Le 10 mai dernier, des représentants de parents acceptaient une offre de règlement de 153 millions $ visant à régler un recours collectif concernant les frais que certaines écoles n'auraient jamais dû leur exiger. Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, annonçait alors qu'il ferait connaitre «bientôt» les balises pour encadrer de tels frais de la part des établissements scolaires.
Le 10 avril dernier, le ministre Proulx s'engageait à présenter de telles balises «au cours des prochaines semaines, d'ici la fin de l'année scolaire.»
Le 12 octobre 2017, le ministre Proulx disait attendre un rapport sur cette question de la Fédération des commissions scolaires du Québec vers la mi-décembre avant de se prononcer. LA FCSQ s'est finalement retiré du groupe de travail chargé d'examiner les frais exigés aux parents de crainte de s'incriminer quant au recours collectif auquel elle faisait face et le rapport n'a finalement jamais été déposé.
Le 22 aout 2017, le ministre Proulx indiquait que son ministère se penchait sur la question des frais exigés aux parents et précisait: «Je pense que cette année, on va bouger sur cette question-là.»
Nous sommes le 22 mai 2018. Le ministre Proulx n'a pas toujours pas fait connaitre quelles balises devraient guider les écoles par rapport aux frais exigés aux parents. La question n'est pas nouvelle. Le recours collectif réglé ce mois-ci a été déposé en 2013. Un recours semblable avait également été déposé en 2010 contre la commission scolaire des Grandes-Seigneuries et celle-ci avait alors également conclu une entente avec les parents. Par ailleurs, quelqu'un a-t-il informé le ministre que ces balises auraient dû être annoncées au début du mois de mai avant que les directions d'école présente à leur conseil d'établissement les frais exigés aux parents pour la prochaine année scolaire?
Actuellement bien des directions d'école ont dû déposer devant leur conseil d'établissement une liste des frais exigés aux parents pour l'année scolaire 2018-2019 tout en ignorant quelles seraient les lignes directrices du ministère. Certaines craignent de devoir refaire tout ce travail, d'autres n'ont pas pris de chance et ont simplement annulé toutes les sorties culturelles et éducatives pour la prochaine année. Le ministre réalise-t-il que le fait qu'il ne se soit pas encore prononcé sur ce sujet occasionne certains problèmes dans les différents établissements scolaires du Québec?
Par ailleurs, sur un autre plan, se peut-il que certains producteurs culturels, acteurs et artistes ne suivent absolument pas ce dossier? Alors que lors des différents boycotts par les enseignants de différentes activités culturelles et parascolaires, ils n'avaient pas hésité à se dire «pris en otages» et à dénoncer ces moyens de pressions, pourquoi sont-ils étrangement muets devant l'abandon complet de plusieurs sorties scolaires? Et un peu méchamment, devant qui iront-ils manifester cette fois-ci? Sûrement pas devant le siège de la CSQ. :)
22 mai 2018
06 mai 2018
Utiliser l'ordi lors d'un examen d'écriture
Dans le Journal de Québec, on publie aujourd'hui un article indiquant que le MEES songe à permettre aux élèves d'utiliser un ordinateur et un logiciel de correction comme Antidote lors de l'épreuve d'écriture de cinquième secondaire. Une recherche a même été effectuée auprès de 300 élèves à cet effet. Certaines des conclusions de celle-ci rejoignent ce que l'on constate déjà depuis des années sur le terrain, soit que les élèves qui ont utilisé Antidote ont effectué moins d'erreurs et que ceux qui ont utilisé l'ordinateur sans correcteur, eux, en ont fait davantage que leurs confrères munis seulement d'un crayon et d'une feuille de papier.
La principale raison expliquant le deuxième constat est assez simple: des élèves qui n'ont pas l'habitude d'utiliser l'ordinateur sont «bousculés» dans leurs repères et leurs techniques de correction. Dans bien des cas, ils voient moins leurs fautes à l'écran que sur le papier parce que leur oeil, par un phénomène bien connu, a davantage tendance à «reconstruire» correctement un mot mal orthographié quand il est écrit à l'ordinateur.
