19 janvier 2008

La méchante corneille du Devoir (édité)

Il existe au Devoir un chroniqueur littéraire dont je n'apprécie pas particulièrement le travail. Il s'agit de Louis Cornellier. L'an dernier, il avait livré une critique si mal fondée d'un livre écrit par un membre de mon entourage que c'en était ridicule.
Pour moi, un critique a un certain devoir d'honnêteté, même s'il peut avoir des opinions. On peut ne pas aimer Céline Dion et tout de même reconnaître qu'elle sait donner un excellent spectacle.
Aussi, quand je lis la critique qu'il fait ce matin des ouvrages de Pennac, Meirieu et Finkielkraut, je me méfie. Au départ, ce monsieur a un net penchant envers tout ce qui est réforme pédagogique et une haine viscérale de ce qu'il apparente parfois à tort à du conservatisme.
Bien sûr, tout le monde a droit à son opinion, mais je m'en voudrais de ne pas rappeler en terminant les mots de Pierre Bourgault qui me disait un jour : «Tout le monde a droit à son opinion, mais certaines sont meilleures que d'autres parce que mieux fondées et mieux construites.»

10 commentaires:

Armand a dit…

Cher Prof Masqué,
Y a-t-il un "accès à la profession" de critique littéraire ou de cinéma au Canada?
Autrement dit, n'importe qui peut-il s'improviser "critique d'art"?
En Belgique, tout un chacun peut postuler pour une place de parlementaire mais pas pour un emploi de coiffeur pour laquelle il faut un diplôme reconnu.
Amitiés

Le professeur masqué a dit…

Armand: oui, monsieur! Vraiment n'importe qui! On peut être critique de cinéma et ne pas connaître l'expressionnisme allemand ou Métropolis...

Plotin a dit…

Heu... Permettez-moi de préciser un petit détail, ayant été un des premiers artisans du Plaisir des livres du Devoir. Non, n'importe qui ne peut pas devenir critique littéraire dans un grand quotidien (à la télévision, c'est autre chose). Avant d'être embauché, il faut prouver sa valeur. La Presse et Le Devoir ne publient pas n'importe quoi de n'importe qui, surtout pas dans leurs pages littéraires. Évidemment, les choix de l'équipe éditoriale peuvent être discutables. Et il n'y a pas de diplôme de critique littéraire qui garantirait quoi que ce soit. Dans aucun domaine, d'ailleurs. On le constate en voyant ce que des ingénieurs ou des architectes construisent, ou ce que des médecins, comptables, scientifiques, etc. font comme erreurs.
Quant à l'article de Louis Cornellier, je ne vois pas ce qu'on peut lui reprocher.
Bonne fin de journée.

Le professeur masqué a dit…

Plotin : pour ce qui est des médias écrits que vous nommez – et certains autres véritablement spécialisés dans la chose culturelle, vous avez raison et j’ai en partie exagéré: on peut y retrouver des critiques bien formés, mais pour le reste (c’est-à-dire la très grande majorité des médias), de sérieux doutes m’habitent.

Quant à la supposée critique de M. Cornellier, nos avis divergent. On n’est pas obligés d’être toujours d’accord avec tout le monde dans la vie, heureusement!

Le problème avec ce texte, c’est que les propos de M. Cornellier sont irrémédiablement teintés de ses convictions pédagogiques personnelles. Lorsqu’on lit sa chronique, on s’aperçoit que ce dernier divise grosso modo les pédagogues en deux groupes de façon quasi manichéenne : les méchants et les bons.

Regardons les termes qu’il associe à chacun d’entre eux pour s’en convaincre.

