06 octobre 2008

Pénurie d'enseignants - encore!

Ainsi, le nombre de tolérances permettant à des individus non qualifiés d'enseigner aurait explosé, passant de 1 054 à 2 345 en deux ans. Quelle surprise! Pour moi qui voulais rédiger un billet sur la valorisation de la profession d'enseignant, voilà un signe clair - au-delà du fait que nous soyons d'éternels chiâleux - que cette profession est en perte de vitesse chez les jeunes!

Si je reviendrai sur les causes de ce phénomène, selon moi, permettez que je parle un peu de ce texte paru dans La Presse sous le clavier de Marie Allard.

Tout d'abord, la pénurie actuelle d'enseignants dure depuis 1995 avec le programme de mises à la retraite anticipée offert par le gouvernement Bouchard. Ce programme visait à économiser des sous en renouvelant le personnel enseignant avec le départ des vieux trop coûteux et l'embauhe de jeunes plus économiques.

Résultat: plus de 8 000 enseignants ont fui le réseau de l'éducation, un chiffre que même le MELS n'avait pas anticipé. A l'époque, les universités affirmaient être capables de répondre à la demande, disaient-elles... Depuis 10 ans, notre charmant ministère qualifie cette crise de passagère et estime qu'elle devrait se résorber sous peu.

Qu'a fait le monde de l'éducation pour résoudre cette crise? Pas grand chose, à mon avis.

Le fait que le bac en enseignant dure quatre ans au lieu de trois comme précédemment est une aberration en soi. À l'époque, on justifiait cette année supplémentaire par l'ajout d'une deuxième matière à enseigner par des profs qu'on voulait plus polyvalents dans l'esprit de la réforme à venir. Ironiquement, quand on s'est aperçu que l'étudiant universitaire recevait moins de cours de concentration dans chaque matière qu'avec le bac précédent, on est revenu en arrière tout en laissant le bac à quatre ans en ajoutant des stages en classe.

Puisqu'on parle du bac en enseignement, que celui-ci dure quatre années est unique, à ma connaissance. De plus, le fait que les stages en milieu scolaire ne soient pas rémuncérés constitue aussi un grave handicap. Le futur enseignant devra donc travailler comme enseignant de jour, corriger de soir et être assez riche pour ne pas avoir à cumuler un autre boulot pour subvenir à ses besoins. Quand on connait la réalité des jeunes d'aujourd'hui et leur habitude de consommation, on voit à quel point ce scénario est peu possible.

Dans plusieurs autres programmes universitaires, ces formations sur le terrain sont payées. Les plus cyniques disent que cette pratique est une initiation au métier: beaucoup d'heures et des conditions de travail moches...

Le jeune désireux de devenir enseignant doit donc vraiment le désirer en s'engageant dans une formation longue (inutilement longue, devrais-je dire) et être capables de jeûner de longues périodes.

Oh, bien sûr! Il existe ce qu'on appelle des passerelles qui permettent à des étudiants qualifiés dans la matière à enseigner d'obtenir une formation leur permettant d'être légalement qualifiés. Mais vous êtes-vous déjà renseigné sur cette option?

Un jeune collègue a tenté. J'ai bien dit «tenté». Il a renoncé après une semaine tellement cela ressemblait aux Douze travaux d'Astérix. Le peu qu'il a su l'a aussi découragé. Il aurait fallu qu'il suive des cours le soir pendant près de deux ou trois ans. Cela, en plus de travailler! Père de deux enfants, il préfère la suppléance, tout aussi payante et moins lourde côté correction.

À ce sujet, je vais tenter de savoir combien de futurs enseignants ont opté pour ces passerelles.

