09 mai 2009

Expliquez-moi, quelqu'un!

La Fédération des femmes est contre l'interdiction du port des signes religieux dans les services publics québécois. Cela aurait été plus simple de dire qu'elle est pour le port de signes religieux, mais bon... Justement, il ne faut pas qu'elle dise qu'elle est pour...

Pour la FFQ, porter le voile relève de la liberté d'expression. La journaliste Annie Mathieu résume la pensée de la FFQ de la façon suivante: «Elle soutient que la neutralité de l'Etat est basée sur les actes que celui-ci réalise et non sur l'apparence des personnes qui le composent.» Alors, pourquoi des uniformes stricts pour les policiers? Pour ne puis-je pas porter des macarons pro-communiste en classe ou porter du noir que je suis en moyen de pression?

En interdisant le port de signes religieux, on favoriserait la discrimation des femmes désirant en porter, que ce soit dans le secteur public ou privé. On nuirait également à l'intégration des femmes immigrantes dans la société québécoise. je veux bien et je comprends ce raisonnement. Mais j'ai d ela difficulté à le concilier avec cette position de la FFQ à l'effet que «Le port du foulard islamique peut être un instrument qui opprime les femmes.»

Comment fait-on pour différencer une femme voilée opprimée et une qui s'exprime? N'encourage-t-on pas l'oppression en légitimant le port du voile et d'autres signes religieux de la sorte?

14 commentaires:

Jonathan Livingston a dit…

J'avoue que d'être tombé sur un policier portant un turban à Vancouver et un boulevard Taschereau en chinois mur à mur en banlieue de Vancouver aussi, m'a un peu perturbé. On a l'impression de perdre ses repaires...

Et non, je ne suis pas d'accord avec l'éviction de tout uniforme. Oublie-t-on que l'uniforme est un signe de reconnaissance de la fonction sociale? La dilution du caractère visible de la fonction sociale, est-ce vraiment souhaitable? Les profs sont-ils plus respectés depuis qu'il entre en «jeans» travailler?

De nos jours, on peine à distinguer les infirmières, avec leur gamme d'uniformes fleuris, des gens ordinaires dans certains hôpitaux. La liberté individuelle et artificielle exacerbée de nos sociétés mènent là.

Je pense aussi que, dans toutes ses politiques qui se prononce sur la liberté d'«affichage» religieuse, on se demande comment respecter nos traditions. Comment garder nos petites croix dans nos cous pour afficher notre foi? Personnellement, je m'en fous pas mal, je suis agnostique.

Malheureusement, je trouve l'expression de la foi étrangère un peu exagérée. Pourquoi les islamistes ont-il le besoin de marquer leur foi de manière aussi évidente. Pourquoi un turban?

Après, on a les disciples de Raël à gérer aussi qui portent des chandails avec de grosses affirmations délirantes dans les lieux de travail... pour attirer l'attention.

Peut-on afficher ses croyances irrationnelles de manières plus discrètes? De ce temps-là, juste être blanc dans bien des pays islamistes en passant est dangereux. On donne à nos immigrants des tonnes de fois plus que la réciproque de leur pays d'origine. Mais ils n'en ont jamais assez, semble-t-il... Nous sommes tellement intolérants!

Pendant qu'on s'occupe de détails inutiles, on oublie de parler de questions plus importantes. On délimite même, je dirais, ce qui est acceptable de discuter socialement. Si on ne peut même plus discuter de la présence bruyante visuellement des étrangers,on ne peut certainement pas parler de la tendance constante à l'immigration qui tranquillement pourrait transformer le paysage québécois en un immense «melting pot» culturel à l'américaine. Pourtant, quand la majorité étrangère décidera que le bilinguisme est acceptable au Québec, il en sera fini du français en Amérique du nord.

Pourquoi accepter les prescriptions d'intégration de l'Onu de 8 millions d'étrangers d'ici 2050 au Canada (2 millions au Québec donc), ce qui pourrait rendre les Québécois d'origine, dont les ancêtres sont d'ici, minoritaires chez eux d'ici 40 ans si l'on compte que la natalité des immigrants est en plus de beaucoup supérieure à la nôtre? Cette colonisation subtile par les minorités étrangères qui transforment le paysage social en profondeur, personne ne parle de cela, car on ne peut en parler. Or, comme avenir collectif, n'y a-t-il pas une discussion sérieuse à tenir? Pour le moment, Montréal, c'est encore sympa, parce que le reste de la province a des couleurs locales. Imaginez Montréal à la grandeur du Québec... We're do you come from?

Je remarque une chose: les voiles oppriment quand il faut justifier une guerre en Afghanistan; ils sont l'expression de la liberté individuelle quand il faut favoriser le multiculturalisme canadien. Le FFQ n'a-t-il pas reçu des subventions du fédéral? Ceci pourrait expliquer cela!