Pour désigner et caractériser les méchants, M. Cornellier utilise les expressions suivantes : conservateurs, réactionnaires, propos risquant de paraître hallucinants aux yeux de ceux qui se coltinent le geste pédagogique au quotidien (i.e. Cornellier lui-même ?), Finkielkraut semble croire qu'il s'agit de tabler sur l'autorité des grandes oeuvres et du savoir du maître pour que la transmission ait lieu (i.e remise en question par Cornellier de la thèse de l’auteur), Critique féroce de l'égalitarisme, abomine, anti-réformateurs, s’en prend, dénonce, Vilipendé par tous les conservateurs (attitude méchante des conservateurs), catastrophisme boudeur de Finkielkraut et consorts, simpliste à la transmission à l'ancienne…

Pour ce qui est des bons, on remarquera que le vocabulaire est tout autre : les nouvelles méthodes pédagogiques (pas si nouvelles en passant…), rappelle, préconise plutôt, ne rejette pas totalement, Vilipendé par tous les conservateurs (attitude complaisante à l'égard des bons), Défenseur acharné de la grande tradition pédagogique, réplique, des ouvrages à la fois rigoureux et lyriques qui opposent l'engagement et l'espoir, la très grande force du pédagogue Philippe Meirieu, «nouvelle» pédagogie, illustre brillamment, beau livre, cri du cœur, Appréciez une de ses conclusions, L'esprit pédagogique de Meirieu

Désolé Plotin, mais il y a là un biais pédagogique très net qui discrédite fortement ce texte et le travail de M. Cornellier quand vient le temps pour lui de critiquer des ouvrages reliés au monde éducatif.

À l’extrême limite, permettons à un autre chroniqueur, tout aussi pétri de convictions personnelles opposées, de donner son point de vue pour équilibrer les choses.

Qu’on se comprenne : ce serait mentir de dire que je suis un chaud partisan du Renouveau pédagogique. Cependant, je pense que les médias sont tenus de respecter certains principes éditoriaux. Ici, M. Cornellier est, en quelque sorte, en conflits d’intérêts entre son travail de rédacteur et d’enseignant. Le cas n’est pas unique dans les médias québécois, mais il n’en demeure pas moins excusable pour autant.

David D'Arrisso a dit…

Professeur Masqué,

Je peux comprendre que vous ne partagiez pas les idées et opinions d'une personne, notamment lorsque celles-ci vont à l’encontre des vôtres et qu'elles ont l'avantage d'être publiées régulièrement dans une tribune médiatique. Toutefois, j'aurais espéré de votre part autre chose que cette vicieuse attaque ad hominem (i.e. " Mon ami auteur, à la suite de la publication de son livre, a reçu plusieurs témoignages d'anciens élèves et de collègues du critique du Devoir. Il paraît que les cordonniers sont mal chaussés, le saviez-vous?") pour critiquer le travail de Cornellier. Je suis d’autant plus surpris qu’hier à peine, vous critiquiez vertement les médias pour avoir colporté bien maladroitement des rumeurs douteuses à l’égard d’une enseignante. Au moins les journalistes ont l’avantage de ne pas le faire anonymement!

Par chance, vous tentez de faire amende honorable dans votre dernier commentaire où vous expliquez plus amplement les fondements de votre propos en réponse au commentaire de Plotin.

Bref attaquez-vous donc davantage aux idées de Cornellier plutôt qu'à sa personne. Ainsi, j'aurais aimé que vous nous expliquiez en quoi sa critique de l’ouvrage de votre « ami » était si "injuste". Sans quoi vous frôlez la diffamation et, ce faisant, vous êtes bien loin de faire la preuve que votre opinion est de celles qui sont meilleures « parce que mieux fondées et mieux construites.»

"À l’extrême limite, permettons à un autre chroniqueur, tout aussi pétri de convictions personnelles opposées, de donner son point de vue pour équilibrer les choses."

Est-ce vraiment nécessaire d'"équilibrer les choses" sachant que Cornellier est déjà très seul dans la sphère médiatique à défendre ces idées, même à l'intérieur de son journal. En fait, de manière générale, le rouleau compresseur médiatique n'est-il pas beaucoup plus prompt, du moins ces temps-ci, à défendre une position, disons, plus "traditionaliste" à l'égard de la chose éducative?

Le professeur masqué a dit…

M. D'Arrisso,

Ici, au départ, on ne parle pas des idées et des opinions d'une personne en soi, mais du travail d'un critique. Tout est dans la définition de ce que l'on considère être la définition de ce travail.

Or, dans le cas de la chose éducative, le jugement que porte M. Cornellier sur différents essais est teinté de ses opinions personnelles quant à l'enseignement. Les termes, les expressions qu'il utilise pour caractériser certains auteurs sont assez révélateurs comme je l'ai expliqué précpdemment et c'est pour cette raison que j'estime sa critique injuste.