05 octobre 2008

Un bon petit garçon

Voilà les mots employés par la mère du jeune suspect sur lequel la police à fait feu hier à Montréal et qu'elle reprend en quelque sorte ici. «Mon frère n'est pas un gars comme ça, il n'aurait jamais menacé un policier», a renchéri sa soeur. Peut-être...
Permettez-moi de ressentir un léger doute raisonnable : au cours des 10 derniers mois, Nashwan Abdullah a comparu deux fois au palais de justice pour des affaires d'introduction par effraction dans une église et de possession de stupéfiants. Il était aussi recherché activement pour une tentative de meurtre.
Est-ce là le comportement d'un bon garçon? J'en doute. A-t-il menacé un policier? Peut-être que non. De toute façon, chaque citoyen a droit à la présomption d'innocence. Sauf que je suis sidéré de constater combien de bons petits garçons réussissent à se retrouver là ou il ne le faut pas. Et puis, la présomption d'innocence peut aussi s'appliquer à l'égard de l'intervention qu'ont effectuée les forces de l'ordre dans le présent.
D'ailleurs, c'est à peu près les mêmes mots - un bon petit garçon - qu'emploient les parents d'un jeune qui tue des innocents alors qu'il conduit une voiture à haute vitesse sous l'effet de l'alcool.
À cet égard, l'entrevue qu'accordait Guy Lafleur à propos de son fils a ceci de touchant qu'il ne considère pas ce dernier comme un individu innocent, mais comme un jeune qu'il a parfois négligé et dont le comportement doit être compris sans être excusé. Rien n'est noir, rien n'est blanc.
Toujours est-il que, depuis quelques semaines, on remet beaucoup en question le comportement des forces policières montréalaises. Ces dernières useraient d'une force démesurée et tireraient à vue de jeunes innocents. Come on!
À un moment, il va falloir relativiser les choses. Sinon, à force de critiquer un peu trop rapidement le travail des agents de la paix, ces derniers vont finir par constamment avoir peur d'intervenir alors qu'on leur demande de réagir dans des situations ou l'erreur existe. Qui veillera alors au respect de la loi? Les gangs de rue, la mafia, chaque citoyen avec un .22 tronçonné?
Les policiers font des bourdes et je ne suis pas un fan de certaines de leurs méthodes d'intervention. Le cas Parasiris en est un bon exemple. Se croyant victime d'une invasion de domicile alors qu'il s'agissait en fait d'une opération policière, cet homme, qui n'a rien d'un saint, a tué un policier engagé dans cette arrestation mal organisée.
Dans mon esprit, il était évident dès le départ que le prévenu devait être acquitté. Et ce n'est pas par sympathie pour ce dernier puisque j'ai côtoyé sa femme qui est policière dans mon secteur et j'ai vu à quel point elle était dévastée par cet incident.
Les policiers feront sûrement encore des abus, des erreurs qu'il conviendra de dénoncer. Mais de là à ce que chaque jeune soit un petit saint, il y a un limite. Aimer son enfant ne signifier pas le défendre envers et contre tous.
Comme enseignant, on connait tous un cas de parent qui refusait de constater à quel point son jeune était à l'origine, au moins en partie, des malheurs qui s'abattaient sur lui. Un parent qui passait du bureau de l'adjoint à celui du directeur, puis à celui du commissaire du quartier.
J'ai connu une situation de ce genre. Un jeune tarla a fait suer mes collègues pendant quatre ans. Il enfreignait tout ce qu'il s'appelle code de vie, ne respectait aucun adulte, mentait comme il respirait, ne faisait aucun effort pour réussir et savait à peine écrire et lire en cinquième secondaire. Ses parents le voyaient blanc comme neige et ont intimidé plus d'un enseignant.
Il a fait trois mois dans ma classe. Puis, il s'est pendu comme un grand avec la corde que je le regardais tresser à chaque cours avec moi. Expulsé après trois mois. C'est le seul jeune dont je me suis réjoui du départ précipité.
Je l'ai croisé, sa mère et lui, alors qu'ils vidaient son casier. J'ai eu droit à une bordée d'injures.
Un bon petit garçon... Une si belle famille si unie... Cela m'a appris à relativiser.

02 octobre 2008

Mange comme il faut...

