28 novembre 2010

La réussite éducative passe par l'activité physique

Il existe un message qu'on relaie souvent dans les médias avec lequel j'ai beaucoup de difficulté: la réussite scolaire passe par l'activité physique.

Voilà que Pascal-Pierre Paillé, député fédéral de Louis-Hébert, y va de son petit laïus dans Le Soleil : «L'éducation physique et à la santé ne sont pas assez présentes dans le calendrier scolaire. En faire une priorité avec une augmentation d'une heure par jour à tous les niveaux scolaires serait certes favorable pour les garçons qui ont besoin de dépenser leur énergie.»

Tout d'abord, ce député fait preuve de paresse intellectuelle en n'appuyant pas son propos par des études scientifiques. On nage dans des affirmations et dans ce que j'appelle des «opinions faciles». Des faits, validés, s'il vous plait. Là, on pourra véritablement discuter. Et quand il ajoute que les garçons ont besoin de bouger, j'aimerais bien qu'il dise «des garçons et des filles» au lieu de généraliser à outrance et de renforcer la caricature qu'on fait de ces derniers en les dépeignant sous les traits d'hyperactifs intenables en classe.

Ensuite, M. Paillé avance une mesure dont il n'estime absolument pas les coûts. On coupe une heure ailleurs dans la journée ou on en ajoute une? C'est une question à 250 millions. Juste augmenter de 18 minutes la journée scolaire au primaire a été un véritable bordel si on se fie à cet article. Et où va-t-on trouver les spécialistes et les espaces adéquats pour y parvenir quand on sait qu'on manque de gymnases et de profs dans nos écoles?

Enfin, pourquoi toujours demander à l'école de faire bouger les jeunes alors qu'il s'agit avant tout d'une responsabilité parentale? Combien de parents s'assurent que leur enfant fasse de l'activité physique et mangent convenablement à la maison?

Dans mon milieu scolaire, vous savez qui j'entends le plus parler de pratique sportive à l'extérieur de l'école: les filles. Et qui parle le plus de jeux vidéo? ... L'éducation à la santé et à la pratique sportive devrait être initiée et effectuée à la maison. Mais combien de parents prennent le temps de le faire? Combien de parents prennent du temps avec leur enfant de toute façon? Pas assez.

Si on veut que nos jeunes fassent une heure d'activité physique de plus par jour, pourquoi ne pas implanter un réseau de pistes cyclables sécuritaires pour qu'ils puissent se rendre à leur école en vélo? L'autobus jaune est-il toujours si nécessaire quand on parle de transport scolaire? Ne gagnerait-on pas à investir ailleurs que dans de circuits d'autobus?

Aujourd'hui, en banlieue, le moindre jeune vient à l'école en autobus scolaire ou en voiture. Par exemple, un élève du secondaire qui demeure à plus de 1,6 kilomètre de son école a droit au transport scolaire. Est-ce normal quand on sait qu'un être humain se déplace à pied en moyenne à 5km-h et à 20 km-h en vélo?

5 commentaires:

L'engagé a dit…

J'apprécie beaucoup vos billets P.M., mais parfois, je vous trouve de mauvaise foi.

Je comprends très bien que le député s'égare en parlant uniquement des garçons et qu'il devrait sans doute appuyer ses dires par des sources solides, n'empêche qu'il a raison.

Comment voulez-vous que des parents puissent instruire leurs enfants aux vertus de l'activité physique s'ils ne sont pas eux-mêmes au courant de la nécessité de ces dernières.

Pour appuyer mes propos, réfléchissez au fait que dans les cours d'éducation physique au Cégep, seul le dernier donne véritablement la théorie sur les systèmes d'entrainement et sur les éléments qu'un tel entrainement programme doit comporter. En considérant que ce n'est qu'une fraction de la population qui se remémorera cet unique cours, combien d'adultes responsables aurons-nous comme parents pour qu'ils instruisent leurs enfants et leur fasse comprendre que faire du sport est aussi important que manger ou dormir?

Pensez à tous les parents qui ont à peine les aptitudes pour lire le Journal de Montréal et pensez au nombre énorme d'enfants qui n'ont donc pas de modèles.

Sans même faire le lien avec la réussite scolaire, les avantages pour une société de voir ses membres physiquement actifs sont indéniables : moins de problèmes de santé, plus de productivité et plus de vigueur intellectuelle.

