11 octobre 2008

Les idéaux de la ministre Courchesne et la réalité

Mes élèves ont ramené à la maison une lettre de la ministre Courchesne dans laquelle elle expliquait à leurs parents que leurs enfants bénéficient maintenant d'une plage-horaire quotidienne réservée à la lecture à l'école, rédigent un texte par semaine et ont le bonheur de connaitre les joies de la dictée.

Cependant, mes élèves ne font rien de cela. Je ne les fais pas écrire. Ils lisent à la maison. Souvent. Mais pas en classe. En classe, j'enseigne et on travaille dur.

Pour l'instant, n'en déplaise à la ministre, je leur apprends à maitriser les classes et les rôles des mots et groupes de mots dans une phrase. Des choses comme trouver un verbe, identifier un sujet ou un complément direct. Impossible de leur parler d'écriture s'ils connaissent rien de la grammaire et de son fonctionnement de base.

Je ne blâme personne. Pas les profs du primaire. Pas les gamins. Je m'intéresse plutôt à ce que je peux faire avec eux pour qu'ils s'améliorent, pour qu'ils comprennent l'acte d'écrire.

On est à la première marche et certains trouvent cela difficile. C'est normal. Et ils ne savent pas à quel point je les trouve braves.

Je trouve cela difficile aussi. Il faut garder leur attention, les stimuler, les encourager, mimer des classes de mots et j'en passe. Et puis, je déteste les classes et rôles. C'est comme faire des gammes alors que j'ai envie de jouer de la musique!

Ah oui! au fait: je les ai fait rédiger un texte une fois. Celui-ci portait sur l'importe de bien lire et bien écrire. La plupart sont bourrés d'erreurs. Dans un mois, ils le corrigeront avant de me le remettre à nouveau. À ce moment, ils verront pourquoi ils n'ont pas écrit tout de suite en début d'année.

N'en déplaise à la ministre, je n'ai pas envie de corriger de la schnoute, de faire des dictées avec des explications que la moitié de mes groupes ne comprendront pas.

Aller en classe quand tu ne comprends rien et que tu ne peux rien apprendre, ça démotive. Apprendre, c'est stimulant quant on comprend. Encore faut-il avoir les connaissances nécessaires. C'est là que j'en suis rendu avec eux.
Malgré la lettre de la ministre, je fais ce qui me semble nécessaire pour la réussite des jeunes qui me sont confiés. C'est ce que j'appelle de l'autonomie professionnelle.

16 commentaires:

bibco a dit…

Élo prof masqué...c'est vrai hein qu'il y a une marge entre la réalité et les prôgrammes...
Et puis il y a la vie comme elle est. Il y a les adultes qui sont allés à l'école et qui ont eu leur diplôme et qui ne sont pas fichus d'écrire une lettre. Moi ça me questionne un peu quand même cette compétence de l'écriture. Drôle qu'on accepte des adultes que pour certains le gène de l'écrivain n'est pas de famille et que pour d'autres ça va de soi.
Et si c'était pareil pour les enfants? Certains n'auront jamais de facilité pour l'écriture, ils ne comprendront jamais le shéma du récit... Jamais les mots ne couleront d'eux comme l'eau pure d'une source un matin de Pâques.
C'est pourquoi je trouve que vous faites bien de commencer par la base et que je fais bien de tenter de faire des fondations solides pour que la base tienne...Ahlala, on en aurait long à dire...

Gooba a dit…

Bien dit!

Il faut maîtriser une langue pour écrire. Maîtriser la langue permet d'organiser ses idées et d'écrire quelque chose de cohérent. Tout se place naturellement dans la tête et sur le papier.

J'avoue ne pas m'y prendre comme mes collègues du primaire et je ne suis pas toujours comprise... Je travaille dans le même sens que toi et on s'indigne parfois que je les fasse moins écrire. Ils disent qu'il faut pratiquer souvent pour s'améliorer. Certes, mais pratiquer pour pratiquer, ils répètent les mêmes fautes et n'évoluent pas.

Peut-être que je suis dans le champ...

Le professeur masqué a dit…

Bibco; long à se dire? Plus que tu ne le crois...

Gooba: le bonheur est dans le pré, parait-il...

Gooba a dit…

Pré = champ? :o)

Le professeur masqué a dit…

Gooba: moi, je me dis que, tant qu'à être dans le champ, aussi bien avoir du plaisir et faire ce en quoi je crois.

