18 juillet 2009

Une ère de musique (ajout)

Durant les premières années de ma vie, la musique ne jouait pas un rôle important. Je lisais. Bouliquement, Tout comme aujourd’hui.

À l’époque, pour écouter de la musique, on ne disposait pas de tous ces gadgets électroniques qu’on retrouve maintenant. Elle était souvent une activité familiale. Les rares jeunes individualistes avaient une radio dans leur chambre; les plus chanceux, un système de son avec une table tournante et un lecteur cassettes.

Étonnamment, ma première pièce musicale évocatrice est le thème d’une émission de radio.

Après quelques coups frappés à la porte - toc-toc-toc - une voix de l'intérieur demandait : « Qui est là? », et toute l'équipe répondait : « Les Joyeux Troubadours », puis la voix enchaînait : « Mais voyons, entrez, entrez donc! »

J’ai diné jusqu’en 1974 au son de cette émission de Radio-Canada. Elle a marqué mes repas, généralement une bonne soupe Lipton poulet et nouilles préparée avec amour. Pour moi, cet indicatif avait les couleurs d’une mère à la maison, mère qui tomberait malade et mourrait du cancer quelques années plus tard.

Par la suite, ce fut l’indicatif musical de la station CFGL. Je découvrais le petit Mozart et la chanson française. Nicolas Peyrac (Je pars), Yves Simon (J’ai rêvé New York), Charles Aznavour, Serge Lama, Julien Clerc, Gilbert Bécaud. Ces chansons m’ont appris autant de vocabulaire que tout ce que je lisais, je crois.

Avec le secondaire sont arrivés mes premiers contacts avec le rock. Pas à cause de mes fréquentations scolaires douteuses et enfumés, mais parce que j’avais enfin dans ma chambre avec un système de son. Je délaissais la radio pour piller allégrement dans les disques de mes grands frères et grandes sœurs, un trésor intriguant appartenant à des adultes ! Je jubilais davantage que lorsque j’ai découvert une revue plutôt explicite cachée sous le matelas d’un frère tenant à une certaine intimité finalement déjouée.

Un goût prononcé pour les Beatles. Toutes les chansons des Beatles que je connais encore aujourd’hui presque par cœur. Les Stones et Led Zeppelin demeuraient pour moi de la musique de poteux, de drogués aux cheveux longs et à la mine basse.

Je me rappelle aussi une émission de radio que j’écoutais avec avidité : celle de Luc Granger à CFGL. J’ignorais le poète québécois qu’il était. Son choix musical était… particulier.

Puis, un flash, un groupe étrange découvert dans le sous-sol d’un ami. Étrange pour moi qui était aussi straight qu’un mannequin de chez Sear’s : Out of the Blue d’Electric Light Orchestra. Des Beatles à ELO, transition logique. ce n'est pas pour rien que Jeff Lynn jouera un jour avec George Harrisson.

Dans cette veine, suivront le classique et l’opéra bien des années plus tard à cause d’une fille mystérieuse qui dansait le flamenco et qui m’avait fait découvrir Carmen de Bizet. Gustav Malher, aussi. De l’opéra découlera un jour mon amour pour le jazz, Ella Fitzgerald, Gershwin, Sinatra, Porter… Bref, la musique des années 40, 50 et 60 ou je redécouvrirai les 78 tours de mon père (connaissez-vous Spike Jones?) que ce dernier revendra un jour pour deux fois rien.

Puis, mon secondaire fut marqué par la suite par les années du patin à roulettes avec les amis à Longueil et à Montréal-Nord. Babe de Styx en repensant à Josée, ma première blonde. Boogie Woogie Wonderland sur laquelle nous nous élancions comme si nous étions une équipe de patinage de vitesse et qui nous valait inévitablement chaque fois… d’être expulsés des lieux.

C’est au cégep que mes goûts musicaux ont littéralement connu un autre monde : les Clash, les Stranglers, Queen, Siouxie, The Box, The Cure, Men Without Hat... Du rock léger, j’allais au plus lourd et au plus punk. Life shows no mercy… Je délaisse le catalogue Sear's pour le surplus de l'armée. Je m'habillais en coat à queue un jour et en djellaba le lendemain. Fucké, sans fumée mais avec un feu qui couvait.

Puis, à l’université, ce fut l’éclatement. Je ne crois plus que ma musique se définissait en termes de genre mais plutôt de préférence. J’écoutais de tout dans tout. Vian, Ferré, Ferrat, Reggiani, Led Zep, AC-DC, The Doors, Alice Cooper, les œuvres à l’orgue de Bach, Wang Chung, Alan Parson, Ennio Morricone, Vangelis, Yes, Rick Wakeman, les Talking Heads, Triumvirat…

Je ne sais pas si c’est le cas pour tout le monde, mais j’ai l’impression que mon exploration musicale s’est arrêtée là et que, maintenant, je creuse, j’approfondis ce que j’ai commencé à connaitre. Oublions U2, les Killers, Nickelback et compagnie…

Et puis, moi qui joue d’un instrument comme un pyromane d’un extincteur, je me surprends à chanter. Une voix basse. Que je peux érailler à la Louis Armstrong dans It’s a Wonderfull World. Que je peux parfois pousser pour suivre Light my Fire des Doors…

Ma musique, c’est tout cela. Celle qui me rappelle. Celle qui m’émeut. Celle que je chante.

J’envie les profs de musique comme Prof malgré tout et En saignant dont la matière est un art. Qui peuvent s’exprimer et travailler à la fois. Mon enseignement se réduit trop parfois à la grammaire et la structure de texte. Je perds le plaisir des mots, le génie des traits d’esprit, la vivacité d’une bonne répartie, la musique des sons..

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Un groupe que j'ai oublié et dont je fredonnais un air ce matin: Chicago. Pas celui des balades sirupeuses. Celui des premiers albums. Does anybody what the time it is?

4 commentaires:

Zed Blog a dit…

Quel magnifique billet, Prof masqué! Merci!

La vie, ta vie à travers la musique et vise versa...

La voix ... l'instrument de l'âme. Quand ça ne va vraiment pas, qu'on est brisé, impossible de chanter. Et pourtant, chanter est thérapeutique.

C'est une autre sorte de bilan que tu fais là, non?

Zed ¦)

Missmath a dit…

J'envie aussi les bons musiciens : ils peuvent exprimer l'indescriptible et l'indéfinissable.

bibco a dit…

Leur apprendre la magie des mots d'abord, leur pouvoir d'évocation, leur musique, viendra ensuite la grammaire. C'est comme ça que j'ai appris à lire et à écrire et je ne peux faire autrement que l'enseigner de cette façon.

Anonyme a dit…

Ce sont des philosophe,
Au lieu de s'affoler
Devant un catastrophe
Se mettent à répéter :
Il faut bien rire...

Mooki