22 janvier 2008

CS des Hautes-Rivières: vers un même but, vraiment?

C'est joli comme slogan. On parle d'action, d'unité, de solidarité dans un objectif commun. Ce slogan, c'est celui de la CS des Hautes-Rivières.

La question est : quel est ce but? En effet, on peut se questionner raisonnablement sur sa véracité si on lit l'article paru dans Le Devoir hier. Faire un virage à 360° de la sorte manque de crédibilté pédagogique et sent l'improvisation budgétaire à plein nez.

Aujourd'hui, un article du Journal de Montréal nous en apprend un peu plus.
  • La CS des Hautes-Rivières a un taux de décrochage scolaire de 30%.
  • Elle a connu un taux de décroissance de 10% de sa clientèle en quatre ans.
  • Elle fait face à un déficit de 2 millions $.
  • 55 postes d'enseignants qui sont remis en question.
  • 41 groupes de cheminement particulier temporaire au secondaire risquent de fermer.
  • 10 classes spécialisées au primaire pourraient disparaître.
  • Au secondaire 700 sur 8 8232 pourraient être touchés directement par ces compressions.
  • Au primaire, 150 élèves seraient aussi touchés.
Un discours rassurant et épeurant

«On a essayé de maintenir l'offre de service jusqu'à maintenant, mais dans de telles conditions, on n'a pas le choix de s'adapter», affirme Claude Boivin, directrice générale de la CS.

«C'est possible d'avoir moins d'enseignants sans diminuer la qualité des services aux élèves», assure la présidente du comité consultatif des services aux élèves handicapés et en difficulté d'adaptation et d'apprentissage, Nathalie Drolet.

L'article du Devoir d'hier prévoyait déjà un exemple de scénario pour l'année prochaine: «La direction jongle donc avec d'autres modèles d'intégration en classes ordinaires, par exemple en regroupant les élèves en difficulté dans de petits groupes uniquement pour les cours de français et de mathématiques.»

Les autres matières, on le sait, sont sans importance... Elles sont des passe-temps, des foutoirs où il n'est pas nécessaire d'accompagner les élèves présentant des difficultés d'apprentissage parce qu'on n'y apprend rien, j'imagine. Pourtant, avec la réforme, le nombre de cours nécessaires à l'obtention du DES a augmenté.

Et puis, «s'adapter», ça ne concerne que quelques élèves poqués et les enseignants. Des pauvres, des paumés, des pestiférés. Aussi bien dire personne.

Des questions sur la gestion de cette CS

Devant une situation semblable, plusieurs interrogations me viennent à l'esprit:
  • Quelles mesures ont déjà été mises de l'avant avant d'en arriver aux compressions décidées par la CS?
  • Cette baisse de clientèle était prévisible. Qu'a fait la CS pour minimiser ses impacts sur son budget depuis quatre ans?
  • La CS a-t-elle un plan précis et efficace en matière de décrochage?
  • La CS a-t-elle déjà fait des demandes supplémentaires de budget auprès du MELS?
  • Peut-on rationaliser les dépenses ailleurs qu'en coupant ces programmes?
  • La CS a-t-elle fait une véritable analyse de la qualité des services donnés auprès des élèves en difficulté?
  • Près de 850 élèves seront déstabilisés dans leurs apprentissages. Combien devront changer d'école pour retourner dans leur secteur d'appartenance d'origine?
  • Grosso modo, ce sera deux élèves par classe qui seront intégrés au secteur régulier. A-t-on analysé les impacts de ce changement sur les élèves déplacés, les élèves accueillants et les enseignants? Dans certains cas, ce bouleversement pourrait compromettre tout leur cheminement personnel et scolaire. Des liens avec des amis et des profs seront brisés.
  • Arrivera-t-on à présenter et à adopter un projet satisfaisant avant l'attribution des tâches?

Manifestement ici, on a affaire à une décision budgétaire prise rapidement et dont toute la CS n'aura pas fini de se ressentir.

Si les enseignants sont déjà montés au front, il reste à espérer que les parents se réveilleront et se plaindront de cette forme de gestion. Un tel changement, effectué de façon aussi sauvage pour les élèves et les enseignants, transpire le mépris et la suffisance :«On est les patrons, on décide. Un même but: le nôtre.»

Comme gestionnaire, les décideurs de la CS des Hautes-Rivières ne peuvent arriver avec une telle solution aussi radicale sans avoir exploré, de façon transparente et avec tous les partenaires de cet organisme, des pistes de solutions efficaces.

Du côté du MELS, la réaction est décevante , quant à moi. Jean-Pascal Bernier, l'attaché politique de la ministre Courchesne, indique que celle-ci a fait des vérifications auprès de la CS et souhaite que la décision finale soit prise par le conseil de commissaires «dans l'intérêt des élèves, au cas par cas».

L'intérêt des élèves? Les commissaires? Dans certains cas, laissez-moi douter.

7 commentaires:

Cath a dit…

Durant le mois de décembre, le journal de Chambly ainsi que le Canada-Français ont publié un article venant de la CS indiquant les coupures et tout et disant que les élèves ne seraient pas affectés. Lors de notre rencontre du Conseil D'établissement la semaine dernière, 3 des 5 parents n'étaient pas au courant parce qu'ils n'ont pas lu ces journaux.