Gooba a dit…

Si le bonheur s'y trouve, peut-être que le bonheur de savoir bien écrire aussi... :o)

Le professeur masqué a dit…

Gooba: ce que je sais, c'est que j'ai eu des élèves qui n'ont jamais pu réaliser leurs rêves de caarrière parce qu'ils ne savaient pas écrire convenablement leur langue maternelle Leur bonheur, ils n'ont pas pu y accéder.

Voir un grand de 17 ans te pleurer dans la face parce qu'il est refusé au cégep à cause de son français, en voir un autre ne pas pouvoir aller en communication, ça te donne un sacré coup.

Alors, je me fais chier à tout faire pour leur montrer à écrire. Et à éviter de les voir pleurer.

Gooba a dit…

En changeant un mot ou deux, me permets-tu de passer le message à mes élèves, question qu'ils comprennent l'ampleur du drame et de la tâche à accomplir (tsé, quand ils m'écrivent "cette arbre" en 6e année, le peu de cheveux qui me reste frise instantanément!!!

Le professeur masqué a dit…

Gooba: faites, mais faites...

Le professeur masqué a dit…

Gooba: faites, mais faites...

Émilie Trudeau a dit…

Bonjour Professeur Masqué!
Je suis présentement à l’université, en enseignement du français langue seconde, et à la lecture de votre entrée blogue, je suis totalement en accord avec votre approche. Dans un de mes cours de didactique en langue seconde, le professeur nous répétait sans cesse qu’il faut greffer le neuf au vieux. Si la base des connaissances n’est pas là, ça ne sert à rien de vouloir enseigner quelque chose de nouveau. C’est un peu de mettre la charrue devant les bœufs que de faire écrire des rédactions à des élèves qui ne maitrisent pas les règles de grammaire en français.

Stéphanie a dit…

Bonjour monsieur le professeur masqué!

Je suis présentement à l’université et j’étudie pour devenir enseignante de français langue seconde. Dans plusieurs cours, nos professeurs nous demandent de faire des entrevues avec des enseignants, de rencontrer des gens du milieu… La même chose ressort tout le temps quand on les interroge sur les dictées : ça ne change rien de particulier. Bien sûr, certains élèves apprennent les mots à l’étude pour la dictée du vendredi… mais redemandez-leur de les réécrire lundi matin et vous vous rendrez compte qu’ils ont tout oublié. On nous a aussi dit que la dictée était une solution « facile » pour montrer aux parents qu’on fait quelque chose, mais que ça ne réglait pas le problème. Votre approche me semble beaucoup plus logique. Comment peut-on accorder correctement avec le complément direct si on ignore ce qu’est un complément direct et comment le trouver?

Le professeur masqué a dit…

Bonjour mesdames Émilie et Stéphanie,

En fait, le problème est un peu plus complexe. J'ai des élèves qui connaissent très bien leur grammaire de base et d'autres pas. Je dois donc l'enseigner sans écoeurer les plus forts et pousser les plus faibles à se dépasser et à venir en récupération.

Mais.. mais...

J'ai aussi des élèves faibles en grammaire qui ne font aucune faute et qui ne savent pas pourquoi et des élèves fort en grammaire qui écrivent avec tellement d'erreurs que c'en est décourageant.

Bref, même s'il s'agit d'un groupe d'élèves sélectionnés, l'homogénéité n'existe pas. Il me faut donc tenir compte de tous ces facteurs.

Sacha a dit…

Bravo!

Gooba a dit…

De mon côté, les dictées sont "réalistes". Pas de listes de mots à apprendre par coeur. Ils ont droit au dictionnaire et à la grammaire pour se corriger. Objectif 1 : apprendre à utiliser ces outils (car ils ne le savent pas!). Objectif 2 : leur donner le réflexe d'utiliser ces outils (ce que nous devrions faire une fois adulte!). Objectif 3 : insister sur l'analyse de phrase plutôt que sur l'emmagasinage bête d'une liste de mots non reliés les uns aux autres.

Ainsi va la vie... a dit…

(je n'ai pas lu les commentaires précédents, je ne sais pas si je répète)

La ministre Courchesne, elle a quoi, elle, comme compétences au niveau pédagogique? C'est ma seule question, et je n'ai jamais eu de réponse.

Une politicienne n'a rien à faire dans le domaine de l'éducation. Les éducateurs, les pédagogues, ceux qui travaillent sur le terrain devraient être davantage écoutés: ce sont eux les spécialistes.