10 septembre 2010

Le désarroi d'un jeune étudiant

Aujourd'hui, je travaillais les notions de complément du nom et d'attribut du sujet dans le cadre d'une révision concernant le groupe adjectif. Tout à coup, le regard consterné d'un de mes élèves me pousse à m'arrêter et à lui demander:

- Ça va, Marco?
- Non.
- Comment ça?
- Ben, monsieur, je comprends.


Pauvre petit pit tout perdu! Je sens que l'année va être amusante.

09 septembre 2010

Diagnostic!

Apprentis docteurs, voici les résultats.

Après des prises de sang, un test d'urine, des radiographies et des scans, le verdict est tombé: on sait que ce ne sont pas des diverticulites ou des pierres aux reins. Reste donc un diagnostic par défaut: musculaire. Un nerf bien coincé ou un truc du genre. Médication: anti-inflammatoire et anti-douleur. Zéro efficacité. J'ai dû trop abuser de la drogue dans ma jeunesse. Toutes les positions du kama-sumatra me feraient mal, même la position du soumissionnaire...

J'ai passé dix heures à attendre dans une salle à l'urgence. Quand le docteur m'a demandé où j'avais mal, je ne savais plus où tellement tout mon dos était ankylosé. L'attente est interminable mais, une fois admis, les choses sont allées rondement.

Je rêve d'un gros Lazzzzzzy-Boy de mononcle où je pourrais dormir un peu. Ou encore du confortable lit de pôpa et môman dans La Petite Vie. Pour l'instant, j'ai l'impression de faire du sommeil à relais. Dix minutes dans mon lit, dix minutes dans le lit inoccupé de ma fille, dix sur le sofa, dix debout dans un coin...

Tant qu'à avoir mal à la maison, je suis allé avoir mal à l'école. Mêmes résultats en revenant chez moi: incapable de me placer, de dormir, de m'étendre. Comment il faut pour dormir debout les chevaux?

Relance médicale demain matin. Si jamais je meurs de douleur d'ici là, je serai modeste: je me contenterai de funérailles municipales.

08 septembre 2010

Ces malades qui nous gouvernent

D'après le titre d'une oeuvre qui a suscité bien des débats à l'époque.

Bon, un sujet délicat. Et je détonnerai peut-être dans le concert d'éloges funèbres qui remplit les médias depuis hier. Comprenez bien que je ne juge pas l'homme, mais la situation.

Claude Béchard a démissionné comme ministre hier et, une heure après, on annonçait son décès. Une véritable onde de choc. De quoi frapper l'imaginaire des citoyens. Moi ce qui m'a plutôt frappé, c'est que le ministre de l'Agriculture et des Affaires intergouvernementales canadiennes du Québec occupait ce poste depuis des mois alors qu'il était gravement malade :

Peu de gens le savent, mais, depuis longtemps, il recevait une chimiothérapie extrêmement agressive, utilisée en Europe, qui était encore au stade du protocole expérimental. Le 11 août, lors du remaniement ministériel, il s'était présenté à l'Assemblée nationale pour être reconfirmé dans ses fonctions de ministre de l'Agriculture et des Affaires intergouvernementales canadiennes. Bien que souriant et détendu, il portait alors sous son veston des bouteilles de soluté qui faisaient partie de son traitement de chimiothérapie. Ce fut sa dernière apparition publique. Son état de santé s'est détérioré peu de temps après.

Sans critiquer l'homme toujours, quelle performance pouvait-il offrir comme ministre dans un tel état? N'aurait-il pas été de son devoir ou du devoir du premier ministre de le convaincre de céder la place? La situation était délicate, soit, mais je crois que l'amitié que Jean Charest témoignait à l'égard de Claude Béchard l'a éloigné de la conduite qu'il aurait dû adopter. Tout comme aujourd'hui, le fait de décréter des funérailles nationales en l'honneur de l'ex-ministre me semble, encore une fois, une décision davantage dictée par des considérations personnelles que des considérations d'État.

Gilles Carles en a eues. Claude Ryan aussi. René Lévesque. Robert Bourassa. Gaston Miron. Maurice Richard. Michel Chartrand et Pierre Bourgault, non. Là, Claude Béchard y aurait droit?