Actuellement, il faut savoir qu'il est déjà permis d'utiliser un ordinateur sans logiciel de correction pour compléter l'épreuve du MEES. La principale condition pour ce faire, par contre, est qu'on doit démontrer que l'élève est habileté à le faire, c'est-à-dire qu'il a appris à utiliser l'ordinateur pour rédiger, ce qui est une bonne idée quand on pense aux résultats de la recherche mentionnée plus haut.
Ce que l'on remarque cependant est que ceux qui sont vraiment habiletés à utiliser l'ordinateur réussissent mieux, même sans correcteur, tout simplement parce qu'ils gagnent presque 40 minutes sur un examen qui en dure 195 parce qu'ils n'ont pas à retranscrire leur brouillon au propre. Personne ne soulève cet avantage indu dont bénéficient actuellement des élèves de certaines écoles où l'on exige l'achat d'un appareil électronique ou bien où l'on fournit ce dernier.
Plusieurs difficultés empêchent présentement l'utilisation à large échelle d'un appareil électronique lors d'évaluations en français. La première est bien sûr que les élèves n'ont pas un accès fréquent à un tel appareil afin de devenir habiletés à l'utiliser. La seconde est de s'assurer de la sécurité de la passation de l'épreuve afin d'éviter le plagiat ou la tricherie.
Sur la question de fond, à savoir si les élèves devraient utiliser ou non un logiciel de correction lors de leurs examens d'écriture, les avis sont partagés chez les enseignants. Ceux en faveur de cette idée indiquent qu'en 2018, il est temps qu'on apprenne aux élèves à utiliser un logiciel de correction en classe. Ils vont comparer cet outil à la calculatrice graphique utilisée en mathématique, par exemple. Ils souligneront aussi que ce logiciel peut favoriser l'apprentissage en indiquant à l'élève ses erreurs et comment les corriger. Ceux qui sont en défaveur se demandent plutôt si on aide vraiment l'élève à bien écrire en lui fournissant un tel outil. Ils donneront le même exemple de l'utilisation de la calculatrice qui a amené certains élèves à ne plus savoir multiplier ou diviser sans cet outil.
Selon mon expérience, l'utilisation d'un logiciel de correction à l'école avantagera les élèves déjà bons en français. Ceux-ci jouissent effectivement d'une bonne compréhension de la grammaire française et de sa logique interne. Ils n'en deviendront que meilleurs. Pour les élèves faibles et moyens, il est fort probable que leurs résultats s'amélioreront sans qu'ils comprennent pour autant ce qu'ils feront.
Pour ma part, l'utilisation d'un correcteur ne sera pas une panacée et ne remplacera pas l'enseignant, du moins pour quelques années encore si on se base sur l 'état actuel des programmes informatiques basés sur des concepts de l'intelligence artificielle. Il existe des limites à ce qu'un logiciel peut présentement expliquer à un jeune. Pour ce qui est de l'avenir, par contre, même avec une aide électronique plus développée, l'école et ses enseignants seront toujours aussi nécessaires, mais d'une façon différente. Ils devront mieux éveiller les jeunes à la logique, la beauté et les créations reliées à cette langue qui est la nôtre.
La principale raison expliquant le deuxième constat est assez simple: des élèves qui n'ont pas l'habitude d'utiliser l'ordinateur sont «bousculés» dans leurs repères et leurs techniques de correction. Dans bien des cas, ils voient moins leurs fautes à l'écran que sur le papier parce que leur oeil, par un phénomène bien connu, a davantage tendance à «reconstruire» correctement un mot mal orthographié quand il est écrit à l'ordinateur.
Actuellement, il faut savoir qu'il est déjà permis d'utiliser un ordinateur sans logiciel de correction pour compléter l'épreuve du MEES. La principale condition pour ce faire, par contre, est qu'on doit démontrer que l'élève est habileté à le faire, c'est-à-dire qu'il a appris à utiliser l'ordinateur pour rédiger, ce qui est une bonne idée quand on pense aux résultats de la recherche mentionnée plus haut.
