettre fin à une relation de sept années de la sorte me laisse un goût plus qu'amer. Son geste est tout aussi absurde et inexpliqué, sinon plus, que celui posé par ma copine d'il y a dix ans qui me plaquait la veille des vacances scolaires en me disant que je n'étais pas assez disponible...

Pour ma part, l'été 2008 se résumera à cette phrase : l'été où Stephen Harper est devenu souverainiste.

02 juillet 2008

Another brick in the wall

Circé m'a suggéré de ventiler son mon blogue. Circé est une jolie fille, intelligente et intellectuelle. Elle a sûrement raison, même si nos destins sont tellement opposés ces temps-ci. Or, donc, ventilons.

Fille masquée a une drôle de mère. Drôle est le mot poli pour ne pas dire autre chose. Il y a des moments ou je me demande encore ce que je lui trouvais il y a quinze ans.

Depuis des années, les relations sont tendues en ce qui a trait à la garde de ma fille. Je la souhaiterais plus souvent ici, à des moments précis... J'ai même souhaité l'accueillir durant son secondaire. Sans succès. Mes tentatives se sont heurtées à un mur et à un manque d'ouverture maternelle. Il faut savoir qu'il n'existe aucune entente légale de garde et que nous avons toujours fonctionné sur la bonne foi de l'autre. La gaffe, quand on y repense...

Dans les faits, cette mère est la meilleure amie de sa fille. Elles vivent un lien d'osmose très exclusif, ce qui fait qu'il y a toujours eu peu de place pour un père. Pas un mot à dire dans les faits sur le choix des écoles, pas un mot à dire sur le cellulaire, le portable et tout le reste acheté à ma fille pour ses 13 ans. Une barre à clou ne suffirait pas à les détacher l'une de l'autre.

Qui plus est, les valeurs et l'éducation donnée à Fille Masquée ne correspondent pas nécessairement aux miennes. Cela amène parfois des comparaisons qui ne sont pas à mon avantage parce que Papa masqué est un peu plus rigoureux, disons. Il fallait voir le regard courroucé de la maman quand elle a appris que je demandais à sa fille de ramener l'assiette près de l'évier après un repas ou encore de changer le rouleau de papier de toilette quand il était fini... Auschwitz semble une colonie de vacances à côté de chez moi à l'écouter. Un peu plus et la DPJ débarquait en force avec un commando-choc pour la soustraire à ma tyrannie.

Ajoutez à cela quelques déclarations faites par la mère devant sa fille à l'effet que je suis un égocentrique, un mauvais père, une personne qu'elle souhaiterait ne jamais avoir connue et vous avez le tableau de la situation paternelle actuelle. Il y a des moments ou je me demande encore ce qu'elle trouvait il y a quinze ans.

Donc, dans ce joli climat de coopération, nous avons établi non sans difficulté cette année l'horaire de l'été: Fille masquée est chez son père du mardi au jeudi. Les choses ne peuvent pas être plus claires, direz-vous. Vous vous trompez parce que, dans l'esprit de cette mère, un horaire n'est pas fait pour être respecté.

Fille masquée a un rendez médical prévu pour le mercredi. Pas de problème. J'irai avec elle. Solution trop simple. Sa mère doit être présente puisqu'on parle de LA pilule. Oui, oui, un jour, Fille masquée va avoir un chum Elle a le droit maintenant. Avant, sa mère le lui interdisait. Et qui dit chum, dit tomber enceinte. Donc, il vaut mieux prescrire la pilule tout de suite au cas ou un jour... Pas un mot sur le condom ou les ITS (infections transmises sexuellement). L'important est de ne pas devenir grand-mère.

Bref, comme le mercredi fout le camp en partie, pourquoi venir la chercher le mardi, surtout que maman a proposé à sa fille une activité spéciale sans m'en parler, contrevenant ainsi à une autre entente entre nous? Et puis, le jeudi, c'est une seule journée ça! Il est donc inutile et fatiguant de se déplacer pour une journée jusque chez moi. Pourtant, durant l'année scolaire, Fille masquée vient un jour par semaine chez son père. Ou est la différence? Attendez: c'est moi qui ne comprends pas. Vous me suivez?

