16 août 2007

Enseignant (meurtrier) congédié

Vous avez sûrement entendu cette nouvelle aujourd'hui. On en parle ici, ici et : la Cour supérieure du Québec oblige la CSDM à réembaucher un enseignant qui a caché avoir tué sa femme en 1990 et à lui verser le salaire qu'il a perdu.

Résumons brièvement l'histoire. Le 1er octobre 199o, sous l'impulsion d'une rage incontrôlable, Jean-Alix Miguel, l'individu en question, bat à mort sa conjointe, Monique Saint-Germain. Arrêté, il plaide coupable à une accusation d'homicide involontaire et écope de sept ans de prison. Faisant preuve de bonne conduite, il est relâché au bout de 23 mois de détention.

Quelques années plus tard, il trouve un emploi à l'Institut Aviron et, en 1998, il pose sa candidature à la Commission scolaire de Montréal afin d'enseigner à l'École des métiers de la construction. Mais voilà: sur le formulaire d'embauche qu'il doit compléter, on lui demande de préciser s'il a déjà été condamné pour des crimes violents ou reliés à sa fonction. Estimant que le crime qu'il a commis a été causé par un black out causé par un épisode psychotique, il répond par la négative et est embauché en décembre 1998.

La CSDM découvre le pot aux roses en 2004 et congédie l'enseignant. Cette dernière soutient qu'en faisant une fausse déclaration sur son formulaire d'embauche pour cacher un crime violent, l'employé était fautif

Le syndicat prend la défense de M. Miguel et l'histoire s'en va en arbitrage. La sentence arbitrale tranche en faveur de l'enseignant en affirmant que, selon la Charte québécoise des droits, on ne peut congédier un employé pour un crime qui n'a pas de lien avec son emploi. De plus, l'arbitre estime que l'employeur n'avait pas prouvé hors de tout doute l'intention frauduleuse de M. Miguel et qu'il devait en bénéficier. La cause est alors portée en Cour supérieure avec le résultat que l'on sait.

Pour le juge Larouche, l'arbitre a bien évalué les faits en prenant en considération que les psychiatres estiment que Miguel n'est plus dangereux et que, lors de son crime, il était sous un effet de black out. À la CSDM, on pense autrement. «La décision arbitrale m'avait beaucoup surpris, d'autant plus que la Cour suprême a déjà établi des standards de très haut niveau pour les professeurs, de qui on exige un degré de probité plus élevé que de la plupart des travailleurs», a indiqué hier l'avocat de la CSDM, Me Pierre Bégin, qui reconnaît qu'une telle décision peut être «choquante pour le public».

Ce cas soulève plusieurs questions générales. Devrait-on congédier un enseignant qui a commis des crimes, même s'ils n'ont pas de lien direct avec son emploi? Vendre de la drogue ou conduire en état d'ébriété, par exemple, pourraient-ils être des motifs suffisants pour mettre à la porte un professeur? N'est-ce pas une façon de nier le principe de la réhabililation? Ou doit-on tracer la ligne? Quels sont les comportements qu'on attend d'un enseignant? La lecture de ce billet, dont je ne partage pas nécessairement le contenu, s'intéresse à ces questions.

Dans le cas de M. Miguel, deux choses me chicotent plus particulièrement.

La première, c'est la liberté qu'il a pris d'interpréter un questionnaire qui était pourtant clair. En effet, il a déterminé qu'il n'avait pas de dossier criminel parce qu'il était sous l'effet d'une rage incontrôlée quand il a commis un meurtre. Ça ressemble beaucoup au fameux principe de Bart Simpson «I didn't do it!» Honnêtement, j'ai de la difficulté à croire que ce dernier n'a pas sciemment omis de mentionner son dossier criminel, de crainte de voir sa candidature refusée. Mais, en même temps, qu'aurais-je fait dans sa situation, sachant le peu d'empathie qu'ont les employeurs pour les ex-prisonniers? Après tout, M. Miguel n'a pas la chance d'être un politicien français corrompu et malgré tout embauché par l'UQÀM...