On se rappelle sûrement cet incident survenu lors d'un diner à l'école Lalande il y a près de deux ans: une éducatrice avait formulé un commentaire déplacé à l' égard de la façon de manger d'un jeune québécois d'origine philippine en lui demandant «si dans son pays il se lave les mains». L'incident - qui a tout d'Elvis Gratton à son pire - avait eu une portée jusqu'aux Philippines et failli causer un incident diplmatique...

Or, la Commission des droits de la personne vient de juger - à juste titre - ce commentaire raciste, mais ne recommande pas que les tribunaux se penchent sur cette affaire, au grand déplaisir de certains. La commission croit plutôt «qu'il n'est pas dans l'intérêt public de saisir un tribunal du présent litige», étant d'avis que «les propos tenus (...) constituent un incident isolé dont la portée demeure limitée (...)».

La mère du jeune enfant concerné souhaitait plutôt des excuses et des réparations financières. Des excuses, il n'est pas clair qu'il y en ait eu, mais pour le fric, on exagère peut-être un brin. À vous de juger.

En effet, la mère éplorée affirme que son fils «a été traumatisé, il n'a pas mangé pendant une semaine et il a fallu que j'insiste pour qu'il vienne aujourd'hui (à la conférence de presse)».

Tout à coup, comme ça, je ne sais plus, moi, qui l'a traumatisé avec toute cette histoire.

Quoi qu'il en soit, rassurez-vous: le petit élève va bien. Ce dernier - qui a manqué son avant-midi d'école pour participer à la conférence de presse, l'école passant en deuxième - a expliqué qu'il n'avait pas aimé se faire caricaturer par la surveillante devant ses copains quant à sa façon de manger, «comme si j'étais un petit bébé».

Il est maintenant heureux dans sa nouvelle école - adieu les copains devant qui il était si important de ne pas se faire ridiculiser finalement - ou personne n'est raciste avec lui.

C'est ce que je lui souhaite. Être victime de la bêtise des autres, pour ne pas dire plus, est déplorable et tout forme de racisme est condamnable. Sauf que je m'interroge sur cette attitude de va-t-en-guerre et je me demande si elle n'a pas traumatisé encore plus ce jeune.

Le retrait de la surveillante en cause ou encore l'obligation pour cette dernière de suivre une formation interculturelle et des excuses n'auraient-il pas suffi? Fallait-il aller jusque-là? Le changer d'école, le priver de ses copains, insister pour qu'il aille à une conférence de presse plutôt qu'en classe?

Je ne sais pas.

30 septembre 2008

Elle sévit encore...

J'ai une bête noire que j'aime bien détester. Voilà qu'elle écrit cette semaine une série de textes sur les avantages et les inconvénients de l'école privée et de l'école publique sur Espace parents.ca.
«Voici l'heure juste sur des idées véhiculées au sujet des écoles publiques et privées au Québec.» Heure juste? Pour moi, la montre de certains retarde. Parlons plutôt d'opinions. Si certains éléments de ces textes sont fort informatifs, d'autres versent dans le préjugé et la généralisation, quant à moi. Je me permets de relever ici quelques passages plutôt discutables et d'y aller avec mes préjugés, moi aussi.
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Les mythes à propos des établissements privés et publics (texte 1)
Les meilleurs enseignants se retrouvent à l'école privée

