08 février 2009

Décrochage scolaire; j'décroche! (ajout)

Parait-il que le décrochage scolaire a augmenté de 3% depuis l'accession des Libéraux au pouvoir, passant de 26% en 2000 à 29% en 2008. Personnellement, je trouve que ce raccourci qu'on retrouve dans le texte de Jocelyne Richer est un peu rapide.

Bien des facteurs peuvent expliquer le décrochage scolaire: les conditions socio-économiques dans lesquelles sont élevés les enfants, la situation de l'emploi (on décroche plus quand on trouve facilement un travail peu spécialisé), etc.

La journaliste de la Presse canadienne souligne que la «performance» québécoise est la pire au Canada, après celle du Manitoba, tandis que l'Ontario a connu une baisse de 7%. Faut-il faire le lien avec le fait que cette province a réduit le nombre d'élèves par groupe? Je ne crois pas puisque cette mesure est somme toute assez récente.

Par contre, on peut souligner certains points:

  • le budget de l'éducation au Québec occupe une partie importante des dépenses
    gouvernementales;
  • les enseignants québécois sont les moins bien payés au
    Canada;
  • les enseignants ontariens ont un ordre professionnel, pour le
    meilleur et pour le pire;
  • les jeunes enfants ontariens voient le matériel
    scolaire de base fournir par l'État, ce qui n'est évidemment pas le cas au
    Québec.

Évitons de blâmer bêtement le Renouveau pédagogique puisque les effets de ceux-ci ne peuvent s'être vraiment fait sentir durant cette période.

Dans tout ce débat entourant le décrochage, plusieurs aspects me font suer au plus haut point. Et je me lâche pêle-mêle sans trop de cohérence peut-être. Mais à vous de m'aider à mieux clarifier ma pensée ou à l'affiner.

Primo, peut-on arrêter de parler de décrochage scolaire et plutôt parler de persévérance scolaire?

Secundo, c'est fou l'argent qu'on consacre aux décrocheurs! On est là à calculer combien coûte un jeune qui décroche pour mieux légitimer l'argent investi pour le raccrocher. J'ai visité «une école pour adultes». Peut-être était-elle une exception, mais le mobilier et l'état général des classes étaient de loin supérieurs à ce que je peux trouver dans mon école. Je pense aussi à ce Café Internet, au fric claqué dans des spectacles de motivation de début d'année avec Martin Deschamps... et je m'interroge.

Tertio, je pense à ces décrocheurs qu'on paie pour qu'ils parviennent à décrocher (...) une attestation d'études secondaires. Décrocheurs dont on paie aussi les cours, le matériel, la gardienne, le transport, les frais d'examens...

Quatro, je pense à tout ce fric qu'on investit après le décrochage, pas avant. Et je me demande d'ou vient cet argent: du provincial ou du fédéral? Le gouvernement québécois fait-il des économies en laissant décrocher les jeunes?

Quatro et demi, je pense à tout ce fric qu'on investit après le décrochage, pas avant. Et je me dis que ceux qui se font chier à être de bons étudiants sont les rois des cons de notre système scolaire. À quand des encouragements pour leur effort, leur persévérance?

Quatro et trois-quarts, je pense à tout ce fric qu'on investit après le décrochage, pas avant. Et je pense à tous ces profs qui ont des projets stimulants pour garder les jeunes à l'école mais qui se battent chaque fois pour trouver un financement adéquat.

Quatro et sept-huitièmes, je pense aussi à ces sondages qui montrent que l'éducation est plus loin dans les priorités des Québécois que dans celles des Canadiens. Et je me dis qu'on a les élèves qu'on mérite.

Quatro et des poussières, je pense aussi à quel point on banalise le décrochage en offrant dix mille façons de raccrocher et de materner les jeunes. Combien de fois ai-je entendu cette phrase: «C'est pas grave. M'a allé le finir aux adultes mon DES.»