Ce que l'on remarque cependant est que ceux qui sont vraiment habiletés à utiliser l'ordinateur réussissent mieux, même sans correcteur, tout simplement parce qu'ils gagnent presque 40 minutes sur un examen qui en dure 195 parce qu'ils n'ont pas à retranscrire leur brouillon au propre. Personne ne soulève cet avantage indu dont bénéficient actuellement des élèves de certaines écoles où l'on exige l'achat d'un appareil électronique ou bien où l'on fournit ce dernier.
Plusieurs difficultés empêchent présentement l'utilisation à large échelle d'un appareil électronique lors d'évaluations en français. La première est bien sûr que les élèves n'ont pas un accès fréquent à un tel appareil afin de devenir habiletés à l'utiliser. La seconde est de s'assurer de la sécurité de la passation de l'épreuve afin d'éviter le plagiat ou la tricherie.
Sur la question de fond, à savoir si les élèves devraient utiliser ou non un logiciel de correction lors de leurs examens d'écriture, les avis sont partagés chez les enseignants. Ceux en faveur de cette idée indiquent qu'en 2018, il est temps qu'on apprenne aux élèves à utiliser un logiciel de correction en classe. Ils vont comparer cet outil à la calculatrice graphique utilisée en mathématique, par exemple. Ils souligneront aussi que ce logiciel peut favoriser l'apprentissage en indiquant à l'élève ses erreurs et comment les corriger. Ceux qui sont en défaveur se demandent plutôt si on aide vraiment l'élève à bien écrire en lui fournissant un tel outil. Ils donneront le même exemple de l'utilisation de la calculatrice qui a amené certains élèves à ne plus savoir multiplier ou diviser sans cet outil.
Selon mon expérience, l'utilisation d'un logiciel de correction à l'école avantagera les élèves déjà bons en français. Ceux-ci jouissent effectivement d'une bonne compréhension de la grammaire française et de sa logique interne. Ils n'en deviendront que meilleurs. Pour les élèves faibles et moyens, il est fort probable que leurs résultats s'amélioreront sans qu'ils comprennent pour autant ce qu'ils feront.
Pour ma part, l'utilisation d'un correcteur ne sera pas une panacée et ne remplacera pas l'enseignant, du moins pour quelques années encore si on se base sur l 'état actuel des programmes informatiques basés sur des concepts de l'intelligence artificielle. Il existe des limites à ce qu'un logiciel peut présentement expliquer à un jeune. Pour ce qui est de l'avenir, par contre, même avec une aide électronique plus développée, l'école et ses enseignants seront toujours aussi nécessaires, mais d'une façon différente. Ils devront mieux éveiller les jeunes à la logique, la beauté et les créations reliées à cette langue qui est la nôtre.
31 mars 2018
Codes vestimentaires dans les écoles : cachez ce que je ne saurais voir
Récemment, des élèves
de la région de Québec portant un carré jaune ont remis en question les règles
entourant la tenue vestimentaire permise dans leurs écoles. La relance de cet éternel débat montre bien
toute l’hypocrisie et le malaise entourant la définition des genres mais aussi la
sexualité de nos jeunes.
Des codes vestimentaires genrés et s’adressant
à tous les élèves
Tout d’abord, il est
indiscutable que ces codes de vie sont genrés : ils définissent ainsi la
tenue vestimentaire des élèves selon un genre : par exemple, un garçon
porte un short; une fille, une jupe. Mais que fait-on devant les cas des élèves
qui ne s’identifient pas au genre qui leur a été assigné à la naissance? On
peut alors comprendre que le jeune qui vit une volonté d’affirmation de son
identité de genre ne se sente pas nécessairement accueilli dans sa démarche. Chaque
école, chaque commission scolaire a ses propres règles – écrites et non écrites
- en la matière. L’absence de directives ministérielles claires à ce propos
rend d’autant plus insécurisante toute demande de la part d’un jeune vivant
cette situation.
