01 avril 2008

L'évaluation des compétences

Le dernier avis du Conseil supérieur de l'éducation (CSE) sur le bulletin a ramené le sujet de l'évaluation dans la blogosphère.

Parmi les positions du CSE, on se souviendra que ce dernier exclut toute mesure directe des connaissances dans le bulletin. Pour celui-ci, l'évaluation des compétences comprend nécessairement celui des connaissances.
Une telle position ne surprend personne puisque ce conseil a appuyé depuis toujours le Renouveau pédagogique, qu'au moins un de ses membres adhère au Réseau de l'avancement en éducation au Québec (RAEQ) favorable à la réforme, de même qu'un des professeurs universitaires consultés par le CSE.
Tout le monde a droit à son opinion. Seulement, quand la moitié des enseignants sont divisés sur la réforme, il y a quelque chose de malsain et dysfonctionnel derrière toute cette belle position unanime.

D'autant plus que l'énoncé voulant que la mesure des compétences inclut celui des connaissances est en majeure partie faux. En effet, tout dépend de l'évaluation dont on parle et de la rigueur avec laquelle on traite celle-ci.

Allons-y avec deux exemples.

En français

L'examen d'écriture de cinquième secondaire est vu par plusieurs pédagogues comme une évaluation claire d'une compétence: celle d'écrire un texte argumentatif d'environ 500 mots en tenant compte de certains critères, dont la maîtrise de la langue. À tort, quant à moi, le MELS va même jusqu'à utiliser cette épreuve lorsque vient le temps de pondérer la note école. Il utilise son examen comme étalon mesure si l'on veut pour contrebalancer les résultats obtenus durant l'année par un élève.

Or, il faut savoir que la réussite de cette épreuve constitue une véritable blague. La Presse notait récemment les taux effarants de réussite à cette épreuve. Il faut dire qu'on met tout en oeuvre pour éviter l'échec aux élèves; possibilité de préparer l'examen d'une façon éhontée, utilisation d'une feuille de notes à l'examen qui n'est jamais vérifiée quant aux éléments qu'on y retrouve, allongement de la durée de l'épreuve devant les difficultés nombreuses des élèves, etc.

Il existe également différentes façons de tricher à cet examen, mais le MELS ne semble soit pas connaître les façons d'y parvenir soit ne pas vouloir les éviter. Je ne les mentionnerai pas sur ce site, sauf que dites-vous que les nouvelles technologies y jouent une place déterminante.

Enfin, pour en revenir à l'essentiel, cette épreuve ne mesure pas véritablement la maîtrise de la langue française d'un élève, mais plutôt sa capacité à écrire un texte argumentatif d'environ 500 mots dans un contexte donné. Sinon, comment expliquer un taux de réussite si élevé alors qu'on constate quotidiennement le peu de maîtrise de la part d'élèves pourtant diplômés? D'ailleurs, obtiendra son DES un élève qui fera moins d'une faute de grammaire et d'orthographe aux quinze mots. Ce seuil de réussite en dit long sur la définition de ce qu'est réussir pour le MELS.

Dans mes classes, année après année, de mes élèves qui ne savent pas reconnaître un adverbe d'un nom réussissent cet examen. Ils échouent des tests de connaissances grammaticales, mais réussissent à se dépatouiller quand arrive l'épreuve du MELS et sa correction à la rigueur douteuse.

Compétence et connaissances? Désolé, mais je ne confierais pas l'écriture de mon épitaphe à la moitié de mes élèves. Je ne les dénigre pas. Je constate. Ils ont plusieurs qualités importantes. Cependant, après onze années d'école, on aurait pu espérer mieux. Et ne blâmez pas les formes de pédagogie qu'ils ont vécues: regardez la façon dont on les évalue.

En histoire

Le programme d'histoire n'existe plus à proprement parler. Sauf que les profs de quatrième secondaire sont en formation et l'un des constats que deux collègues de commissions scolaires différentes m'ont confié est le suivant: les élèves forts en écriture et en lecture n'auront pas besoin de suivre le cours. Avec un peu de travail, ils réussiront l'examen sous sa forme actuelle avec une connaissance très parcellaire de l'histoire.

