29 février 2008

Éducation des enfants: faisons des liens

Beaucoup de nouvelles qui semblent disparates et qui sont pourtant reliées à un thème commun: l'éducation des enfants au Québec. Allons-y tout de go.



Tout d'abord, il y a tout plusieurs manchettes entourant les centres de la petite enfance CPE. On se rappellera que ceux-ci ont été créés dans la foulée des États généraux sur l'éducation afin de s'assurer que les jeunes enfants québécois reçoivent une certaine éducation préscolaire afin de maximiser leurs chances de réussite à l'école et dans la société.


Or, si l'accès à ce service est assez compliqué en raison d'un manque de places, voilà qu'on restreint encore plus la possibilité aux familles pauvres ou des classes moyennes en instaurant des frais connexes. Ainsi, au début de la semaine, un juge a autorisé les garderies à exiger plus que les 7$ prévus par la loi. Aujourd'hui, le Centre de la petite enfance Funville, situé dans Verdun, demande à la cour de légaliser ses frais de membership annuels de 50 $, obligatoires pour tous les parents. On laissera les magistrats débattre de cette question sur le fond, mais force est de constater qu'on est rendu loin des garderies à 5$.


En même temps, on constate que la plupart des centres de la petite enfance de Québec et de Chaudière-Appalaches inspectés en 2006-2007 ont contrevenu à divers règlements relatifs à la sécurité et à l'hygiène. Un établissement était tellement poussiéreux qu'il présentait un risque pour la santé des enfants.


Enfin, une étude (ici, ici, ici et ici) effectuée par la Direction de santé publique de Montréal (DSP) et intitulée En route pour l'école! démontrait que plus du tiers des enfants de cinq ans de l'île de Montréal n'avaient pas le degré de préparation nécessaire pour commencer l'école. Pour être dans ce cas, l'enfant devait éprouver des difficultés dans au moins un des cinq critères suivants:
  • santé physique et bien-être;
  • compétence sociale;
  • maturité affective;
  • développement cognitif et langagier;
  • habiletés de communication et connaissances générales.
Si l'on compare les résultats montréalais à ceux d'études similaires au Canada, cette ville est néanmoins au-dessus de la moyenne canadienne. Règle générale, les quartiers défavorisés s'en tirent moins bien que les voisins plus aisés. Qu'on pense à Mercier-Est/Anjou, Saint-Laurent, Montréal-Nord, Parc-Extension et Hochelaga-Maisonneuve.


Résultat surprenant également: des quartiers ou les conditions socioéconomiques sont favorables s'en tirent parfois moins bien que d'autres moins nantis. C'est le cas du territoire du CLSC Saint-Laurent comparé à celui du quartier Saint-Michel, dont on connaît les difficultés reliées au phénomène de la pauvreté. On explique ce phénomène par l'engagement des divers intervenants dans ce domaine comme le démontre ce texte: «On sait que dans ce quartier, depuis plusieurs années, il y a une concertation locale organisée et très efficace. Plus une collectivité locale se prend en charge, meilleurs sont les résultats», explique le Dr Lessard, directeur de la Santé publique de Montréal.


C'est généralement en lecture, en écriture et en mathématiques que les petits Montréalais présentent les lacunes les plus évidentes. Et ces dernières peuvent avoir des conséquences importantes pour le futur scolaire de ces jeunes.


«Quand l'enfant vulnérable arrive en première année, il apprend moins bien que les autres, il ressent les difficultés, il a de la misère à communiquer avec les autres, affirme le directeur de la Santé publique de Montréal, le Dr Richard Lessard. Les études autres que la nôtre qui ont suivi ces enfants-là démontrent qu'ils sont condamnés à l'échec scolaire et, éventuellement, au décrochage.»


«L'intervention de zéro à cinq ans est capitale. Quand l'enfant est vulnérable dans un domaine, comme la lecture, il y a une contamination rapide dans les autres domaines», déclare Nathalie Goulet, chercheuse à la Direction de la santé publique.


Parmi les moyens pour corriger cette situation, les chercheurs soulignent le rôle primordial des garderies subventionnées et les pré-maternelles.