Quand on le leur a appris, deux des parents étaient surpris puisque leur enfant est dans une de ces classes spéciales. Malgré tout, elles ont voté en faveur de la grille-horaire où ces groupes seront absents pour l'an prochain. Personnellement, je ne comprends pas. J'aurais "chiâlé" un peu plus si c'était mon enfant qui était touché...

Ness a dit…

Décidément, Nathalie Drolet en avait fumé du bon quand elle a dit que c'était possible de "diminuer le nombre d'enseignants sans diminuer la qualité des services aux élèves". On diminue la matière première et on espère pouvoir quand même construire des produits de qualité? BEN VOYONS DONC!!

Aussi, les articles de journaux précédemment nommés il n'est pas mentionné que la CS a aussi parlé de couper 10 postes de professionnels. Maintient des services?

De ce que je connais de la situation présente, aucune mesure n'a été mise en place pour éviter de telles compressions. En fait, on nous a simplement dit que la CS avait été prudente dans ses embauches cette année.

De plus, je dois préciser que nous sommes l'une des rares commissions scolaires qui ne fait pas payer les dîneurs. Aussi, les établissements d'ordre secondaire de la CS bénéficient d'un 2e transport pour accomoder les élèves qui font du sport ou qui participent à des activités parascolaires. Ainsi, les lundis, mardis et mercredis, nos élèves quittent à 14h35 et pour ceux qui restent à l'école (pour une activité ou autre), il y a un 2e transport offert vers 16h10. Ça coûte cher, le 2e transport pour 8 écoles secondaires...

La semaine passée, au conseil d'établissement, lors d'une intervention que j'ai faite, la présidente m'a répondu que ses besoins en tant que parents et mes besoins en tant que prof n'étaient pas les mêmes. (Malheureusement), la présidente du conseil d'établissement, fait aussi partie du Conseil des commissaires à titre de commissaire parent... Pas étonnant qu'elle prêche pour sa paroisse. (Fait à mentionner: son fils fréquente une école publique, mais fait partie d'un groupe sport... là où le soleil brille et les oiseaux font cui-cui).

Ce qui me désole, c'est qu'on traite les élèves comme des numéros. Nous faisons partie de maisons d'enseignement!! Nous sommes les bâtisseurs d'avenir de ces enfants... Ce ne sont pas de vulgaires pièces de métal sur une chaîne de production...!

Merci Prof Masqué de défendre notre cause, de prendre position sur le sujet et d'apporter des pistes de solution et des questions à soulever lors d'un rassemblement prochain.

bobbiwatson a dit…

L'attitude de madame Courchesne me déçoit. Je pensais que le sort des élèves en difficulté était important pour elle. J'aimerais bien comprendre pourquoi cette fois-ci elle s'en remet à la CS et au CE. Peur de faire de l'ingérence? N'est-elle pas la ministre du MELS? Mes impressions commencent à rejoindre celles d'un ami à moi : plus ça change plus c'est pareil, peu importe la bonne volonté de la personne qui est à la tête du minstère.

Zed Blog a dit…

Qui espère mieux.. De la gestion responsable, de la prévention, une vision à long terme?

Trop de livres de fictions. Sourire triste.

Le professeur masqué a dit…

Cath: Les élèves en difficulté, pas affectés?

Je veux être prudent dans ce que j'avance parce que je ne veux pas qu'on croit que je dénigre ce type d'élèves ou que je suis bourré de préjugés.

Ces élèves ont des besoins différents de certains autres. Ils peuvent apporter à la communauté, ils peuvent avoir une personnalité riche, mais ils ont des besoins spécifiques auxquels la forme d'intégration que propose votre CS ne pourra pas répondre, du moins, si on se bse sur la façon dont elle procède.

D'ailleurs, que propose concrètement votre CS comme mesures de soutien? Si elle coupe des profs qui sont à toutes fins pratiques spécialisés pour travailler avec cette clientèle, va-t-elle compenser avec l'ajout de spécialistes? Pas sûr...

Écoute, chez nous, on a une grande variété de clientèles. Plusieurs de ces élèves ne peuvent fonctionner en classe régulière tellement ils ont des difficultés d'apprentissage et des retards académiques. C'est tout simplement inconséquent de les parachuter dans un milieu qui n'est pas fait pour eux de façon aussi improvisée et sans véritable encadrement.

Un point cependant: je ne crois pas que ce type de classes soit toujours la bonne solution pour un élève. Si elles ne sont pas encadrées correctement par une direction vigilante, des spécialistes compétents et des profs allumés, elles peuvent facilement devenir des parkings, des garderies, des voies de garage.

Ces classes sont un moyen parmi d'autres pour aider les jeunes et on doit s'assurer du dynamisme de celles-ci. J'ai vu parfois des collègues responsables de tels groupes les prendre pour des débiles, leur metre des vidéos tous les jours... Ces jeunes ont besoin d'être stimulés, motivés, accompagnés. Et pas barouettés au gré des coupures de quelque administrateur soucieux d'équilibrer son budget de manière rapide.

