03 mai 2009

Le zéro est aboli!

Le zéro aurait fait sa première apparition au IIIe siècle avant J.-C. mais, grâce à notre bien-aimé programme de formation (en d'autres mots: la réforme), il est disparu des bulletins scolaires québécois. En effet, il est impossible de mettre zéro à un élève. Il faut mettre «non évalué». Tout au moins, c'est la pratique dans ma CS.

Allons-y avec un cas pratique. Un élève a une évaluation, mais il ne la fait pas parce qu'il est en absence non motivée (en d'autres mots: il foxe). Je ne peux pas lui mettre zéro parce que je n'évalue pas ainsi sa performance mais son comportement. Je dois alors lui offrir une reprise.

Ben oui, je n'ai que ça à faire offrir des reprises d'examen! Il faut prévoir un temps, un lieu et une évaluation nouvelle si je veux être juste avec ceux qui l'ont déjà faite. Cela, en plus de donner une retenue à l'élève illégalement absent. Ensuite, par rapport à sa note, je ne peux pas pénaliser l'élève qui aura eu plus de temps pour se préparer à sa reprise. Je dois évaluer sa performance, pas son comportement.

Logiquement, un élève qui n'est pas préparé pour son évaluation a tout intérêt à sécher celle-ci plutôt que d'avoir l'honnêteté de venir en classe.

Dans le même ordre d'idée, il m'est impossible de pénaliser l'élève qui remet ses travaux en retard: je dois évaluer son travail, pas sa ponctualité. Si on poursuit cette logique jusqu'à l'absurde, un élève qui arrive en retard à une évaluation pourrait exiger qu'il puisse bénéficier du même temps que ses collègues...

Mais, en première secondaire, le problème ne se pose pas avec la même acuité qu'aux autres niveaux: aucun élève ne peut être recalé. Tout le monde passe, zéro ou pas!

11 commentaires:

Une Peste! a dit…

Maudit niaisage!

C'est tellement rassurant, pour les papys et mammys que nous seront sous peu, que de prendre conscience que ces petits qu'il nous est impossible de mettre devant les conséquences de leur(s) décision(s), action(s)... qui feront rouler la société dans quelques années.

C'est une roue qui tourne et je n'ai pas à m'inquiéter? Ou bedon je suis mieux d'aller vivre avec les loups?

Anonyme a dit…

Bonjour Prof masqué,

Depuis 1 heure que je m'échine à trouver une solution, un tour de passe-passe, mais je ne trouve rien, sauf la théorie selon laquelle les compétences rassemblent savoir-être, savoir-faire et les savoirs «ordinaires» (excusez l'ironie). Ne pas se présenter à un examen, ne pas remettre un travail, c'est la démonstration d'un échec au niveau primaire de l'atteinte de la compétence. Je ne comprends pas pourquoi l'administration vous oblige à des reprises dans ce cas-là.

Pouvez-vous dire à vos élèves qu'une absence non motivée lors d'un examen leur octroie automatiquement 25%? Ça serait une façon d'évaluer leur aptitude à jauger de leur préparation (il faut du jugement pour savoir qu'il ne vaut parfois même pas la peine de réaliser une évaluation).

Enfin, peut-être pouvez-vous créer une évaluation passe-partout, réalisable, mais très difficile pour chaque semestre, évaluation qui couvre toute la matière depuis le début de l'année scolaire. Si le «foxeur» la passe, tant mieux, sinon, vous aurez un outil pour justifier son échec.


Ce que je ne comprends pas de la politique en question, c'est que sitôt qu'un « foxeur » fait une reprise, l'ensemble du groupe devrait être réévalué à l'aune des nouvelles conditions (crées par notre reprise), car la reprise donne clairement un avantage indu à celui qui n'était pas préparé dans les temps.

Pourquoi l'administration ne crée-t-elle pas les examens de reprises (à partir de sa propre compréhension des devis) et des périodes réservées pour ces dernières à chaque semestre. L'étudiant ayant une absence motivée aurait la possibilité de faire l'examen maison de l'enseignant, mais pas notre adepte de l'école buissonnière.

La crainte de se frotter au difficile examen de la direction pourrait suffire à décourager les absences, car les conditions de réussites seraient beaucoup plus ardues.

D'ailleurs, c'est le ministère ou la direction qui a créé cette nouvelle mesure?

Étienne

Jonathan Livingston a dit…

Décidément, l'évaluation est dans l'air. J'ai un texte sur les échelles de compétence sur le feu!

J'ai l'impression Prof, que vous n'avez pas encore pris toute la mesure de la voltige de haut niveau qu'on tente de nous faire faire. Le 0 est un détail...

J'ai réussi pour ma part haut la main deux baccalauréats avec des moyennes de qualité et j'avoue que l'entendement pour faire face à la musique en évaluation me laisse souvent impuissant. J'aurais besoin de 2 ou 3 greffons de cerveaux pour arriver à computer leur marmite de concepts. Si j'en avais le temps d'ailleurs...