Or, seulement 16 des 60 écoles très défavorisées de l'île de Montréal offrent le service de la pré-maternelle.«Depuis 2000, l'implantation des maternelles 4 ans est bloqué dans les milieux défavorisés», souligne Nathalie Morel, présidente de l'Alliance des professeurs de Montréal.


Quant aux CPE, on ne retrouve qu'une place pour deux enfants à Montréal. Et ce sont dans les milieux défavorisés que ces places font le plus défaut. «Les familles à faible revenu, celles pour qui la fréquentation est particulièrement bénéfique, ont-elles un accès équitable à ces places?», questionne le rapport de la Direction de la santé publique de Montréal. Et devinez dans quel secteur de Montréal le nombre de places disponibles est le plus bas? Que ceux qui ont répondu Verdun (Oui, oui, Funville est justement située dans ce quartier!) se donnent un morceau de robot!


Enfin, je m'en voudrais de ne pas terminer en soulignant ces informations tirées de ce texte d'Isabelle Hachey:
  • Selon une enquête réalisée en 2006, la grande majorité des familles utilisatrices des services de garde à 7$ sont biparentales, et près de la moitié ont un revenu familial de 60 000$ et plus.
  • À peine le quart des 45 000 enfants issus de familles prestataires de l'assistance-emploi sont accueillis dans les services de garde du Québec.
  • «Dans une famille où les parents travaillent, la mère appelle aussitôt qu'elle tombe enceinte pour inscrire son futur enfant sur les listes d'attente, explique Gina Gasparrini, présidente du Regroupement des CPE de l'île de Montréal. Les familles vulnérables ou en crise sont moins organisées. Elles ne penseront pas tout de suite à inscrire leur enfant sur les listes. Donc, leurs chances d'avoir une place sont moindres.»

12 commentaires:

Safwan a dit…

J'ai vu le reportage de Radio-Can traitant de l'étude révélant que près de 20% des enfants de certains quartiers de Montréal ne sont pas prêts à entrer en maternelle. J'en ai été très touchée. Ces pauvres petits partent avec beaucoup de retard sur les autres enfants et ça les hypothèque pour une vie. Désolant comme constat.

Jonathanlivingston a dit…

Évidemment, on ne fait plus doubler les jeunes en maternelle, j'imagine. On ne fait plus de classe spéciale. On ne mesure pas encore le fait de séparer des enfants en bas âge d'un parent constant sur le plan affectif...

On fait apprendre à compter jusqu'à 100 en maternelle, quand j'étais jeune, je me souviens encore que c'était l'objectif en première, il me semble. J'ai lu que certaine maternelle faisait apprendre à lire.

On apprend encore la méthode globale en lecture qui est de l'ordre de l'association à des mots visuellement retenus et associés au sens et au son. Sans soutien parental, ce n'est pas facile pour certains jeunes. On met la barre très haute de nos jours...

En plus, on fait fi des différences normales constatés entre les enfants au niveau du développement. Est-ce les enfants qui ne sont pas prêts ou l'école qui a la barre haute?

Autre observation, être en garderie ne garantit pas qu'on est stimulé selon son rythme. Là encore, on prépare des activités pour un groupe. L'attention d'un parent à la maison peut être tout aussi stimulant.

Quand on fait parler des chiffres prédicteurs de décrochage, je me méfie. Et enfin, bon nombre de décrocheur ont des raisons évidentes de décrocher, l'école les fait attendre trop longtemps avant de les mettre devant des activités signifiantes. Un jeune homme qui ne s'intéresse pas à l'activité intellectuel profiterait qu'on le place dans l'apprentissage d'un métier...

Mais bon...

Quand on retrouve des jeunes en sec. 1 qui ont des lacunes encore majeures (affective, en lecture, en écriture), je me pose aussi bien des questions... Quand je regarde les exigences du programme qui demande et exige à un niveau cognitif bien au delà de ce que la moyenne de mes jeunes est capable de donner, je m'interroge aussi.

Quand on pense que ces enfants ont passé 10 heures par jour dans des écoles et des garderies, je ne sais pas il me semble qu'il y a pas mal de questions à se poser.