Faux: Il y a de bons et de mauvais professeurs partout. Au Québec, il y a une pénurie d'enseignants. En conséquence, dès qu'une institution, publique ou privée, reçoit une candidature, elle l'étudie avec soin. Il est certain que la sélection est moins sévère partout, étant donné le manque d'enseignants. Cependant, les collèges privés peuvent assouplir certains critères d'embauche (équivalences, cours pas encore terminés) et accepter des candidatures que le milieu scolaire public ne retiendrait pas à cause des obligations liées aux syndicats.
Comment concilier le fait que les candidatures sont étudiées «avec soin» avec le fait que la sélection «moins sévère partout»? Ça me semble un peu contradictoire, non?
De plus, les écoles publiques, elles aussi, peuvent assouplir les condition d'embauche. Et si le milieu scolaire public ne retient pas certaines candidature à cause d'obligation liées aux syndicats, c'est à cause de dispositions liées à des conventions collectives signées à la fois par le gouvernement, les CS et les méchants syndicats qui, on le verra, ont le dos bien large.
Privée ou publique… comment choisir? (texte 2)
Il est vrai que les collèges privés offrent un cadre plus strict. Même si l'école privée n'hésite pas à faire des interventions disciplinaires et à imposer des conséquences, elle n'est pas un centre de redressement!
On sait tous que l'école publique est une foire permissive tandis qu'au privé, on est vraiment sévère. Tiens, au collège privé à côté de chez moi, on n'a pas hésité à suspendre des élèves qui avaient fait une bataille de bouffe à la cafétéria. Rien de cela dans mon école n'a été nécessaire. Il n'y a pas eu de bataille de bouffe.
Dans la même veine, côté rigueur, au Collège Charlemagne, le directeur modifiait les notes des élèves pour mieux paraître dans les palmarès. Je n'ai jamais vu un directeur d'une école publique faire de même.
Tous les professeurs ont la même formation, qu'ils enseignent au privé ou au public. Toutefois, oeuvrant la plupart du temps dans un milieu non syndiqué, les enseignants du privé ont moins recours aux moyens de pression et aux autres revendications.
Ah! Les méchants enseignants syndiqués... À ce que je sache, les derniers cas d'élèves privés de cours sont justement ceux de collèges privés ou les enseignants ont été mis en lock out par la partie patronale. Leur année scolaire a été menacée à un point tel que certains sont allés s'inscrire en catastrophe au secteur public. Bel exemple de conscience sociale et de respect des jeunes. On se garde une petite gêne...
Il est vrai que les revendications des enseignants pour avoir des classes moins nombreuses, de meilleurs services éducatifs sont hautement questionnables.
De plus, on semble confondre ici «moyens de pression» et «revendications». Avoir «recours (...) aux autres revendications» comme il est écrit ici est carrément mal formulé.
Les avantages et les inconvénients des deux systèmes (texte 3)
École publique: les inconvénients

Rotation fréquente des enseignants (maladie, congé de maternité)

C'est bien connu: les enseignants au privé ne se reproduisent pas tellement ils sont ocupés à travailler fort et, pourtant, ils ne sont jamais malades comme les fainéants du réseau public. Sur quels chiffres se base-t-on pour y aller d'une telle affirmation?
Les moyens de pression et les grèves dans le réseau public peuvent nuire aux étudiants et à leurs parents.
Ah! Encore les méchants enseignants syndiqués...
Les repas chauds ne sont pas toujours accessibles et, s'ils le sont, ils seront plus souvent préparés d'avance.
Alcatraz et les écoles publiques, même combat! Encore une fois, peut-on avoir des chiffres? Peut-on aussi souligner que le coût des repas des écoles publiques est moins élevé qu'au privé?
École privée: les avantages
L'enseignement de l'anglais dès la première année est offert depuis longtemps (même si le réseau public l'offre depuis 2006)
Donc, ou est l'avantage si l'école publique offre le même service que le privé? Parce qu'elle l'offre depuis plus longtemps?
Un service de cafétéria (repas chauds) est généralement accessible.
Public = Alcatraz et ses rations froides, ne pas oublier de le répéter...
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Si on additionne ces textes avec celui de Renée Laurin intitulé Peur de l'école publique ou elle explique pourquoi ses deux enfants vont au privé ainsi qu'avec le Palmarès des écoles du Journal de Montréal, il n'y a aucun doute que l'école privée remporte la palme.
Il ne reste plus alors qu'à aimer assez fort ses enfants pour avoir le fric pour les envoyer dans ce type d'établissement.

28 septembre 2008

Le perfectionnisme… envers les autres

Dans ce deuxième billet d’une série de trois, je m’intéresserai au perfectionnisme qu’un enseignant tente d’exercer sur les autres. Car le perfectionnisme qu’un enseignant exerce envers lui-même est bien souvent aussi reporté sur les autres : élèves, collègues et entourage personnel.

