10 mars 2010

Comme un goût d'écoeurement...

Nouvel épisode dans la saga du décès de Fredy Villanueva aujourd'hui (ici et ici). Dans le cadre de l'interrogatoire de l'agent Lapointe, la mère de ce dernier est sortie en larmes de la salle d'audience accompagné de son autre fils, Dany. Puis, quelques instants plus tard, on la retrouvait «couchée par terre, en crise, agitant ses pieds et réclamant en espagnol de laisser son fils tranquille.»

On ne peut juger la douleur d'une mère qui perd un enfant dans de telles circonstances, mais toute cette histoire prend des proportions qui nuisent depuis longtemps à la cause qu'entendent défendre bien des gens impliqués dans celle-ci. Mais, à cet effet, ont-ils vraiment une cause? Et s'agit-il d'une cause claire et défendable?

Disons-le tout de go: aucun citoyen ne devrait trouver la mort dans le cadre d'une opération policière. Qu'il soit poseur de tapis dans un motel à Rock Forest, itinérant psychiatrisé dans une cellule d'un poste de police du centre-ville ou policier dans une intervention contre un dealer de drogue lourdement armé à Brossard...

Que l'intervention survenue à Montréal-Nord ait une forte odeur de profilage racial est une évidence indéniable.

Qu'il existe une forme de racisme latent ou ouvert chez certains policiers est aussi une évidence indéniable.

Que des policiers se livrent à des interventions qui ont tout du harcèlement est tout aussi vrai. J'ai eu souvent l'occasion de le constater.

Cela étant dit, la commission d'enquête sur ce qui est convenu d'appeler l'affaire Villanueva semble accorder peu de cas au fait qu'un groupe de jeunes s'en est pris physiqument à un policier. Peut-on accepter que ceux-ci aient bousculé un agent de la paix? Non, pas plus qu'on ne peut accepter que ce dernier se livre à du profilage racial ou ne respecte pas le protocole d'intervention prévu dans son approche auprès de ces jeunes.

L'agent Lapointe a-t-il sa part de blâme dans cet incident? Aurait-il dû intervenir autrement auprès des jeunes? Assurément.

Mais on ne peut m'enlever de la tête que ce groupe, même avec un écoeurement basé sur des raisons légitimes, n'avait pas à s'en prendre physiquement au policier. Parce que c'est bien ce qui est arrivé.

J'ai déjà participé à des manifestations étudiantes. En 15 semaines, nous avons eu l'honneur d'avoir la brigade anti-émeute tellement souvent à mon cégep que nous accueillions les responsables policiers par leur nom avec des beignes et du café... J'ai déjà été membre de services d'ordre afin d'éviter que des agitateurs ou des têtes brûlées poussent les choses trop loin. J'ai même immobilisé sympathiquement avec un genou sur le dos un étudiant qui voulait répliquer à un coup et un sourire baveux d'un policier qui ne demandait qu'à jouer de la matraque. Le mot d'ordre parfois difficile à maintenir: ne jamais toucher à un policier, même s'il vous agresse. Toujours manifester une résistance passive. Gandhi et Martin Luther King étaient nos modèles.

Aussi, quand Me Alexandre Popovic, avocat représentant la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP), demande à l'agent Jean-Loup Lapointe s'il était vrai qu'il avait «l'intention de tuer Fredy Villanueva» et si ce dernier constituait une «victime», l'avocat de la Ville de Montréal, Me Pierre Yves Boisvert, n'a pas eu tort de s'objecter à cette question.

Il aurait pu certes ne pas mentionner que «Fredy Villanueva a été victime de son propre comportement, celui de son frère et ceux de ses collègues», même si, sur le fond, on ne peut lui donner entièrement tort.

Pour souligner à quel point toute cette histoire est pourrie jusqu'à la moelle, il ne suffit que de regarder l'attitude des avocats représentant Fredy Villanueva et ses amis. «Dans le cadre du mandat du coroner, on n'a pas à se prononcer sur la responsabilité civile ou criminelle de quiconque. Personnellement et professionnellement, j'ai trouvé cela déplacé», a indiqué Me Peter Georges-Louis. Ah bon? Et les questions de Me Popovic, elles, étaient pertinentes?

Personne ne sortira gagnant de toute cette saga. Il n'y aura que des perdants, des deux côtés. Et des gens qui, comme les gangs de rues, auront instrumentalisé cette crise pour accroitre leur zone de pouvoir dans le secteur de Montréal-Nord.

Montréal n'est pas le Bronx ou les policiers abattent parfois les suspects à vue. Mais à force d'attiser la haine et de souffler sur les braises, il ne faudrait pas se surprendre un jour qu'elle finisse par lui ressembler et que des milliers de Québécois approuvent la matière forte en matière d'interventions policières.

3 commentaires:

Juliette a dit…

Étonnant que ce superbe billet n'est pas de commentaire...

je seconde prof!

Le professeur masqué a dit…

C'est un sujet délicat et nul n'est prophète dans son blogue...

Anonyme a dit…

CORRECTION

je ne suis pas membre du Barreau, ni même aspirant avocat.

j'ai simplement eu l'autorisation de représenter la Coalition contre la répression et les abus policiers à l'enquête du coroner sur les causes et circonstances du décès de Fredy Villanueva.

merci d'en tenir compte.

alexandre popovic
coalitioncrap@hotmail.fr