04 juin 2010

Corriger la perception d'une certaine réalité

Benoit Dutrizac expliquait à Pierre Saint-Germain de la FAE, qui lui parlait de la détresse psychologique des enseignants et de la violence à laquelle ils étaient parfois confrontés, que lui ne serait pas intimidé par des jeunes dans une classe ou dans une maternelle.

J'ai bien envie de lui répondre, de lui envoyer un courriel lui montrant que la vision qu'il a de la réalité est bien caricaturale. Vous avez des expériences ou connaissance d'événements survenus à des collègues dont je pourrais lui faire part?

12 commentaires:

Mam'Enseignante a dit…

Un prof d'expérience qui se fait donner un coup de tête par un enfant de maternelle qui entraine une commotion cérébrale...

Une classe tellement poquée qu'en grattant les fonds de tiroirs, on a engagé une TES presqu'à temps plein pour les 3 derniers mois de l'année...

Un enfant qui n'écoute pas et qui marche à quatre pattes sous les bureaux pendant les explications. Ne fixe pas l'attention. Aucun professionnel de la santé ne voit quelque chose d'anormal.

J'ai quasiment peur de continuer...

bobbiwatson a dit…

Il y a dix ans, à l'arrivée de la première cohorte des enfants-rois, j'ai connu une prof de maternelle qui n'a pas résisté 3 mois (et on était en début d'année). Il y a eu au moins trois suppléants pour finir l'année dont un homme (que je pensais être jeune) mesurant 6'5" et chauve .......... Quel choc pour ces jeunes enfants! Mais pas suffisant pour les assagir :(

J'aimerais bien voir monsieur Benoît face à une cohorte d'enfants roi! Les parents responsables peuvent "casser" leurs jeunes rois mais les autres ... Malheureusement ils sont majoritaires.

Lia a dit…

C'est classique, on ressort cet argument à chaque fois, mais je le mets au défi de faire une semaine de suppléance dans une école primaire de la CSDM. Il va voir de quoi on parle. J'enseigne au secondaire, et pourtant, quand je passe une matinée de bénévolat à l'école primaire de mes enfants, j'en ressors complètement lessivée. C'est un vrai monde parallèle.

Au secondaire, ce qui me tue: quand le parent appelle pour dire que son petit Georges-Éric ne fera pas sa (copie, réflexion, retenue, suspension, etc.) parce que, lui, le parent trouve que ce n'est pas juste, et que la direction baisse les bras. Ce n'est pas toujours le geste du jeune qui intimide le plus, mais tout le processus que ça enclenche.

A. a dit…

Je suggère très fortement la série The Wire 4e saison. Bon, Montréal, ce n'est pas Baltimore, mais ce qui se passe dans les classes, c'est pas très loin...

Anecdote personnelle:

Les élèves, 5e secondaire, doivent remettre un travail. Mlle X va le porter à sa prof 1 heure après la fin des cours (comme si c'était normal et tout).

Prof: Non, X, je n'accepte pas ton travail. Il est écrit à la mine et c'est un brouillon. Remets-moi une version propre qui respecte les règles de présentation demain. Tu perds 10% pour le retard.

Élève X sors du bureau de la prof en claquant la porte. Dix minutes plus tard, le directeur-adjoint arrive avec l'élève.

Directeur: Considérez que le travail de X est remis.

Prof: Non. Il ne respecte pas les règles de présentation.

Directeur: Elle a fait son travail. Considérez-le remis. Elle va vous faire une copie propre pour demain.

Prof: Non. Je ne l'accepte pas. Elle devra assumer les points de retard.

Directeur: Moi, je l'accepte, donc vous l'acceptez.

Tout ça en présence de l'élève...qui souriait en coin, fière d'avoir remporté le combat grâce à quelques larmes dans le bureau du directeur d'un collège privé.

J'ai fait une plainte officielle à la direction-générale et demandé des excuses. On a insinué que je faisais une tempête dans un verre d'eau. J'ai quitté l'enseignement dans les mois qui ont suivi cet événement. D'anciens élèves me disaient encore la semaine dernière que j'ai été leur meilleure prof de français au secondaire, mais des événements comme ceux-là, lorsqu'ils arrivent à répétition, ça te détruit un équilibre mental.

