09 octobre 2010

Examen de français: la ministre a confiance...

Ouille.

L'éducation recule d'un pas avec cet article où la nouvelle ministre de l'Éducation affirme sa confiance envers ses fonctionnaires travaillant à l'évaluation. C'est du moins ce que l'on comprend à la lecture de cet article du Soleil qui fait suite à cette expérience effectuée par un enseignant de la Rive-Sud, M. Benoit Paquin, qui a fait passer l'examen ministériel nouvelle mouture à des élèves de quatrième secondaire.

«Je vais demander au comité de suivi sur le français de prendre ça et de se questionner. Mais il faut quand même se dire la vérité : le processus est bâti avec toute une équipe, et les premiers résultats montrent que l'examen se porte bien», a déclaré la ministre. Selon elle, «l'examen est de même niveau de difficulté que par les années passées», puisque les résultats sont semblables.

Quel raisonnement navrant et bancal! Du grand n'importe quoi! En quoi le fait que les résultats soient similaires cette année indique-t-il que l'examen a le même niveau de difficulté? Des élèves poches avec un examen facile donne le même résultat qu'un examen difficile avec des élèves bien formés, non? Et croyez-vous sérieusement que nos fonctionnaires vont remettre en question les décisions qu'ils ont prises? Du grand guignol, oui!

La plupart des profs de cinquième que je connais me disent que l'examen est moins exigeant. Point à la ligne. Ils enseignent depuis des années. Ils sont assez bons pour être dans des classes et oeuvrer auprès de nos jeunes. Mais leur avis ne vaut que dalle comparé à celui de fonctionnaires responsables de l'évaluation qui évaluent finalement leur propre job! Désolant!

En passant, la vraie question dans ce débat n'est pas de savoir si l'examen est plus ou moins facile qu'auparavant, mais comment se fait-il que des élèves fraîchement sortis de la troisième secondaire puissent le réussir? En maths, en science, une telle horreur serait impossible. Allo quelqu'un? Y a-t-il de la vie intelligente au MELS?

Si j'étais baveux, je ferais la même expérience que M. Paquin mais avec mes élèves de première secondaire. Ils réussisaient pour la plupart. Mais comme un ami l'a déjà fait avec une élève de sixième année du primaire avec l'épreuve collégiale, je me dis que je perds mon temps. Le MELS ne veut rien entendre, ne veut rien savoir.

20 commentaires:

Lia a dit…

Ça veut dire que toutes les évaluations que nous faisons en cours d'annnée ne sont pas prises au sérieux. Faisons passer tout le monde et contentons-nous d'avoir du fun avec nos élèves. Je rêve déjà des congés de correction que j'aurais. Et j'ai des tonnes d'idées pour avoir vraiment du plaisir, pour "tripper fort" sans le spectre d'une évaluation au bout du processus.

Le professeur masqué a dit…

Lia: personnellement, ça fait longtemps que j'ai compris que j'enseigne pour mes élèves et moi.

Anonyme a dit…

Pourquoi ne pas faire le test avec tes élèves? S'ils réussissent à ce stade-ci de l'année, envoie les résultats à la ministre. Elle sera confondue.

Pourquoi attendre alors que tu es convaincu que tu vaincras?

bobbiwatson a dit…

PM,

Je pense que tu devrais lâcher l'enseignement aux élèves et plutôt faire de la formation auprès des profs de la province. Enlève-leur leurs lubies, remets-les sur le droit chemin et rencontre la ministre du MELS.

Voici ton nouveau karma.

Le professeur masqué a dit…

Anonyme: des anciens élèves de première m'ont demandé de le faire pour prouver la bêtise de l'examen actuel. J'ai refusé. S'ils réussissaient, ils pourraient avoir l'idée de demander à avoir leur crédit de cinquième... Théoriquement, si je réussissais à les inscrire à cette épreuve, ils auraient fini leurs cours de français pour tout le secondaire...

Bobby: la ministre m'a déçu. Son raisonnement est faible.

L'engagé a dit…

Peut-on avoir son bulletin du secondaire et du cégep?

Je la soupçonne d'avoir passé ses math faibles sur la peau du c.

Il me semble que ce serait cohérent que d'avoir une telle information.

Le professeur masqué a dit…

Engagé: Non, je crois que c'est une femme intelligente. C'est à force de fréquenter ses fonctionnaires qu'elle va commencer à éprouver des difficultés.