Résultat: Fille masquée n'est pas venue chez son père pour la première semaine des vacances. Papa masqué a donc annoncé à sa fille qu'il était en grande réflexion sur les droits de garde et qu'il ne peut plus accepter de telles situations. Il n'y aura pas de semaine prochaine non plus parce que je veux discuter avec la psychologue de tout cela. Il faut savoir que des événements semblables sont déjà survenus par le passé et que la patience masquée a atteint ses limites, d'autant plus que Fille semble ne pas trop s'en faire avec les horaires, elle aussi, en ne disant mot.

Vous feriez quoi à ma place?

J'avais besoin de cela comme d'un trou dans la tête, je ne vous le cacherai pas. Le rendez-vous avec le pusher de pilules anti-dépression semble de plus en plus probable. Une conversation ce soir avec Ex-blonde (la deuxième en près de trois mois - je vous en reparlerai) et cette situation est en train de faire le travail en ce sens.

Ventiler, ventiler... J'ai l'air d'une éolienne en rut, Circé.

01 juillet 2008

Poésie grisâtre

J'ai recommencé à lire. Un peu. Pas grand-chose. Rien comparé à l'habitude. Sauf que j'écris des poèmes sur les quatrièmes de couverture et les pages blanches des romans que je m'efforce de terminer. En auto parfois, je me range sur l'accotement pour modifier un vers, ajouter un mot.

********
Elle me manque comme au premier matin
Ou l'aurore avait séparé nos corps et abrégé nos ébats.
Son absence était alors une promesse de retour
Comme un feu renaît de ses cendres.

Elle me manque comme au premier matin,
mais il n'y a aujourd'hui ni ébat ni feu ni flamme.
Son absence reste, éternelle,
mais vide de sens, de raison, de passion.

Elle me manque comme au premier matin.

29 juin 2008

Un bref passage

Ce n'est pas que pas politesse, mais aussi par amitié. J'ai répondu à vos commentaires.

Merci de votre sollicitude.

Je vais vous lire souvent. Je ne commente pas.

Pour le reste, des idées de billets, mais le coeur n'y est pas.

Poésie grise

As-tu entendu cette nuit mes larmes de pluie
Frapper à la fenêtre de ta chambre?

Chacune transportait un souvenir, une plainte, un gémissement.
Chacune cognait à la porte d'un coeur qui m'exclut
Et me rend prisonnier sans raison d'un monde dont je ne veux pas.

As-tu entendu cette nuit, portée par le vent, un âme qui te pleure...
Et qui , sotte comme un Christian sans Cyrano,
Ne peut que murmurer bêtement: je t'aime.

26 juin 2008

Toujours en pause

Je partage simplement avec vous deux écrits.

Le premier est de Sylvain Lelièvre, un auteur-compositeur-interprète qu'on a relégué dans les méandres de l'oubli. Cette chanson me tournait déjà en boucle dans la tête depuis la fin de l'hiver.

Le deuxième est de votre humble serviteur. Écrit hier matin.

**********

J’ai perdu trop de temps

J’ai perdu trop de temps
Dans les livres
J’ai perdu trop de temps
Loin de vivre
J’ai perdu trop de temps loin de toi
Mais maintenant
Le temps qu’il me reste, c’est pour toi

J’ai perdu trop de temps
À l’école
Ce n’est pas là qu’on vend
Des boussoles
J’ai perdu trop de temps loin de toi
Mais maintenant
Le temps qu’il me reste, c’est pour toi

Je ne demande rien
Qu’un p’tit coin de jardin
Pour te faire la vie
Plus douce et plus jolie
Un peu d’herbe et de vent
Et ce qu’il faut de pain
Un piano, deux enfants
Et cinq ou six copains

Nous deviendrons les mots
D’un poème
Les deux mains d’un piano
Ou l’on s’aime
J’ai perdu trop de temps loin de toi
Mais maintenant
Le temps qu’il me reste, c’est pour toi

Nous deviendrons les mots
D’un poème
Les deux mains d’un piano
Ou l’on s’aime
J’ai perdu trop de temps loin de toi
Mais maintenant
Le temps qu’il me reste, c’est pour toi
C’est pour toi


********

J'aurais voulu ...

voir le bleu de la mer
dans tes yeux regardant au loin,
sentir le vent du large
dans tes cheveux ondulant dans la tempête,
goûter le sel marin
sur ta peau au soleil étendue,
danser avec le mouvement des algues
sous la houle sans cesse renouvelée,
entendre l'appel des bateaux
dans tes promesses de lendemain.