Enfin, je ne pense pas que les parents réalisent l'ampleur des changements qui s'en viennent. Votre syndicat devrait tenter de les informer par le biais des médias locaux et régionaux. On parle aussi de changement d'école, de briser des liens d'amitié et de confiance, de nuire aux apprentissage de jeunes, de les priver peut-être de projets spéciaux dans lesquels ils étaient intégrés.

En passant, ce qui se passe chez vous pourrait arriver partout ailleurs au Québec. C'est le rêve de bien des gestionnaires de couper ces classes pour refiler les élèves aux profs du régulier. Le budget balance... Pourtant, n'est-ce pas la mission du réseau public d'assurer des services de qualité à tous les élèves?

Notre CS a failli nous faire le coup pour certaines clientèles de ce genre. Elle a battu en retraite devant le refus des parents. Puis, en douce, un directeur m'a parlé du COÛT d'une telle mesure en spécialistes et en accompagnement. Bizarre?

Votre CS a-t-elle fait tous ses devoirs quant à ce point? Votre lutte doit à la fois être politique et publique. N'hésitez pas à scruter les dépenses de votre CS, des commisssaires. C'est poche, mais tu ne peux pas proposer de telles coupures en invoquant un budget déficitaire et te payer un party de Noël sur le bras des contribuables, à mon avis.

Si elle va malgré tout de l'avant avec ce projet, préparez-vous à faire la guerre des demandes de services. Cas par cas. Élève par élève. De l'usure à la dure. Beaucoup de dossiers à gérer pour les directions d'école, on se comprend. C'est poche, hein? On a autre chose à faire dans notre boulot, hein?

Le plus triste, c'est que c'est encore une fois les gamins qui vont payer la note. Quelques profs vont s'épuiser, d'autres vont décrocher à l'interne. Mais le budget va être équilibré.

Ness: elle a dû manger des muffins... Sa position est politique et anti-pédagogique, à mon avis.

1- On ne peut procéder à de tels changements de façon aussi improvisée.
2- Les profs ne sont pas tous aptes à enseigner à ce type d'élèves.
3- Cette réorganisation des services n'a aucune valeur s'il n'y a pas de service... justement.

Désolé, mais on n'est pas tous des super-profs. Et on ne devrait pas avoir à l'être quand c'est irréaliste de la sorte.

Pour les spécialistes, avez-vous une preuve écrite de ce fait? Si oui, il faut l'envoyer aux médias qui verront l'usage qu'ils peuvent ou doivent en faire. De même pour le reste.

Votre syndicat doit monter un dossier sur la gestion de cette CS, ses choix politiques en matière de budget, montrer qu'elle n'a pas explorer toutes les pistes de solutions.

Chez nous, on a ce type de classe. Tous les parents paient une contributions volontaires pour les diners. Il n'y a pas de deuxième service de transport le soir et nous offrons pourtant une variété d'activités après la classe.

Votre CS a une attitude méprisante.

Enfin, en passant, certains programmes particuliers n'auront pas à intégrer ces élèves en difficulté d'apprentissage. Pensez-vous sérieusement que les programmes performants et sportifs, par exemple, vont accueillir de tels élèves? Ben non.

On va les envoyer au régulier. Sans service. Sans appui. Sans prof spécialisé. On va créer des ghettos. Comme d'habitude. Même pîre que d'habitude. Oui, ces gamins ont une richesse en eux. Oui, ils peuvent être intégrés à certaines conditions. Mais pas sans condition.

Je ne les dénigre pas. Il faut cependant des conditions particulières pour intégrer des élèves en difficulté dans des groupes réguliers. Sinon, ça ne s'appelle pas de l'intégration. Ça s'appelle de la gestion.

Bobbi: moi aussi, cette attitude me décourage.

Sylvain a dit…

«Faire un virage à 360° de la sorte manque de crédibilté pédagogique et sent l'improvisation budgétaire à plein nez.» : j'imagine que Prof Masqué voulait dire 180°, mais le lapsus est très intéressant, en ce sens que faire un tel virage (360°) signifie tourner en rond. Plus ça change, plus c'est pareil. Le cadre (les cadres ?) s'épaissit de plus en plus (dans tous les sens qu'on peut vouloir pour ce mot) et ne se trouve nullement concerné dans quelque coupure que ce soit... comme toujours !

Bref, comme disait Safwan en commentaire du billet précédent, money talks ! L'enfant, on s'en fout. La politique (ou politicaillerie) d'un conseil de commissaires prim sur tout.

À Bobby qui se dit déçu de la ministre : elle fait comme les autres, de la politique : des discours creux, sans substance, qui disent ce que les ÉLECTEURS veulent entendre, point. Aucun but sincère là-dedans.

Je sens ma déprime de janvier qui s'accentue d'un coup. Énormément. Désillusions.

Le professeur masqué a dit…

Sylvain: un lapsus révélateur... On n'avance pas en éducation. On refait toujours les mêmes choses sans apprendre de nos erreurs. C'est incroyable. Vivement mon traitement de photothérapie!