Nos enfants sont mous, souvent carencés, peu capable de se concentrer, quand ce n'est pas confus, trop souvent sans structure et la réforme est une réponse? La démonstration que les enfants sont incapables de construire eux-mêmes leur connaissance pour l'immense majorité d'entre eux est faite par la réalité.

Quand on sortira les simplifications du genre qu'un enfant qui a un retard est un enfant foutu, on commencera peut-être à travailler dans le bon sens. Les difficultés de certains sont tout à fait surmontables. Si on leur donne des conditions favorables. Tant qu'on garde nos ratios inchangés qui fait que l'enseignant-parent ou éducateur- parent en a trop à gérer, on ne va pas aider nos jeunes en difficulté ou à rythme plus lent de développement. Enfin, montrer tôt à faire des effeorts créent une dynamique favorable aux apprentissages. Un éducateur qui n'a pas le droit de trop contrer les fuites d'un enfant paresseux (qui n'est qu'un enfant normal en fait qui évite ce qui demande un effort sans comprendre ce que ça lui apporte) est en quelques sortes menottés.

Laissons nos enfants être des rois. Mais ne nous étonnons pas de trouver des connards à la tonne en bout de ligne!

Blogue_leponge a dit…

C'est fou comme ça me rappelle le fameux système à deux vitesses dont on parle en santé, mais à l'envers!

Ce sont les parents bien nantis, et donc capable d'offrir à leurs enfants une place en garderie privée qui profitent de l'accès aux CPE et autres garderies à 7$, et qui vont aussi être en mesure de payer les frais supplémentaires relatifs à certaines actitivés (qui pourraient de toute façon être retrouvées en garderie privée!)

Est-ce que c'est moi, où est-ce qu'il y a un sérieux problème de bon sens au Québec?

Une Peste! a dit…

Une question qui me turlupine. Concernant la pénurie de places en garderie: Puisque les parents inscrivent leur petit sur les listes d'attente d'au moins deux garderies - sinon davantage, est-ce que cela ne biaise pas les chiffres quant à la demande réelle?

M'semble.

Le professeur masqué a dit…

Safwan: Désolant. Quand on aprle d'égalité des chances, il me semble qu'on commence tôt à ne pas donner le support nécessaire.

Jonathan: vous avancez plusieurs idées sur lesquelles j'aimerais poursuivre la réflexion ou commenter.

certains jeunes partent désavantagés, c'est évident. Est-ce qu'on met tout en oeuvre pour les soutenir? Je ne le crois pas.

Il est vraie que la garderie n'est pas garante d'un développement et certains parents font un excellent travail à la maison. Cependant, on assiste souvent à des retards académiques reliés à un manque de stimulation ou même d'alimentation.

Quant au fait que certains jeunes se retrouvent en première secondaire avec des déficits importants, notre système scolaire ne vise pas à aider les jeunes en difficulté, mais bien à éviter qu'il en existe en cachant même leur existence. L'affirmation est grosse, mais pas trop éloigné de la réalité.

Blogue l'éponge: je partage votre observation ironique mais juste.

Peste: si j'ai bonne mémoire, on a recoupé les listes des garderie de la région montréalaise pour éviter des dédoublements de la sorte.

La Mère à Boire a dit…

"Est-ce les enfants qui ne sont pas prêts ou l'école qui a la barre haute?"

Je ne peux absolument pas croire que ce soit l'école qui mette la barre haute!

Que les enfants apprennent à compter jusqu'à 100 en maternelle au lieu d'en première année, et qu'ils apprennent l'alphabet en maternelle au lieu d'en première année, l'école se "rattrape" en mettant la barre très très basse durant tout le reste du primaire...

Pour ce qui est de la garderie, j'ai une amie qui a manifesté contre l'augmentation à 7$ par jour, alors qu'elle et son mari n'ont aucun problème d'argent, au contraire (lui ingénieur, et elle en pub... un voyage en Europe par année, un triplex qui se paie tout seul avec les loyers perçus, les enfants dans des écoles privées, etc.).