Au risque de paraitre cynique et très méchant, le parti Libéral fait encore la preuve qu'il est le parti des intérêts personnels et des petits amis. Claude Béchard n'avait pas la stature d'un homme politique qui méritait un pareil honneur de l'État québécois, parce que c'est bien de cela dont il s'agit.

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Suite du bilan médical ce soir. Là, je vais dormir.

07 septembre 2010

Jouons au docteur!

Un tel titre suscite chez vous des images lascives? Désolé de vous détromper, mais j'ai manqué ma première journée de travail de l'année pour faire un tour d'ambulance jusqu'à l'hôpital. J'ai passé les trois jours de la fin de semaine sur le carreau tellement j'avais mal.

J'ai donc passé sept heures à attendre dans une salle judicieusement nommée salle d'attente. Ensuite, le reste s'est déroulé promptement. Test de sang, test d'urine (comme si on pissait sur commande, radiographie, etc.). Pour l'instant, les docs n'ont pas fini les examen et hésitent.

Vous avez donc le choix de trouver ce que j'ai en complétant le sondage à droite. Votre diagnostic vaut peut-être le leur, qui sait?

PS: Au cas où vous vous en douteriez, je suis sur la morphine extraforte et c'est légal.

06 septembre 2010

Encore un autre!

Si, au moins, ces petits cons se tuaient entre eux: il en resterait moins à la fin. Même pas.

Ici, on a le cocktail alcool au volant et délit de fuite mortel. La victime avait 19 ans.

Assiste-t-on à une augmentation des incidents mortels impliquant de jeunes conducteurs ou est-ce les médias qui accordent pus d'importance à ces incidents?

05 septembre 2010

Ces parents qui pardonnent tout

Il faut lire cette entrevue avec la mère du jeune homme de 22 ans qui excuse presque son fils d'avoir tué une jeune fille de 15 ans au volant de sa voiture en passant outre une ligne pleine à haute vitesse à Laval tout en prenant la fuite par la suite. Édifiant...

Celle-ci parle d'un «simple accident» et blâme les piétons qui traversent «n'importe quand, n'importe comment, n'importe où.» À propos de la vitesse à laquelle roulait son fils, elle y va du commentaire suivant: «Quand tu vois un feu jaune, comme tout le monde, tu vas plus vite».

Pour elle, son garçon n'est «pas méchant, pas mauvais». Ah bon! Voici la liste des crimes récents de ce bon garçon:
- permis d'apprenti conducteur révoqué;
- arrestation après une poursuite policière;
- possession de drogue;
- vol;
- possession de carte de crédit volée ou falsifiée;
- voies de fait.

Un autre exemple de cette généreuse empathie est cette entrevue purement pathétique d'un oncle qui défend son neveu en invoquant la testostérone. Ce dernier a trouvé la mort en doublant dans une section interdite à haute vitesse. La passagère qu'il l'accompagnait lutte encore pour sa vie tandis qu'il a tué une conductrice enceinte de huit mois qui roulait en sens inverse.

Écoutez bien son raisonnement. Si, si: ça en vaut la peine. Ce n'est pas de la faute du jeune: c'est celle de ses hormones, de la société, des garçons brimés par... J'arrête ici parce que je risque de verser dans la pure méchanceté. Quoi qu'il en soit, avec un argument du genre, on peut aussi justifier des viols et des meurtres.

Moi qui croyais que ce qui séparait l'homme de la bête était sa capacité à dominer ses instincts et à être civilisé, il ne fait pas de doute que certains jeunes sont revenus au stade de l'homme de cro-magnon quand ils conduisent une voiture. Pas étonnant quand on a comme parents des abrutis.

Quand on parle d'éducation et de décrochage au Québec, n'oubliez jamais ce pourcentage d'abrutis. Juste comme ça. En passant.

04 septembre 2010

L'éclat des fausses évidences

J'ai toujours aimé ce titre de je ne sais plus qui. Il parle, il est clair.

Ainsi donc, Chantal Longpré, présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement (FQDE), voudrait qu'on aille de l'avant avec des mesures de discrimination positive pour augmenter le nombre d'enseignants: «Oui, ça peut avoir un impact positif. On ne peut pas certifier qu'avec 50 % d'hommes tous les garçons vont réussir. Mais ça ne peut qu'améliorer les performances et améliorer la valorisation de la profession.»