17 juin 2008

Une pause

C'est peut-être la saison... et puis, il y aurait tant sur quoi écrire: l'école privée versus l'école publique, les qualités d'un bon prof, ma nouvelle affectation en première secondaire et les commérages empoisonnés d'une collègue qui craint mon arrivée à ce poste. Les sujets ne manquent pas. Il n'y a que moi qui manque.

Je ne suis plus là. De peine et de misère, j'arrive à aller à l'école. Je mange, mais c'est bien parce qu'on me nourrit. Pas fait l'épicerie depuis des semaines. Je dors parce qu'après deux mois à trois heures par nuit, le corps a décidé de se rebeller. Et puis, dormir permet d'oublier parce que je ne rêve pas à elle. Il est malade ce grand corps, de partout. Des signaux d'alarme. La goutte, les infections. Chaque semaine amène sa nouvelle plaie d'Égypte.

Je ne sais pas si je terminerai mes corrections à temps. Je songe à les refiler à une collègue sans travail en qui je peux avoir confiance. Je ne me présenterai pas au bal de mes jeunes. Peut-être une courte présence cinq minutes au début de la soirée. Quelques photos. Rien de certain. Je vais décommander pour le diner d'adieu prévu jeudi avec ma classe de cinquième. Trop de deuil en même temps. Je repousserai aussi cette entrevue avec une maison d'édition pour un projet débile dont je ne vous ai jamais parlé. Mon deuxième livre attendra... s'il finit par voir le jour. Jamais ma vie professionnelle n'allait si bien. Pourtant.

Plus d'énergie. Plus d'envie. Que le cadre vide. C'est tout juste si j'ai trouvé la force d'assister à la graduation de ma fille hier soir.

Ça fait deux mois que la rupture est survenue avec ex-madame masquée, mais je me croirais hier. Un coup de téléphone au matin. Sept ans effacés d'un coup. D'un seul coup. De téléphone. Je préférerais la savoir morte dans un accident de voiture. Il y aurait au moins eu un endroit ou pleurer et porter des fleurs. Un coup de téléphone et puis, plus rien, sinon que ces poèmes que j'écris et dont certains finissent par échouer lamentablement ici. Qui ne sont pas à leur place sur ce blogue.

Pour l'instant, je consulte. Sauf que la thérapie me montre à quel point j'ai fait des mauvais coups. Il y a beaucoup de morceaux à arranger en moi avant qu'on parle du deuil. Je ne me culpabilise pas. Je constate. Et c'est effroyable.

Deux mois ou mon ex-blonde, mon ex-belle-famille qui était était plus proche que la mienne sont disparus. Morts. Et vivants. Vivants et morts. Deux mois Hiroshima. Un vide atomique.

Je dors dans un grand lit inconfortable et n'en occupe pourtant que la moitié. Comme j'ai toujours fait, même quand elle n'y était pas. C'était sa place. Ce l'est encore, on dirait.

J'ai mes torts. Elle a les siens. J'aurais aimé ne pas continuer cette vie qui nous unissait mal et passer à autre chose. Avec elle. Elle n'a pas attendu, pas compris, pas voulu, pas confiance. Peu importe. Je ne me sens pas la force d'aller de l'avant. Encore moins maintenant.
Une pause. Pour pleurer. Pour dormir. Pour ne pas penser. Pour ne plus penser, Pour conserver ce peu d'énergie.

Je reviendrai faire un tour dans une semaine. Voir si j'y suis.

J’ai travaillé toute l’année pour profiter de mes vacances et, aujourd’hui, je me mets à les craindre. (pensée du 28 mai 2008)

15 juin 2008

Être un cadre vide

Tuer un sentiment qui m’anime chaque seconde depuis sept ans sans me tuer moi-même.
Être envahi chaque soir par le froid et les tremblements du souvenir.
Dormi chaque nuit enveloppé d’une absence qui se colle à ma peau et qui pénètre brutalement mon âme.