Le professeur masqué a dit…

Salut la mère à boire. J'espère que le père manant va bien. Ton amie va chiâler: le gouvernement libéral veut augmenter les garderies à 8 dollars.

Jonathan Livingston a dit…

Mère à boire: je suis d'accord avec vous sur votre commentaire. La barre haute, je la trouve dans le réflexe de vouloir mettre un enfant dans des situations complexes rapidement. ON veut qu'un enfant soit capable de lire en fin de première année en utilisant la méthode globale et en pressurisant toute le monde y compris les parents. Mes 3 enfants sont passés par là, un seul plus doué a bien vécu celà... Mon dernier a encore des difficultés à lire en 4e.

Autre exemple: en math, on fait apprendre les polygones au primaire, alors que j'ai peiné à la faire des jeunes du secondaire. On leur fait faire des situations problématiques rapidement avec des méthodes où l'enfant doit faire de la mathématisation et utiliser des étapes et faire des représentation de sa situation de problème. Pour moi, c'est ridicule. A côté de cela, aucun de mes fils ne savait ses tables de multiplication en 6e par coeur. Je me souviens les avoir maîtrisées en 3e ou 4e au bout d'un mois où nous étions conviés à les réciter quotidiennement. Je le faisais bien et même mon frère de 4 ans mon cadet qui les répétait avec moi les maîtrisait, il était en maternelle, je crois.

Regarder les méthodes de grammaire d'aujourd'hui: on a le modèle Groupe sujet- Groupe verbal- complément de phrase facultatif, je serais bien curieux de savoir ce qu'on fait au primaire vu les lacunes fabuleuses qu'on trouve chez les enfants au secondaire. Mais bon, si le programme est comme au secondaire au lieu de s'occuper de faire des bases, on les perds dans des activités trop difficiles cognitivement et on ne fait pas des bases: conjugaison, classement des mots, analyse grammaticale qui intègre tout cela en plus de faire écrire. Mais on a jeté l'analyse grammaticale pour faire faire de l'analyse sérieuse des syntagmes, des groupes syntaxiques qui est une foutaise intitutionnalisé il y a 12 ans... Montrer la phrase comme un sujet, un verbe et ses compléments était apparemment dépassé. Là, ce sont nos jeunes qui le sont.

Donc, on ne fait plus d'analyse grammaticale. On ne fait plus réciter des tables, nos jeunes n'arrive pas à additionner et multiplier des fractions quand ils arrivent au secondaire. Bref, on met la barre haute, on s'occupe d'atteindre des objectifs irréalistes et pendant ce temps, on ne renforce pas adéquatement des apprentissages de base qui auraient avantage à être bien consolidés avant d'entrer dans le cycle du secondaire qui aimerait bien aller un peu plus loin.

Voilà ma barre haute, je sais très bien que très peu d'élèves atteignent vraiment ses objectifs et que très peu aussi arrivent avec de bonnes bases au secondaire.


Prof masqué: oui, on fait le déni des enfants en difficulté et on a fermé les classes spéciales, voilà bien un scandale. On intègre des jeunes avec toutes sortes de troubles qui peuvent perturber une classe même avec une éducatrice. Quant un autiste n'obtient pas ce qu'il veut, il n'est pas toujours facile de le raisonner! Non, votre affirmation n'est pas grosse, elle est la vérité observable partout. C'est la politique d'intégration qu'une propagande bien orchestrée via les universités et quelques gourous bien payés ont vendu dans les années 90, j'ai assisté à un cours au milieu à l'UQAM, où un prof ou chargé de cours décrivait le superprof à venir et la classe intégrante. On sait ce que ça donne, des burnouts et des jeunes en difficultés puissance mille! Je le savais déjà... Et je trouvais ce prof vendu à l'époque. J'étais d'ailleurs de l'autre camp et bien placé pour savoir que l'école spéciale bien pensé fonctionnait... Évidemment, ça sentait la coupe et les années de déficit 0! Quant on pense qu'on aidait 15% des jeunes à double budget par élèves au début des années 90... C'était ce qu'on reconnaissait à l'époque comme la prévalence des EHDAA... Les temps ont bien changé. Tout cela avait commencé avec un loi fin des années 80 si ma mémoire est bonne où l'intention d'en arriver à cette intégration à la classe normale avait été décrétée...