Mais bon, on vit à une époque où les humoristes noirs viennent à la télé à TMEP nous faire la morale et nous parler de leur enfant qui n'ont pas aimé la mauvaise blague d'un humoriste d'ici qui parodie un Québec d'ici un soir de Bye Bye, show de tout temps destiné surtout aux adultes. Désolé, je ne peux me sentir solidaire de ce genre d'attaque à la personnalité du Québec avec sa majorité de descendants des colons français qui ont ouvert et bâti ce pays. Il y a abus de l'hospitalité...

Jonathan Livingston a dit…

Heu, repères bien sûr!

Karakorom a dit…

Étant moi-même une femme portant le voile dans une institution publique, je ne peux qu'applaudir la décision de la FFQ.
Il faut se dire ici au Québec, la plupart des femmes qui portent le voile le font par choix (pour celles qui se convertissent) et les immigrantes qui viennent ici le font souvent pour faire des études universitaires.
Oui, il y a des femmes voilées opprimées, dans le plupart des cas, ces femmes doivent rester à la maison...Laissez les femmes voilées intelligentes et scolarisées le droit de s'intégrer à la société, c'est leur laisser la droit de porter librement le voile...
Heureusement que le Québec a appris ça, contrairement à la France.

Gen a dit…

J'ai beau vouloir t'expliquer, je ne comprends pas non plus. Perso, le port du voile est très oppressant à mes yeux et celles qui le portent par pseudo-expression ne réussissent pas à me convaincre. Comme tu dis, ça encourage l'oppression. Et ça, je suis contre (et je ne me considère même pas comme une femme très féministe, alors voir que ce groupe de femmes acceptent, c'est bizarre).

Le professeur masqué a dit…

Jonathan: dans votre propos, une phrase m'interpelle beaucoup, soit que le voile est une raison d'intervenir en Afghanistan, mais qu'au Québec, il relève de la liberté religieuse...

Gen: effectivement, on partage la même incompréhension.

Karakorom: Comme vous le remarquerez, je m'interroge. Je comprends en partie cette position de la FFQ. En même temps, comme bien des Québécois, j'ai bien des questions. Seriez-vous ouverte qu'on discute davantage de ce sujet ici, à la vue de tous?

Karakorom a dit…

@Prof masqué :
tant que le respect réciproque est présent, je n'ai aucun problème à discuter ici à la vue de tous de vos interrogations. Par contre, je tiens à mentionner que si oui je suis musulmane et que j'essaie de pratiquer ma religion du mieux que je peux, les commentaires que je pourrais apporter ne seront peut-être pas représentatif de la communauté musulmane au grand complet :)

bobbiwatson a dit…

Karakorom dit :" ... et les immigrantes qui viennent ici le font souvent pour faire des études universitaires." Pourquoi ces immigrantes doivent-elles porter le voile pour faire des études universitaires? Nos femmes à nous ne subissent pas ce genre de restriction.
On est au Québec et ici, on a tendance à laisser passer "plein de choses": cheveux de couleurs, piercings, etc. Et ce, même dans les institutions publiques. Alors, le voile? Quel est le problème? On ne parle par de burkha.

[Lµd] a dit…

Tout à fait d'accord avec vous, Prof Masqué. J'accuse le FFQ de lacheté. De vraies féministes n'auraient pas pu laisser tomber cette cause de la sorte, en adoptant plus ou moins un avis clair. Honte au FFQ, de ne pas savoir porter ses culottes assez hautes.

Anonyme a dit…

Bonjour Karakorom, j'aimerais comprendre... Vous ne me ferez pas croire qu'il est confortable de porter tunique longue et foulard alors qu'il fait 30 C, c'est juste impossible...et si c'était si confortable, pourquoi vos hommes et vos fils, eux sont en confortables culottes courtes ! En fait, il s'agit d'oppression acceptée parce qu'on vous lave le cerveau depuis belle lurette, mais c'est de la maltraitance envers les femmes ! Que vous l'acceptiez ou non, n'y change rien, c'est de la mysoginie pure et je ne peux qu'être contre... C'est vraiment trop dommage qu'on accepte ça ici !

bobbiwatson a dit…

Pourquoi un débat sur le voile? Parce qu'il touche les femmes? Et que dire du Kirpan, de la Kipa, des turbans et "boudins" hassidiques? Deux poids deux mesures. Et on dit avoir une société laïque?