En effet, ce métier l’oblige à être constamment en interaction et à développer des comportements qui frisent l’automatisme. Combien de fois corrigez-vous les fautes d’un menu d’un restaurant? Combien de fois êtes-vous sur le point d’appliquer le code de vie à l’extérieur de votre école le soir et la fin de semaine?

Envers les élèves

En poussant les élèves à donner plus que le meilleur d’eux-mêmes, un enseignant peut dévaloriser un jeune en ne soulignant que les aspects négatifs de son travail.

L’insatisfaction du professeur – dont l’élève recherche consciemment ou non l’approbation et le soutien – viendra alors miner la confiance et l’estime de soi de ce dernier. Qu’on ne se trompe pas : je ne suis pas partisan de bercer un jeune dans un monde de douces illusions, mais tout ne peut être rarement que mauvais dans un travail. Pour le perfectionniste, par contre, rien n’est bon, sinon que l’excellence… et encore.

D’autres effets néfastes pourront aussi survenir.

L’élève négligera le travail à effectuer dans d’autres matières pour se concentrer dans celle ou il estime, selon les commentaires de son prof, qu’il est «poche» et finira par insatisfaire tous ses enseignants, développant ainsi l’idée qu’il n’est qu’un bon à rien. Le jeune pourra aussi développer des problèmes d’anxiété et de stress ayant des répercussions importantes dans sa vie personnelle et familiale. Enfin, il pourra s’épuiser à réussir pour finalement s’épuiser tout court.

Les «bébittes» de son prof deviendront alors les siennes. Et comme le mal se nourrit du mal, un enseignant perfectionniste se trouvera encore plus moche du fait que ses élèves ne réussissent pas à la hauteur des attentes et des efforts qu’il a placés en eux.

On pourra alors assister à des affrontements «épiques» entre un prof et ses élèves : ce dernier tentera de les pousser à la réussite pour confirmer en fait la sienne alors que ceux-ci chercheront à se libérer de la tyrannie de la perfection qu’on leur impose et qui les mène à des comportements malsains

Envers les collègues

L’attitude d’un perfectionniste est souvent ambiguë, à l’image de la relation qu’il entretient avec lui-même : il peut souvent dénigrer ses collègues comme les envier.

Généralement, il ne comprendra pas les faiblesses des autres puisqu’il ne se pardonne pas les siennes. Le jugement qu’il exercera sur ses confrères sera à la hauteur de ses attentes personnelles et il n’attendra d’eux pas moins que ce qu’il est prêt à faire lui-même.

Dans un même temps, il enviera les bons coups de ses confrères et pourra aller jusqu’à dénigrer ceux qui lui font de l’ombre, ceux qui sont meilleurs que lui.

Par ailleurs, le perfectionniste acceptera mal les critiques des collègues. À ses yeux, il peut estimer que celles-ci sont injustifiées parce qu’elles sont émises par des gens moins compétents que lui ou tout simplement jaloux. Ou encore, il peut les recevoir comme des blessures parce qu’elles lui semblent pertinentes, ce qui viendra renforcer son dénigrement personnel.

C’est parce qu’il a une image fausse de la réalité et des attentes irréalistes que le perfectionniste finira souvent par créer et entretenir un climat de mésentente avec son entourage professionnel. Il mettra sur le compte de la jalousie des autres ces relations conflictuelles et s’isolera davantage avec son mal-être.

Dans un métier ou les enseignants devraient travailler en collégialité, le perfectionniste devient ni plus ni moins une pomme pourrie qui gâtera le moral d’une équipe de travail.

Envers l’entourage familial

Tout perfectionniste est une plaie pour son entourage personnel et familial. S’il est enseignant et a des enfants, on peut parier que ceux-ci auront l’obligation de réussir à l’école.