Mourir à nouveau chaque matin quand je réalise que je me réveille dans ce cauchemar qui s'appelle la réalité sans elle.
Avoir tout le temps du monde devant moi pour ressentir le goût de ne rien vivre.
Pleurer au point d'avoir l'impression d'avoir la tête sous l'eau et de me noyer dans mes sanglots.

Cesser de me souvenir pour ne bouger que dans le vide au présent.
Verser toutes les larmes de sang du monde et ne rien pouvoir changer.
Sans cesse me dire de ne plus y penser jusqu'à ne cesser de penser qu'à l'oublier.

Désapprendre à regarder ce téléphone en me disant qu'il a déjà porté sa voix.
Désapprendre à composer ce numéro que j'ai fait si souvent.
Désapprendre à être.




07 juin 2008

Le courrier du gros orteil

Plusieurs titres me sont venus à l'esprit en pensant à ce billet.
  • Le supplice de la goutte;
  • C'est la goute qui fait déborder le vase;
  • Vraiment nul goutte que goutte;
  • Un malheur ne vient jamais seul;
  • Prof masqué a du sang royal.
Puis, Le courriel du gros orteil s'est imposé à mon esprit. Vous comprendrez assez vite, si vous ne la voyez pas déjà venir.

Mon gros doigt du pied gauche me fait atrocement souffrir. Deux jours de douleurs intenses déjà. À boitiller. À marcher sur une jambe. À être un prof unijambiste. Puis, ce matin, après ne pas avoir dormi de la nuit (en fait, je dors encore très peu), me rendre à l'hôpital.

Ma voiture est manuelle, vous le saviez? J'ai alors dû embrayer avec le pied droit. Essayez, vous verrez: c'est un vrai plaisir... C'est là qu'on se félicite d'avoir appris à le faire pour passer le temps en conduisant.

Cinq heures d'attente seulement. Une fois le docteur vu, tout va très vite. Comme d'habitude. Évaluation. Prise de sang. Diagnostic: j'ai la goutte sans avoir un taux d'urée anormal. Rien à comprendre, il paraît. Pas de traitement à long terme prévu. Prescription et retour à la maison. Vous en discuterez avec votre médcecin de famille. Je n'ai pas de médecin de famille. En plus, je n'ai plus de carte d'assurance-maladie. Oublié de la renouveler. La totale.

Seul à la maison. Incapable au moins de corriger parce que trop frosté par la douleur. Et j'ai mis les béquilles de côté pour marcher (péniblement) avec une canne.

Professor House. Voilà la seule image que j'ai en tête. Ça et que l'été part décidément du mauvais pied... Y'a rien de mieux que les images poétiques pour faire de l'humour, hein?

J'ai la canne, la douleur, les médicaments, la barbe et le côté baveux. Manque la moto. Hey! La Peste, tu me fais faire un tour?

Au moins, j'en ai profité pour m'amuser un peu. J'ai manqué une rencontre importante aujourd'hui avec des profs d'université. Je leur ai donc fait parvenir ce message pour expliquer mon absence:

Mesdames,

Luc a été absent aujourd'hui parce qu'il a dû aller à l'hôpital.

Sa mère.


Gageons qu'elles n'en voient pas trop souvent de ces billets d'absence...

03 juin 2008

Moody Moon

Le ciel s'est obscurci et la lune et les nuages ont cette nuit la couleur de la colère et de la rancoeur.


********

Quand je serai bien mort,
Quand j'aurai perdu tout espoir
Après avoir perdu tant la vie,
Tu découvriras que tu avais bien choisi.

Pour l'instant, je reste prostré dans le silence
Et je souhaite que le temps efface tout du mensonge de ma présence.
Pour l'instant, j'espère salir cette sordide humanité
Que je n'arrive pas encore vaillamment à étouffer.

Mais ou sont ...
Ma maison et ses repos?
Mon esprit et ses échos?
Mon coeur et ses sanglots?

01 juin 2008

La lune et les étoiles

En écrivant ce poème aux aurores, je ne peux m'empêcher de penser à Circé et à un de ses billets.