Bref, l'école de nos jours, c'est n'importe quoi et franchement, ça me décourage. Je pense encore sortir de ce nid de névrose... pour sauver ma peau... La clique d'idéologues déconnectées, qui contrôle les tables de pilotage et autres machins, a trop de prise sur le monde scolaire... A mon sens, il faut travailler à un autre niveau que sur le terrain si on veut faire avancer les choses et franchement ce ne sera pas facile!

Jonathan Livingston a dit…

Et oui, je suis gratteux de neige!

La Mère à Boire a dit…

Autrement dit, l'école primaire s'éparpille? Je n'y avais pas songé de cette façon.

Vous considérez donc qu'on perd leur temps à leur apprendre des notions trop avancées pour eux, alors que pendant ce temps-là, on ne renforce pas suffisament les apprentissages essentiels en mathématique et en français? Tiens, je n'avais pas vu ça comme ça! Mon fils est en 4e: je vais observer ses devoirs et leçons d'un autre oeil.

Je vais avoir 40 ans. J'ai donc fait mon primaire à la fin des années 70. Je n'ai pas maîtrisé mes tables de multiplication avant la moitié de mon secondaire, et cela m'a toujours handicapée en mathématique. Je ne sais pas comment ça se fait, mais je crois que mon problème, c'est que mes parents ne se sont à peu près pas mêlés de m'aider avec les leçons, et je n'ai quasiment rien foutu...

Par contre, pour moi, la démonstration de l'utilité réelle de l'analyse grammaticale reste encore à faire. Je DÉTESTAIS ça. Pour moi, ça revenait à essayer de faire du français une science, alors que c'est plus proche d'un art, pour moi. Faire des dictées, des rédactions, de l'analyse de textes, amenez-en! j'adorais ça. Mais l'analyse grammaticale? Rien à faire, j'avais des hauts-le-coeur dès qu'on prononçait le mot. Un peu le même effet que me fait aujourd'hui l'expression "produits financiers"... Blurp.

À mon avis, l'analyse grammaticale a toujours été une façon d'éloigner les élèves de l'amour de la langue. Je pense qu'on rebutte les jeunes bien plus qu'on les attire vers le plaisir d'écrire et de lire, quand on leur présente l'analyse grammaticale comme un incontournable de l'apprentissage de la langue.

J'étais pourrie, en analyse.

Et pourtant, à ce que je sache, j'ai très peu de problèmes de français...!

Jonathan Livingston a dit…

Mère à boire: Oui, c'est bien ce que j'affirme. Les sciences de l'éducation ont été très influencées par le courant cognitiviste qui a connu son essor dans les années 60 et 70. Ces recherches, influencées par l'informatique, visait à décrire le fonctionnement de l'intelligence. La plupart de leurs hypothèses ont été évalué sur des jeunes de niveau universitaire, l'échantillon disponible pour les chercheurs universitaires. Puis, on a appliqué cela à l'enfance à mon sens abusivement, sans souvent se donner la peine de vérifier la pertinence de l'application. Le fameux apprendre à apprendre de la réforme est bien beau dans l'esprit d'un adulte, pour un enfant juste apprendre au départ est déjà tout un défi. Évidemment, en utilisant toute sorte de méthodes au fil des ans, on apprend à apprendre. Mais bon, la méthodologie d'un tel objectif reste à être explicité et il reste à prouver que cela peut être appliqué utilement aux enfants. Bref, voilà l'impasse majeure de l'approche par compétences.

L'influence de ces sciences nouvelles a transformé complètement les objectifs d'apprentissage de la tradition scolaire. En 1981, on introduisait en français un programme de français visant l'apprentissage des discours plutôt que celui du fonctionnement de la langue. J'ai passé au secondaire au moment où les profs commençaient à peine à l'appliquer. J'ai nettement l'impression qu'auparavant, on visait des objectifs de rédaction complexes que vers la fin du secondaire avant ce programme. Pour ma part, j'ai vraiment eu l'impression d'apprendre à maîtriser le texte et l'expression d'une pensée qu'au Cégep, puis j'ai raffiné ce talent au cours de mes études universitaires. Je me souviens avoir écrit que de courtes productions dans mon secondaire.

