07 avril 2011

«20% des jeunes enseignants quittent après cinq ans...»

Je ne me ferai pas d'amis ce matin, mais je ne suis plus capable de l'entendre, cette phrase-là, qu'on érige en grande vérité alors qu'elle devrait être considérée avec prudence. On la répète ad nauséam, comme dans le cas dans ce texte publié ce matin dans Le Soleil et portant sur la détresse professionnelle des enseignants. Sauf qu'on ne semble pas tenir compte de certains autres facteurs.

En effet, pourquoi les jeunes quittent-ils la profession après cinq ans? On établit évidemment un lien avec les conditions de travail des enseignants mais, même si ce dernier peut avoir un certain sens, il n'en demeure pas moins qu'il n'est pas prouvé. Et encore serait-il prouvé qu'il faudrait considérer ce lien dans le cadre d'une perspective plus historique. Et encore serait-il prouvé qu'il faudrait voir si cette situation est si différente de ce qui se passe dans d'autres corps d'emploi ou disciplines universitaires. En histoire et en communication, vous croyez que 80% des diplômés formés trouvent un emploi dans leur domaine et le conservent?

Et si les nouveaux diplômés quittaient pour d'autres raisons? Par exemple, la précarité de l'emploi. Après quelques années à tourner en rond d'une suppléance à une autre, on en vient inévitablement à avoir envie d'un vrai emploi. Je repense à cette lettre d'une jeune enseignante qui se lamentait de ne pas trouver de poste dans son domaine après un bac de quatre ans.

De plus, on ne pourra pas m'enlever de la tête que des universitaires ayant une cote R aussi faible puissent être capables d'affronter toutes les exigences et la rigueur de ce métier. Peut-être s'agit-il des 20% des plus faibles qui quittent, une sorte de sélection naturelle?

Dans la même veine, bien des gens autour de moi affirment que la formation universitaire que reçoivent les futurs enseignants est souvent inadéquate. Il suffit de recevoir un stagiaire pour le constater. D'ailleurs, à ce propos, la refonte du bac en enseignement, en décernant immédiatement une autorisation d'enseigner à la fin des quatre ans de celle-ci, ne me semble pas permettre de s'assurer que les titulaires de celle-ci soient véritablement qualifiés. L'évaluation des stages en milieu scolaire me semble manquer de rigueur et laisser entrer sur le marché de l'emploi des candidats au profil parfois insuffisant.

Voilà. Ce n'est pas parce qu'on répète une statistique cent fois qu'il s'agit nécessairement d'un grand drame humain. Un jeune enseignant sur cinq décroche. Et puis, si cela n'était pas un peu normal? Et si c'était même un peu souhaitable?

7 commentaires:

Jacques Tondreau a dit…

Personnellement, je crois que les problèmes de rétention des enseignants débutants font partie de ces indicateurs qui montrent la difficulté de l’insertion professionnelle : 20 % des jeunes enseignants quittent la profession durant les cinq premières années, ce qui est environ trois fois plus que pour l’ensemble des corps d’emploi de la fonction publique au Québec. En formation professionnelle, la situation est encore plus problématique : 25 % des enseignants abandonnent la profession au cours de la première année. Cette désaffection, qu’on pourrait qualifier de « malaise enseignant » ou encore de « souffrance des enseignants », trouve écho en Europe comme ailleurs en Amérique du Nord.

Une étude publiée par le ministère de l’Éducation nationale, en France, montre que deux enseignants sur trois se sentent concernés par le malaise enseignant. Cette donnée indique une dégradation de la profession puisqu’en 2005 ils étaient 53 % à connaître ce malaise. C'est le manque de reconnaissance professionnelle qui est dénoncé par les enseignants. Un professeur sur trois (30 %) envisage de quitter le métier.

Parmi les problèmes évoqués, la gestion de l'hétérogénéité vient en tête, devant la difficulté à atteindre les objectifs de travail dans le temps prévu. En Belgique, ce sont 35 % à 40 % des jeunes enseignants qui quittent leur poste durant les cinq premières années : un sur deux le quitte après huit années.

En Amérique du Nord, deux enseignants américains sur cinq se disent découragés ou déçus par leur travail, d’après l’étude Teaching for a Living : How Teachers See the Profession Today. Pour une grande partie des enseignants américains, les principaux motifs de mécontentement restent le manque de soutien de la part de leur administration, le comportement des élèves et la faiblesse des salaires.