Ce que j'écris sur le sport est équivalent pour la musique. Combien de familles n'ont pas les bases pour communiquer l'amour de la musique à leurs enfants? Saviez-vous qu'en Allemagne la musique est au coeur de la vie sociale? Les gens sont membres d'orchestre, de chorales et curieusement, les l'Allemagne compte plus de 90 opéras. En Allemagne, au niveau élémentaire, les cours finissent tôt dans l'après-midi et les enfants s'inscrivent à des activités parascolaires (pendant que les nôtre sont à l'école jusqu'à 15h30) et fréquentent des services de garde supervisés PAR DES PROFS pour l'aide aux devoirs.

Quand j'ai visité le pays, mon hôte m'a fait participer à sa vie professionnelle et sociale : deux fois par semaine, dans son collège, nous, les profs, jouions au Volley-ball (d'autres profs faisaient d'autres sports).

Ce que j'essaie de vous dire, c'est que le sport et la musique sont très importants en Allemagne et que les parents s'investissent dans la transmission des valeurs et des pratiques, mais les institutions aussi!

Pour que les déplacements soient considérés comme une occasion de faire de l'activité, il faut d'abord que le sport soit considéré. Ça veut dire que les écoles doivent être des milieux de vie propices à cet exercice, le sport doit imprégner la vie scolaire comme l'oxygène dans l'air.

Sinon, en stipulant que la transmission de pratique sportive est une fonction parentale, vous ne faite que reproduire les déterminismes sociaux.

Imaginez l'économie si on construisait plus de gymnases et d'infrastructures sportives que d'infrastructures médicales. Quand des bois serviraient d'abord de pistes de ski de fond, on penserait moins à les raser pour en faire des condos.


En définitives, vous voulez des individus responsables qui se prennent en main et des parents qui font leur job, mais si nous sommes dans un milieu où ils ne le font pas, nous avons une responsabilité envers nos jeunes et faire de l'école un milieu sportif et artistique permettrait de contrer l'inaction des parents, laquelle ne vient pas d'une mauvaise volonté, mais simplement d'un manque d'éducation.

Le professeur masqué a dit…

L'engagé: j'apprécie également vos opinions, mais je dois ici vous indiquer que nous divergeons de point de vue.

«Comment voulez-vous que des parents puissent instruire leurs enfants aux vertus de l'activité physique s'ils ne sont pas eux-mêmes au courant de la nécessité de ces dernières.»

Désolé, mais ou vous prenez les parents pour des imbéciles ou vous les infantiliser en les déresponsabilisant. La grande majorité, pour ne pas dire l'ensemble de parents est au courant des bienfaits de l'activité physique. Ils ont des médecins qui le leur disent, ils écoutent la télé où on le leur répète... Certains s'inscrivent même au gym tandis qu'ils laissent leur enfant jouer au Nintendo toute la journée. Ils le savent, mais ils ne le font pas.

On n'a pas besoin d'avoir suivi un cours au cégep pour savoir qu'être en forme est préférable à se gaver de malbouffe et à «fouerrer» toute la journée. Mon père avec une sixième année le savait et nous obligeait à pratiquer des sports, peu importe lesquels, en autant qu'on bougeait. Rester à la maison toute la journée était interdit.

«Sinon, en stipulant que la transmission de pratique sportive est une fonction parentale, vous ne faite que reproduire les déterminismes sociaux. »

Actuellement, l'école semble être le seul lieu où l'on combat les déterminismes sociaux. Or, quand le Québec a vécu la Révolution tranquille et l'application du rapport Parent, il a bien fallu que chaque citoyen fasse sa part pour que les choses changent.

Aujourd'hui, quelle est la part de certains parents dans les solutions pour améliorer la société? Plusieurs études montrent que nos jeunes seront moins riches et moins instruits que leurs parents. Voyez-vous ces derniers s'en émouvoir? Les voyez-vous prendre les choses en main? Votent-ils aux élections scolaires? S'engagent-ils bénévolement dans des activités auprès des jeunes?

On dit souvent que tout se joue entre 0 et 6 ans. Que font des parents durant ces années? Ils confient à d'autres le soin d'inculquer des valeurs saines à leur enfant. C'est l'État qui élève bien des jeunes avec un succès très relatif.

En stipulant que ce sont les parents qui devraient s'occuper de transmettre des valeurs saines à nos jeunes, je crois vouloir responsabiliser ces derniers. À la boutade, un adjoint m'a déjà dit que l'école passait autant de temps à éduquer certains parents que leur enfant.