Alors, à tous ces intervenants scolaires, si vous voulez parler de décrochage, je ne vous suis plus. Je m'intéresse à la persévérance et à ce qui garde les jeunes à l'école. À tous ces projets motivants de sport-études, à ces idées régionales, à ces budgets de transport qui permettent aux jeunes de rester après les classes à l'école pour de la récupération ou du parascolaire.

Je m'intéresse aussi à ce projet fait dans la région de Sherbrooke ou on a travaillé avec succès sur les causes extra-scolaires du décrochage.

Pour le reste, essayez de m'expliquer pourquoi on dépense autant au Québec avec de moins bons résultats qu'ailleurs?

Le fric ne se rend jamais dans les classes. Le fric ne se rend jamais jusqu'à l'élève. On ne dépense pas pour prévenir. On dépense pour réparer ce qui a été cassé.

Comme en santé. Comme sur les routes.

*******

Ce matin, à Arcand, on parlait d'un projet visant à mieux encadrer les jeunes à l'école: suivi des absences, suivi des retards, devoirs après l'école, encouragement scolaire. Ça ressemble beaucoup au travail des parents, non?

Je veux bien que l'école fasse sa part, mais ou sont les parents? les services sociaux? les entreprises? Met-on les priorités au bon endroit?

11 commentaires:

Une Peste! a dit…

Ouch.
:-\

Le professeur masqué a dit…

Peste: Pourquoi «ouch»?

bobbiwatson a dit…

Tu devrais aller à l'assemblée nationale. Tes propos sont ceux de beaucoup d'intervenants du milieu scolaire qui, eux aussi, ne sont jamais écoutés.
Tu as raison quand tu dis qu'on dépense plus (et souvent pour rien) pour ceux qui ont décroché plutôt que de mettre de l'argent dans des ressources pour aider ceux qui sont encore à l'école.
On demande à nos jeunes de décider d'un métier dès la maternelle (école orientante). Est-ce qu'ils peuvent vivre leur enfance? On dit à nos ados qu'ils peuvent aller au DEP dès la 3e secondaire: peuvent-ils vivre leur adolescence? Ce ne sont pas des adultes bon sang! Et ces décrocheurs qui sont devenus des adultes, peuvent-ils agir comme tel? Quand on est adulte on prend nos responsabilités et on assume les conséquences de nos choix. Si ceux-ci veulent retourner à l'école parce qu'ils viennent de comprendre ou parce qu'il le faut pour avoir un meilleur emploi, why not? Mais on n'a pas à payer pour eux: qu'ils assument.

[Lµd] a dit…

Ça me fache, moi aussi, de voir le gouvernement débourser pour racrocher, alors que ceux qui se donnet la peine, font des efforts, etc. doivent ... s'endetter pour poursuivre! Actuellement, le message qu'on envoie aux jeunes est: «laissez tomber! Ce n'est pas grave... au pire, on te paiera et tu terminera tes études après avec moult bénéfices!». Au lieu de cela, on devrait certenaiment recompenser ce qu'il y a de positif et travailler à l'AVANT plutôt qu'à l'APRÈS. C'est pourtant simple. Que fait-on concrètement pour GARDER les jeunes à l'école? Outre les profs qui se donnent à 200% en élaborant des projets stiimulants entre autres solutions mirobolantes à petit budget (parce qu'on ne les encourage pas!), on préfère «raccrocher». Résultat? La fameuse phrase à la bouche de tous les petits décrocheurs: «Pas grave, m'en va(is) aux adultes, c'est ben mieux d'même!»... [arf]

Jonathan Livingston a dit…

Ouin, l'année avance: l'écoeurite globale doit progresser. Enfin... je connais le cycle bien que je ne le vive pas depuis des années... Je suis un prof assez décroché, je m'en confesse!