En fait, l’enfant devient un élève permanent, un mini-lui qui ne peut décevoir son créateur. S’il échoue à l’école, c’est aussi en tant que représentant symbolique de son parent qu’il subira cette situation qu’on ne manquera pas de lui reprocher à la maison : «Qu’est-ce qu les collègues vont penser de moi?»

Cet enfant se doit d’être meilleur que les meilleurs élèves de son parent puisque ce jeune a le privilège de bénéficier de son enseignement et de sa présence de façon permanente.

L’enfant devient donc le prolongement de l’image du parent enseignant et de sa compétence à bien l’encadrer. Et pour un professeur perfectionniste, il est difficile d’accepter d’être un mauvais parent puisque c’est souvent à cause de mauvais individus de ce genre que les élèves qu’il a sous sa gouverne échouent dans son cours. Il ne peut accepter d’être ce qu’il dénonce.
Enfin, il y a aussi les attentes envers le conjoint. Au-delà des attentes malsaines d'un perfectionniste envers son entourage, un enseignant ne pourra accepter que sa douce moitié ne comrprenne pas sa quête d'absolu pour son métier. De plus, il pourra se montrer intransigeant si le conjoint n'est pas ne maitrise pas aussi bien que lui la matière qu'il enseigne. Il aura tendance à le traiter comme un élève, à l'infantiliser.
Une anecdote: j'ai déjà fréquenté une enseignante du primaire, prisonnière de son métier. Il fallait la voir s'assurer chaque matin, quand je quittais son appartement l'hiver, que j'avais bien mis mes gants et que mon foulard couvrait bien ma gorge. Elle était incapable de tolérer ma manie de porter mes souliers détachés...

Dans un dernier billet, j’aborderai:

Partie 3- Le «control freak»

Les erreurs de La Presse - erratum

umJe ne sais pas qui est au pupitre du site Internet de La Presse, mais de grâce! fournissez-lui une grammaire et un dictionnaire quelqu'un! Voici deux perles lues cette semaine:
Pas tenté de te relire, chose?
En début de semaine, on avait même droit à cette erreur savoureuse (mais malheureusement corrigée depuis):
On savait que les curés avaient tendance à se trouver devant la justice, mais pas un âge si jeune...
Erratum: Renart vient de mettre à mal ma crédibilité son commentaire fort juste. Il a effectivement raison et j'ai évidemment absolument tort. Oups... pas fort, le PM ce matin. Comme quoi, quand on crache en l'air parfois...

24 septembre 2008

Ces malades qui gouvernent les profs - partie 1

Avant de poursuivre la série Les maladies qui gouvernent les profs, j'ai pensé traiter de certains des malades qui nous gouvernent. Parlons direction et adjoints...

Dans une école de ma CS, c'est remarquable comment charité bien ordonnée commence par soi-même. Depuis quelques années, avec une nouvelle direction, les priorités semblent avoir changé. La peinture des classes est dégueue, on manque de dictionnaires, mais... mais... mais...

La direction s'est dotée d'une nouvelle salle de rencontre: peinture, sièges en cuir, frigo. Rien de trop beau pour la classe dirigeante. De même pour les bureaux: nouvel ameublement, nouvelle peinture. On a étendu cette générosité jusqu'aux employés de bureau et aux professionnels avec qui ils sont fréquemment en contact. Même la journée des secrétaires est soulignée avec un brunch pour ces dernières. Par contre, pour les classes et les aires de travail de prof (des locaux où ils sont entassés parfois jusqu'à trente): rien. Pour la journée internationale des profs, un message à l'intercom et une carte photocopiée...

Peut-on m'expliquer pourquoi le moindre directeur adjoint a besoin d'un téléphone cellulaire payé par la CS avec téléphones illimités le soir et les fins de semaine? Pourquoi un directeur doit absolument avoir son Blackberry?

Le chic est de voir les priorités de certains: dans une école de ma CS, on s'est empressé d'identifier plus précisément les places réservées à la direction parce que le panneau Réservé manquait de clarté. Réservé à qui? À la classe dirigeante, bien sûr. Encore de l'argent bien investi!