Il y a quelques
années, on m’a rapporté le cas de garçons venus à leur école secondaire en kilt
pour souligner la Saint-Patrick. On a commencé par leur souligner qu’un homme
ne pouvait pas porter une jupe puisqu’il s’agissait d’un vêtement
essentiellement féminin. On s’est par la suite ravisé devant cet argument qui
ne tenait pas la route pour plutôt invoquer qu’il s’agissait d’une tenue
excentrique. Heureusement que ces élèves ne s’appelaient pas O’Connor ou
O’Brien mais plutôt Mongrain ou Chênevert car ils auraient bien embêté les
autorités de mon école en invoquant leurs racines culturelles…
Un autre point qui a
été soulevé récemment par ces carrés jaunes veut que ces codes soient essentiellement
discriminatoires envers les filles. Or, il serait bien plus exact d’indiquer que
ces codes limitent tous les élèves, quel que soit leur genre, dans leurs choix
vestimentaires. Ainsi, généralement, pour les garçons, de nombreuses règles
interdisent le port de la camisole en classe (comme des maillots de basketball)
ou de pantalons très bas sur les hanches. Dans les faits, c’est le choix de
tous les jeunes qui est limité ici, mais il faut noter que les filles sont
souvent plus visées par la mode, les pressions sociales définissant le corps
féminin et l’hypersexualisation.
Un malaise quant à l’éducation et l’affirmation
de nos jeunes
Bien des intervenants
éprouvent un malaise quand vient le temps de déterminer les règles entourant une
tenue vestimentaire acceptable dans nos écoles. On comprendra qu’il s’agit
d’une situation qui soulève des points de vue moraux, éthiques, parfois même religieux.
Ces intervenants sont aussi remis en question quant à leurs valeurs et à ce qui
constituent souvent chez eux des préjugés. Ils vivent aussi ce qu’on peut
appeler un choc générationnel.
«Pute ou prude», voilà
le choix qu’on semble donner à plusieurs jeunes filles qui vivent un
déchirement entre les valeurs d’appartenance à une image de la femme véhiculée
dans notre société et les valeurs de certaines familles ou écoles. Si l’on
était cynique, on pourrait se demander où est la différence entre ces établissements
scolaires dont les règlements excluent certains vêtements et ces religieux zélés
obligeant des femmes à porter une tenue «modeste»? Dans les faits, il n’y en a aucune dans la
mesure où chacun des deux considère que la jeune fille est responsable des
regards pervers qu’elle attire. Pourtant, n’y aurait-il pas lieu de
véritablement éduquer nos enfants à ce sujet?
On pourra souligner
que le ministère de l’Éducation instaurera un programme d’éducation à la
sexualité l’année prochaine dans les écoles québécoises. Mais faut-il rappeler
toute la saga entourant celui-ci? Contenu flou, personnel peu formé : il
est difficile de croire que cette initiative règlera quoi que ce soit à ce
sujet.
Bien sûr, certains
diront que l’école a pour rôle de former les jeunes au marché du travail où il
existe des codes vestimentaires et que, plus tôt, ils l’apprendront, mieux ce
sera. Mais c’est oublier que l’école est avant tout un milieu de vie où l’on
doit former des citoyens faisant preuve d’ouverture et de réflexion. Forme-t-on vraiment des esprits critiques en
interdisant certaines tenues plutôt qu’en éduquant? A-t-on véritablement songé
aux valeurs qui guident ces codes? À cet égard, la contestation des carrés
jaunes est un appel à la réflexion.
L’uniforme : une fausse solution hypocrite
Souvent, afin d’éviter
de se prononcer réellement par rapport à toutes ces questions, certaines écoles
choisissent d’imposer un uniforme obligatoire auprès d’un fournisseur unique. Soulignons
tout d’abord qu’il s’agit généralement d’une solution genrée qui nie l’identité
et l‘affirmation des jeunes. Ensuite, on peut se questionner sur le fait de
privilégier un seul fournisseur.
Pour aller de l’avant
avec une telle mesure, on affirme également que la tenue obligatoire offre de
nombreux avantages alors que c’est tout simplement faux. Ainsi, on n’aplanit
aucunement les différences sociales puisque les jeunes peuvent continuer à se
démarquer en portant des accessoires démontrant leur statut économique. Quant à
l’idée qu’un uniforme permet d’assurer la sécurité en limitant l’entrée
d’intrus dans une école, il suffit de regarder les pages Facebook de certains
établissements scolaires pour constater que n’importe qui peut y acheter des
tenues scolaires usagées, facilitant ainsi la circulation d’individus indésirables.
