15 février 2011

Décrochage scolaire: «Iowaïenne, je voudrais être iowaïenne...»

Cette semaine est celle de la persévérance scolaire. On a donc droit à une série d'annonces, d'événements, de reportages. Tout comme avec les causes désespérées, il est maintenant «in» de porter sa petite épinglette comémorative. Elle est verte, comme la couleur de l'espoir. On en aura bien besoin, à défaut d'avoir du courage politique.

N'espérez donc pas trop: la semaine prochaine sera celle d'une autre cause et on tournera la page assez rapidement. Quoi qu'il en soit, au cours des prochains billets, je jetterais un coup d'oeil masqué à ce que nous avons appris cette semaine.

L'Iowa, terre d'excellence

Le JdeM nous a livré une série de reportages sur l'état de l'Iowa dont les résultats en matière de décrochage scolaire chez les garçons semblent fort intéressants. Plusieurs éléments expliqueraient ce succès:
- l'apport des nouvelles technologies;
- la présence d'équipes sportives dans les écoles;
- une plus grande disponibilité des enseignants via Internet;
- des horaires flexibles pour les élèves;
- la possibilité pour les parents de mieux suivre les résultats et les absences de leurs enfants;
- une législation plus contraignante concernant les parents dont les enfants s'absentent de l'école.

Comme je l'ai indiqué dans un commentaire précédent avec le journaliste auteur de ces textes, Sébastien Ménard, j'ai beaucoup de difficulté avec les comparaisons avec des modèles étrangers. On cherche souvent à appliquer ici ce qui se fait ailleurs sans véritablement comprendre ce dont il s'agit et sans vérifier si les conditions sont réunies pour que cela fonctionne chez nous. De plus, ces comparaisons sont souvent incomplètes et entremêlent décrochage, persévérance et performance.

Des questions

Ainsi, concernant l'Iowa, des questions demeurent:
- Existe-t-il des commissions scolaires en Iowa ou chaque école jouit-elle d'une autonomie certaine?
- Quel est le degré de redevabilité des autorités scolaires? Sont-elle élues ou nommées?
- Quelle somme par élève l'Iowa consacre-t-il à l'éducation? Quelle part de cette somme concrètement se retrouve dans les classes et quelle part se retrouve dans l'administration?
- Combien retrouve-t-on d'élèves par fonctionnaire en éducation en Iowa?
- Comment se compare le salaire des enseignants de cet état à celui de leurs confrères québécois? Si celui-ci est moins élevé, cela suffit-il à expliquer qu'il semble y avoir plus d'argent dans les écoles?
- Qui équipe les enseignants en matériel informatique? Qui paie leur connexion Internet le soir et les fins de semaine?
- Lorsqu'on parle d'horaire flexible, ces derniers sont offerts aux élèves de quel âge exactement?

Le Québec, terre de désolation

Par ailleurs, il est actuellement impensable de songer à implanter certaines mesures iowaïennes au Québec parce qu'il n'y aurait pas d'argent pour les soutenir. En fait, avec un budget de 15 milliards, on manquerait de fric pour les mettre en place. C'est d'ailleurs à se demander où on le dépense, ce foutu fric. Voilà une question qui mériterait une réponse claire et étayée.

Premier exemple de mesure impossible: intéresser les jeunes à l'école par le biais de l'informatique. On le sait, les écoles québécoises sont sous-équipées en la matière. Les ordinateurs dans les classes, quand il y en a, sont désuets ou même pas connectés à Internet! En fait, généralement, ce sont nos gestionnaires et décideurs qui sont correctement équipés. Ils ont portables, Blackberry et j'en passe.

Deuxième exemple de mesure impossible: permettre aux parents d'avoir un meilleur suivi de leur enfant grâce à Internet. Nos écoles étant sous-équipées en informatique, on retrouve trop d'enseignants par ordinateur. De plus, je ne crois pas que les sévices informatiques des CS soient capables de livrer la marchandise en ce domaine.

Paroles, des paroles, des paroles...

En entrevue à 98,5 FM, la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a indiqué être intéressée aux mesures qui ont trait aux ordinateurs et au sport: «La présence des nouvelles technologies [...], je pense que c'est porteur. Ça ne se peut pas que la classe qu'on a en 2011 soit pareille à celle qu'on avait en 1911, avec le tableau vert et la craie.» Par contre, la ministre ne croit pas à l'emploi de mesures coercitives avec les parents d'enfants «absentéistes». Reste à ce qu'elle trouve l'argent pour accorder sa vision de l'école de 2011 avec celle de nos classes actuelles. Mais jamais elle n'aura l'audace de prendre les moyens d'y parvenir. Tout comme ses prédécesseurs, elle n'osera pas questionner les dépenses québécoise en éducation.

