12 avril 2007

Un anonyme m'écrit

En réaction à mon billet intitulé «Gérer de la guénille», j'ai reçu une réponse d'un correspondant anonyme, réponse que je recopie ici intégralement en en caractères gras avec quelques commentaires de ma part.

L'intervention de ce correspondant me trouble, parfois par la justesse de son propos, parfois parce qu'il semble confondre des choses.

Mes commentaires sur l`éducation au Québec.

J`ai lu vos articles concernant mme Postvin et la réforme scolaire.
Les ``bienfaits ``de la fessée.

Une majorité de professeurs sont maintenant incapables de discipline en classe. Saviez-vous que certaines classes sont si bruyantes qu`on a peine à entendre le discour du professeur. C`est comme s`il se parlait à lui même devant un auditoire qui ne lui porte aucun intérêt. On a trouvé la solution! Un intervenant,ou un `` pisscologue`` l`a trouvée! Tenez-vous bien! La fessée! On dit que c`est pour les parents, mais sachez le, on ne pourra jamais ramener le châtiment corporel (martinet, ou autre truc pour frapper) les élèves dans nos écoles, si les parents sont anti-châtiment corporel. On se fou que ça ne marche pas. On veut fesser dans le tas. Croyez-moi, ils n`admettrons jamais cette intention ouvertement.


Tout d'abord, précisons que je ne suis pas en faveur de la fessée, et encore moins à l'école. Il est vrai que certaines classes ressemblent à une jungle, mais le cours auquel vous faites référence ne s'adresse pas à des enseignants mais bien à des parents et ne vise pas à ramener ce châtiment corporel dans les écoles. La discipline scolaire peut s'exercer en classe de façon bien différente que de varger sur les p'tits monstres! Il faut aussi souligner que, dans ce cours, la partie consacrée à la fessée est minime et ne recommande l'utilisation de celle-ci de façon adéquate et en dernier recours.

Le milieu scolaire blâme les parents et les élèves pour tous les maux du milieu scolaire. Enfants indisciplinés, parents gàteaux. Wow La Minute papillon! Les parents ne sont pas en classe. C`est la responsabilité du système scolaire de transmettre la matière aux élèves et obtenir leur collaboration. Certains professeurs y arrivent très bien. Ils inspirent le respect chez leurs élèves. Ils inspirent des commentaires du genre: "Yé pas cool mais yé bien correct."

Ici, je me dois de préciser que, s'il est vrai que les parents ne sont pas en classe, ils jouent parfois un rôle déterminant dans la dynamique de certains cours. En contestant ouvertement certains règlements, en soutenant de façon hystérique leur enfant-chéri, certains parents minent toute forme d'autorité scolaire. La responsabilité du système scolaire s'arrête là ou commence le manque de collaboration des parents, si je peux me permettre.

Allons-y avec une anecdote: j'ai une élève, appelons-la Nathalie, qui manque systématiquement tous ses examens et ses absences sont motivées par sa mère. On arrive à la fin de l'année et l'enfant n'a strictement rien appris dans ma classe. Pis: Nathalie consomme des drogues à l'heure du dîner, mais sa mère ne trouve rien à redire. Parfois, cette ado est impolie et tente de manipuler son entourage. Que fait-on dans ce cas quand, aux yeux de l'enfant et de la mère payeuse de taxes, c'est l'école le problème?

Pour rester en vie au secondaire, certains enseignants doivent inspirer le respect à leurs élèves mais aussi à leurs parents, croyez-moi.

J`ai constaté que plusieurs professeurs ne transmettent pas la matière et ne préparent pas les élèves aux examens du ministère. On se demande même en quoi consiste le programme.

Il faudrait aussi pouvoir vérifier les compétences des enseignants. Quand le professeur ne peut enseigner l`écriture attachée au primaire parce qu`elle ne la connaît pas elle-même, ou qu`un prof. du secondaire enseigne une matière pour laquelle il n`est pas formé, on comprend mieux maintenant toute l`ampleur du problème. C`est comme demander à la coiffeuse d`être dentiste. Outch!


Effectivement, il existe des enseignants incompétents. J'en côtoie quelques-uns à l'occasion. À cet égard, je pourrais rajouter que c'est aussi le cas dans bien des métiers.

Cependant, je ne crois pas que cela soit une excuse valable quand il s'agit de l'éducation de nos enfants. Sauf que c'est la responsabilité du gouvernement de s'assurer de la formation des jeunes enseignants par le biais des programmes universitaires et celle des directions d'école de veiller à ce que les professeurs fassent correctement le travail auquel on est en droit de s'attendre d'eux.

