25 mai 2010

Investir auprès des jeunes

Je regarde autour de moi et c'est fou l'argent qu'on investit pour les décrocheurs, les adultes. On retrouve des cours de récupération en français au secondaire, au cégep et même à l'université. Un peu comme à l'image de notre réseau routier, on ne semble pas manquer d'argent pour patcher le parcours scolaire de nos jeunes.

Mon expérience d'enseignant de français en première secondaire tend à me montrer que pas mal de choses sont déjà jouées chez les gamins dès le primaire. Je suis de plus en plus convaincu que, si rien n'est fait au début de la troisième année du primaire, les probabilités que les difficultés scolaires finissent par rattraper un jeune sont importantes. Ainsi, j'ai des élèves qui écrivent pratiquement sans faute à 12 ans (ce qui est tout un exploit quand on connait ma sévérité à l'écrit) tandis que d'autres...

On ne part tous égaux devant la réussite pour des raisons scolaires, économiques ou sociales. Mais l'école a le devoir de tenter de contrebalancer ces inéquités le plus tôt possible dans le développement de l'enfant, ce qu'elle ne fait manifestement pas. Mentionnons deux expériences intéressantes à ce propos.

Le Devoir donne l'exemple de certaines commissions scolaires implantent maintenant des programmes précoces pour aider les petits de maternelle comme La Forêt de l'alphabet, en lecture, et Fluppy, pour les problèmes de comportement. Ainsi, «des petits qui reconnaissaient à peine quatre lettres de l'alphabet au début de la maternelle deviennent en majorité d'aussi bons lecteurs que les élèves les plus forts à la fin de leur première année.»

Le Soleil, quant à lui, rapporte cet exemple du projet-pilote Partir du bon pied, organisé par l'École des parents de Saint-Appolinaire: « Depuis six mois, à raison d'une fois par mois, les parents ont eu droit à des rencontres portant sur la motricité, le langage et la discipline, sans oublier l'éveil à la lecture et à l'écriture chez les gamins de deux à quatre ans.»

Mais bon, ces expériences investissent dans l'éducation et la prévention. Cependant, au Québec, en santé comme en éducation, on préfère guérir que prévenir sans réaliser que le deuxième choix est drôlement plus rentable et efficace. Et surtout, il évite des drames humains.

7 commentaires:

Jonathan Livingston a dit…

Il n'y a pas si longtemps, les adultes encadraient les enfants dans une certaine contrainte pour leur bien, tout simplement parce qu'un enfant n'a pas une vision réaliste du long terme et que faire des efforts pour son avenir n'a pas tout à fait de sens.

Aujourd'hui, on laisse l'enfant libre d'errer et au final, un jour, il rencontre la réalité de la vie adulte et se rend compte qu'il aurait dû travailler jeune. J'ai cette discussion si souvent avec des parents de jeunes adultes... Commencerait peut-être à être temps d'apprendre des erreurs du passé.

Les plus belles années de l'apprentissage où l'intelligence est comme une éponge sont hélas passées.

Pour le français, je ne crois pas que ce soit vraiment le fait de les faire commencer plus tôt (maternelle) qui importe, mais c'est d'être efficace quand c'est le temps de l'acquisition de la lecture et des rudiments de l'écriture. Qu'on arrête de les distraire dans trop de tâches à ces âges et qu'on les concentre sur les bases et on obtiendra peut-être de meilleurs résultats. Enfin, depuis que la grammaire est devenue une grosse patate de concepts abstraits défiant les lois de la simplicité dans l'apprentissage et qu'on a aboli des outils puissants d'acquisition comme l'analyse grammaticale classique, on en perd du temps dans l'errance d'une grammaire inassimilable par les jeunes esprits.

Mais bon, on peut toujours essayer de «patcher»... Tant qu'on sera sous l'emprise d'idées aussi absurdes que celle à la mode que des notes, c'est inutile et dangereux pour l'estime de soi des enfants et que des exigences, c'est emmerdant, avec les obsessions de % de réussite, on n'est pas sorti de l'auberge.

