17 février 2010

Les élèves «multitâches»: une bonne chose?

En entrevue avec Isabelle Maréchal, Pierre Fraser développe l'idée que les individus «multitâches» sont plus performants est un mythe. À cette époque ou l'on veut former des jeunes selon ce principe dans nos écoles, son intervention est intéressante.

Selon lui, les multitâches «développent des problèmes d’attention, de contrôle de la mémoire, et ont tendance à changer plus fréquemment d’emploi que ceux qui prennent le temps de compléter un travail et d’effectuer une tâche à la fois.» Sur le plan cognitif, ils «deviennent des champions de la non pertinence et tout les distrait.»

Peut-on penser raisonnablement qu'une partie des déficits d'attention qu'on retrouve chez les jeunes pourrait être causée parce ce mode de fonctionnement?

C'est que je remarque parfois dans mes classes, ce sont des élèves qui jonglent avec plusieurs éléments en même temps sans être capables de fixer leur pensée sur un objet précis. Des élèves incapable d'un discours clair et structuré. Des élèves incapables de se concentrer et de développer leur mémoire, même à court terme. Ils ont besoin de stimulis pour être captivés mais semblent davantage avoir ce besoin pour être amusés que pour être instruits.

Mis en situation de projet, ils ont de la difficulté à travailler sans un encadrement précis et sont démunis devant des situations «floues». Ils passent aussi plus de temps à jouer avec les fonctions «gadget» des logiciels qu'ils utilisent qu'à créer un produit pertinent relevant d'une communication efficace.

Bon, je râle, mais je crois qu'il faut être conscient comme éducateur que l'utilisation en classe demande une plus grande rigueur de la part de l'enseignant. De plus, il ne faut pas surestimer les élèves: ce n'est pas parce qu'ils pianotent sur un portable depuis des années qu'ils savent correctement s'en servir, non seulement pour des fins de s'informer adéquatement, mais aussi pour structurer leur pensée et la rendre de façon efficace.

Si l'ordinateur est une fenêtre sur le monde, cette fenêtre les empêche parfois de regarder devant soi et les distrait des tâches demandées.

À cet égard, qu'on travaille avec un papier ou avec un clavier, obliger l'élève à établir un plan précis du produit qu'on veut créer me semble incontournable. Le laisser seul avec un portable et s'imaginer que tout se fera par magie est illusoire.

De plus, il faut amener le jeune à être plus conscient du langage qu'il emploie (utilisation de la musique et des images, des titres, de la voix...). À cet égard, ce ne sont pas tous les enseignants qui ont ces connaissances médiatiques.

Enfin, comme l'ordinateur est un beau joujou, il importe de fixer un temps limite au jeune pour créer le produit demandé, sinon on s'expose à devoir le regarder avoir beaucoup de plaisir à créer sans résultat concret.

7 commentaires:

Rouge a dit…

J'ai un article qui pourrait t'intéresser sur la lecture à l'écran et le cerveau qui démontre que c'est une lecture plus exigeante et qui, par conséquent, est moins efficace (trop de zones sollicitées, trop haut coût d'énergie). Et ces zones se retrouvent principalement dans les fonctions exécutives : planification, organisation de l'information, sélection, mémoire de travail. Intéressant, je vais tenter de penser l'apporter au marathon. (J'aime cette phrase)

Gabriel a dit…

Un documentaire qui va clarifier les choses : http://www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/digitalnation/view/

Le professeur masqué a dit…

Gabriel: je vais tenter de l'ouvrir de l'école. Je ne peux pas ici: connexion trop lente. Mais vous pouvez toujours m'en glisser un mot ici.

Rouge: marathonne-t-on ensemble à la même heure?

Rouge a dit…

Oui !

Normand Baillargeon a dit…

À Rouge,

Puis-je avoir cet article ou du moins la référence?

Merci.

Normand B.

simpledream a dit…

Demander à des jeunes de gérer plusieurs tâches en même temps relève du surnaturel, à moins qu'ils aient eu une telle formation familiale, et il y en a. Autrement, oubliez le tout: deux tâches l'une à la suite de l'autre seront déjà compliquées à gérer.

Surtout qu'on est encore dans la période où les enfants-rois sévissent.

Jonathan Livingston a dit…

Et du multi-tâche chez l'enseignant?

Ayant souvent à être en mode multi-tâches, comme enseignant, il m'apparaît clair que l'efficacité, surtout en période de fatigue, n'est pas toujours au rendez-vous. On y arrive souvent tout de même moyennant l'automatisation des tâches à accomplir. Avec l'expérience, ces situations complexes deviennent plus simples à gérer.

Néanmoins, il ne me viendrait pas à l'idée de penser que je sois plus efficace parce que je gère en mode multi-tâche...Je préfère et de loin l'efficacité d'une concentration et c'est pourquoi je revendique un certain retour de discipline dans nos écoles pour permettre de faire mon job plus efficacement. Je revendique aussi qu'on rende les groupes plus homogènes et qu'on travaille une tâche à la fois ensemble autant que possible. C'est tout ce que le numérique et la réforme compliquent en passant pour des résultats vraiment peu probants.

On nous demande de plus dans le contexte de l'enseignement d'aujourd'hui de pousser le bouchon encore plus loin: différenciation pédagogique, pédagogie de projet, intégration d'élèves en difficulté diverse, intégrer le numérique, etc. Nous perdons constamment de l'efficacité en nous imposant une gestion multi-tâche sans limite, sans compter que les effets corrosifs d'une telle exigence se font sentir chez de plus en plus d'enseignants.

Quant aux élèves, comme on le voit dans le documentaire que Gabriel propose, des écoles ont semblé se pacifier avec l'implantation de nouvelles technologies. Mais bon, j'ai l'impression que l'enseignant, de nos jours, parlent de plus en plus tout seul quand il explique la matière à des jeunes perdus dans le traitement multi-tâche sans contrôle de leur portable.

On a gagné le calme, pas l'attention... Et donc, l'enseignement n'a pas avancé en terme d'efficacité non plus. Mais le lobby informatique est heureux.

En naviguant, j'ai trouvé ce lien que propose ailleurs un internaute: http://rire.ctreq.qc.ca/2010/02/le-multitache-et-lapprentissage/

Il est intéressant de voir encore une fois que des recherches sérieuses et convergentes documentent les gens qui posent un regard critique sur la tendance numérique qui se déploie et l'absence totale de données sérieuses chez les inconditionnels du numérique qui se bornent à répéter que nous ne pouvons rien contre cette tendance affirmée et que nous devons outiller les jeunes à évoluer dans ces nouveaux environnements. Qu'on perde finalement toute capacité à transmettre une éducation dans ce contexte semblent devenir complètement accessoire.