Au-delà du mépris évident qu'on peut voir à l'égard des profs et de leurs besoins, des élèves et de leurs besoins, on constate un manque évident de compréhension de ce qu'est la véritable mission de l'école et de ses buts. Le fric devrait être dans les classes, pas dans des bureaux d'apparitchicks.

Et au cas où vous penseriez que les parents siégeant au Conseil d'établissement d'une école peuvent avoir leur mot à dire sur ce type de dépenses, détrompez-vous: on évite de leur en parler. on noie toutes les dépenses dans des tableaux et des chiffres. Et si d'aventure un prof se risque à en parler, il sera cuit. En touchant au petit bien-être personnel des dirigeants, il se met assurément dans le trouble. Le principe de Ferme ta gueule s'applique alors avec toute sa fermeté.

22 septembre 2008

Vaut mieux être prêtre que prof

Ceci est un billet incorrect et je me mets peut-être dans le trouble. Qu'on me le pardonne.

Dans un texte précédent, j'écrivais que les enseignants sont jugés bien plus sévérement lorsqu'ils sont devant la justice. Toute chose n'est pas nécessairement comparable, mais qu'on juge:

Un curé de la Montérégie, qui a admis avoir agressé sexuellement un handicapé intellectuel pendant 30 ans, écope de 22 mois de prison avec sursis.

En Montérégie, le curé de Sainte-Martine est libéré de façon provisoire après un mois de détention. L'abbé Denis Tremblay est accusé d’avoir agressé sexuellement un homme souffrant de déficience intellectuelle pendant près de 40 ans.

L'abbé Philippe de Maupeou n'est pas un pédophile même s'il a été condamné à la prison avec sursis plus tôt cette année pour avoir caressé la vulve et les seins d'une petite fille de 8 ans.

Jean Garceau, un ex-professeur d'histoire au Collège Saint-Sacrement de Terrebonne, a été condamné à quatre ans de pénitencier, lundi, pour une série d'agressions sexuelles commises sur cinq élèves, entre 1975 et 1995.

Si le comportement de cet enseignant n'est pas excusable et mériterait une peine plus sévère et l'obligation de suivre une thérapie, on remarquera qu'il aurait mieux valu pour lui d'être prêtre. La robe de la justice a beaucoup de respect pour la soutane au Québec, il me semble. Inconsistance de justice est en soi une injustice.

Yolande James et Le Privé

J'avais reçu le publi-magazine des collèges privés du Québec - Le Privé - il y a deux semaines et je l'ai foutu au recyclage comme tout ce qui publicité, d'ailleurs. Puis, un ami m'a suggéré d'écrire un billet là-dessus.

Or, ne voilà-t-il pas que cette feuille de chou fait l'actualité. En effet, la ministre de l'Immigration, Yolande James, est prise à partie parce qu'elle a été interviewée par cette publication qui fait la promotion de l'école privée. Plusieurs critiques associent ce geste à un appui à ce réseau.

«Il n'était pas question de cela. Le but était de parler de la diversité des relations interculturelles, une réalité aussi présente au privé qu'au public», dit Christian Tanguay, attaché de presse de la ministre qui, souligne-t-il «est un pur produit de l'école publique.»

Le président de la centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, a condamné ce geste: «Les ministres ont le devoir de promouvoir le réseau public: c'est un réseau d'État. Si tu travailles chez Provigo, tu ne vantes pas le concurrent.»

Ah bon... et tous ces profs qui envoient leurs enfants dans un collège privé ont-il la même obligation? Et tous ces politiciens qui se font soigner dans une clinique privée? Si je comprends l'intention derrière les propos de M. Parent, il n'en demeure pas moins que ce dernier demande aux gens d'être plus catholiques que le Pape.

L'incident impliquant Mme James a cependant ceci de croustillant qu'il nous apprend que la publication Le Privé efface sciemment toutes les références au type d'école fréquenté par les personnes interviewées dans ce magazine, laissant ainsi croire qu'elles sont le produit de ce réseau d'éducation.