Soulignons au passage les réactions de l'ineffable présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Josée Bouchard, qui se contredit dans la même entrevue. À propos des sports et des technologies informatiques, elle déclare: «C'est ça qui accroche les garçons. Je pense qu'on a compris ça, ici aussi.» Affirmation catégorique: voilà LA solution, LA recette pour les gars, qui sont tous pareils, on le sait.

Mais, un peu plus tard, à propos des mesures légales dissuasives, elle explique: «S'il existait vraiment des recettes, on n'est pas plus niaiseux qu'ailleurs. On appliquerait la même recette partout.» Je m'interroge donc: Mme Bouchard est-elle en faveur des recettes-miracles ou plutôt à une forme de décentralisation et d'autonomie? Son discours manque de cohérence ou de clarté. Elle gagnerait être plus précise.

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Sur un tout autre sujet (pas si éloigné cependant): êtes-vous au courant que la FAE demande le report de l'implantation du nouveau bulletin. La FAE considère que le bulletin n'est qu'une transformation cosmétique de la réforme . Voir le lien ci-dessous:
http://www.lafae.qc.ca/Default.aspx?page=4&NewsId=171&lang=fr-CA
Merci,
Un anonyme qui a toujours eu la même impression que la FAE face à ce bulletin : cela sent encore la réforme à «plein nez»...

Le professeur masqué a dit…

Anonyme: sur ma liste d'épicerie. Chez nous, on ne nous transmet pas encore l'info.... mais de ce que j'ai vu, c'est pas mal la réalité.

Il parait qu'on a reporté le bulletin pour nous laisser le temps de nous familiariser avec celui-ci. On est rendu en février...

Jonathan Livingston a dit…

Hier, on a vu justement à Radio-Canne le petit miracle des robots d'une école qui avait des taux de décrochage de 85%, qui n'en a plus que 69%. On gomme que plus de la moitié décroche toujours et combien coûte l'équipement et la ressource pour organiser ces parascos super intéressants. Quand on décidera de mettre le fric partout pour que nos écoles roulent bien, on verra peut-être des changements. 15 milliards, vraiment? avec ou sans les loisirs et les sports? combien au post-secondaire?

Quand j'ai évalué d'après les traces des budgets laissées sur le Net, le budget en éducation n'a pas suivi l'inflation depuis 1990.

En attendant, au Québec, d'année en année, on a parqué tous le monde dans des classes normales, qui fait que les EHDAA ralentissent le train, sans services suffisants, on a laissé migrer vers le privé qui coûte moins cher à l'État, et on met du fric dans des pilotes pour faire des expériences qui marchent et les montrer à la télé.

On met le fric aussi dans les conseillers TICE qui se forment, qui nous forment et on est toujours pogné pour jongler avec des salles d'informatique qui ne sont pas toujours disponibles... Cette approche de différenciation budgétaire coûte moins cher...

Mais bon, on est bon dans les gouvernements pour la poudre-au-yeux et les écrans de fumée.

Madame Croque-Cerise a dit…

Pour accrocher les garçons, je pense que nous devrions sélectionner les futures candidates enseignantes selon leur apparence physique. Voilà la solution...même pas obligé qu'elles soient intelligentes, de toute façon, avec la cote R demandée pour entrer en éducation, ce n'est déjà pas un critère de sélection.

Heu, c'est pas un peu gênant, cher Prof masqué, de citer un article du JDM? en ce moment? Bon, vous avez sans doute d'excellentes raisons mais disons que cela m'agace un brin. Vous êtes étonné que des questions demeurent après la lecture de cet "article"? vraiment? Pourtant écrire des trucs sans fondements et visant à faire parler la galerie, c'est tout de même le propre de ce journal.

alexrobi a dit…

Aucun rapport:
Comment est-ce que je retrace un de vos anciens billets qui traitent des tests Pisa ? C'est pour aider une collègue dans un travail universitaire? Pouvez-vous me donner dates des billets? Merci

Le professeur masqué a dit…

Un truc: Google. Pisa professeur masqué. Bonne lecture!

alexrobi a dit…

Merci pour le truc. Je lui transmets.

Philippe Y. a dit…

Capsule historique :

L'Iowa est la transcription (postérieure) anglaise de la forme française Ayouais.

http://bqc.wikispaces.com/The+Ioway+Indians

L'adjectif est donc ayouaise ;-)

Le professeur masqué a dit…

Philippe: je rigole un grand coup. Merci de cette précision. Vous avez peut-être compris que je voulais faire référence à la célèbre chanson des Trois Accords.