Future Prof a dit…

Sans être effrayé par cet élève, un de mes élèves de stage en 6ème année a "flippé" son bureau et m'a crié : "M'as te tuer et te fourrer"...
Il a 11 ans, je l'ai sorti de la classe assez rapidement et j'ai été suffisament chanceuse d'avoir un maître associé pour m'aider à intervenir par la suite,mais je ne crois pas que son comportement changera dans le futur. S'il peut faire ça à 11 ans, 50 lbs mouillées avec du change dans les poches, que sera-t-il capable de faire à 15 ans ?

Je crois qu'il serait normal pour ses futurs enseignants de se sentir dépassés par la situation et intimidés lors des manifestations de violence qu'il fera.

Anonyme a dit…

Des choses que j'ai vu?
Une mère qui dit qu'elle va mettre une bombe sous mon auto...
Un élève de 2e année qui m'a carrément lancé une chaise par la tête (ouf, les réflexes!).
Un élève de 6e année qui a pris une élève dans un coin et l'a frenchée de force...
J'ai entendu parler d'un élève de maternelle qui s'est levé sur une chaise, au-dessus d'un autre élève, pour lui faire tomber des blocs de bois sur la tête, des gros blocs.
J'ai déjà eu un élève de 6e année qui s'est carrément sauvé à la course de ma salle de classe (méchante que je suis, je lui ai dit de demeurer assis et d'arrêter de se promener!)... oh, et il était revendeur de drogue...
J'ai déjà mangé un coup de poing dans la figure en séparant 2 élèves de maternelle qui se battaient à coups de poings et de pieds durant la récré.
J'ai déjà eu un élève exhibitionniste qui montrait ses parties et ses fesses à tout le monde dans la cour....

Et dire que je n'enseigne que depuis 6 ans!

Et je ne peux (ni ne veux) frapper un élève. Alors qu'est-ce que je fais si je lui dit d'arrêter et qu'il continue? Qu'est-ce que je peux donner comme conséquence si le parent vient annuler la conséquence par après?

marâtre

Profquifesse a dit…

Nous sommes au cegep, première année, premier semestre, donc une classe d'étudiants qui arrivent du secondaire. L'un d'entre eux, après avoir manqué deux ou trois cours, revient tout à coup en classe et demande à faire le contrôle d'il y a deux cours (déjà corrigé et remis). Devant mon refus, il pique une grosse colère : alors qu'il ne reste que deux étudiantes qui achèvent de boucler leur sac, debout devant moi (je suis assis au bureau), poings brandis à quelques centimètres de mon visage, écume à la bouche, morve au nez, il menace de casser ma "crisse de face d'intellectuel". J'ignore encore comment j'ai réussi à garder mon calme, à me lever tranquillement et à lui faire entendre raison, moi qui n'ai pourtant jamais suivi le cours "Gestion de classe", non plus que celui de "Humour en classe", et encore moins "Crise de sevrage de drogue dure en fin de classe alors que tout le monde est parti" (c'est ce que la conversation plus calme qui a suivi a permis de révéler).
Reste qu'au cegep, ce genre de situation est plutôt rare heureusement.

Anonyme a dit…

C'est bien facile de dire qu'on ne se laisserait pas intimider quand on a jamais été confronté à la réalité.
Je n'ai pas du tout le profil du prof qui se laisse intimider,je sais me faire respecter, j'ai des années d'expérience derrière la cravate, mais je constate que:
1. les jeunes ont changé(plusieurs sont élevés par des parents ados)
2. la société a changé(c'est le règne de l'éphémère,du prêt à consommer et à jeter en tout y compris dans les relations)
3. les directions d'école ne sont plus là en support aux enseignants
4. les parents ados, comme leurs enfants revendiquent
5.etc
Si j'arrivais dans la profession, j'avoue que je ne saurais pas choisir mes combats...