Pour ce qui est de mon commentaire sur les cordonniers, je crois en effet juste de le retirer de ce billet, ce que je ferai, puisqu'il est de nature personnelle.

En terminant, vous estimez que «Cornellier est déjà très seul dans la sphère médiatique à défendre ces idées, même à l'intérieur de son journal.» Cette affrimation demande à être prouvée, surtout en ce qui a trait au journal Le Devoir.

Le professeur masqué a dit…

M. D'Arrisso,

Je vais reformuler la dernière phrase de mon commentaire précédent afin de mieux vous faire comprendre que j'espérais la poursuite de notre échange.

«Cornellier est déjà très seul dans la sphère médiatique à défendre ces idées, même à l'intérieur de son journal.» Ah oui? Prouvez-moi donc ça? Le Devoir, quant à moi, semble plutôt très réforme.

Pour le reste, que vous défendiez M. Cornellier, c'est votre choix.

Que j'estime que M. Cornellier se livre parfois à des critiques injustes et teintées de ses convictions personnelles, c'est mon opinion. En passant, vous ne m'avez fourni aucun argument m'incitant à changer d'idée. À cet égard, la démonstration que j'ai effectuée dans mon commentaire à M. Plotin me semble assez éloquente.

Que nous restions sur nos positions, c'est notre choix.

Quant au livre «injustement» critiqué par M. Cornellier, Le Devoir a fait paraître une réplique à sa critique à la demande de l'ami pour rétablir certains points mal compris par le chroniqueur dont nous parlons.

Enfin, quant à mon anonymat, il m'embête souvent, surtout quand on me l'envoie sur la gueule comme vous le faites. J'assume généralement mes pensées, mes paroles et mes écrits. Si je ne signe pas mes textes ici, c'est parce que cet anonymat évite, non pas de m'identifier, mais d'identifier de mes élèves dont je parle souvent. J'espère que vous saurez comprendre la prudence relié à ce geste.

David D'Arrisso a dit…

Professeur Masqué,

Je suis désolé pour ce retard dans ma réponse mais voilà...

Il me semble que la position éditoriale du journal Le Devoir à l'égard de la réforme soit plutôt nuancée. En effet, à travers les écrits de Marie-Andrée Chouinard, le journal n'a pas hésité à critiquer la réforme. Cela a été notamment le cas, récemment, à l'égard de l'enseignement du français et des bulletins. Toutefois, je ne crois pas que l'opinion général du journal soit de "stopper la réforme", pour paraphraser un certain regroupement, mais plutôt d'ajuster le tir...

Par ailleurs, pour ce qui est des chroniqueurs, j'ai l'impression que beaucoup sont plutôt, voire viscéralement, opposés à la réforme. Ainsi, Christian Rioux, Gil Courtemanche et Denise Bombardier sont tous allés de virulentes charges contre la réforme au cours de la dernière année. Or, l'opinion de ces derniers a parfois plus de poids dans l'opinion publique que la position éditoriale.

À cela s'ajoute la position éditoriale de La Presse qui a, au cours de la dernière année, maintes fois fait entendre son opposition à la réforme ou, du moins, à plusieurs aspects de la réforme. Il en est de même pour plusieurs chroniqueurs de ce journal qui, en plus de ne rater aucune chance de tomber à bras raccourcis sur la réforme, semblent prendre un malin plaisir à dépeindre les enseignants comme des débiles légers.

Le Journal de Montréal n'a pas de position éditoriale officielle mais ses 'enquêtes' sensationnalistes et les écrits(d'humeur ou idéologiques) de ses chroniqueurs n'ont pas tout à fait eu pour effet de mousser des idées très "pro-réforme" au cours des dernières années.

Ajoutez à cela tous les "francs-tireurs" et "jappeux" de la boîte à image et de la radio , et vous conviendrez, comme moi, que Cornellier est plutôt seul de sa "gang" dans la sphère médiatique à défendre ses idées...