A quand le certificat en éducation de un an accolé à des «bacs» pour que l'endoctrinement des pédagogos déforme moins le bon sens des enseignants? Des profs avec la candeur de la jeunesse pourraient réinventer l'éducation sans tout ces a priori à la noix de coco.

Miss O a dit…

Quand j'étais au secondaire, j'étais pas mal bonne. Bonne genre nerd, bonne genre déception devant une note à 89%. Et je me souviens que ça me frustrait de voir toutes les ressources auxquelles avaient droit les plus faibles. Moi j'étais dans une classe d'"enrichis" pas si enrichis, où je m'ennuyais à mourir. J'ai fini par ne plus aller aux cours. Et je réussissais quand même.

Est-ce que ça a changé? Est-ce qu'on oublie encore de motiver les plus forts?

John Drake a dit…

Cher professeur masqué,

À quoi dois-je m'attendre ? Je reviens d'un prêt de service de quatre ans, qui m'a tenu à l'écart de la classe pendant tout ce temps. Dès la rentrée, je retourne à mon poste de prof de français au secondaire, dans une école de la rive-sud de Montréal. On me dit que la situation a beaucoup changé en quatre ans: niveau de capacité intellectuelle des étudiants, nombre d'élèves en difficultés de toutes sortes, etc. Bref, c'est pire que c'était semble-t-il. Qu'en est-il réellement ?

Merci d'exister.

John Drake

Jonathan Livingston a dit…

Miss O, ça te donnait pas du temps pour explorer autre chose. Je me souviens du parascolaire qui m'a bien occupé pis quelques autres affaires aussi... Je trouve drôle cette obsession d'une école super performante pour faire des hyper-mégatronches alors que certains milieux feraient végéter leurs intelligences remarquables. Changez rien, rien de de mieux que de s'ennuyer pour développer la créativité. Le monde ne s'explore pas juste entre 4 murs de classe.

Freud disait que deux choses importaient dans la vie: aimer et travailler.

Le professeur masqué a dit…

Jonathan: Apprendre des erreurs du passé? Mais on en fait constamment tabula rasa pour réinventer l'avenir...

Je suis d'accord que les bases doivent être enseignées de façon efficace assez jeune, ce qui n'est pas nécessairement le cas. Mais il est actuellement difficile de départager ce qui appartient à de mauvaises méthodes d'enseignement et à de réelles difficultés d'apprentissage d'un jeune. De toute façon, il passera...

Miss O: Ça arrive encore. il y a des programmes particuliers pour des élèves performants. Mais en même temps, des élèves très forts n'ont plus envie de se forcer. Et il y a de moins en moins d'élèves forts.

John Drake:

La situation varie selon chaque CS et chaque école. Si les classes particulières ont disparu chez vous, vous verrez des changements, c'est évident...

Anonyme a dit…

Jamais eu à ce point envie de tout sacrer là tellement la situation semble si peu sur le point de s'améliorer. On a beau avoir de la rigueur, être un prof dans l'âme, dénoncer les situations absurdes...comme vous dîtes, de toute façon, il va passer jusqu'à ce que le système, à un niveau ou un autre, soit obligé de suppléer parce que justement, il ne passait pas vraiment...

En passant prof masqué, voyez-vous les enseignants-ressources comme une autre façon de patcher?

Le professeur masqué a dit…

Anonyme: les enseignants ressources ont été une création syndicale-patronale pour amortir les effets de la réforme au secondaire. Avec la baisse de la clientèle, il s'agissait de contrecarrer les pertes d'emplois, peut-être... mais en même temps, je ne peux pas croire qu'on ait oublié la pénurie d'enseignants...

Quoi qu'il en soit, il a fallu des années pour déterminer le rôle de ces enseignants chez nous. et je ne suis pas sûr que ce soit la même définition ârtout au Québec.

Un exemple de patchage. Tout à fait. Je ne dis pas que ces profs ne sont pas pleins de bonne volonté, mais ces ressources arrivent bien tard et ne sont pas nécessairement compétentes devant certaines problématiques.