Enfin, à tous ces parents qui apprécient le côté pratique d’un uniforme,
pourquoi doivent-ils l’imposer à d’autres qui n’en veulent pas? Manquent-ils à
ce point d’autorité qu’ils comptent sur l’école pour se substituer à eux en ce
qui concerne l’éducation de leurs enfants?
Dans les faits,
l’imposition d’un uniforme obligatoire dans nos écoles ne constitue pas une
solution à un problème mais une autre manifestation de celui-ci. Au lieu de
permettre aux jeunes d’établir leur propre identité à un moment important du
développement de la personnalité d’un individu ainsi que de les amener à
adopter des comportements responsables et réfléchis, on interdit au lieu
d’éduquer.
S’il est difficile
actuellement de déterminer un code de vestimentaire dans nos écoles, c’est tout
d’abord parce que notre société de plus en plus éclatée n’arrive pas à dégager
un consensus à ce sujet. Et nos écoles répondent du mieux qu’elles le peuvent,
en choisissant parfois la voie de la facilité avec un uniforme obligatoire, à
ce problème qui prendra encore plus d’ampleur si on n’y réfléchit pas
correctement.
- - - - - - - -
Dans la catégorie «Préjugés de mononcles», cette intervention de Martin Everell, animateur à BLVD qui n'hésite pas à traiter à plus d'une reprise de «guedoune» une adolescente de 15 ans porte-parole du mouvement des carrés jaunes:
« Regarde, elle a rien qu’à s’habiller comme une guedoune après l’école (…) Une guedoune, j’appelle ça comme ça, une petite fille avec une camisole pas de brassière, avec des shorts très courtes. C’est une guidoune (…) »
12 mars 2018
Lab-École: comme une contradiction
Dans son livre «Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire», le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, affirme: «l’architecture seule n’a pas une incidence significative sur la réussite des élèves». (p. 50)
Or, dans cet article du chroniqueur François Bourque, du Soleil, on peut lire:
Or, dans cet article du chroniqueur François Bourque, du Soleil, on peut lire:
«Une étude britannique vient cependant de démontrer un lien entre l’environnement physique des classes et la réussite des élèves. Jusqu’à 16% de mieux en lecture, écriture et mathématiques.
Cette recherche a inspiré l’architecte Pierre Thibault, le chef Ricardo Larrivée et le promoteur de sport Pierre Lavoie pour le projet de Lab-École.»
Qui entre le ministre et les gens qu'il a choisis dit vrai? À cette ère des données probantes, pourrait-on faire preuve d'harmonie à défaut de rigueur? :)02 mars 2018
Sébastien Proulx : Un livre et des questions
La semaine dernière, le ministre de l’Éducation du Québec, Sébastien Proulx, a lancé un livre intitulé «Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire». Il serait bien difficile de lui donner tort sur ce point puisque la maitrise d’une langue est plus qu’une compétence : elle est un espace d’épanouissement, de pensée et de liberté. Il serait également difficile de soutenir que la culture générale et la littérature, comme il l’affirme, ne sont pas nécessaires à la formation des jeunes et moins jeunes.
Non, ce sont bien
d’autres points soulevés dans ce long texte de 144 pages qui m’interpellent et
me questionnent.
Ambiguïté sur le statut de ce livre
La première
interrogation qui vient à l’esprit à propos de cet ouvrage est bien sûr son
statut : comment peut-on faire abstraction du fait que son auteur, qui veut
convier le monde scolaire à un dialogue, soit aussi un ministre de l’Éducation
et, qui plus est, un ministre qui sera en élection dans sept mois? M. Proulx affirme
ne pas avoir voulu rédiger un plan de travail, un programme électoral ou un
bilan (p. 12), mais
ce texte est un peu tout cela à la fois. Comment considérer ses propos comme
ceux d’un simple observateur du monde scolaire alors qu’il en est le principal
décideur? S’installe un certain malaise et on ne cesse de se demander «Qui
parle?» et «Que nous réserve-t-il pour l’avenir?»
Dans la même veine, et
de façon plus générale, on en vient à s’interroger à savoir quelles sont les
grandes orientations qui guident le parti Libéral depuis son élection il y a
près de quatre ans. Celles de son programme électoral qu’il a jeté aux oubliettes?