A mon sens, on a démantelé un système qui prévoyait des services dans différents niveaux de besoin mais qui coûtaient assez chers. J'ai analysé les budgets l'an dernier pour découvrir que depuis 1990 on n'avait pas vraiment augmenté les budgets de l'éducation, un peu comme le salariat qui n'augmente plus significativement dans les pays occidentaux depuis 20-30 ans... Même si l'inflation, à part une accalmie cette année, elle, a rarement relâché. On a même réussi à inclure les loisirs et sports dans l'enveloppe qui a, pour ainsi dire, à peine pris de l'ampleur bien loin derrière l'indexation du coût de la vie.

Coupures obligeaient pour l'assainissement des finances publiques. Bref, on a intégré les difficultés en classe normales, oups ordinaires, et alloué des enveloppes pour «patcher» ici et là et donner des bonbons aux administrateurs pour acheter des silences. La lutte au décrochage était le discours bien balisé de l'affaire. La réforme en constituaient l'autre versant idéologique. Les plans de réussite, les enveloppes de cours miracles saupoudrées au besoin, avec des mandats irréalistes et pompeux, qu'est-ce qu'on a pu en voir ces dernières années... Malgré le mensonge du tout pour la réussite, nous n'arrivons pas à endiguer le décrochage, c'est dire...

Mais bon, l'avantage de tout cela, c'est qu'on attend que ça crie, on prévoit des enveloppes qu'on peut toujours oublier de distribuer si ça crie pas assez fort...

Moi, comme je le disais, ça fait longtemps que j'ai décroché... Nous sommes à l'apogée du règne des gestionnaires et sommes englués dans leur langue de bois, on ne s'en sort plus.

Évidemment, le pendant de cette situation est l'absence d'autorité parentale, et d'autorité scolaire. Il y a toujours des parents, mais pour pressuriser la réussite sur papier et consacrer le caractère royal de leur filiation!

Et puis bon, qui prend le rôle de bouc-émissaire dans toute cette histoire, évidemment le gauchiste enseignant corrupteur de jeunesse, incompétent, qui a deux mois de vacances...

Les temps sont dures...

Une Peste! a dit…

Tous ne naissent pas avec une cuillère en argent dans la bouche.

Qu'est-ce qu'on fait avec les travailleurs qui viennent de perdre leur boulot, avec tout juste une 7ième année faible en poche? On les jette? Qu'ils assument, hein? C'est bien ça?

2, 5 10, 15, 20 ans qu'ils paient des impôts. C'est déjà plus que la plupars de nos universitaires. Hé.

Mais non, on les balance aux vidanges puisqu'ils n'ont pas eu la bonne idée (ou p'tète la possibilité, y avons-nous pensé?) de terminer le sacro-saint secondaire V menant au collégial, puis à l'Unif.

Des travailleurs qui ont choisi d'aller travailler à 16 ans? Qui paient des taxes et des impôts depuis, puis-je le préciser.

À court, moyen et même long terme, ce genre de travailleur vaut pas mal plus cher la livre, si je puis me permettre, que les étudiants qui se font payer leur bac par l'État. Plus, surtout, que des travailleurs "lettrés" à 12$ de l'heure.

Faque.

Ce sera chouette aussi de ne pas oublier qu'on n'a pas tous le même parcours. Qu'on n'a pas tous cette chance. On n'a pas tous les mêmes facilités dans la vie. Certains l'ont eu plus tought que d'autres. Ce serait sympa de s'en souvenir.

Ça me met le feu au cul de lire ces commentaires méprisants sur du .. bin bon monde.

Oui, ils sont payés. Parce que c'est leur syndicat qui l'a négocié dans le cadre d'un comité de reclassement. Oui, ils sont payés parce que notre système économique - centriste - s'est engagé à supporté ses citoyens. Qui plus est ceux qui paient des impôts, des taxes depuis des années.

Sinon quoi? C'est quoi la mirifique alternative? Outre les laisser écouler leurs semaines de chômage et les laisser couler à l'aide sociale?