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J'ai préféré la lune aux étoiles scintillantes cette nuit
Et je ne l'ai pas regretté.
Ses reflets bleuâtres ont bercé mon coeur meurtri.
Ses rayons étonnamment dorés
ont caressé mes yeux, ma bouche et mes douleurs.
Puissent toujours durer ces nocturnes heures.

J'ai préféré la lune aux étoiles scintillantes cette nuit
et j'ai connu un pays
ou tout n'est que luxe, calme et volupté,
ou tout n'est que force, passion et intensité.



********

Ne cherchez à comprendre ni ces mots ni ce poème. Il existe simplement. Je me devais de lui donner la réalité en l'écrivant. Prof masqué trouve le réconfort dans la poésie des mots et des gestes.

20 mai 2008

Écran noir II

Je me sens comme Ulysse, obligé de se ligoter au mât de son navire pour résister aux voix ennivrantes des sirènes qui ont pour nom Haine, Dégoût et Névrose.

Mon corps est tremblant sous la douleur et le froid qui l'envahit ne réussit pourtant pas à engourdir mon esprit.

Haine, Dégoût et Névrose sont trois filles du même Mal, celui de vivre et d'aimer encore.

19 mai 2008

Fif en trois lettres, fif en trois paragraphe

À la demande de Zed.
J’ai passé presque les vingt premières années de ma vie à être fif. C’était écrit dans mon front, dans mes habitudes, dans mon caractère. Vingt longues années à être fif parce que j’étais différent et qu’il fallait nommer ce dont on avait peur, parce qu’il fallait insulter ce qu’on ne comprenait pas. Et le terme le plus haineux qu’utilisait la bouche des enfants qui m’entouraient, des adolescents qui se méfiaient, des jeunes adultes qui me rejetaient, c’était fif.

Sensible? Nerveux? Curieux? Ouvert? Naïf? Émerveillé de la vie, des mots, des romans? Non. Fif. Trois lettres. Un seul mot. Un seul jugement. Comme une croix sur laquelle on nous cloue. Comme une étoile rose que l'on nous force à porter. Même quand je baisais leurs blondes excédées lorsqu'elles les plaquaient. Même quand elles soupiraient dans mes étreintes. Fif. Prononcé comme une pustule qu’on crache. Encore et toujours.

Certains en meurent de ces trois lettres. D’autres en restent marqués à jamais. Je ne suis ni mort ni stigmatisé. Mais je ne souviens et je refuse pour les autres, pour ceux qui m’entourent, pour ceux à qui j’enseigne.

Écran noir

S’ouvrir lentement les poignets pour être sûr d’être bien en souffrant et se surprendre de ne pas goûter le bonheur de sentir la lame sur l’os.
S’arracher l’esprit en tirant sur une cigarette froide comme le métal planté dans nos pensées.
Se saouler de chaque moment joyeux ou tristes comme autant de lames de rasoirs émoussées.
Se répéter que le temps qui passe arrangera les choses en marquant chaque seconde en se frappant la tête à grands coups de souvenirs.

Se.
Sentir .
Seul.
Stupidement.
Sans.
Souffle.
Sans.
Soi .

«Ne pose pas de geste regrettable», dit le courriel. Trop tard. Depuis longtemps. Depuis sept ans, je crois.

11 mai 2008

Masqué et enrhumé

Quand le Prof masqué a le rhume, il repense inévitablement à Cyrano de Bergerac. Est-ce à cause d'une similitude nasale, mais me revient en mémoire la célèbre tirade du nez, mais adaptée à l'influenza, disons.

Je passerai outre toutes les métaphores pour n'en garder qu'une seule, qui dit tout: vache à mucus.

Ça va: vous êtes dégoûté? Imaginez une journée complète avec un être dont les voies respiratoires sont aussi congestionnées que l'autoroute 13. Et je vous épargne l'aspect sonore.

Je n'avais pas attrapé cette cochonnerie de l'année et voilà qu'elle me met KO. Ça doit être la faute des élèves de première secondaire que j'ai croisé mercredi par erreur dans un corridor de mon école. Ah! les petits maudits morveux!

Circé, le dessert de demain est fortement compromis...