Je ne dis pas que ce qui se faisait avant était parfait, mais on n'a rien emmieuté loin de là.

9 commentaires:

Gooba a dit…

Décourageant! Ça me fait quand même du bien de faire l'autruche, cette année. En 5e année, on peut se foutre de tout ça. Je pense que j'avais besoin d'une pause parce que c'est démoralisant de bûcher comme une folle pendant 10 mois pour que les élèves s'emmieutent et se faire rire au nez par le MELS en fin d'année.

Dans un autre ordre d'idée pas rapport, je t'ai courrielé deux fois. Tu me boudes? :o(

Safwan a dit…

Même constat au premier cycle en univers social. Une amie y enseignant me confiait corriger des productions écrites et des examens de compréhension de lecture plus que des test de géo ou d'histoire comme on voyait jadis. Je me rappelle même un épisode où elle m'a demandé de l'aide pour confectionner une grille de correction en écriture. Toujours est-il qu'une compréhension de lecture, comme tes collègues te le mentionnaient, ça ne demande pas d'avoir des connaissances en histoire, mais de comprendre ce que l'on lit, chose que font très bien les élèves forts. Et dire que le Renouveau est supposé remédier à la piètre connaissance de l'histoire nationale qu'ont les adolescents. Ce n'est sûrement pas en le faisant comme le mentionne ton billet - sans valuer les connaissances - que l'on y parviendra.

Le professeur masqué a dit…

Gooba: je vais peu prendre mes messages sur cette boite de courrier. Es-tu sûre d'écrire à carol_vadnais@yahoo.ca ?

Safwan a dit…

Carol Vadnais?!?

Lud a dit…

C'est décourageant! Justement, je commencerai (peut-être, car j'ai une décision à prendre) mon bac en enseignement au secondaire profil sciences sociales et cette manière de faire est loin de celle que j'ai connue en secondaire 4! Je me demande si pendant les 4 prochaines années (la durée du bac) cela va encore changer. Parti comme c'est le cas en ce moment, je crois que tout est possible, en éducation, au Qc.

Le professeur masqué a dit…

Safwan: défenseur des NY Rangers. Je trouvais le psudo intéressant, surtout que mon père a été son entraîneur dans sa jeunesse.

Jonathan Livingston a dit…

Le grand mensonge a été écrit. Faudrait écrire la comédie ou la farce a assez duré...

Philosophie de pseudo-éducation... Avec les outils du contrôle totale qui se profilent dans un futur rapproché... Saper l'éducation populaire est cohérent avec le totalitarisme qui cherche à se rétablir.

On a détourné l'éducation du plus grand nombre vers une éducation de ticounes ou ti clones imbéciles et ignares.

Quand je lis Tehami sur le Raeq qui glorifie le moment présent interactif et pourfend l'héritage des savoirs traditionnels, qui dévalorise la notion d'effort pourtant si capitale pour la formation d'un sentiment réel de compétence. Quand je vois la honte des jeunes de ne pas savoir, de chercher par tous les moyens de se sauver de l'évaluation et de l'apprentissage même, je m'inquiète pour les dégâts à long terme de ces approches.

Nous sommes dans une sombre période pour l'éducation.

Nous sommes en route pour "Le meilleur des mondes" ou déjà bel et bien dedans.

moiprof? a dit…

Non seulement on évalue pitoyablement la compétence linguistique (alias la grammaire et l'orthographe), mais j'ai l'impression que les arguments n'ont même pas besoin d'être rigoureux, ils ont juste besoin d'être là. Bien sur, on demande de les justifier, mais les élèves n'ont qu'à piger avec un minimum d'effort dans les textes qui leur sont fournis et saupoudrer quelques marqueurs de relation. Belle façon d'encourager la réflexion critique...

Le professeur masqué a dit…

Jonathan: la réusssite à tout prix, même au prix de la réussite.

Moiprof?: bienvenu ici. Effectivement, la qualité des arguments dans un texte de fin d'année est évaluée d'une façon très large et généreuse.