Qu'une fois éduqués ou responsabilisés, des parents se tournent ensuite vers le gouvernement pour demander la construction d'installations sportives où ils partageraient la pratique de certains sports avec leur enfant, pourquoi pas? Mais au Québec, ce à quoi on assiste le plus est à une déresponsabilisation des parents quasi conditionnée par l'appareil gouvernemental.

(suite au prochain commentaire)

Le professeur masqué a dit…

Vous citez l'exemple allemand. Mais doit-on vous rappeler que la société québécoise est bonne dernière quant à l'importance qu'elle accorde à l'éducation au Canada? Je n'ose penser ce qui en est par rapport à l'Allemagne.

«En définitives (sic), vous voulez des individus responsables qui se prennent en main et des parents qui font leur job, mais si nous sommes dans un milieu où ils ne le font pas, nous avons une responsabilité envers nos jeunes et faire de l'école un milieu sportif et artistique permettrait de contrer l'inaction des parents, laquelle ne vient pas d'une mauvaise volonté, mais simplement d'un manque d'éducation»

Comme je vous l'ai indiqué, pour ma part, bien des parents n'ont aucune envie d'éduquer leur enfant à l'importance de saines pratiques sportives. Ils ne manquent pas d'éducation. Ils ne sont pas de mauvaise volonté: ils n'en ont aucune, ce qui est aussi condamnable.

M. L'engagé, je choisis mes combats et je trouve désespérant de les livrer parfois sans l'appui de certains parents. En tant qu'enseignant, mon combat est que mes élèves quittent l'école en ayant acquis de solides connaissances et des compétences qui leur permettront de réussir leur vie.

Qu'on me comprenne bien: j'encourage la pratique sportive dans la limite de mes moyens et des autres tâches qui me sont données. J'aime pratiquer des sports avec les jeunes. Je ne le fais pas assez souvent parce que je consacre la grande majorité de mon temps à l'école à offrir de la récupération en français.

Un parent peut plus facilement montrer à son enfant à faire du vélo qu'à maitriser les participes passés. Qu'il fasse sa part pendant que je fais la mienne.

Il y a des limites à ce que l'école québécoise actuellement peut faire. Si on veut qu'elle en fasse plus, qu'on lui en donne les moyens en questionnant la façon dont les 14 milliards que l'on consacre à l'éducation sont dépensés ou qu'on lui octroie des budgets supplémentaires. Mais la raison pour laquelle personne n'est redevable en éducation est, entre autres, que la plupart des parents ne se déplacent pas pour voter aux élections scolaires et ne se préoccupent pas de la gestion des écoles et des commissions scolaires.

Jo Vitamine a dit…

Solution d'une parent.
Offrez à vos enfants la possibilité de jouer aux jeux vidéos que lorsqu'ils ont joué dehors une demi heure par jours, que les devoirs sont faits, que la chambre est rangée, que la vaisselle est faite ainsi que les autres petites corvées familiales.
Fixer l'heure du dodo tôt.
Ils ne jouerons pas longtemps devant un écran. Ils n'aurons pas le temps.
À oui, rangez votre voiture.

Profquifesse a dit…

"je choisis mes combats et je trouve désespérant de les livrer parfois sans l'appui de certains parents. En tant qu'enseignant, mon combat est que mes élèves quittent l'école en ayant acquis de solides connaissances et des compétences qui leur permettront de réussir leur vie."
Je comprends tout à fait ce point de vue, qui relève d'une d'exaspération face au sentiment de travailler contre les parents, contre une force d'inertie qui freine tous nos efforts, souvent contre les élèves eux-mêmes. Mais c'est oublier que ce combat est nôtre, que nous l'avons choisi, malgré nous peut-être, mais qu'il fait partie de notre tâche d'enseignant. J'ai le même sentiment devant les étudiants qui passent tout un cours à texter, à bidouiller sur leur portable, à jaser avec leur voisin, etc. Dans un monde idéal, tous les parents seraient des émules de ces parents qu'on voit dans les publicités sur le décrochage : volontaires, disponibles, prêts à encourager, à féliciter, à motiver. Dans la vraie vie, c'est à nous que revient cette tâche, avec l'aide de certains parents si l'on est chanceux. Ces derniers sont des adjuvants importants, mais certains élèves n'ont hélas pas tous la chance d'avoir des parents qui les élèvent et se soucient de leur bien-être. On aura beau déplorer cela autant comme autant, ça reste une triste réalité à laquelle nous sommes précisément l'alternative. Pour le reste, il faudrait pouvoir refaire le monde et établir un permis d'enfanter avec examen et engagement ferme d'assumer ses responsabilités parentales.