05 mai 2008

Pêle-mêle, pelé mêlé

Depuis quelques semaines, je songe à ce genre de billets ou je n’approfondirais rien, mais ou je me permettrais de vous relater quelques flash survenus durant la semaine comme ça. Situs dexat lisit.

La première secondaire

Officiellement, j’ai le poste. Il paraît que cette demande de changement a fait jaser dans les bureaux de profs et ailleurs. Personne ne la voyait venir. C’est fou comme les gens nous prennent pour acquis et nous confinent à une image. Juste pour ça, tout ce changement, même s’il ne réussit pas, en vaudra la peine.

Reste donc l’entrevue maléfique de mercredi. Mais pensez-vous que j’ai sérieusement envie d’aller me vendre quand je me sens le dernier des pichoux? J’aimerais que mon Adrienne me dise d’aller me battre, d’aller gagner le championnat. Mais il n’y a plus d’Adrienne, il n’y a pas d’escalier et Rocky se sent déjà knock out avant même le premier round.

Quand ma mère est décédée quand j'avais 14 ans, toutes mes larmes n'ont pas réussi à la ramener à la vie. J’ai compris que l'amour ne triomphait pas de la mort. Que la vie était une douce illusion et le vide, une réalité tranchante.

Encore aujourd'hui, je pleure et même les larmes ne réussissent pas à ramener l’amour à la vie.

Restent mes larmes, reste moi.

Pour l'instant, c'est très difficile de désapprendre à aimer. Elle était dans chaque geste et dans chaque moment. Pour l'instant, j'ai le coeur en morceaux et la tête dans un étau. Un pied sur l'accélérateur et l'autre sur le frein.

Il y a des mots que je ne peux plus écrire, mais que je pense encore.

Ma bibliothèque de classe

Le meuble est monté et presque fini. Il a fière allure dans toute sa blancheur et les portes givrées lui donnent exactement la gueule que je voulais. Il ne manque que les petites maudites pinouches Ikea pour tenir les tablettes. Vous savez : les maudites petites pinouches Ikea qu’on ne trouve que chez Ikea. Je compte les remplacer par des goujons de bois. Plus simples. Moins loin. Écologique. Stéphane Dion sera content de moi.

Mais même dans la grosse armoire lette en métal rouillé, les bouquins suscitent toujours l’intérêt des jeunes. J’en prête facilement cinq par semaine. Quelle douce musique à mes oreilles quand j’entends : «Prof, j’ai besoin d’un livre à lire. Aide-moi!» Le pusher littéraire en moi a alors son overdose. Si vous verriez les titres que je leur refile, vous tomberiez des nues. «Tu vas prendre un petit Albert Jacquard avec ça? Normand Baillargeon, tu le connais?»

Des livres ciblés

Parfois, dans sa grande méchanceté, Prof masqué cible ses élèves quand il leur propose des livres. Cette année, deux de mes élèves d’origine arabe ont vu atterrir sur leur bureau le bouquin Arabesques qui traite de l’influence de la langue arabe sur la langue française. Ils l’ont lu, l’ont dévoré. Même qu’ils l’ont prêté à leurs parents et à un élève du groupe.

Ça ne bat pas ces deux élèves haïtiens qui redécouvrent Haïti. Là encore, lecture familiale. Maudit que je me sens vilain de raffermir ainsi nos belles familles dysfonctionnelles! «Ma mère veut te l’emprunter, pis elle te remercie!» Pauvre petite, si tu savais comment on est bien quand sa mère nous ignore…

Situs dexat lisit. Ce n'est pas du latin. C'est rien. Que des lettres vides de sens. Que des mots sans âme et sans esprit. Situs dexat lisit.

30 mars 2008

Une grande chute vers l'avant

Étrange expérience extracorporelle ce midi. Étendu sur mon lit, l'esprit embrouillé par des heures de correction, j'ai fait un saut dans le temps et je me suis vu à 85 ans.

Et c'est en me regardant dans ce plus tard futur, en pensant à mon futur lit de mort que j'ai reçu sur la gueule le néant qui m'habite déjà et que j'ai ressenti l'urgence de vivre.

Ça vous arrive-tu des moments fuckés comme ça?

J'ai passé ma jeunesse à rêver que je mourais. J'ai écrit dans mon adolescence des nouvelles portant sur des vieillards et, tout à coup, je commence à sentir que le temps devant file trop vite.