Ce qui est étrange, c'est que les esprits simples s'en arrangent à merveille: on a des traces, on remplit la grille. On peut même éviter de grosses évaluations longues à corriger si on a des traces... Je dois avouer que si je me mets en tête de me foutre de la rigueur et de faire passer tous mes élèves pour m'éviter le trouble des contestations, c'est un système merveilleux! Son opacité est fabuleuse! Enfin, pour ramasser quelqu'un de trop pointilleux, la logique est tellement tordue, qu'on a forcément des incertitudes dans notre jugement. Bref, tout nous encourage à ne pas trop juger sévèrement le jeune même s'il est nul...

Il faut savoir que, même des performances, on n'utilise pas ce terme dans les bilans de fin de cycle. Non, on évalue la compétence dans une échelle descriptive à 5 niveaux en fonction de «traces» récentes (production, travaux, performance en somme). Je rappelle que le bilan est un jugement professionnel que l'on pose sur le niveau de compétence d'un jeune pour chaque compétence disciplinaire, en sus des évaluations de l'année au 3 ou 4 étapes de bulletin... sauf en secondaire 1... (j'imagine que pour pouvoir contrer le décrochage faut l'alimenter quelque part!)

L'échelle est à mon sens un fouillis pire que des grilles d'évaluation classique en écriture, par exemple, qui avait au moins l'avantage de donner une idée de l'importance relative des aspects à considérer et de définir des seuils attendus en terme de minimum de fautes là où c'était quantifiable. Là, chaque niveau combine pêle-mêle des sous-aspects qui vont du contenu à l'orthographe en passant par la syntaxe et la structuration dans un court texte descriptif sans précision, où l'on manie les adverbes d'intensité et les subtilités descriptives pour nous passer la patate chaude du jugement sans nous donner de normes claires. C'est combien de fautes «peu de fautes dans les termes courants»?

En lecture, l'évaluation représente un défi aussi. On ne parle pas beaucoup d'outils qui permettent de faciliter notre jugement. Savoir répondre à des questions de repérage (éléments explicites), d'autres qui demandent de l'inférence (implicites, subtilité), d'autres des connaissances de vocabulaire est une chose, savoir distinguer un niveau de compréhension acceptable dans tout cela est pas aussi simple à mon sens... On nous demande d'évaluer aussi la qualité du jugement critique, la capacité de recueillir de l'information variée et crédible et le recours à des stratégies de lecture... Je ne vois pas en quoi la réussite de compréhensions de texte bâties avec soin par des gens compétents avec un corrigé standardisé avait de si dramatique. La démarche avait au moins l'avantage d'objectiver le jugement. Là, on nage dans un flou artistique de haut niveau... qui est en plus difficile à gérer cognitivement pour les évaluateurs parce que avoir une image claire de chacun de nos 90 élèves dépassent probablement notre entendement! Évaluer la qualité de la stratégie de lecture utilisée de 90 jeunes directement, vous y pensez? Je peux juste l'assumer si le jeune fait bien son travail et soupçonner son absence si le jeune sous-performe ...

Pour des références officielles, je trouve que ça fait dur...

Là, nos conseillères reviennent avec toutes sortes de descriptions fascinantes. Il faut tenir compte de traces récentes, pas des anciens bulletins; si on a manifesté la compétence, on ne peut logiquement l'avoir perdue! mais bon, on peut justifier une baisse par le fait que nos critères et exigences ont augmenté en cours d'année (fiou!). Vous aurez remarqué, en passant, que nous n'avons le droit de regarder le passé que pour s'assurer que le présent n'a pas baissé...

On nous conseille de sortir nos marqueurs fluo de toutes les couleurs pour nous aider à comprendre les échelles du ministère, d'en discuter entre collègue, de se faire des corrections ensemble pour discuter de nos visions de l'évaluation... On n'est pas sorti de l'auberge!

Ah oui, j'entends de ma conseillère que si tout est beau dans le respect du critère, on mets + (ex.: 4+), alors que s'il manque un sous-aspect, on ne le met pas. C'est différent de la prescription du document ministériel qui affirme plutôt que le plus (+)indique le dépassement de cette description sans atteindre la suivante... Enfin, je crois qu'on a peur qu'on soit trop sévère. Imaginez la compétence acceptable à l'écrit en 2e année du secondaire est de laisser peu d'erreurs dans les accords les plus simples. Si elle est interprété rigoureusement disons aux accords sujet-verbe et adjectif-nom, ce qui me semble raisonnable, je prévois une hécatombe structurelle d'ici peu! Mais si justement la nuance du plus est inversé, ça réduit les risque d'échecs massifs!

En somme, l'évaluation est devenue un fouillis irritant parce qu'on nous demande des exploits d'évaluation quasi impossibles à réaliser en s'abstenant de nous fournir des outils d'évaluation clairs et simples d'utilisation et en réduisant la lisibilité des normes et des seuils clairs de réussite.