Karakorom a dit…

@anonyme :
Pour la tunique et le voile à 30 C, tout dépend du tissu que vous utilisez et qui dit que je ne suis pas en bikini en dessous ? Pour ce qui est des hommes, on oublie souvent qu’eux aussi doivent suivre des principes dans leur habillement mais peu le font...En principe, les musulmans devraient porter des pantacourt et non des shorts, des vêtements avec des manches (pas de camisoles), porter la chéchia (le petit chapeau) et porter la barbe.
De mon côté, il ne s'agit pas d'oppression : je suis une québécois "de souche" qui après une réflexion spirituelle, ai décidé de me convertir. Je viens d’une famille catholique non pratiquante et je n’avais aucun musulman dans mon entourage : donc personne ne m’a forcé.
Il est difficile d'expliquer le principe du hijab parce qu'il faut d'abord et avant tout croire que Dieu existe et croire que ce qu'Il nous dicte est le mieux pour nous. Ce n’est pas quelque chose qui s’explique rationnellement, surtout ici au Québec lorsque l’on sait que nous avons « expulsé » la religion de notre vie et que les féministes se battent « au nom des femmes » sans s’assurer qu’elles parlent réellement au nom de toutes.

Ne trouvez-vous pas juste que chaque femme est une place égale dans la société, sans la juger sur sa nationalité, son statut sociale et sa religion ? Moi, je crois que c’est un principe juste et c’est pourquoi j’approuve haut et fort la décision de la Fédération des femmes du Québec…

Moi aussi j’ai une question : en quoi une petite minorité de femmes qui portent le voile peut-il autant faire peur au « québécois de souche » ? Je comprends le côté émotif de la chose, mais en quoi cela vous attaque-t-il réellement ?

Jonathan Livingston a dit…

A Karakorom,

Le port du voile islamique est un signe qui manifeste un certain refus de la culture d'intégration canadienne et québécoise. Il affiche une appartenance à un mouvement religieux qui n'est pas en accord avec les valeurs de la société d'accueil. L'intégrisme religieux des islamistes musulmans est non seulement religieux mais aussi politique. On ne peut pas faire comme si on ne savait pas qu'il a pour programme de s'étendre et de convertir.

Le port du voile qui contraint les femmes à cacher leurs cheveux et l'ensemble de leur corps en est une manifestation visible.

Il est toujours fabuleux de voir un symbole de non liberté, puisqu'il est imposé dans de nombreux pays dans le cadre d'une religion rigide qui proscrit l'expression corporelle trop sexuée de la femme, être revendiqué au nom de la liberté.

Je ne me sens pas menacé par un foulard, mais par la possibilité que des fondamentalistes de religions étrangères prennent une influence telle dans ma société que mes libertés et celles de mes enfants puissent en souffrir.

Ce qui assure la cohésion de société, c'est un certain partage de valeurs. Si, au nom de la religion, que nous avons massivement quant à nous relégué dans la sphère personnelle, on vit dans une communauté fermée à l'intérieur de la société d'accueil, il y a un vice du contrat fondamental que tout immigrant fait en demandant l'asile, un certain engagement à s'intégrer dans la société et à respecter les coutumes et mœurs de la société d'accueil et non à devenir promoteur d'un mode de vie étranger qui bien souvent vient contrecarrer en plus les efforts individuelles d'intégrations.

L'activisme politique des islamistes dans de nombreux pays où ils sont des immigrants est à ce titre fort préoccupant... La plupart des autres immigrants se font généralement beaucoup plus discrets en ce qui concerne leur religion...

Le Québec a été sous la domination religieuse catholique. Il a rejeté ce joug, il y a une quarante à cinquante ans. Il a laïcisé sa société. Nos religieux ne portent même plus en public les habits de la religion. On peut comprendre que le Québécois de souche voit d'un mauvais œil, la religion en plus étrangère revenir s'afficher!

Laissez s'exprimer des traditions qui revendiquent le mariage de la religion et de l'état est un retour en arrière qu'on ne souhaite absolument pas ici...

Bref, la position de la FFQ est à ce titre fort surprenante...

ET à Bobby, pour les boudins, turbans, kirpa et le reste, j'avancerai la même position. La religion est affaire personnelle, n'a pas à s'afficher dans les lieux publics laïcs. Le phénomène islamiste est néanmoins beaucoup plus particuliers. Son affirmation contre les valeurs occidentales que de nombreux leaders religieux poussent à l'exaltation rend ce débat particulièrement sensible...

Que nous le voulions ou pas, sous peine de tension sans cesse croissante, la question des libertés religieuses et de la cohabitation des cultures dans les sociétés d'accueil devront être débattues et une position raisonnable, claire doit être exprimée... En ce sens, la réflexion collective avance... et la banaliser ne règle rien.

Karakorom a dit…

@ Jonathan Livingston,

Le port du voile s’effectue en soumission à notre Dieu…C’est quelque chose qui ne s’explique pas rationnellement…ça se vit, un point c’est tout.