Celles d’un des prédécesseurs de M. Proulx qui affirmait qu’il n’y aurait pas
un enfant qui allait mourir de ne pas avoir de nouveaux livres? Celles de la
nouvelle politique de la réussite éducative que ce ministre a adoptée en juin
dernier et que certains analystes ont qualifiée de décevante?
On ne le sait plus. Et
pourtant, toute cette question est fondamentale si on veut assurer un
développement cohérent et suivi des jeunes qui fréquentent nos écoles.
Une vision déchirée du système scolaire
Dans de nombreux
passages, le ministre Proulx dépeint le système scolaire actuel de façon quasi idyllique,
suggérant même d’ouvrir des écoles made in
Québec à travers la planète: «Notre école est reconnue, nos méthodes sont
éprouvées, nous sommes parmi les meilleurs au monde dans bien des
disciplinaires scolaires, d’autres enfants ou des adultes apprenants seraient
choyés de recevoir notre diplôme à l’étranger.» (p. 52) Il
souligne également que le Québec semble bien se tirer d’affaire si on se base
sur les résultats des tests PISA en 2015. (pp 72-73)
Alors, pourquoi
vouloir refaire tant de choses si le système scolaire québécois va si bien?
Comment peut-on vouloir exporter notre expertise si on l’estime déficiente? Et
surtout comment avoir oublié que les résultats des tests PISA sont, de l’avis
même des auteurs de cette étude, à prendre avec «circonspection» à cause du faible taux de réponse des écoles québécoises qui ont été sollicitées pour
participer à celle-ci?
Le mythe du changement
Chose certaine, le
ministre Proulx est un adepte du changement. Ce mot revient régulièrement dans
son ouvrage et est toujours présenté de façon positive. Par contre, on le verra
plus loin, on retrouve moins, peu ou pas du tout dans son texte des termes comme
«enseignement explicite», «données probantes», «efficacité» ou «rigueur».
Emporté par son élan
de changement, le ministre écrit : «Il faut résister à la tentation de
dire : ‘’Il faut être prudent. Je ne ferai rien de différent.’’» (p. 13) Il affirme même que le ministère qu’il dirige
ne doit pas «punir les rêveurs». (p. 58) M. Proulx utilise par ailleurs des termes durs pour
décrire les gens réfractaires à la nouveauté, les qualifiant de «fatalistes» (p. 10) de «tenants du
statu quo» (p. 64)
ou d’«objecteurs de changements». (p. 64) Mais
que valent ces changements s’il n’est pas démontré, recherches sérieuses à
l’appui, qu’ils sont profitables pour les jeunes Québécois?
Et c’est ici qu’on
relève la première contradiction majeure de cet ouvrage. Selon le ministre, les
élèves sont des «matières à forger» (p. 17) mais «Pas à partir d’idéologies. Pas à partir de
convictions personnelles.» (p.
17) Or, bien des propos du ministre sont généralement peu ou pas étayés
sur des données probantes.
Le mythe du beau
Pour le ministre
Proulx, les jeunes du Québec «ont le droit de fréquenter de belles écoles.» (p. 39) Nous pouvons tous
en convenir, surtout quand on constate l’état actuel de plusieurs d’entre
elles. «Nous bâtirons différemment et mesurerons les résultats qui
s’ensuivront.» (p. 41)
Mais de quels résultats parle-t-on? Mais pourquoi cette frénésie du beau, puisque le ministre reconnait lui-même quelques
pages plus tard que «l’architecture seule n’a pas une incidence significative
sur la réussite des élèves»? (p.
50)
Il ne s’agit pas de
dénigrer cette volonté de bâtir ou d’aménager de belles écoles au Québec, mais
simplement de souligner que cette initiative a moins d’impact sur la réussite
scolaire que bien d’autres mesures dont l’efficacité a été largement reconnue.
Investira-t-on encore dans les structures physiques sans s’intéresser à donner
tout d’abord aux élèves l’accompagnement et les services dont ils ont besoin
pour leur réussite?