26 mars 2008

Le double statut de parent et enseignant

Parfois, la vie se charge de nous frapper en plein coeur et, quand on a déjà le coeur chargé et lourd, le coup fait d'autant plus mal.
J'ai écouté tous les discours pour me remonter le moral, tous les encouragements les plus positifs, rien n'y fait. Si je m'épanche ce soir dans cet espace virtuel, c'est bien pour montrer que chaque enseignant est aussi un humain, parfois un parent.
Car il est parfois cruel d'être enseignant et parent. C'est mon cas, depuis un mois. Rien ne fonctionne avec Fille masquée. Je suis devenu un père in-signifiant. On peut mettre cette situation sur une possible crise d'adolescence. Je n'y crois pas.
J'y vois davantage un statut paternel malmené au gré des années d'une relation tumultueuse avec une mère qui a voulu être la meilleure amie de sa fille et qui a reproché au père de celle-ci d'exister. Quand une fille qui appele sa mère parce qu'on lui demande de changer le rouleau de papier de toilette quand elle le finit, tu pars de loin...
Au fond, lorsque tu vis sous un système de double négation, il te reste peu d'espace pour exister: «Allez, joue ton rôle de père. Occupe ta place; celle que je te laisse.» In-signifiant parce que nier de multiples façons.
Et chaque jour, je rentre en classe pour m'occuper de gamins qui voient en moi un adulte ouvert et juste avec qui ils peuvent discuter et apprendre. Chaque jour, je fais briller les yeux d'une centaine d'enfants de mille éclats de rire. Et chaque jour, il reste ce vide dans le regard de ma fille et dans le coeur de son père. Noyer ma peine dans le travail, comme je l'ai déjà fait autrefois, reviendrait à me miner davantage.
L'insignifiance du père en moi est d'autant plus grande que mon boulot auprès des jeunes est enrichissant. La comparaison est à la fois inévitable et malsaine: chaque sourire me rappelle une grimace, chaque compliment me rappelle un reproche. Je suis un prof cool et un père minable.
Je lutte fort pour cesser de comparer deux réalités qui ne devraient pas avoir de lien entre elles, mais la lutte m'épuise.
Les enfants ont des mots blessants. Nos enfants, surtout.

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Dans la même veine, la situation peut parfois se vivre à l'inverse.
Il m'est souvent arrivé d'avoir des enfants de profs dans mes classes. Parfois, je devais les rejoindre à la maison parce leurs jeunes éprouvaient des difficultés de comportement. Hier encore, je parlais à une mère directrice d'école dont le fils est sur le point d'être expulsé. Et je repensais à ce double statut: celui de parent et d'enseignant. Tu passes ta journée à régler les problèmes des enfants des autres, à souligner leurs réussites et tu rentres tard le soir chez toi pour répondre au téléphone d'un enseignant qui veut te parler de ton délinquant de fils.
Je me dis que le métier te revient en plein visage. Le double statut est parfois pesant.

02 mars 2008

Heurt des retrouvailles

Prof masqué a une «date» demain soir. Il va revoir une «ex». Non, non: ne sautez pas aux conlusions!

Il s'agit de ma première blonde, celle avec laquelle j'ai connu mes premiers élans amoureux, les fuites nocturnes par la fenêtre de la chambre quand un parent avisé venait frapper à la porte de la chambre de sa fille, mon bal des finissants, ma première chambre de motel. Et son amoureux sera là! C'est d'ailleurs moi qui le lui ai présenté il y a longtemps.

Il y aura aussi un autre ami commun dont je crois être tombé amoureux au secondaire. Il parait que chaque homme, un jour ou l'autre, a connu un moment ou il s'est questionné sur son orientation sexuelle. Ce fut le cas de Prof masqué. Il faut croire que je n'étais pas si dans le champ que cela puisque l'ami en question a un chum aujourd'hui.

Retrouvailles donc. Vingt ans après, dirait Alexandre Dumas.

Ai-je besoin de vous dire que j'ai le trac comme à un premier rendez-vous amoureux?

Ou la soirée passera rapidement ou elle sera longue comme un discours de Stephan Harper.