21 mars 2007

Les incompétents transversaux

Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) l'a décrété. Donc, ça doit être vrai: les compétences transversales (à une exception près) sont pertinentes et doivent demeurer! Écrit comme cela, on dirait un Concile qui aurait précisé des points de théologie. Et la comparaison n'est pas si boiteuse quand on y pense.

«Le Conseil supérieur de l'éducation conclut à la pertinence et à l'applicabilité des domaines généraux de formation et des compétences transversales malgré les difficultés qu'il constate au regard de leur prise en compte dans la pratique enseignante. Le Conseil considère comme essentiel de soutenir davantage les enseignantes et les enseignants afin qu'ils puissent véritablement intégrer, dans leur pratique, ces deux composantes du Programme de formation de l'école québécoise et que, à terme, les objectifs visés à cet égard soient atteints», peut-on lire sur le site du CSE.

Au fait, qui a consulté le CSE pour arriver à un tel avis? Des profs, des directions d'école, des conseillers pédagogiques. Le hic, c'est davantage de savoir qui sont ces gens et quelles sont leurs convictions pédagogiques. Dans le dossier de la réforme, ce n'est pas la première fois que le CSE et le MELS consultent des convertis au Renouveau qui nous indiquent que ce dernier fonctionne merveilleusement bien. Les mécréants, eux, sont relégués aux oubliettes de la consultation.

En effet, il faut avoir la foi pour faire partie de ces comités bidons, croyez-moi. J'ai participé à une ou deux reprises à ces exercices de «disons ce que le MESL veut entendre». J'en suis ressorti profondément dégoûté et on s'est bien assuré de ne plus jamais me réinviter. Au ministère, parce qu'on a peur, on déteste la chicane et les idées différentes. Ce sera sûrement l'objet d'un autre billet un jour.

Si l'on revient à cet avis du CSE, le plus incroyable, c'est que sept années après le début de la réforme, il ait écrit que les enseignants ont besoin d'accompagnement et qu'il faudra leur donner des guides pour mieux évaluer ces compétences. Plusieurs pensées se bousculent alors dans ma tête:

  • il a fallu sept années pour qu'on s'aperçoive de telles lacunes;
  • on donne suggère que les enseignants sont des débiles qui ne comprennent rien de la réforme;
  • et surtout, on donne l'impression que la réforme n'est pas le véritable problème; ce sont plutôt les enseignants.

Décidément, les ayatollas pédagogiques en mènent large au Québec et n'hésitent pas à ramasser subtilement les profs qui sont tous des incompétents transversaux!

Pour en savoir plus:
http://www2.canoe.com/infos/quebeccanada/archives/2007/03/20070321-112911.html
http://www.cyberpresse.ca/article/20070321/CPACTUALITES/703210646/1028
http://www.cse.gouv.qc.ca/FR/Bulletin/index.html#2007-03-20CTDGF

3 commentaires:

Lynne CW a dit…

Hé Prof masqué! Je suis un peu motivée et je viens de lire le blogue du prof maudit au complet, et j'en fait de même pour le tien! Ça m'aide à comprendre ce qui tourne pas rond en éducation et pourquoi une future enseignante de McGill m'a dit: "If ever you have kids, DON'T SEND THEM TO A PUBLIC SCHOOL."

J'ai juste remarqué que vous aviez fait une coquille au deuxième point de votre liste... << on donne suggère >>. Au plaisir!

Le professeur masqué a dit…

Madame Lynne, j'ai publié malgré tout vos commentaires, mais sans méchanceté de ma part et sans en sentir de la vôtre.

Il m'arrive parfois-souvent-trop souvent à mon goût de faire des coquilles. Toutefois, je ne suis pas parfait et je m'assume.

Il faut être drôlement motivée pour lire au complet le blogue du Prof maudit (dont je m'ennuie) et le mien!

Effectivement, le système public souffre de graves lacunes. Sauf que le privé tire généralement sa force de la sélection des élèves qu'il effectue. Et ce ne sont pas toutes les établisssments privés qui choisissent leurs élèves. En région, par exemple, le «marché» est trop petit pour une telle pratique. Ce sont généralement quelques écoles montréalaises qui font l'orgueil de ce réseau scolaire.

Il existe des écoles publiques, généralement elles offrent des programmes particuliers et elles trient leurs élèves elles aussi, qui font bonne figure dans les classements.

Mais les critères de choix d'une école varient d'un parent à l'autre selon leurs besoins et les besoins de leur enfant.

Une bonne visite sur les lieux est souvent très «parlante».

Le professeur masqué a dit…

Enfin, il faut se souvenir que la pédagogie par compétence sévit aussi dans les écoles privées.