08 juin 2010

Pourquoi je n'appuie pas cette entente

Peut-on être un enseignant lucide et appuyer l'entente survenue entre la FSE et le gouvernement? La réponse est non.

Quand le gouvernement a menacé les enseignants d'un décret il y a quelques années, nos officiers syndicaux nous avaient indiqué que c'est sous le couteau sur la gorge qu'on nous imposait des conditions de travail inacceptables. «On va se reprendre», pestaient-ils.

Or, qu'est-ce que cette entente donne de plus que ce qui était inacceptable? Une diminution du nombre d'élèves par classe? Celle-ci ne vise que le primaire ainsi que la première et deuxième secondaire. Elle sera étalée sur quelques années. Rien pour la troisième, quatrième et cinquième secondaire. Rien pour la formation professionnelle. Rien pour l'éducation aux adultes. Rien pour les programmes particuliers. Bel exemple d'équité... et surtout, c'est comme s'il n'y avait pas de problème ailleurs.

Dans les faits, la stratégie de la FSE est simple: on obtient des avantages pour une majorité des syndiqués et f... le reste. Comme la majorité des enseignants oeuvrent au primaire, on comprend vite qui notre syndicat tente de satisfaire.

Ah oui! il y a aussi ce vingt millions de plus pour les élèves en difficulté, le temps qu'on atteigne le ratio prévu par la diminution d'élèves par classe. 0,14% du budget du MELS. Un pet dans l'univers.

Désolé, mais cette nouvelle entente ne répare en rien les conditions imposées il y a quelques années et les reconduit même pour cinq autres années.

Pis encore, en s'entendant sur les clauses normatives de la sorte, quelle marge de manoeuvre nous reste-t-il quand à ce qui a trait au salaire et aux avantages financiers? Rien.

Et il fallait voir cette semaine comment nos sympathiques officiers syndicaux s'y sont pris pour nous faire avaler cette couleuvre en assemblée générale.

Premièrement, on a pris grand soin de ne distribuer aucun document avant l'assemblée. Impossible donc de savoir en quoi consistait concrètement cette entente, impossible de l'analyser à froid. Il aurait pourtant été facile de la distribuer par courriel ou de la déposer sur un site internet. Bel exemple de démocratie! Dire que c'est le même syndicat qui exige de la direction que tous les documents déposés en conseil d'établissement soient distribués à l'avance.

Deuxièmement, on remet aux particpants des documents soigneusement préparés pour «vendre» l'entente. Pas de texte original. Des textes annotés pour indiquer les avancées et les gains.

Troisièmement, on effectue un «pitch» de vente digne d'un représentant Tupperware. Poser des questions revient à être un mécréant, un renégat.

Avec certains collègues, je me suis déjà renseigné pour me désaffilier de la FSE. je me suis également renseigné pour créer un syndicat regroupant uniquement les profs du secondaire, sous l'égide de la FSE ou pas. Et le constat fut assez simple: plus difficile encore que de sortir de la mafia ou des Jéhovas.

Et dire que je paierai près de 27 000$ durant toute ma carrière pour faire partie d'un syndicat qui n'est même pas foutu de négocier des assurances collectives qui ont de l'allure et de créer, avec ces cotisations, un fonds de grève.

6 commentaires:

Profquifesse a dit…

C'est une vision que je partage à peu près entièrement. Les syndicats de professeurs m'apparaissent de plus en plus être des négatifs exacts des instances patronales : même mode de fonctionnement, même langue de bois, même duperie, et même autoritarisme, qui se cache ici sous le consensus obligatoire. Est suspect, voire déviant quiconque s'éloigne de la doxa et mine la so-so solidarité. Cette foutue solidarité, censée nous fortifier, nous affaiblit sans cesse au contraire nous fait accepter tous les compromis depuis des années, couleuvre après couleuvre.

M'est avis que le syndicalisme actuel est coincé dans les années 70. Vieux réflexes pour un monde dans lequel la politique ne joue plus selon les mêmes règles.

Catherine a dit…

Je ne crois pas que les enseignants du primaire soient vraiment plus satisfaits que toi...

Anonyme a dit…

Mais les enseignants du primaire sont plus priorisés, étant plus nombreux !!!!!!!!!

Un syndicat pour le primaire et un pour le secondaire: voilà l'équilibre.
Ce sont deux mondes différents. Comment un syndicat unique peut-il défendre équitablement les droits des deux entités?

Mam'Enseignante a dit…

Je comprends que l'entente vous a été présentée.

Est-ce que vous vous êtes prononcés dessus?

Globalement, est-ce que l'entente est acceptée ou refusée? (on croirait une phrase du Banquier!!)

Anonyme a dit…

Cessez de penser aux syndicats...il est grandement temps que les enseignants forment un ordre professionnel afin de se prendre en main.

Anonyme a dit…

En fait, les baisses de ratios du primaire avaient déjà été annoncées par la ministre à l'automne. Ce n'est rien de nouveau et ce sera aussi applicable aux C.S. syndiquées avec la FAE dès septembre, même si aucune entente n'est en vue. La seule nouveauté est la 1re et la 2 secondaire.

Aussi, la FAE a comme objectif d'obtenir un gain pour chaque secteur représenté (présco., primaire, secondaire, adultes, FP) pour conclure une entente.

C'est vraiment en négos qu'on peut voir les deux "personnalités", bien différentes, des deux fédérations de profs (FSE et FAE)...