Au Québec, la tâche des enseignants est perçue comme de plus en plus lourde, ce qui contribuerait au malaise enseignant. Cet alourdissement est particulièrement patent dans le travail « hors classe », par exemple quand il s’agit de siéger aux comités et dans les lieux de décision, d’organiser des campagnes de financement, de mettre en place de nombreux plans d’action ou d’accomplir des tâches bureaucratiques. Selon Claude Lessard, ces tâches « énergivores et consommatrices de ressources […] expliquent l’essoufflement des enseignants et le discours sur l’alourdissement de la tâche. Le cri du cœur de plusieurs à l’effet que l’école et ses travailleurs ont besoin d’oxygène exprime le sentiment de surcharge et d’impossibilité de répondre à toutes les demandes et à toutes les attentes. » On demande aux enseignants de tout accomplir, y compris ce qui relève davantage de la famille et de la société que de l’école. En même temps, ils sont l’objet de nombreux jugements (les parents, les élèves, la direction, les médias), mais de peu de reconnaissance.

Autre phénomène à ne pas négliger dans la compréhension de la condition des enseignants débutants : le fait qu’on leur demande de remplir les mêmes tâches que les enseignants plus expérimentés et qu’ils sont plus souvent affectés dans les écoles ou les classes les plus difficiles, tout en connaissant la précarité qui oblige à se rendre dans plusieurs écoles pour avoir une tâche complète. Certains d’entre eux doivent enseigner des matières pour lesquelles ils n’ont pas été formés. Dans ces conditions, le jeune enseignant peut vivre un sentiment d’incompétence ce qui contribue aussi au décrochage, surtout dans les deux premières années de la carrière.

Le professeur masqué a dit…

M. Tondreau: merci de cet éclairage. Mais je vais me permettre un commentaire personnel à chaud. Quand j'ai commencé en enseignement, il m'a fallu enseigner à 60 km de chez moi pour un poste comprenant deux préparations et à 75%. Les premières années, j'étais en cinquième secondaire dans un poste où j'avais toute la pression du monde.

Aujourd'hui, la précarité me semble moins importante qu'il y a 15-20 ans, il me semble?

Profquifesse a dit…

La rumeur veut que beaucoup d'employeurs, quel que soit leur domaine, s'étonnent de constater à quel point les nouvelles générations sont exigeantes, choyées et peu enclines à s'astreindre aux contraintes difficiles qui étaient jusqu'à maintenant imposées aux derniers arrivés. Ce n'est peut-être qu'une rumeur, ou encore une exagération que déforment les préjugés vis-à-vis des enfants rois maintenant devenus adultes princiers. Ce pourrait être un début d'explication. Un début seulement, et qui resterait à prouver.

Je crois surtout qu'il y a indéniablement une crise de l'école, crise sociale du rôle de l'école dans un monde qui a changé tandis que l'école fonctionne encore sur des modèles périmés. (voir à ce sujet une belle synthèse d'un historien français : http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lesysteme/Pages/82Crise.aspx). Ces changements reposent hélas entièrement sur les épaules des enseignants qui ne s'y retrouvent plus et à qui la formation indigente et spécialisée en hochets psychologiques et didactiques ne permet pas de de comprendre les véritables enjeux auxquels ils seront confrontés face à une bande d'adolescents d'horizons divers.

Ce n'est pas la pédagogie qu'il faut repenser : c'est l'école elle-même.

Luc Poitras a dit…

"En histoire et en communication, vous croyez que 80% des diplômés formés trouvent un emploi dans leur domaine et le conservent?"

Vous comparez deux choses différentes : 1) trouver un emploi dans son domaine 2) le conserver.

La mesure sur laquelle vous vous penchez pour les enseignants c'est 2).

Pour les historiens c'est 1) et 2) et donc nécessairement moins que simplement 2)...

Le professeur masqué a dit…

. Poitras: vous pouvez me réexpliquez cela plus clairement svp?

Luc Poitras a dit…

Plus clairement, non, désolé.

Relisez.

Le professeur masqué a dit…

M. Poitrais: Alors, clairement, ne venez plus sur mon blogue car je ne perdrai pas mon temps à essayer de comprendre vos propos et surtout à être poli.

Si être compris ne vous dérange pas, vous êtes un piètre communicateur.

Désolé.