Savoureux quand on est un homme. Savoureux surtout quand on sait que rien ne prouve l'effet positif d'une présence masculine sur la persévérance scolaires des garçons. Savoureux enfin parce que cela montre bien que certains représentants scolaires disent n'importe quoi et ont des allures d'apprentis sorciers.

Mais si jamais ça me donne une plus grosse paie, je suis prêt à le croire moi aussi. Vivent les solutions magiques!

03 septembre 2010

Le travail en équipe

La réforme devait amener l'élève à développer ses capacités à travailler en équipe et son esprit de collaboration. Je me suis toujours élevé contre cet objectif qui n'a rien d'académique et tout de social. Je trouve discutable qu'on évalue à l'école de façon aussi directe l'aspect affectif et personnel d'un jeune. Il existe des enfants qui préfèrent par choix la solitude: on les oblige donc à aller contre leur personnalité.

D'autant plus que le travail en équipe est souvent un piège à cons. Une amie, jeune universitaire en enseignement, est obligée de travailler en équipe dans son bac alors qu'aucun critère d'évaluation ne porte sur cet aspect. Bref, on fait des travaux en équipe alors qu'ils pourraient très bien être fait seuls. Ses super profs, qui lui vantent la réforme et lui demandent de l'enseigner, ne sont même pas foutus d'évaluer correctement! L'anecdote serait savoureuse si elle n'était pas aussi désespérante...

Cette entrée en matière pour vous indiquer que, dans mon programme performant, on a décidé de donner une formation aux enseignants et aux élèves en ce qui a trait au travail en équipe. Si je ne partage pas les visées du programme en matière de travail d'équipe, je suis d'accord avec l'idée de bien faire les choses tant qu'à y être.

Seulement, ce qui m'interpelle, c'est que cette formation vient du fait que ces jeunes, qui ont fait six années du primaire, ne savent toujours pas travailler en équipe. Quel est ou quels sont les éléments qui expliquent ce constat? Programme utopique et inadapté à la réalité personnelle des jeunes? Objectif escamoté par les enseignants pour diverses raisons? Je ne sais.

Une remarque cynique en passant: la personne qui nous formera serait la même qui formerait les profs du primaire. Puis-je légitimement me questionner sur son approche, disons?

02 septembre 2010

Quand on se censure...

Le défaut quand vous réalisez que vos collègues découvrent que vous tenez un blogue et le lisent, c'est que vous tombez inévitablement dans une certaine forme d'autocensure. À la blague, je vous dirai que, si vous voulez mon compte-rendu d'une journée à chier, écrivez-moi et je vous la raconterai, mais je m'en abstiendrai.

Heureusement qu'il y a les élèves dans une école: ça aide à adorer ce boulot.

01 septembre 2010

La revue de presse masquée

La rentrée ramène son traditionnel lot d'articles sur l'école. Je vous propose ici une petite revue personnelle des textes parus aujourd'hui.

«Le checse de retour dans les écoles!»

Voila ce que hurlerait assurément le défunt Camil Samson. En effet, une coalition propose de ramener l'éducation à la sexualité dans les écoles primaires et secondaires du Québec. Celle-ci se base sur l'augmentation importante des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) pour tirer la sonnette d'alarme. Il y a dix ans, lors de l'abolition des cours d'éducation sexuelle, bien des intervenants avaient prédit cette hausse. On leur avait alors répondu que la sexualité serait l'affaire de tous dans l'école et serait abordée dans divers cours, dont ceux de sciences. Force est de constater qu'ils avaient tort et, dix ans plus tard, on songe revenir à la case départ.

Il existe un autre mythe semblable dans le réseau scolaire: celui de l'école orientante. Mais on parle beaucoup moins de celui-là.

«Speake white»

Voilà ce que dirait sûrement la poète Michèle Lalonde en lisant ce texte. On y apprend qu'il est plus payant d'être bilingue au Québec. Ainsi, un travailleur qui emploie l'anglais et le français au travail gagne 21% de plus qu'un unilingue francophone.

«You can't handle the truth!»