Le professeur masqué a dit…

omme j'ai pesé sur le mauvais bouton, je recopie ici ce que le fruit de mon erreur a failli effacé;

pgiroux: Bonjour,

deux exemples vécus par ma femme en première année:
- un jeune qui passe la plus grande partie de son temps à se masturber ou à jouer avec son organe.
- une jeune qui réagi violemment pour tout et pour rien (ex.: lancer des chaises dans la classe parce qu'il ne comprend pas, crever l'oeil de son ami suite à un différent sur la cours d'école...)

Ces enfants n'avaient alors aucun dossier et droit à aucun services particuliers.

Lia: J'adore la phrase de Anonyme:

"Si j'arrivais dans la profession, j'avoue que je ne saurais pas choisir mes combats."

C'est exactement le sentiment que j'ai, même après plus de 10 années dans le domaine. Je ne me sens pas appuyée, mais, au jour le jour, j'ai au moins appris comment éteindre les petits feux qui s'allument dans ma classe.

Prof malgré tout: Une prof de première année garde une élève pendant une récré pour faire de la récupération, car les devoirs ne sont jamais faits.

Le lendemain matin, la maman entre dans l'école complètement saoule (oui...) et lui ramasse un coup de poing en pleine mâchoire.

Mâchoire brisée, prof brisée... Il n'était même pas encore 8h00 du matin.

Les conséquences pour la mère furent minimes et quelques années plus tard, elle pouvaient revenir dans l'école.

La prof a essayé de revenir l'année suivante, mais a fini par choisir une retraite anticipée. C'était une prof géniale avec encore quelques belles années devant elle.


Pour faire plus léger.

Il manquait un prof vendredi et il n'y avait pas de suppléant. Donc, remplacement d'urgence obligatoire pour les profs dont les élèves sont avec un spécialiste. C'était la panique... Personne ne voulait aller en maternelle 4 ans!

Catherine: Comparativement à ce qui a été dit précédemment, mes exemples sont assez "soft"...

En fait, ça ressemble un peu à Future Prof. Seulement cette année, dans une petite école de banlieue, deux enseignantes de sixième année ont eu des menaces de mort (d'élèves différents). On parle ici de deux classes du troisième cycle.


Je suis bien d'accord avec ce que certains ont mentionné avant moi.. À mon avis, le support des directions, c'est ce qui est vraiment manquant.

Désolé de mon incompétence!

folle à lier a dit…

petites tranches de vie à mon tour...

- un élève de 1ère année qui m'assène un coup de poing en ventre, lors d'une colère, alors que je suis enceinte de 7 mois. L'élève continuera de démontrer un tempérament agressif et ne sera identifié qu'à partir de la fin de sa troisième année étant donné le manque de sous et la longue liste d'attente pour rencontrer un spécialiste...

- une élève qui s'automutile en classe avec des ciseaux et qui ne peut rencontrer un psy parce qu'elle n'est pas considérée comme une priorité...

- une fillette de maternelle qui explose littéralement de rage (crache, griffe, frappe, lance des objets, renverse des tables)lorsqu'elle se fait dire non.

comme de nombreux enseignants, il m'est difficile de croire qu'un seul d'entre nous ait un parcours sans incident de ce genre...

John Drake a dit…

Dutrizac est un grand singe ignorant. Il ne connaît rien à l'enseignement, ni à rien d'autre d'ailleurs. Il ne fait que répéter les mêmes âneries et les mêmes clichés. Il ne pourrait pas passer une demi-heure en classe. Je suis président de syndicat et je sais pertinent que la maternelle est un champ de mines. Ils sont mignons et petits, mais les profs vous diront qu'ils sont aussi parfois à l'état sauvage, comme s'ils n'avaient pas été élevés: coup de pieds, insultes, morsures, crachats au visage.

Lia a dit…

Allez lire dans le dernier numéro des Nouvelles CSQ le cas de la prof qui a eu maille à partir avec des parents complètement dingues. (no été 2010 p. 24-25.) J'ai lu ça ce matin et les cheveux m'ont dressé sur la tête. On ne sait jamais quand on va y passer.