«C'est de la fraude intellectuelle, croit Réjean Parent. La première réaction du lecteur, c'est de penser que tous les gens qui figurent dans la revue sont allés au privé, et il n'y a rien pour le démentir.» Ce raisonnement, je me l'était fait l'année dernière quand j'avais remarqué quelques grands noms de la culture québécoise dans cette publication.

Il suffit de prendre connaissance des propos du porte-parole de la FEEP (Fédération des établissements d'enseignements privés), Auguste Servent, pour avoir l'impression que les demi-vérités ne le chicotent guère.

Ainsi, ce dernier a mentionné, selon La Presse, que «ce guide s'adresse aux parents qui ont déjà choisi le privé et ne doit pas être perçu comme un dépliant publicitaire.» Ben oui... Le Privé est distribué à un million d'exemplaires. Un magazine de luxe, papier glacé, graphisme accrocheur, présence de personnalités publiques.

Le geste de Mme James était malhabile. L'utilisation qu'on a fait de sa participation à cette publication quelque peu douteuse. Mais c'est une adulte qui assumera ses actions.

17 septembre 2008

Ces maladies qui gouvernent les profs – partie 1

Prof masqué suit depuis quelque temps une démarche fort personnelle, professionnelle et coûteuse dans le but de mieux comprendre la vie, disons. Si celle-ci m’appartient, il n’en demeure pas moins que j’aimerais partager avec vous un aspect de cette dernière qui a beaucoup retenu mon attention : certains profs sont des maudits malades et leurs travers personnels, souvent recherchés par des employeurs, deviennent parfois leurs pires ennemis. Allons-y avec quelques observations que vous compléterez, je l’espère!

Le perfectionnisme… envers soi

Chez l’enseignant, la recherche de la perfection se traduit de deux façons : le perfectionnisme exercé sur soi et celui exercé sur les autres. Quoi de mieux qu’un enseignant parfait, penserez-vous. Dans les faits, le mieux est souvent l’ennemi du bien.

Le perfectionnisme qu’un enseignant exerce sur soi le pousse à puiser au maximum de ses ressources et peut l’amener à atteindre des sommets inégalés. Perfectionnisme rime alors avec performance. Mais on oublie souvent les dérapages et les effets secondaires d’une telle attitude au travail.

Un enseignant peut avoir des attentes déraisonnables par rapport à son égard ou à son potentiel. De même, les conditions dans lesquelles il œuvre peuvent l’empêcher de donner le meilleur de lui-même, peu importe les efforts qu’il met.

Dans le monde chaotique de l’éducation dans lequel nous vivons, il est presque normal aujourd’hui que les enseignants performants tombent d’épuisement : ils vivent sous l’emprise d’une double contrainte. En effet, ils se demandent ou on leur demande la perfection alors que le système qui les entoure est incapable de leur fournir les outils et les moyens d’atteindre certains idéaux. Également, comment être parfait quand on est parfois dirigés par de purs incompétents? Comment faire toujours plus avec deux fois moins?

Dans une telle dynamique, l’image que l’enseignant de lui-même sera nécessairement faussée. Il aura souvent de la difficulté à bien connaître ses forces et à apprécier ses faiblesses, tout simplement parce qu’il n’a, selon lui, que des faiblesses et aucune force. S’ensuivra évidemment le renforcement d’une faible estime de soi ou l’incapacité à recevoir des compliments pourtant largement mérités, par exemple.

Au fond, l’enseignant est prisonnier d’une spirale dont il ne sortira qu’épuisé moralement ou physiquement et être perfectionnisme rime alors avec destruction. Si, en plus, son travail est dévalorisé par ses employeurs, les parents, les médias ou le grand public, on est certain que cette recherche de l’absolu mènera absolument au désastre.

Dans des prochains billets, j’aborderai:

Partie 2 - Le perfectionnisme… envers les autres
Partie 3- Le «control freak»