Voilà une phrase célèbre prononcée par Jack Nicholson dans le film Des hommes d'honneur, je crois. Joseph Facal revient un peu tard sur le dossier du TECFEE Son analyse est intéressante, mais un peu hors actualité, ce qui lui enlève de la pertinence, surtout qu'elle développe des arguments déjà utilisés ailleurs. N'empêche qu'il y va de belles phrases:
- «Quand on échoue à un examen, il est plus facile de blâmer l'examen que de se blâmer soi-même.»
- «Hormis le milieu familial, le facteur le plus décisif de la réussite éducative est la qualité du professeur. Or, la vérité est que l'aptitude à enseigner est largement innée.»
- «Bref, si on veut améliorer la réussite éducative des enfants, rien n'est plus important que de s'assurer que les autorités concernées embauchent de bons professeurs et ont des recours contre les mauvais.»


Et les directions peu compétentes? Et les commissions scolaires qui sont une force d'inertie incroyable?

«I Want Money»

Ah... Berry Gordy Jr... Alors que la CSQ et la FSE ont signé une entente avec le gouvernement à la sauvette avant les vacances (une entente que je considère très discutable), la FAE proposera le rejet des offres patronales à ses 32 000 membres cette semaine. Raison: les augmentations salariales ne sont pas assez suffisantes et ne permettent pas d'attirer suffisamment de jeunes enseignants.

Personnellement, si je considère que nos syndicats ont signé une entente à rabais, je ne crois pas qu'une augmentation salariale attirera des jeunes. Ce sont davantage les conditions de travail et la sécurité d'emploi qui me semblent problématiques pour ces derniers.

«Cachez ce texte que je ne saurais voir!»

Paraphrasons un peu Molière pour introduire ce texte de Martineau sur la présence féminine à l'école. Comme d'habitude, ce dernier y va un peu fort dans l'à-peu-près, ce qui nuit à la pertinence de son propos. Je pense à ce passage inexact:

«C'est une école où les garçons ne peuvent se tirailler à la récré, où il est interdit de grimper sur les collines de neige, où le moindre chamaillage est perçu comme une marque de violence et d'agressivité, où la compétition est honnie, où on distribue du Ritalin comme des Smarties et où les livres d'aventure, les magazines de sport et les épopées héroïques sont absents des bibliothèques.»

On se calme le pompon, mon petit Richard... S'il estime que l'école est mal adaptée aux besoins des garçons, je relève une phrase de Martineau que je trouve tout à fait vraie: «C'est bien beau, «adapter» l'école aux gars. Mais il faudrait aussi que les gars s'inspirent des filles, et qu'ils apprennent la culture de l'effort et de la persévérance.»

Et vlan dans les dents!

«J'ai un cerveau féminin!»

Voilà ce que déclare le prof masqué à la lecture de ce texte paru dans Le Soleil. Alors qu'on commence à peine à comprendre le fonctionnement du cerveau et de ce que j'appelle la «neurologie des apprentissages», certains spécialistes affirment que les garçons et les filles apprennent différemment. Ainsi, les garçons seraient plus visuels et concrets. Les filles développeraient plus jeunes leurs habiletés langagières. À moins que je ne me trompe, la notion de «visuel», d'«auditif» et tout le tralala est fortement contestable.

J'ai de la difficulté avec ce genre de généralisation. Tout jeune, j'étais déjà premier de classe en français et je clenchais les filles en écriture. Dois-je remettre en question mon identité sexuelle?

Pour Claude Saint-Amant, ce genre d'affirmation est erroné: «Si c'était vrai, on retrouverait les mêmes différences entre garçons et filles partout sur la planète, et ce n'est pas le cas.» En Australie et au Japon, par exemple, les garçons réussissent mieux à l'école que les filles, dit celui qui a analysé plusieurs données semblables dans différents pays. Et au Québec, les filles ont rattrapé les garçons en mathématiques au cours des dernières années, rappelle-t-il. «Comment l'explique-t-on? Est-ce que le cerveau des filles a changé?» ironise M. Saint-Amant.

Ouf! j'ai peut-être encore un cerveau d'homme...

J'arrête ici cette courte revue et je reviens demain avec une autre série de textes que nos glorieux médias ont publiés aujourd'hui.