La deuxième, c'est cette partie du jugement de la Cour supérieure qui estime que la CSDM n'avait pas établi l'intention frauduleuse de M. Miguel lorsqu'il a omis de mentionner son passé criminel. Depuis quand il faut avoir une intention frauduleuse pour être reconnu coupable d'un crime? Je pourrais contester ma dernière contravention pour excès de vitesse avec un tel raisonnement. Le questionnaire d'embauche de la CSDM était pourtant simple. Cependant, le fait de le remplir incorrectement devrait entraîner des conséquences sinon à quoi bon demander de le compléter?

Quant à moi, à moi qu'il ne sache pas lire, M. Miguel a sérieusement ébranlé le lien de confiance nécessaire entre un employé et son employeur. Là était le véritable problème. Mais il n'y a qu'au Canada qu'un tel débat peut avoir lieu. Aux États-Unis, on congédie les enseignants pour moins que ça...

8 commentaires:

A.B. a dit…

J'ai peine à croire ce que je viens de lire. Je ne suis pas l'actualité pendant les vacances, ou du moins très peu, donc j'ai appris la chose en lisant ton billet.
Si un enseignant peut avoir tué - geste sans lien avec son emploi - et enseigner, permettons aux élèves, par exemple, de vendre de la drogue, de taxer leurs collègues puisque ces activités, après tout, ne sont pas en lien avec les cours qu'ils suivent et, selon la logique tordue du juge, peuvent donc être commises.
C'est totalement inacceptable, pour moi.

La Souimi a dit…

En tout cas, je ne voudrais jamais avoir cette personne comme collègue ou comme prof pour mes enfants.
Mais on va me traîter de bornée, c'est certain. On accepte tout, tout, tout ici! Ça me décourage. J'pense que je vais aller finir ma carrière ailleurs.

Gooba a dit…

Quelqu'un qui a tué ne devrait pas se retrouver responsable d'un groupe d'enfants. Sans lien avec son travail??? Crime, il ne travaille pas avec des machines!!

On ne parle pas de meurtre passionnel, on parle de quelqu'un qui a battu un autre être humain à mort!!!

Je suis découragée, révoltée...

Dobby a dit…

Tuer quelqu'un, ne pas être capable de contrôler ses émotions c'est COMPATIBLE avec la tâche d'enseigner? Alors là, mettons tout de suite aux poubelles les beaux programmes d'habiletés sociales! À mes yeux, il n'a pas la crédibilité pour enseigner. À tout le moins au secteur jeune. Les adultes au moins, sont capable de choisir ce qui leur plaît bien et de se défendre s'ils ne veulent pas avoir un tel prof.

Voilà une autre des niaiseries de notre beau syndicat, qui défend envers et contre tout n'importe quel tawouain dangereux ou fou qu'on essait d'éjecter de notre belle profession parce qu'il ne peut plus enseigner ou est dangereux pour les enfants. Inconditionnellement, sans même avoir un raisonnement valable. "Faut le défendre, yé syndiqué. Le jour où le syndicat de l'Alliance (comme tous les autres, ils font tous pareil) se décidera à dire "Non, là tu as dépassé les bornes, arrange-toi tout seul moement donné ya des limites à dire n'importe quoi pour défendre du monde qui fait des conneries comme toi", alors là je croirai au syndicalisme.

Le professeur masqué a dit…

Safwan et all: je partage votre indignation. De plus, je crois impossible que ledit monsieur n'aie pas menti en remplissant sa demande d'embauche. C'est louche.

Mon problème seulement, c'est que je crois à la réhabilitation (sauf dans le cas de déviances sexuelles du genre pédophilie et compagnie). Et qu'il est très apparent que la CSDM n'aurait jamais embauché un tel individu si elle avait connu son passé. Il y a aussi un peu d'hypocrisie de sa part

La plupart des meurtriers ne récidiveront jamais. C'est une donnée qu'on oublie souvent.