Par ailleurs, lorsqu'un professeur enseigne une matière qui n'est pas la sienne, il faut se rappeler que c'est aussi une direction d'école qui l'a nommé à cette place. Je peux vous certifier que je connais quelques coiffeuses qui n'ont pas eu d'autre choix que d'être dentistes...

Au primaire j`ai demandé pourquoi on n`enseignait pas certaines notions, formules, problèmes mathématique et pourquoi les enfants n`avaient pas de devoir, et ne faisaient pas d ceci et cela en math. On m`a dit, très sérieusement que les jeune n`en n`ont pas besoin car ils ont des calculatrice. Devinez qui a acheté une méthode mathématique et créé son propre programme. Et oui. Nous les parents. Nous en sommes à faire les classes avec nos enfants. Cela sans compter les parents qui enseigne à plein temps à la maison. ( De plus en plus populaire) Au Secondaire, j`ai vu 100% de certaines classes échouer au bulletin. Il est trop facile de blâmer les élèves. La vérité est que la situation dans nos écoles s`est beaucoup détériorée en comparaison avec les années où nous les ``adultes``étions étudiants.

La situation dans nos écoles est la suivante: 45% d`échec au secondaire. Ce sont là les étudiants qui n`obtiennent pas le diplôme d`étude secondaire pour cause d`échec académique. Des classes complètes échouent des matières au bulletin en produisant une note inférieure au 60% requis. Ça c`est la réalité. Vous êtes donc en nombreuse compagnie, chères élèves.

Je connais peu le primaire et ne pourrai commenter cette situation. Pour le secondaire, par contre, je peux vous dire à quel point il est généralement difficile de motiver les élèves et à quel point la notion d'effort ne semble pas exister chez certains. Je me considère chanceux de réussir sans trop savoir comment à allumer mes élèves, à les coincer ou à les contraindre. L'école a-t-elle changé depuis notre adolescence? Sûrement, mais au même rythme que la société dans laquelle elle s'inscrit. Des phénomènes comme la consommation de drogue ou de l'hypersexualisation me semblent plus présents aujourd'hui. Et c'est aux parents comme aux éducateurs de tenter d'éduquer nos jeunes à éviter ces fausses apparences.

La Réforme veut maintenant produire des évaluations bidons, pour masquer son incompétence. S`il n`y a pas d`évaluation claire, limpide de compréhension, comment alors savoir si l`étudiant progresse.

Pourquoi evoyer ses enfants à l`école dans ces conditions,je vous le demande! Pas surprenant que ça décroche!

La réforme vise justement à motiver les élèves et à éviter le décrochage scolaire. Peut-on parler d'ironie? Ce n'est d'ailleurs pas pour rien si tant d'enseignants dénoncent haut et fort plusieurs des ratés de celle-ci.

Chaque fois que des parents demandent des compte à l`organisation de l`instruction publique. On le fait patauger dans d`immense `` sables mouvants`` administratif à n`en plus finir pour s`assurer que la démarche du parent n`aboutira nul part. Alors le parent irrité,abandonnera ses tentatives pour améliorer les choses.

Et là je ne parle pas des cas de violence et actes criminels commis dans nos écoles. Ils nécessitent un rapport de police fait par les victimes.

Il faudrait donner une voix aux parents, hors du système scolaire. Un regroupement indépendant et autonome par les parents pour les parents des étudiants en milieu scolaire de la petite enfance à l`université.


Je partage votre point de vue à l'effet que les parents sont parfois tenus à l'écart du monde scolaire. Mais, en même temps, comme enseignant, je vous avouerai que j'ai un peu peur de voir de voir un inconnu venir se mêler de mon monde, surtout s'il ressemble à la mère de Nathalie!

Quant au regroupement dont vous souhaitez la création, il existe en partie pour les parents dont les enfants vont à l'école primaire ou secondaire. La Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ) regroupe officiellement tous les parents de ses enfants. Sauf que vous me permettrez de vous dire qu'elle n’est pas très critique à l'égard du ministère de l'Éducation et des commissions scolaires... à qui revient une partie importante des points que vous soulevez.

6 commentaires:

Ness a dit…

Comme dirait ma mère, "pousse, mais pousse égal". Voilà une autre affaire qui me donne la nausée.

1- Discipline en classe. Ce n'est pas parce qu'une classe est bruyante que le prof n'a pas de contrôle. J'ai un groupe en concentration sport et ils sont très bruyants, mais ils travaillent super bien. Rien à voir avec ma capacité à gérer une classe.

