12 novembre 2008

Un manque de logique

Québec entend embaucher 2 400 nouveaux profs pour diminuer le nombre d'élèves par classe, peut-on lire dans La Presse aujourd'hui. La mesure est louable mais totalement irréaliste. J'ai toujours cru, pour l'avoir rencontrée, que la ministre Courchesne était consciente des difficultés de notre métier, mais il lui manque parfois une vue d'ensemble des problèmes qui assaillent le réseau de l'éducation
Quelqu'un peut-il rappeler au MELS et à la ministre que nous sommes actuellement en pénurie d'enseignants? Que peu de personnes seront tentées de cumuler et un emploi exigeant et une maitrise en même temps? Déjà, des collègues ne travaillent plus à temps complet parce que la tâche est trop exigeante. D'autres quittent même avant leur retraite tellement ils n'en peuvent plus. Ce phénomène du départ hâtif d'enseignants est d'ailleurs peu couvert par les journalistes et peu documenté. Le MELS lui-même n'avait pu me fournir de chiffres à cet effet.
Désolé, mais c'est par l'amélioration des conditions de travail actuelles (locaux propres, bureaux décents, nombre d'heures travaillées réduit, salaire augmenté) qu'on réussira à retenir des enseignants et à attirer des nouveaux candidats.
Cette mesure - une promesse politique dont on peut douter puisqu'elle est faite à l'aube d'une récession qu'on dit majeure - sera un coup d'épée dans l'eau, quant à moi.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est bien louable cette idée mais le problème à mon école, outre la pénurie, c'est la place. Nous n'avons plus de locaux disponibles. C'est une des raisons qui font que les élèves ne redoublent presque pas. Où mettre les doubleurs? L'école étant gérée comme une entreprise, il n'est pas possible de faire doubler trop d'élèves en secondaire 2 car il n'y aurait pas assez de places pour les mettre dans les classes de 2 et trop de chaises libres dans le pavillon des 3. Idem pour faire doubler des 3, le pavillon des 4 serait libre et le 3 déborderait. Et quel bordel avec les tâches...des plans pour que le syndicat s'en mêle..pour le bien des profs naturellement pas celui des élèves. Nous tournons en rond!

Laurence

Le professeur masqué a dit…

Tu as effectivement raison, Laurence. En allant à l'école ce matin, je pensais justement aux points que tu avançais.

Chez nous, les collègues rigolaient en apprenant la nouvelle et ne croyaient tout simplement pas à sa faisabilité.

[Lµd] a dit…

J'ai bien l'impression qu'à l'aube de ces élections on promet sans s'appuyer sur rien de concret. C'est le cas en éducation, mais aussi le dossier «garderies». J'ai failli m'étouffer en lisant que «le moment venu, on trouvera bien où couper» pour mettre de l'argent ici ou bien là. Comme si de penser aux coffres était une précaution inutile avant d'avancer quoi que ce soit et que de prévoir une «faisabilité» au niveau des promesses ne servait à rien tant le peuple est ignorant. Ils nous prennent pour des imbéciles, en plus de ne pas écouter la voie de la raison! Comme vous le dites, ce n'est pas l'embauche de quelques profs supplémentaires qui va tout arranger. Il faut penser aux écoles, à l'espace, à toute l'infrastructure que ça prend. Le système d'éducation est contreproductif, c'est ça mon impression...

bibco a dit…

À vos solutions prof masqué j'ajouterais l'allègement du contenu de certaines matières ... Ces matières qui nous font mettre une note pour mettre une note sur le bulletin....Je parle ici du primaire naturellement puisque j'y enseigne.

Safwan a dit…

Je crois aussi que c'est un coup d'épée dans l'eau.
L'enseignement est loin d'être un métier séduisant. La ministre semble ne pas comprendre cela.

Dobby a dit…

2400 profs... pour faire la ponction dans chaque classe d'une diminution de 10%... C'est moi ou, 10% de 30 élèves dans une classe avec 10 cas de problèmes d'apprentissage et 4 cas de comportements (je n'exagère pas, c'est la situation d'une classe bien réelle de 2e cycle),^¸ca fait un gros 3 élèves de moins dans cette classe? Dans une école, faut être réaliste: ce n'est pas comme cela que les calculs se font. Ils regardent le nombre de prof généré par la clientèle, et tout au plus, peut-être que ça fera une classe de plus, mais où sera-t-elle placée? Probablement nulle part du fait que dans chaque cycle il n'y aura pas assez d'élèves pour justifier une classe de plus.

Deuxièmement... 3 élèves par classe... wow! Gros changement, de 30 à 27! Effectivement ça allège tellement une tâche d'enseignement... Bon comme j'ai dit, ce n'est pas comme ça que ça se calcule, mais franchement, c'est presque rire de nous.

Troisièmement, 2400 profs... pour diminuer le nombre d'élèves... est-ce que ça aide franchement les élèves? Non. Manque toujours autant d'orthopédagogues, de psychoéducateurs, d'éducateurs spécialisés, de psychologues et d'orthophonistes. À qui revient la tâche de faire de son mieux et d'essayer de faire avancer les 10+4 (non oups, 10+4-3 si le 10% fait parti des cas)? Le titulaire ou le prof-matière.

Bof... j'ai ri vraiment jaune ce matin. Elle n'a vraiment rien compris à la profession. Attachez-la dans une classe quelqu'un qu'elle voit la réalité. Et pas une de ces classes rose bonbon où on teste les réformes et matériel didactique, là!

Kim Lucier, la timbrée en cavale!!! a dit…

C'est une initiative très louable, mais c'est dommage qu'avant de prendre de telles décisions, que Madame la Ministre n'est pas pris le temps d'aller sur le terrain et de discuter avec les véritables astisans de l'enseignement au Québec, les enseignants. Au lieu d'entreprendre cette tâche, qu'elle devait qualifier de trop ardue, j'imagine qu'elle a préféré se référer aux dirigeants des commission scolaires et ses fameux fonctionnaires qui n'ont pas mis les pieds dans une école depuis déja une éternité. Ce n'est pas en coupant dans les budgets versés aux professionnels de l'enseignement qui aident les élèves en difficulté dans les classes que les enseignants iront de mieux en mieux, car ces coupures budgétaires alourdissent leur tâche. En ce sens, l'intégration des élèves en difficulté est peut-être la meilleure solution pour le porte-feuille du gouvernement, mais pas nécessairement celle à privilégier si l'on désire améliorer le sort des enseignants.

Anonyme a dit…

Super blogue!

Je suis du même avis que tout le monde. Je crois qu'en tant que Leader, une ministre devrait se mettre au parfum des situations actuelles. C'est à dire consulter non pas les commissions scolaires et les commissaires qui en savent autant qu'elle mais plutôt directeurs d'écoles, directeurs de cycle et enseignants. D'après moi la principale raison qui fait en sorte que notre ministre ne peut pas tirer le max des ressources c'est parce que le système d'éducation est tout décentralisé et passe par un tas d'intermédiaire. Les enseignants se rapportent au directeur de cycle qui lui, se rapport au directeur général qui parfois passe le message à l'administration de la commission scolaire qui eux, passent le message au conseil des commissaires, qui eux votent pour les projets qui sont ensuite communiqués au ministère par le ou la présidente du commissaire.

Je vous laisse faire vos propres déductions en ce qui concerne l'acheminement des informations (pensez à la façon dont la réforme a été communiquée aux enseignants depuis le ministère).

On veut tout faire sans rien faire de correct. Une chance qu'un certain M. Pallascio a établi un comité de révision de la réforme sinon cette dernière serait comme un fromage qu'on laisse moisir sur un comptoir.