Puis, en maths, le programme en 1994, a mis l'accent sur la résolution de problème, la faisant débuter au primaire et la mettant au centre des objectifs du secondaire, alors que juste avant à mon sens, les maths étaient beaucoup plus une drill qui se complexifiait et les résolutions de problèmes, des problèmes de maths appliqués pour les très bons élèves.

En 1995, on bouleversait le cadre de l'enseignement du français en jetant au poubelle l'approche classique de la grammaire qui construisait sur une structure simple sujet-verbe-complément la compréhension du fonctionnement de la phrase en allant vers une complexification. L'approche de la nouvelle grammaire prétendait remédier à certains problèmes de l'ancienne grammaire en partant d'un point de vue global et logique. Le modèle Groupe sujet, groupe verbal, groupe complément de phrase facultatif allait s'installer et des activités alternatives à l'analyse grammaticale et l'analyse logique allait être introduit: l'analyse visuelle en arbre, les manipulations syntaxiques, notamment. Puis la nouvelle grammaire prétend mieux nous outiller pour une grammaire du texte. Enfin, toute cette approche veut partir du texte vers la phrase, vers les mots et les constituants des mots. A ce jour, je n'ai absolument pas compris en quoi partir d'une complexité non maîtrisé aide à comprendre le fonctionnement des éléments d'un système... Et encore moins quand il s'agit d'éclairer un enfant.

La terminologie de la nouvelle grammaire est franchement rébarbative, on semble avoir changé pour changer. On est même allé plus loin, on a proscrit le langage de la grammaire traditionnelle.

A l'usage, force est de constater que l'approche reste superficielle et que les enfants n'ont rien pour bien ancrer leurs connaissances de la langue. La plupart des règles du français s'appuyaient sur le langage de la grammaire traditionnel. Ce qu'a créé la nouvelle grammaire dans sa tentative de formuler des règles nouvelles grammaires est loin d'être convaincant. Aujourd'hui, peu d'enseignants enseignent beaucoup la grammaire et les sections grammaires de nos manuels et de nos cahiers d'exercices sont assez difficiles à faire faire au jeunes. Dans l'école où je travaille, on ne les fait même plus acheter!

Bref, le bordel dans lequel nous nous trouvons en enseignement des langues et les résultats qui se dégradent depuis les années 90 devrait nous lancer un signal clair qu'en chemin on a oublié quelque chose de fondamentale dans la structuration de la connaissance de la langue.

Au sujet de l'analyse grammaticale, je conçois qu'un certain nombre d'élèves finissent par intégrer une maîtrise à partir de très peu d'informations, ce sont des talents naturels en langue. Mon problème est comment structurer une connaissance de la langue si on ne construit pas pour les élèves moins doués des fondements bien intégrés, c'est-à-dire accessibles par la mémoire, ce qui suppose une répétition de connaissances de base.

L'analyse grammaticale fait ce travail, chaque ligne écrite révise le classement des mots, interroge l'élève sur le mécanisme d'accord (genre et nombre, personne), puis le rôle fonctionnel du mot et donc sur le fonctionnement d'une phrase. Ce n'est pas rien. La détester peut se comprendre, mais elle forme à une activité essentielle de l'appareil intellectuel: l'analyse qui permet de distinguer dans un ensemble les éléments qui le composent...

Anonyme a dit…

Bonjour!

Je gravite autour du CPE mentionné dans ce billet.

Une petite précision s'impose... Effectivement, le CPE Funville se trouve dans une portion relativement peu favorisée du sud-ouest montréalais. Par contre, il faut préciser que ce CPE est une garderie en milieu de travail, qui dessert les employés de l'Institut Douglas. Donc la majeure partie des familles qui fréquentent le CPE sont salariées. D'autre part, ces familles sont généralement d'accord pour assumer quelques frais supplémentaires, pour faire partie de cette corporation qu'est la garderie.