2- Les parents et le milieu scolaire. Comme vous l'avez mentionné, ce sont les parents-défendeurs-de-leurs-enfants-rois qui nuisent à la bonne collaboration entre le milieu familial et le milieu scolaire.

3- La préparations aux examens du MELS. L'enseignant a une petite partie des responsabilités, mais ce que l'élève décide de faire avec ce qui lui est enseigné compte pour beaucoup aussi. On aurait beau préparer les élèves le plus possible, reste qu'il y en aura toujours qui vont passer à côté de leur coche à cause de leur manque d'implication dans leur "réussite".

4- Ce qui est enseigné. Avec la réforme, les contenus à enseigner changent. Avant, on comptait sur nos doigts et maintenant, on leur montre comment utiliser une calculatrice avant même qu'ils sachent ce que font 3+6.

En ce qui concerne les classes entières qui échouent. Je suis sceptique. TRÈS sceptique. Personnellement, je n'en ai jamais entendu parler. Ce n'est pas une réalité commune à toutes les écoles et si ça arrive vraiment, ça doit être dans une minorité d'écoles.

5- La formation et la compétence des enseignants. Dans certains champs d'enseignement, ça peut causer un petit problème parce qu'il y a PÉNURIE d'enseignants (on se demande PRESQUE pourquoi)! Les directions d'école s'arrangent donc du mieux qu'elles le peuvent. Ce n'est pas la faute de Monsieur X, ni de Madame Y: on fait ce qu'on peut avec ce que l'on a. Pour les incompétents, nous ne sommes pas différents des autres métiers. Il y en a dans les écoles comme partout ailleurs. Par contre, la plupart des enseignants sont évalués par la direction et ceux qui ne font pas l'affaire se font montrer la porte de sortie. Notre "rôle" est important et les directions d'écoles (et les commissions scolaires) ne prennent rien à la légère.

Zed Blog a dit…

Quel billet intéressant, Prof masqué!

On y constate combien certains ont à coeur de comprendre ce qui se passe et sont prêts à y mettre du temps. Tout en ne critiquant pas à tort et à travers. On sent bien l'effort de comprendre l'ensemble et le détail de la situation. Et tes répliques sont très à propos. :-)

Poussière d'étoiles a dit…

Comme certains le savent, j'enseigne au secondaire depuis un gros 3 semaines. Je suis âgée de 24 ans et je vois une nette différence entre le climat en classe maintenant et celui que j'ai connu. J'admets que mes groupes sont fabuleux... mais je n'ai qu'à écouter les autres profs.. ceux qui ont 15-20 ans d'expérience... et qui ne savent plus quoi faire.
TOUS veulent que les élèves réussissent, mais il y a un bout de chemin que le prof ne peut pas faire : celui entre les révisions en classe et celles à la maison!

Par ailleurs, je suis entièrement d'accord avec Ness qui soulève les dommages causés par le manque de collaboration des parents. Comment les enfants vont-ils respecter les profs et l'institution scolaire si les parents sont arrogants ou indifférents? Les forces contrairent : ce n'est jamais bien efficace pour avancer!

L'école doit-elle commencer à enseigner aux adultes?

Si la fessée était légale... il y aurait 2-3 parents qui y aurait droit.. Oh que oui! :-)

J'aimerais tellement que des "stages" soient offerts aux parents : passez une semaine en classe ou faites 3 heures de suppléance...on s'en reparle après!

*dans son fantasme!*

la marâtre a dit…

Concernant le manque de motivation des enfants depuis la réforme, j'ai ma petite théorie maison sur le sujet...

à force de ne pas se faire comparer, de se faire dire : l'important c'est l'effort et non pas le résultat... ça crée des enfants qui se contentent du minimum car c'est uniquement ce qu'on leur demande...
:(

Ness a dit…

La Marâtre: C'est tellement bien dit!! C'est ce qu'on se TUE à expliquer aux directions/parents/commissaires/CON-seillers pédagogiques (à la noix)/Ô grands pédagogues du MELS!!

Les élèves ne font que le strict minimum parce que de toute façon ils vont "passer" pareil!!

Et se comparer aux autres ou à une moyenne de groupe, ça a jamais tué personne. (Au contraire, pour certains, c'est un wake-up call, un coup de pied au derrière au bon moment).

Et de toute façon, les élèves se comparents même s'ils ont des lettres sur leur bulletin.

unautreprof a dit…

Au primaire pas de devoirs?
Au primaire pas d'apprentissage de formules?

Hein?
Peut-être dans des écoles très "flyés" et anti-conventionnelle mais sinon...

La discipline en classe c'est entre autre une affaire de prof, mais le parent a aussi son rôle là-dedans.
Voyons donc!