Un critique doit-il taire ses croyances personnelles pour faire un bon travail? Je ne crois pas, non. Il a le devoir, toutefois, d'être le plus transparent possible à cet égard. Je crois qu'à ce point de vue, M. Cornellier est irréprochable puisqu'il a l'habitude de rappeler à ses lecteurs ses biais personnels. Ainsi, il est ouvertement catholique, de gauche, et, oui, il a un penchant pour plusieurs des idées pédagogiques sous-jacentes à la réforme.

En ce qui concerne votre anonymat, je comprends qu'il puisse servir à protéger certaines personnes, dont vos élèves et vous-même. Toutefois, il y a ici double standard: vos attaques, elles, visent parfois, voire souvent, des personnes qui ne sont pas protégées par votre politique de l'anonymat. Certes, ce sont, la plupart du temps, des personnes "publiques". Mais ne l'êtes vous pas autant maintenant que vous bloguez? Ne soyez donc pas surpris qu'il arrive parfois qu'on vous le "renvoie sur la gueule", comme vous le dites si bien. Pour terminer, je vous conseille fortement d'aller faire un tour chez Mario Asselin qui vient récemment de changer la politique éditoriale de son blogue à cet égard. Il y a là matière à réflexion/débat pour la blogosphère éducative québécoise (et au-delà).

Le professeur masqué a dit…

M. D'Arrisso,

Au niveau des journalistes, quant à moi, Le Devoir a eu un net penchant pro-réforme au début de celle-ci. Je me rappelle qu'on a couvert les réussites de la réforme alors que la contestation grognait un peu partout... On couvre maintenant certains de ses échecs. Oui, le Devoir a nuancé son discours mais seulement depuis quelques semaines.

Côté chroniqueur de l'actualité, Rioux, Courtemanche et Bombardier font le contrepoids à certains éditorialistes. Et il ne faut pas négliger le courrier du lecteur, là ou le Devoir a souvent publié des lettres pro-réformes.

Cornellier n'est pas si seul et n'est pas non plus un martyr, pour ma part. Là ou le bât blesse, c'est que je ne crois pas qu'on laisserait Claude Gingras couvrir Céline Dion, sauf pour faire un papier amusant. Oui, il connaît la musique, mais Céline, ce n'est pas SA musique. Demander à Cornellier de chroniquer un ouvrage traitant de pédagogie, c'est inévitablement lui donner l'occasion de faire part de son point de vue limité à ses conviction personnelles. Or, il ne fait pas dans la chronique d'humeur.

Quant on lit au fond que le seul mérite d'un ouvrage pédagogique est de donner la parole à ses opposants, je ne sais pas, mais ça me fait sourire...

Quant au fait que certains autres médias ont un penchant net anti-réforme, je pense qu'ils sont le reflet de l'opinion de bien des enseignants et des gens. Ils viennent rééquilibrer un discours minsitériel qui a longtemps versé dans le jovialisme.

À cet égard, il y a très peu d'autocritique chez les partisans de la réforme. Est-ce par stratégie ou aveuglement? Quoi qu'il en soit, elle dessert beaucoup cette cause.

DAvid D'Arrisso a dit…

Oui, des commentaires et lettres ouvertes de gens qui sont pro-réforme (Inchauspé, par exemple) ont été publiés dans Le Devoir, tout comme des opinions de lecteurs nettement anti-réforme (voir, notamment, les textes de Nestor Turcotte, de Saint-Germain et une pléthore d'autres...). Le portrait est encore ici très nuancé, et c'est ce qui fait du Devoir un véritable journal de débats.

Ainsi, selon vous Cornellier ne ferait part que d'un seul "point de vue limité à ses convictions personnelles", alors que, bien entendu, Rioux, Courtemanche et Bombardier, eux, ne font que le "contrepoids à certains éditorialistes"; que les autres médias qui ont un penchant net anti-réforme ne sont que "le reflet de l'opinion de bien des enseignants et des gens" et qu'ils viennent simplement "rééquilibrer" un discours jovialiste du Ministère. Vous le voyez, ici, le double standard? Les critiques de la réforme, eux, sont-ils auto-critiques? La polarisation du débat, malheureusement s'est faite au détriment de l'auto-critique (du moins publique!) et, cela, dans les deux camps...