Safwan: la logique, c'est celle de la Charte des droits et libertés que le juge n'a fait qu'appliquer.

Si le jeune a vendu de la drogue et a purgé sa peine (sa dette à la société - il y a cet aspect que tu oublies), tu ne peux le refuser en classe.

Souimi: disons que je serai effrayé moi aussi. Ça me rappelle le jour ou j'ai voulu invité un porte-parole de la société Elisabeth Fry à mon école pour parler de criminalité, de prison et de pardon. Le projet est accepté jusqu'à ce que la direction apprenne que l'individu avait commis un meurtre au deuxième degré... Là, plus rien ne marchait.

Gooba et Dobby: je rappelle simplement ici qu'il s'agirait ici d'un crime passionnel, que l'individu a eu une bonne conduite en prison, a été déclaré sans danger par les psychologues et l'individu enseignait à des adultes. Mais je comprends ta réaction.

Dobby: un syndicat est obligé de défendre ses membres. Il peut même être poursuivi s'il ne le fait pas. tordu, hein?

Gooba a dit…

Je crois aussi à la réhabilitation. Mais de grâce, pas avec des enfants à sa charge. Peut-être quelque part où c'est moins dangereux s'il pète sa coche.

Personnellement, si j'avais perdu la map à ce point, je ne voudrais pas me retrouver responsable d'un groupe d'enfants. J'aurais un peu peur de moi-même... Parce que je pense quand même qu'il faut avoir des prédispositions particulières pour péter ainsi sa coche.

On ne parle pas ici de quelqu'un qui a défoncé un mur à coups de poing ou qui a entièrement démoli un set de vaisselle. C'est perdre la map pas à peu près...

Tym_Machine a dit…

Souvent dans cette vie bizarre et absurde, la réalité dépasse souvent la fiction. Les ordures criminelles sont récompensées et les inocents citoyens sont lynchés sur la place publique.

À quel genre de châtiment vous attendriez-vous de quelqu’un qui a froidement assasiné sa conjointe à mains nues en la battant à mort? En tout cas, si vous pensez comme moi, ce serait rien de moins que la peine de mort à petit feu. Être premier ministre, je m’assurerais que cet individu soit grillé à broil sur la chaise électrique comme l’aurait été Francis Proulx. Bon, si vous êtes un peu moins radical, beaucoup moins américain et beaucoup plus canadien (lire gauchiste crasse), vous vous attendriez certainement au strict minimum à la prison à perpétuité (lire 25 ans (max 15 ans avec possibilité de liberation conditionnelle après 8 ans).

Comme j’ai dit dans mes valeurs je suis plus libéral sur certains thèmes comme le libre accès à l’avortement, le contrôle des drogues, l’acceptation de l’homosexualité et une société inclusive de ceux qui ont un réel désir d’intégrer pleinement notre société et adhère sans réserve à nos lois et à notre code de vie et de bienséance mais lorsque vient certains sujets comme les sentences bonbons au criminel, je deviens conservateur avec un C majuscule puissance 10.

Bon, poursuivons avec notre histoire, si je vous disais que l’individu en question a réussi à faire passer son crime crapuleux, sans scrupule et de bas étage pour un homicide involontaire, tomberiez-vous en bas de votre chaise? Moi oui. Si je vous disais également que ce type a réussi à faire croire au juge et jury à un moment de folie passagère, de délire psychotique passager, ravaleriez-vous de travers votre gorgée de café? Si vous avez répondu oui, vous êtes comme moi. Si je vous disais que ce type a eu une sentence bonbon ou plutôt une invitation à la récitive de 7 ans de pénitencier (le gars a dû sortir après 3 ans je suis prêt à gager), recracheriez-vous votre bout de toast sur une distance minimale de 10 mètres? Si oui, je vous comprends.