Mais disons que son raisonnement ici n'est pas rassurant.

Anonyme a dit…

Il ne faut pas faire confiance à la ministre et à son ministère. J'ai entendu parler lors d'une rencontre avec notre direction que le nouveau bulletin sera encore un leurre auprès des parents. On nous dit que l'évaluation ne changera et que nous aurons encore à évaluer des compétences. Le ministère veut donner l'impression aux parents que l'évaluation des connaissance revient mais en fait, la «philosophie» de la réforme reste. J'ose espérer que c'est encore une mauvaise interprétation de notre direction. Soyons vigilants, les nouvelles officielles du ministère arrivent fin octobre.
Mais quelle tristesse!

Profquifesse a dit…

Je ne crois pas non plus que la ministre soit sotte, seulement elle est aux commandes d'un immense appareil complètement gangréné par la bureaucratie qui ne fonctionne plus qu'en fonction d'une logique technicienne et comptable. Toutes ses décisions visent à faire avancer la machine coûte que coûte. Ce n'est plus le savoir qui compte ici, c'est la diplômation, qui ne vise qu'à justifier la machine elle-même. Je crois en effet qu'il nous faut vite comprendre qu'on enseigne pour les élèves avant tout et non pour les examens. Et c'est bien ce qui est difficile : continuer d'y croire malgré tout. Le pire, pour moi du moins, ce sont les élèves qui savent cela depuis longtemps et qui s'emmerdent, qui ne font rien, qui dérangent toute la classe et qui s'en fichent parce qu'ils savent très bien que tout cela n'est qu'une parodie, voire une formalité.

bobbiwatson a dit…

Si vous, vous étiez garroché dans un ministère où le bordel est de notoriété publique, que feriez-vous??

Si vous êtes capables de tout gérer en même temps, fonctionnaires ignares, directions d'écoles, commissions scolaire, réforme, je suis certaine que la ministre sera contente de vous connaître.

C'est vraiment trop facile de varger sur cette ministre qui a fait l'unanimité dans ses deux autres ministères.

Au lieu de varger, aidez-la: elle est ouverte aux suggestions.

Le professeur masqué a dit…

Bobby: je ne varge pas, j'indique qu'elle a répondu une connerie. Si elle est ouverte aux suggestions, elle n,aurait pas retourné M. Paquin comme une crêpe, je crois.

Plein de profs disent qu'un français, l'examen est bidon, qu'il ne mesure qu'une partie de connaissances. Cela, depuis des années.

bobbiwatson a dit…

Je ne t'ai pas accusé de varger, le terme ne t'était pas adressé.

Quant à M. Paquin je serais curieuse de savoir s'il a vraiment été en contact "direct" avec la ministre ou s'il l'a été avec un de ces fonctionnaires ignares qui sont trop nombreux au ministère.

N'oublions pas que la ministre n'est pas parfaite et qu'elle fait son apprentissage dans un ministère tordu.

Hélène a dit…

Pour votre info: Il y a une réponse d'un enseignant universitaire (didactique) dans la section Lettres ouvertes Journal le Soleil. Il fait la critique de cette expérience, entre autres car elle cible des groupes d'élèves sélectionnés.

Le professeur masqué a dit…

Hélène: je connais cet universitaire et nous avons déjà échangé. Quant à moi, il n'est pas normal qu'un groupe d'élèves, sélectionnés ou pas, puissent réussir cet examen prévu pour des élèves de cinquième secondaire alors qu'ils viennent à peine de quitter la troisième. En maths et en sciences, une pareille chose serait tout bonnement impossible.

J'ai enseigné 15 ans en cinquième secondaire et, l'année dernière, j'aurais pu envoyer la majorité de mes élèves appartenant à un programme PEI à cette épreuve en sachant qu'ils la réussiraient sans problème. Maintenant rendus en deuxième secondaire, certains m'ont même demandé de les y envoyer afin de prouver la bêtise de cette évaluation!

C'est là le problème. Si un élève sait écrire sans trop de fautes et sait un peu organiser sa pensée, il réussira et satisfera aux exigences ministérielles. C'est du grand n'importe quoi, honnêtement.

Plus j'enseigne en première et plus je constate que cet examen pourrait être réussi par certains élèves - en PEI ou pas - un an après leur sortie du primaire. Bref, cette épreuve - qui est un exemple de la maitrise de la compétence «écriture» et qui est donc très réforme - montre que l'évaluation par compétence peut sombrer dans le ridicule.