Certaines des valeurs musulmanes sont effectivement en contradiction avec la culture canadienne et québécoise et d’autres sont tout à fait en accord. La poutre est dans l’œil de celui qui regarde…Comme toutes les religions, l’Islam fait du prosélytisme mais il est rare que ça se fasse dans les métros, sur les coins de rue ou à votre porte un samedi matin… Lorsque l’on est convaincu d’être sur le bon chemin, ne vaut-il pas tenter de rassembler le plus de gens possible pour en profiter ? C’est plutôt dans cette optique-là.

Le voile est jugé comme un symbole de « non-liberté » par les autres…et si moi je jugeais au contraire, qu’il me libère ? Il me libère de devoir d’être habillée à la mode avec les dernières marques, de montrer le plus de peau possible pour exhiber à tous mon merveilleux bronzage ou à passer des heures à me maquiller pour cacher ce que la nature me donne ? Je suis libérée de ce dictat occidental et en plus, si je prends quelques livres, outre mon mari, personne ne les verra….

Je serais alors vu comme une femme pour ce qu’elle est et non ce qu’elle représente…

Je suis québécoise, mes ancêtres remontent au 16e siècle…je ne suis pas immigrante…j’ai CHOISI l’Islam et j’ai choisi le port du voile…Ça ne m’empêche pas de m’intégrer! Je travaille dans une institution publique, j’ai fait des études avancées, je fais mon marché chez Maxi, je consomme, j’écoute Annie et ses hommes et Star académie (pas à ce point là…quand même…mais vous comprenez probablement l’idée). Ce qui ne m’empêche pas d’un autre côté de lire le Coran et de lire des livres sur la spiritualité musulmane.
Les immigrants musulmans modérés qui viennent ici on le droit de réclamer ce qu’ils veulent : chacun à son histoire et ils ont le droit de la médiatiser mais pas au non de tous…C’est pourquoi je trouve la décision de la FFQ très saine : cela prouve qu’elle se bat pour TOUTES les femmes et non pas seulement pour le groupe majorité…


Vous dites que les religieux « d’ici » ne portent plus leurs habits…désolée de vous contredire mais je connais des congrégations qui portent encore leurs habits qui ne passent pas inaperçu et qui ressemblent à des hijabs…

Si le « québécois de souche » voit mal une religion étrangère qui s’affiche, c’est à lui de se « gratter le bobo » et de voir ce qui ne va pas…Veut-on réellement d’une société où tout le monde est pareil, avec la même saveur ? Non merci pour moi…c’est ce qui fait la force d’une société le métissage…

Moi, je crois que notre Gouvernement a le devoir de tolérer la pratique de toutes les religions, ce qui inclut d’accepter ses symboles et ses lieux de culte. L’État, lui par contre, doit rester laïque, j’en conviens…Pas de théocratie…

Anonyme a dit…

Oyoyoye... Bravo Prof masqué. Tout comme Marie-Claude Lortie de La Presse, vous n'avez pas peur de plonger.

@ karakorom

Moi qui suis une femme très hétérosexuelle, je trouve les corps d'hommes excitants (pas les gros mammouths, mais bon). Même quand ils ne portent pas de vêtements moulants! Et voyez-vous, je me contrôle. Même chose pour mon conjoint, qui trouve les femmes très attirantes. Et pourtant: il n'a pas besoin de les voir emballées des pieds à la tête ou les cheveux cachés pour se contrôler.

Pour moi, toute croyance, secte, ordre, philosophie, conviction ou religion prescrivant la dissimulation au nom de l'ordre est de trop.

Et je n'ai pas peur de la discussion. L'Islam a des siècles d'histoire derrière lui, moi j'ai des siècles de philosophie grecque, romaine et occidentale aussi pour me soutenir, et je ne renierai jamais les grands penseurs de l'occident. Jamais, jamais, jamais.

By the way, moi aussi - qui suis très curieuse, j'ai lu la Bible, le Nouveau Testament, le Coran et d'autres livres écrits pour soutenir des systèmes de pensée parfois complexes, au cours d'études en phillosophie et en théologie. L'intérêt pour la question de la vie spirituelle n'est pas la chasse gardée des gens qui appartiennent à une confession religieuse. Toujours la même mécanique: qualité du discours, idéalisme avoué, soutenus par l'instauration de préceptes et de contraintes strictes qui créent l'impression d'appartenir à un club. Les armées de toujours ont également fonctionné ainsi.

Les musulmans aiment bien laisser croire que les "kouffars" sont des incultes... Eh oui, pour eux on n'a pas "seen the light". Même discours, d'ailleurs, que pour tous les convertis, qu'ils soient "born-again Christians", participants au "Educational Forum" ou convaincus de la présence des extra-terrestres.

Pourtant, je vous assure, "the light" je l'ai vue! Je la vois tous les jours dans mes semblables. Je crois en l'être humain, madame. Rien d'autre. C'est vous dire comme c'est exigeant!

misspepsi