Et attachez vos tuques avec de la broche. Le type a eu le culot et l’effronterie sans borne de redemander son poste après qu’il est caché à son employeur ce dossier criminel relié à ce sordide et brutal meurtre. Un syndicat a même accepté de défendre cet énergumen de malade mental après qu’il fut congédié sur le champ par son employeur et un arbitre Robert Choquette a jugé bon qu’il fallait réintégrer le type en question. La commission scolaire a fait appel de la décision de l’arbitre qui avait fort probablement fait usage abusif de psychotropes au moment de rendre sa décision mais la cour d’appel à donner raison au type en question.

http://www.canoe.com/infos/societe/archives/2007/08/20070816-073301.html

Quand je vous disais que la réalité dépasse la fiction.

C’est exactement ce qui s’est produit lorsque monsieur Jean-Alix Miguel, meurtrier de son ex-conjointe Monique Saint- Germain a pu ravoir son travail d’enseignant à la commission scolaire de Montréal (CSDM).

Pour répondre à la question canoë d’aujourd’hui qui est
Un home qui a tué sa conjointe devrait-il pouvoir enseigner, même à des élèves de 16 ans? Ma réponse est un non clair, sans équivoque catégorique. Si j’apprenais que ce sac à merde enseignait à mon enfant, je le retirerait IMMÉDIATEMENT de l’école et de la commission scolaire. Qui vous dit que ce dangereux malade mental ne sentira pas une bulle lui monter au cerveau pendant son cours et qu’il ne vivra pas un autre de ses fameux épisodes « psychotiques » ou la victime sera peut-être votre enfant? Voulez-vous prendre le risque? Vraiment? Êtes-vous sans colonne ou êtes-vous des vers de terre pour accepter de vous faire enculer de la sorte?

Désolé de cette dernière vulgarité, en tant que lecteur vous ne la méritez pas mais vos enfants méritent définitivement plus de sûreté et de sécurité que de vivre une bizarre d’expérience de vie précoce d’être soumis de force aux enseignements d’un meurtrier conjugal.

Si l’on accepte cela qui est selon moi l’ultime acceptation (lire accomodement déraisonnable), on devra également accepter de réintégrer un ancien batteur de femme, un ancien Hells Angels, un ancien traffiquant de drogue, une ancienne prostituée et pourquoi pas un ancien pédophile. Que diriez-vous donc si on se partait une école où vos enfants auront comme enseignant Mom Boucher, Jean-Guy Tremblay, Guy Cloutier et tiens donc pourquoi pas ce sympatique nécrophile de Francis Proulx??? Après tout, vos enfants doivent être soumis à toutes les réalités pour grandir dans la vie…non????

Je connais des gens qui se sont fait virer pour avoir envoyé chier un élève, pour avoir mis le poing sur la table, pour avoir « pogné les nerfs » après les élèves, pour avoir mis la main sur l’épaule d’une élève. Que devra-t-on maintenant dire à ces enseignants déchus qui ont été mis au fait de la réintégration d’un MEURTRIER dans une commission scolaire? On vient de créer un dangereux précédent après tout, n’êtes-vous pas d’accord?

Et qu’est-ce que faisait Martineau hier à parler du grand prix que tout le monde à part la clique de péteux se câlisse bien? C’est ce qu’on appelle être sur la coche de parler de ces potins ridicules. Du haut journalisme courageux de haute voltige, n’est-ce pas? Toutes mes félicitations à ce Richard Martineau, toujours sur LA nouvelle.

Salutations « pédagogiques » (à la sauce du tribunal d’appel et de la CSDM)

Tym Machine

Le professeur masqué a dit…

Tym: ce dossier est revenu dans l'actualité. En soi, éthiquement, ce débat pose celui de la réinsertion sociale et de l'efficacité des méthodes correctionnelles. Il pose aussi celui de l'ensiegnant comme modèle.

Juridiquement, et c'est le seul point actuellement contesté, c'est celui de pouvoir congédier un employé qui a omis de fournir des informations lors de sa demande d'emploi.