Voilà: Prof masqué a maintenant deux roues. Je l'ai appelée Rossinante pro tempore. Rossinante, bien évidemment en l'honneur de la célèbre monture de Don Quichotte et pro tempore parce qu'elle ne constituera qu'une transition vers un autre vélo plus performant si tout se déroule bien.Hier, pour sa première randonnée en 10 ans, il a fait un petit trajet pépère de 23 kilomètres en une heure. Du plat, beaucoup de plat et un peu de pluie. 23 kilomètres, c'est exactement la distance entre l'école et chez lui, vous me suivez?
Principal sujet d'inquiétude, le dos a bien supporté le trajet. C'est donc bon signe. Le cardio, lui, est comme d'habitude: débilement au-dessus de la norme. Je me suis même permis de terminer à cadence élevé, juste pour être un peu baveux... De toute façon, je ne suis pas un moulineur, alors je suis demeuré en dix-septième vitesse tout le long, le dérailleur ne me permettant pas de rejoindre la dix-huitième. Je devrais remédier à cet inconvénient aujourd'hui.
Rossinante, c'est un Raleigh Prism, un vélo hybride, un tank. Pour le cycliste en moi habitué à un vélo de route nerveux avec des jantes de course en alliage et des boyaux, j'ai l'impression d'avoir conduit un Hummer. Mais pour l'instant, il fait amplement le travail. Et il ne sert à rien de vouloir un vélo plus léger : j'ai plus de poids à perdre que ma monture...
Au-delà de ce premier essai, plusieurs sentiments ont traversé mon esprit au cours de cette randonnée.
Le premier est que c'est lent un vélo quand on est habitué à emprunter la voiture chaque jour. Je faisais un trajet très familier et j'avais l'impression de ne pas avancer. Il y a aussi que, dans mes souvenirs et sûrement dans les faits aussi, je roulais plus rapidement autrefois.
Le deuxième est que le vélo et moi, ça a déjà été une longue histoire d'amour. Issu d'une famille dysfonctionnelle et violente, il a été ma première forme d'évasion, de liberté, d'indépendance. Je me rappelle ces randonnées de fou dans les Laurentides, ces parcours chronométrés effectués par toute température et ou je perdais 10 livres juste en sueur... Je me rappelle la traditionnelle première randonnée du printemps qui consistait à monter l'avenue Camilien-Houde... Et ce vélo que je bichonnais, lavais, huilais, grassais...
Rossinante est simplement de passage mais, hier soir, elle n'a pas dormi dans le cabanon: elle a dormi dans le salon. Si j'avais pu, elle aurait dormi dans la chambre, comme certains de ses prédécesseurs. Elle l'aurait bien mérité.