Ils ne seront jamais des universitaires, qu'on se comprenne bien. Juste des travailleurs manuels à 20-22 piasses de l'heure. Donc qui paient des impôts.

C'est mieux que de les abandonner à leur sort en arguant qu'ils n'avaient qu'à faire les bons choix - selon nos langues bien pendues et nos nez d'in air - à 15 ans.

Ils ont les mains calleuses, oui, et ils mettent des si avec des rai. On n'en fera jamais des médecins.
Mais.
J'aime mieux un cariste qu'un bs.
J'aime mieux un cariste que quelqu'un qui s'en croit supérieur juste parce que sa vie a été plus douce.

Pis, pas besoin de faire une sous-sous-catégorie en séparant les jeunes décrocheurs, des vieux décrocheurs. Y a pas de date de péremption sur les humains. On ne devrait pas mettre une date d'exclusion à la société.

C'est ça un État social.

Guillaume a dit…

Quand tu dis :

le budget de l'éducation au Québec occupe une partie importante des dépenses gouvernementales;

Qu'est que tu veux dire. Cette phrase ne veut rien dire. Elle est importante comparé à quoi, les routes, les provinces moins populeuses...?

bobbiwatson a dit…

Ceux qui ont le malheur de perdre leur emploi et qui on peu de scolarité n'ont pas nécessairement besoin de faire tous les cours pour leur permettre de retrouver un emploi. J'ai vécu le problème : un camionneur, accident du travail, on lui offre une formation en informatique mais il faut qu'il fasse des cours de français, maths et histoire. Quelle est la pertinence du cours d'histoire? C'est là que le bas blesse. Donnons-leur ce qui leur manque vraiment, sinon ils décrochent car ils trouvent cela trop ardu! C'est pas évident de retourner à l'école après 10, 15 ou 20 ans de vie de travailleur. Limitons à l'essentiel!

Une Peste! a dit…

Justement.
Je parle d'équivalence sec. V.
Parce que les industries demandent maintenant l'AES, minimalement.

En préparation à leurs examens; la formation et les élèves sont payés. Pareil comme ceux qui vont chercher leur DES. Prof Masqué en parle dans son texte. 9ième paragraphe.

By the way.
Pourquoi donc une employée d'usine de 36 ans ne pourrait-elle pas avoir envie d'aller faire son cours d'infirmière? Trop vieille? Pourquoi un gars de shop ne pourrait pas avoir le rêve d'aller faire son cours à Nicolet? Trop vieux?

Il leur faut le DES pour rentrer à la technique au collégial. C'est obligé. Mais quoi? En tant que société, on leur refuse sous prétexte qu'ils n'avaient qu'à se décider avant? Qu'hors du cursus régulier, point de salut?

Pffftt.

Pourquoi ne pas jeter les malades chroniques un coup parti? Les déficients, pourquoi pas? Après tout, il coûtent bien plus cher qu'ils ne rapportent. Les gros? Les fumeurs? Les hypocondriaques?

Je pense qu'il y a toujours un risque de vouloir tracer une ligne entre ceux qui valent la peine et ceux qui ne le valent pas/plus.

On pourrait être surpris(e) de ne pas être nécessairement du bon bord de celle-ci, un jour prochain.

bobbiwatson a dit…

Et les équivalences? Dans certains cas on calcule le temps travaillé et/ou l'expérience acquise comme une équivalence "dite scolaire". Qu'on allège le DES ou AES en fonction de la réalité vécue par ceux et celles qui veulent retourner aux études. Ceux qui veulent vraiment assumeront toutes les charges et les frais inhérents à leurs choix. Pour ce qui est des autres ........... Ce sera souvent au moment de payer que la sélection naturelle se fera.

Une Peste! a dit…

Pas de "dans certains cas" possible.

Pour avoir son AES - Équivalence secondaire V - il faut passer des examens du Mels. Français (compréh. et grammaire), math, économie, sciences humaines, sciences de la nature, anglais.

Point barre.