Nos moyennes d'étape d'antan, nos % attribués à chaque évaluation en commun, nos sommatifs à 50% discutés entre collègues et choisis dans des banques d'instruments d'évaluation ne faisait-il pas la job cibole? Me semble qu'on faisait moins compliqué et plus objectifs en fait pour moins de prises de tête.Mais évidemment que pouvait un directeur contre la froide machine à calcul de l'équipe disciplinaire bien appuyé sur les outils standardisés... Il ne pouvait que majorer de manière gênante... Là, on entre dans les salmigondis et l'arbitraire ... Le népotisme a le vent dans les voiles...

Pour moi, on nous file la patate chaude de fixer l'acceptable et on nous dit en prime de s'attendre à des procès (gardez des traces) si quelqu'un n'est pas content! Où sont nos syndicats? Dorment-ils au gaz? calvince!

bobbiwatson a dit…

Et on pense que c'est ainsi qu'on fera des citoyens responsables de ces jeunes? On leur apprend plutôt à pelleter en avant leurs problèmes: on les dé-responsabilise! Dans le vrai monde des vrais travailleurs dans la vie réelle, cela ne fonctionne pas ainsi.

Bulle a dit…

Dans ma CS, il n'y a pasde zéro, le plus bas, c'est 30... Et on pouvait le mettre seulement si on avait communiqué deux fois avec le parents de l'élève... J'ai eu une permission "spéciale" pour les élèves qui ne s'était pas présentés à la reprise (ils avaient eu une lettre pour les parents à l'avance et j'avais envoyé d'autres élèves les chercher dans les classes (c'était pendant les après-midi d'étude à la fin de l'année). Ceux qui ne se présentaient pas où (venaient me voir pour me dire qu'ils ne feraient pas leur présentation (numéro de cirque), recevaient un beau 30.) Alors que j'avais fait des évaluation pendant deux cours pour chaque groupe, et plusieurs midi avant les examens...

Anh Khoi Do a dit…

Décidément, en l'espace de deux ans, j'ai eu honte à maintes reprises d'être un Québécois! Pourquoi ne peut-on pas recaler un étudiant ou lui mettre un zéro? C'est fou à quel point le nivelage par le bas est rendu une norme chez nous. Au lieu de montrer à nos enfants qu'on peut se cogner à un mur dans la vie, on leur montre que tout s'obtient sans aucune discipline. Sérieusement, je m'inquiète pour ma cousine d'un an.

Deuxièmement, soyons très clair: j'accepterais (si j'étais un professeur) d'accorder une reprise d'examen (ou peut-être un examen maison) à quelqu'un s'il avait une raison valable pour s'absenter le jour d'un examen. Pour ce qui est des recherches, il n'y aura aucun traitement de faveur.

Anonyme a dit…

À pelleter en avant ... hummm ... Je me demande comment ces jeunes vont réagir lorsqu'ils arriveront au collégial ... avec la cote de rendement qui sert à l'admission universitaire ... ou encore les cours qui - au bout d'une session - peuvent être coulés si l'étudiant ne se prend pas en main. Ce sera tout un choc !!

Tym_Machine a dit…

Cela illustre encore une fois le fossé qui se creuse entre le monde du travail de plus en plus compétitif et sans pitié et le monde scolaire si nivelant par le bas et qui pardonne absolument tout.

J'ai eu vent qu'en Ontario, non seulement il est impossible de mettre zéro à un élève, un élève remettant une feuille blanche avec son nom en guise de travail DOIT obligatoirement passer pour le dit travail.

Ça, c'est encore si il ou elle sait écrire son nom...

Salutations cordiales,

TM

Tym_Machine a dit…

Andrew Cohen dans le Ottawa Citizen avait écrit un bon article en rapport à votre sujet.

Il citait en exemple ce cas en Angleterre où un étudiant suite à la question "Describe the room you're in." avait répondu "F*ck off" avait obtenu un 7 sur 10 pour cette réponse.

Qui plus est, si le dit étudiant avait ajouté de la ponctuation après "F*ck off", sa note aurait pu être de 8 ou 9 sur 10.

Quand le monde de l'éducation est rendu à ce point là, c'en est vraiment décourageant parfois à la fin.

Après cela, on viendra se poser comme question comment se fait-il que les jeunes profs en viennent si vite à tenter de se motiver par les avantages pécuniers et le salaire. Des trucs comme cela arrive quand on se sent vraiment impuissant face à un système qui nous empêche d'effectuer adéquatement notre travail d'enseignant et d'évaluateur.

Le Prof a dit…

Mince lueur d'espoir: l'école où je suis cette année accepte le zéro pour un travail non remis ou un examen non fait, après contact avec les parents. J'y ai d'ailleurs eu recours dès la première étape.

Malheureusement, nous sommes la seule école de la CS à l'avoir maintenu...

[Lµd] a dit…

J'aimerais croire qu'il s'agit d'une blague... mais je sais bien que non. J'ai bien hâte de savoir ce que mes enseignants pro-réforme me répondront sur la partie «évaluation» de ma lecture du PFEQ. Comme vous, j'en avais long à dire. Et pas que pour le plaisir de chialer (c'en est un, je l'avoue!)... je suis vraiment inquiète pour l'avenir de l'éducation au Québec. Surtout, je me demande, «mais dans quoi je m'embarque?!».