25 mars 2010

Suis-je un professionnel?

La réponse est non. Simplement.

Je suis récemment intervenu dans le cas d'une jeune que des amies de sa classe soupçonnaient d'être atteinte d'un désordre alimentaire. Contact avec la technicienne en éducation spécialisée (TES), avec la direction de mon école. Puis, l'enfant est rencontrée par une travailleuse sociale.

Or, il y a quelques jours, les deux amies reviennent me voir, inquiètes, afin de savoir si leur amie va mieux parce qu'elles ont des doutes. Et il m'est impossible de leur répondre.

J'aurai beau interroger les intervenants que j'ai contactés, ils ne pourront pas m'en dire un mot. Le tout est confidentiel. Je suis celui qui observe, dépiste, alarme. Je suis celui qui a un contact plus fréquent avec les jeunes parce que je leur enseigne presque chaque jour.

Mais je ne peux rien savoir. On veut que je sois responsable de la réussite des jeunes qu'on me confie, sauf que je ne peux rien savoir d'eux. Un peu comme un cardiologue à qui on demande d'opérer un patient sans lui fournir le bilan médical de celui-ci.

C'est logique.

Dans un hôpital, un concierge ne peut lire le dossier des patients. Et je suis un concierge. Alors, pourquoi me dire qu'on attend de moi que je travaille à la réussite de mes élèves si on ne me donne pas toujours les moyens d'y parvenir.

Un élève est absent dans la classe d'un collègue parce qu'il a assisté aux funérailles d'un proche. On ne peut l'en informer. Il s'agit d'une raison personnelle. Comme il n'a pas fait un devoir, le prof lui colle une retenue. Pas le choix. C'est la règle et on ne lui dit rien quant à la motivation de l'absence. Voilà une belle façon d'aider un jeune dans sa réussite.

Un concierge, dis-je. Pas un membre de l'équipe. Un bête torcheux de pédagogie. Et tant pis si on veut qu'on soit des adultes signifiants.

8 commentaires:

bobbiwatson a dit…

Tu n'es pas un concierge. Tu es un prof et comme prof tu a le droit et le devoir d'intervenir jusqu'à une certaine limite. Celle-ci étant dépassée tu refiles la problématique aux intervenants (TES, psy, etc). Ensuite ... tu espères qu'on te tiendra au courant (ce qui est rarement le cas).
Quand des élèves te demandent un suivi, rèfère-les: la TES est supposément au service des élèves donc, accessible.
Mais toi et moi savons très bien qu'elle ne leur donnera aucune information: c'est le respect de la confidentialité.

Si les deux amies qui sont venues te relancer sont vraiment "des amies" de la jeune problématique, pourquoi ne peuvent-elles pas en parler avec elle? Confidentialité: la victime ne se sent probablement pas en confiance avec ses "deux amies" qui t'interpellent.

Tu es un prof, pas un concierge ni un TES, ni un psy, ni un ......... autre professionnel.

Tu as fait ton travail, ta job. Un jour tu auras ta réponse à ce questionnement.

Tes élèves t'aiment parce que tu es non seulement un excellent prof de français mais aussi parce que tu es humain et attentif à leur(s) problème(s): continue! Mais ne les prends pas sur tes épaules: tu es prof pas TES.

Joel a dit…

Je crois qu'il ne faut pas voir la chose de cette façon...Les professionnels (ceux qui ont un ordre, il y a nuance) ne peuvent pas divulguer certaines informations puisque c'est confidentiel...Je ne sais pas si la jeune en question avait plus de 14 ans...Je ne connais pas non plus le diagnostic de cette dernière, mais il est fréquent que même comme direction, nous n'ayons pas accès à certaines informations...Surtout en regard de problématiques de l'ordre de la santé mentale.

Je ne crois pas que la situation que vous évoquée soit adéquate pour autant...Certaines informations peuvent être divulguées si bien sûr cela peut assurer une meilleure communication et donc certaines adaptations selon le contexte...Plusieurs professionnels se complaisent aussi à conserver les informations puisque c'est plus simple et moins exigeant...Ça arrive...

Cependant, pour certains motifs d'absence, c'est selon moi exagéré...Est-ce que l'absence a été motivée véritablement par la direction ?

Armande Simplette a dit…

C'est triste ce que vous racontez là. C'est triste que l'on vous prive des informations qui vous permettraient de mieux aider et comprendre les "chères têtes blondes" dont vous avez la charge. C'est triste et c'est ridicule. Enfin, ça me semble ainsi, je ne travaille pas dans le milieu de l'enseignement, c'est juste le constat d'un parent.

Mon fils a eu, au secondaire, un prof qui était le "titulaire de classe" qui, chaque matin, prenait dix petites minutes pour rencontrer sa classe, faire le tour, prendre des nouvelles de tout un chacun, regarder les mines fatiguées ou reposées, interroger sur tout et sur rien. Histoire de tisser des liens avec les jeunes qui avaient entre 12 et 13 ans. Quand un des parents de ces jeunes est décédé brutalement, il a "ciblé" quels étaient les proches du jeune concerné, puis il a appelé les parents de ceux-ci parce qu'il pensait que c'était important que les uns soutiennent le chagrin de l'autre, il a emmené son petit groupe au salon funéraire. Il a fait un travail magnifique, cet homme là. Bénévolement, pour "ses" enfants.

Mon fils a aujourd'hui 23 ans et ce prof a laissé le souvenir d'un homme attachant et humain... même pour des p'tits gars qui n'aimaient particulièrement l'école. Et il m'a laissé à moi, la mère, le souvenir d'un homme généreux et attentif dont les façons de faire ont contribué grandement au bon déroulement du secondaire I de mon fiston.

Je trouve triste et ridicule que l'on vous prive de ça, pour vous, pour les enfants auxquels vous enseignez et pour leurs parents.

Safwan a dit…

Imagine le cas extrême suivant. On reprend ton exemple des funérailles. On imagine que c'est la mère du jeune qui est décédée. On dit à l'élève qui a un devoir non fait qu'on devra appeler sa mère pour régler la situation. Ce serait la pire situation selon moi. L'enseignant passe pour un sans-coeur fini alors qu'il n'y est pour rien. Nous ne sommes pas des professionnels, mais on nous demande d'utiliser notre jugement professionnel dans toutes les évaluations que l'on fait faire aux élèves. Dois-je y comprendre quelque chose?

unautreconcierge a dit…

Mais, cher concierge, on veut inscrire dans la convention que les enseignants seront imputables et responsables de la réussite des enfants.

Future Prof a dit…

Je trouve ça frustrant qu'on nous prive d'informations essentielles à la réussite d'un jeune. Sur un autre sujet, j'ai publié mon billet sur la journée dans la vie d'une stagiaire !
http://unefutureprof.blogspot.com/2010/03/une-journee-dans-la-vie-dune-stagiaire.html

Merci !

Prof Malgré Tout a dit…

J'fais du pouce là-dessus par chez-nous.

Sylvain a dit…

*Soupirs*

Quand on est rendu qu'il nous faut compter sur les élèves pour avoir des infos... Souvent, des élèves, amis de ceux qui ont un "secret" ou une information confidentielle pour le "professionnel", nous font part d'informations qui nous aident, nous les simples profs.

Une chance qu'on a nos élèves...