Hélène a dit…

Je suis d'accord avec vous que l'opinion de profs de sec 5 devraient être considérée. Ces profs avaient-ils l'opportunité d'acheminer une appréciation(évaluation ) de cet examen?
D'accord avec vous également pour votre parallèle entre math/sciences et français au point de vue progression du niveau de connaissances et difficulté.
Quel genre d'examen suggérez-vous?

Le professeur masqué a dit…

Hélène: quand j'ai commencé ma carrière d'enseignant, je travaillais dans une école qui avait voisiné les bas-fond des résultats provinciaux en français pendant de longues années.

Le conseiller pédagogique de l'endroit a eu le feu vert pour apporter les correctifs de son choix. En voici quelques-uns:
- formation des enseignants quant à l'enseignement rattaché à l'examen ministériel;
- création d'une équipe d'enseignants de français pour favoriser l'enseignement systématique de la grammaire (une anecdote: à tour de rôle, nous sommes allés enseigner dans les groupes d'une collègue tombée malade. Pas de remplaçant. Des profs de l'équipe. Et pas de direction qui regardait son budget...)
- instauration d'examens uniques et uniformes mesurant les connaissances grammaticales des élèves (chaque étape, je crois). J'avais la chienne que mes élèves fassent moins bien que les autres parce que j'étais un petit nouveau et ON en a travaillé une «shot»...

Plus tard dans ma carrière, j'ai eu l'occasion de travailler à l'instauration d'examens de grammaire uniques et uniformes. En plus de discipliner les profs dans leur enseignement, j'ai vu certains jeunes étudier des notions de grammaire pour la première fois. C'était beau et touchant!

Ma suggestion? Un test comme on fait subir aux futurs profs à l'université. En tenant compte du niveau des finissants de cinquième, bien sûr. Mais un test autre qu'une stupide production écrite où il est facile pour un élève de contourner ses difficultés langagières. J'ai assez enseigné en cinquième pour savoir comment déjouer cet examen qui est aussi mobile qu'un hockeyeur les deux pieds dans le même patin. Et je ne parle même pas de comment le faire en trichant... Parce que ça aussi, ça existe!

Hélène a dit…

Merci pour cette réponse détaillée. Je partage aussi votre intérêt pour la grammaire. Je suis en formation pour être prof d'anglais et plusieurs anglophones n'ayant pas eu de grammaire ou très peu trouvent difficile d'enseigner le pourquoi d'un temps de verbe ou l'ordre des mots à des francophones. Comme enseignant , on ne peut dire : c'est comme ça...!Il faut expliquer ( implicitement ou explicitement !! )J'observe avec intérêt le débat qui sévit dasn le monde de l'éducation, les tendances opposées et j'essaie de me faire une idée. Je constate que notre formation didactique va dasn le sens dans la réforme, mais sans grande préoccupation de la réalité technologique dans la quelle baignent les jeunes. Beaucoup de paperasse et d'introspection, mais je ne vois pas notre préoccupation du jeune qui soit évaluée.
PS: C,est vrai que l'examen actuel de 5 peut être assez "préparé" avec les cahiers à la maison. Ce ne fut pas le cas chez nous, mais cela aurait pu l'être.

Le professeur masqué a dit…

Helene: mais voyons, l'anglais, c'est bien plus facile que le français. C'est pour cela que l'enseignement de la grammaire anglaise n'est pas importante...

Quand je parle de tricherie, je ne parle même pas du fait qu'on peut préparer cet examen.

Anonyme a dit…

On sait que l'enseignement du français au primaire est minimaliste: confirmation faite auprès d'enseignant(e)s du primaire.
Comment ce peut-il que des élèves de première secondaire (PEI ne veut rien dire et n'est pas un critère en soi) puissent réussir cet examen?
Ou le TECFEE est trop poche .... et l'épreuve du collégial (tel que mentionnée par vous) sont des leurres .....

On est au primaire ou on est ailleurs!

Le professeur masqué a dit…

Anonyme: j'ai des élèves qui écrivent en faisant déjà peu d'erreurs. Ils sont tombés dedans quand ils étaient petits... Il ne leur reste qu'à structurer minimalement un texte et donner leur opinion.