29 février 2008

L'ordre public

En lien avec le billet précédent, voilà que la notion d'art et d'ordre public fait surface dans l'actualité avec cette nouvelle (ici et ici) le gouvernement Harper promeut un projet de loi qui restreindrait que le financement public des films et des émissions de télévision aux oeuvres qui ne contreviennent pas à l'ordre public, c'est-à-dire des oeuvres qui «contiennent, de l'avis du ministère, des scènes sexuellement explicites, de la violence excessive ou de la propagande haineuse.»

Allez lire les textes en lien: vous verrez des aspects absolument inquiétant. Par exemple, la décision de priver une oeuvre de financement public serait laissé à la discrétion d'un seul fonctionnaire. Ou encore le fait qu'il ne s'agisse pas de censure, selon la directrice générale adjointe aux industries culturelles de Patrimoine Canada, Annette Gibbons:. « La censure, c'est quand on dit qu'une production ne peut pas être montrée au public. Ce n'est pas ce qu'on fait. On dit que l'on ne veut pas financer certaines choses qui pourront être réalisées [sans subventions]. Le rôle de l'État est de bien gérer les fonds publics.»

Doit-on préciser qu'il existe déjà une sélection des films quant au financement public qu'on leur accorde et des lois quant à la propagande haineuse, par exemple? Doit-on faire la liste des films qui ont connu le succès sur la scéne international et qui n'auraient pas été financés avec de telles dispositions?

Bref, Patrick Senécal n'a qu'à bien se tenir s'il souhaite qu'on porte d'autres de ses romans au grand écran. Ça doit être un complot.
En complément ce texte.

6 commentaires:

Le Détracteur Constructif a dit…

Hmm j'aimerais plutôt savoir, moi, qu'est-ce qu'une oeuvre qui convienne à l'ordre public.

Octobre, est-ce que ça conviendrait? Bien des pièces de théâtre sont violentes. Des films sur l'Allemagne nazie contient de la propagande haineuse.

Peut-on à ce point vouloir "oublier" qui l'on est ou d'où l'on vient?.

Je comprends que ce qui est "gratuit" et "excessif" peut déranger. Mais plusieurs auteurs et jeunes cinéastes se font justement découvrir parce qu'ils sortent de cette recette du "tout-le-monde-il-est-beau, tout-le-mon-il-est-gentil".

Et ces artiste restent justement inconnus à cause d'une certaine forme de censure à la sauce "ça ne rejoint pas un grand public donc on oublie ça".

Bref, en effet, c'est inquiétant...

Hortensia a dit…

Vraiment inquiétant ce retour annoncé de la censure. J'ai lu deux autres billets intéressants sur le sujet aujourd'hui:
http://vanasse.branchez-vous.com/2008/02/couvrez_cette_censure_que_je_n.html
http://martinepage.com/blog/2008/02/28/danger-danger/

Jean-Pierre Proulx a dit…

En soi, l'exercice de nos droits et libertés,y compris la liberté d'expression, est limité par le respect de l'ordre public.

C'est ce que dit en toute lettre l'article 9.1 de la Charte des droits et libertés du Québec dont voici le texte:

«9.1. Les libertés et droits fondamentaux s'exercent dans le respect des valeurs démocratiques, de l'ordre public et du bien-être général des citoyens du Québec».

La notion « d'ordre public» est cependant bien difficile à définir, même si, paradoxalement, on sent bien ce que cela veut dire. Par exemple, j'ai le droit d'exprimer mon opinion en manifestant, mais cela ne me permet pas de le faire en cassant les vitres des magasins!

En matière de culture, c'est évidemment plus complexe, mais le principe demeure. Le problème surgit surtout si c'est un fonctionnaire qui a la responsabilité de décider ou non si une oeuvre trouble l'ordre public. En général,on confie ce genre de décision au Procureur général et à la police.

Voilà

Blogue_leponge a dit…

Hum, je n'ose penser au sort qui attend « Et Dieu créa Laflaque », présenté à Radio-CANADA (!), si on tient compte des critères conservateurs! Ou encore de n'importe quelle émission satyrique présentée à CBC (This Hour, Rick Mercer Report, Air Farce, etc).

Je savais que les conservateurs prônaient le « Law and Order » et qu'ils ne sont pas des fans de la culture, mais jamais je n'aurais cru qu'ils fusionneraient ces deux positions!!!

Il y a quelque chose de pourri au Canada...

Le professeur masqué a dit…

Détracteur: dans un des textes, un organisme pro-religieux affirme avoir sensibilisé le gouvernment Harper pour qu'il adopte une telle directive. Ça aussi, ça me titille.

Il existe déjà des lois pour contrecarrer des gens qui voudraient faire de la propagande haineuse ou des films pédophiles. Ici, on ouvre une porte sur l'inconnu, mais aussi sur l'auto-censure. Certains cinéastes pourraient atténuer la portée de leur oeuvre de crainte de se faire couper des sous.

Si cette mesure était bégnine ou inutile, pourquoi l'adopter?

Hortensia: merci de la référence!

JP Proulx: effectivement, la liberté est encadrée. De refiler ce qui trouble l'ordre public à un fonctionnaire sans établir des normes (si cela est possible) est assez périlleux.

Blogue: de plus en plus, on revient à une époque que je pensais derrière moi.

Safwan a dit…

Ça me donne froid dans le dos, cette annonce. :O(