Des exigences spécifiques à l’égard des
enseignants
Pour le ministre
Proulx, les enseignants ont un statut spécial. Ils font un peu plus que les
autres employés de l’État en ce sens qu’ils «façonnent […] notre avenir.» (p. 31) Ce sont des
«vocations qui tendent vers un but commun.» (p. 66) Ah! la fameuse vocation… que d’idées
a-t-on lancées en ton nom!
C’est pour ces raisons
que certaines exigences spécifiques doivent s’appliquer à ceux qui oeuvrent en
éducation, notamment en ce qui a trait à la langue parlée et écrite, la
compétence professionnelle ainsi que la formation des enseignants et leur
accompagnement en début de carrière. (p. 31) Pourtant, en quoi
la qualité de la langue ou la compétence professionnelle serait-elle moins
importante pour tout autre fonctionnaire? Ce dernier doit-il avoir moins la
vocation pour son emploi? Accepterait-on des infirmières, des biologistes ou
des procureurs moins compétents que devraient l’être les enseignants?
Voici concrètement
comment se traduiraient quelques-unes de ces exigences.
Tout d’abord, les futurs
enseignants devraient faire partie de l’«élite pour occuper l’emploi le plus
important dans une société» (p.
65) et devraient avoir plus qu’un baccalauréat, soit une formation
universitaire de deuxième cycle leur donnant également une solide culture
générale. (p. 32) Le
ministre sait-il que le bac en enseignement actuel est d’une durée de quatre
ans comparativement à trois pour bien d’autres formations? Et, alors qu’on vit
une pénurie quant au personnel enseignant, comment pourra-t-il convaincre de
nouveaux venus de s’engager en éducation en maintenant les mêmes conditions
salariales qui sont sous la moyenne canadienne tout en ayant des exigences plus
élevées? C’est faire fi de la logique du marché de l’emploi.
De plus, le ministre
croit que les enseignants devraient voir leur développement professionnel
encadré afin de s’assurer annuellement d’un certain nombre de jours de
formation continue. (p. 32)
Encore ici, le ministre sait-il que le plan Courchesne de 2008, en ce qui a
trait au français, prévoyait une mesure similaire qui n’a jamais été appliquée?
Pourquoi avance-t-il cette idée alors que bien des directions d’école et des
commissions scolaires veillent déjà à s’assurer de la formation continue de
leur personnel, comme il le reconnait lui-même plus tard dans son texte? (p. 46)
Enfin, en ce qui a
trait à la valorisation de cette profession, le ministre croit inévitable le
fait d’aborder les notions d’évaluation des enseignants et de la création d’un
ordre professionnel pour ces derniers (p. 35), une idée qu’ils ont pourtant majoritairement
rejetée et qui serait à la fois contre-nature de leur imposer. D’ailleurs, à
plus d’une reprise, l’Office des professions du Québec n’a pas recommandé la
création d’un ordre professionnel pour les enseignants, jugeant qu’aucun danger
évident de préjudice envers le public n’a été démontré.
Ces exigences à l’égard
des enseignants, son souhait de moins parler en termes de «Conseil du trésor» (p. 35) et de «relatons
de travail» (p. 35),
sa volonté d’accorder plus de pouvoirs aux directions des écoles québécoises (p. 54) et d’augmenter le rôle du privé en éducation (p. 73), tout cela révèle que le ministre, bien que maintenant membre de la grande famille politique
libérale, a peu renié les idées qu’on défendait à la défunte ADQ et aujourd’hui
à la CAQ.
L’exercice auquel
s’est livré le ministre Proulx est ardu et louable, mais je me demande quel
était son véritable objectif. Cependant, loin d’être fataliste ou tenant du
statu quo, il me laisse avec trop d’interrogations et de malaises. Cet
ouvrage, enfin, néglige également d’aborder un élément important qu’on retrouve
pourtant dans le titre de celui-ci : l’écriture. Que propose le ministre
sur ce point? Comment peut-il accepter, entre autres, que l’examen d’écriture
de cinquième secondaire en français de son ministère permette à un élève de le réussir tout en faisant une faute tous
les 15 mots en ce qui a trait à l’orthographe d’usage et l’orthographe
grammaticale? Peut-être faudra-t-il
attendre un prochain livre de M. Proulx pour le savoir.
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