03 juin 2010

Écoles «passerelle»: un débat hypocrite

Hier, le gouvernement Charest a dévoilé sa solution quant à la problématique des écoles «passerelle»: un parcours authentique de trois ans dans une école anglophone non subventionnée. Pardonnez ma franchise: tout le débat entourant cette mesure relève de la plus haute hypocrisie.

Tout d'abord, le gouvernement libéral refuse d'invoquer la clause «nonobstant» de risque de passer pour des extrémistes et de soulever l'ire des communautés anglo-québécoise et canadienne. Il y va plutôt en compliquant l'accès à l'école anglaise. Bref, il tente de faire indirectement ce qu'il ne veut pas faire directement. De plus, Jean Charest affirme refuser brimer les droits de certains pour affirmer les droits des autres avec la clause «nonobstant». Sauf que son gouvernement l'a déjà utilisée dans d'autres cas.

Ensuite, il y a le Parti québécois qui reproche au Parti libéral de ne pas avoir le courage d'invoquer la clause «nonobstant» et de permettre aux «immigrants» (dixit Mme Marois, quel beau lapsus!) d'acheter une place à l'école anglaise. Or, de mémoire, ce même parti aurait eu l'occasion d'invoquer cette clause alors qu'il était au pouvoir, mais ne l'a pas fait.

Enfin, il y a ces Québécois de langue française qui sont contre le fait qu'ils doivent payer pour envoyer leur enfant à l'école anglaise mais qui dénoncent, dès qu'ils le peuvent, les «maudits immigrants» qui ne parlent que l'anglais.

Un jour, il faudrait peut-être se brancher clairement. Aura-t-on, un jour, d'accoler l"adjectif «français» peut être au nom propre «Québec»?

4 commentaires:

Hélène a dit…

Des facteurs déterminants:
- diminution du poids démographique du français au Canada et au Québec,(de 29% en 1951,c'est maintenant 22% francophones en 2006).
- accroissement du pouvoir d'attraction de l'anglais ("Globalization"):web, "English market force"
- tendance des parents immigrants à inscrire leurs enfants à l'école anglaise; les immigrants font un transfert linguistique dans la communauté anglaise à 51 %
- faible taux de natalité
Donc, les facteurs sont plus que jamais présents pour dénoncer ces contournements et ces affaiblissemnts de la loi 101, pour renforcir les politiques linguistiques.
Le Québec doit composer avec les forces extérieures, mais doit agir pour assurer la survie de sa langue.
Notons, par ailleurs , que bien des québécois souhaitent à juste titre voir un enseignement accrû de l'anglais langue seconde au sein de l'école française.

Jimmy a dit…

Décidément, professeur masqué, on a des atomes crochus. Je traite du même sujet sur mon propre blogue - avec pas mal les mêmes conclusions. L'élite politique n'a pas le courage de défendre le français.

bobbiwatson a dit…

J'entendais la ministre Courchesne dire qu'il fallait préserver la langue française surtout que c'est la langue d'enseignement: elle l'a dit.
Alors, pourquoi faut-il faire des pieds et des mains pour permettre à des francophones d'accéder à des écoles anglophones? 21,000$ c'est quoi? Ces faux francophones pourraient débourser 100 000$ et ils ne diraient rien.

Si ces francophones ont tant de sous à dépenser pour que leurs enfants deviennent parfaitement bilingues qu'ils les inscrivent à des camps de jour anglophones: l'immersion estivale pendant quelques années fera la job et leur coûtera moins cher et les écoles francophones ne perdront pas leurs élèves sous de faux prétextes.

Madame la ministre vous devriez ajuster vos lunettes.

Missmath a dit…

Et si le problème n'était pas là où l'on croit ?

Le Québec est une nation.
Steven l'a dit.
Alors, souverainiste ou pas, partons de cela.

La langue officielle au Québec est le français.
Les langues officielles du Canada sont le français et l'anglais.
Le point commun, que l'on soit souverainiste ou pas, c'est le français au Québec.

Maintenant, si on faisait un sondage à travers le monde et que l'on demandait quelle langue est essentielle pour pouvoir fonctionner dans le contexte de mondialisation actuel, on vous répondra l'anglais. La preuve, tous les diplômés chinois ou indiens parlent anglais et ce même si le mandarin est probablement la langue la plus utilisée dans le monde.

Pourquoi les parents veulent-ils envoyer leurs enfants à l'école anglaise ?

Pour la qualité de l'enseignement qui y est promulgué ?

Non.

Pour la qualité des programmes ?

Non.

Pour que leurs enfants soient fonctionnels en anglais.

Le vocabulaire spécialisé, dans une langue ou dans l'autre, n'importe pas. Il n'importe pas que l'on fasse des mathématiques en français ou en anglais. Ce qui importe, c'est qu'en sortant de l'école, l'enfant soit capable de dire autre chose que "my name is Kévin Langevin, what is your name".

Nous sommes entourés d'anglophones. Les États-Unis, les autres provinces, Montréal, la Gaspésie, les Eastern Townships, l'Outaouais. Pas besoin d'aller loin pour se retrouver en immersion. Pourquoi l'école n'en profite-elle pas ? Pourquoi n'offrons-nous pas dans nos écoles francophones une formation en langue anglaise aussi solide que celle offerte aux Chinois en Chine, aux Indiens en Inde, aux Suédois en Suède ? Pourquoi avons-nous des programmes des Sports-Études ou des concentration Arts, mais pas de programme de langue anglaise ?

Quand j'enseignais au baccalauréat international, nous avions des étudiants qui suivaient le cheminement régulier (c'est-à-dire avec une riche formation en français et un bon niveau d'anglais) et d'autres avec le cheminement bilingue, c'est-à-dire qu'ils passaient l'examen de français des francophones (langue première) et l'examen d'anglais des anglophones (langue première).

Je ne crois pas que les parents qui veulent envoyer leurs enfants à l'école anglaise le fassent parce qu'ils veulent que leurs enfants sachent faire de la chimie ou de l'histoire en anglais. Ils le font parce qu'ils ne croient pas que nos écoles francophones donnent une bonne formation en anglais. J'aurais même tendance à dire qu'ils ont même parfaitement raison. Alors pourquoi ne sommes-nous simplement pas plus exigeants dans nos écoles ? Et imaginez si on disait à nos petits anglophones qu'ils allaient travailler leur langue aussi fort que dans une école anglophone, mais qu'en plus, on va leur apprendre autre chose en français que de chanter "Alouette" ? Vous ne croyez pas que les parents anglophones ont le goût que leurs enfants anglos apprennent une autre langue ? Ils le font dans les autres provinces en envoyant leurs enfants dans des écoles d'immersion française !

En tout cas, si l'on ne se comporte pas comme souverainistes, au moins ayons la fierté d'être une nation, portons le fait français du Canada et réservons nos écoles anglophones, italiennes ou chinoises aux résidents étrangers de passage au pays.