13 septembre 2008

Parizeau: des chiffres et au-delà des chiffres.

Travaillons à partir des mêmes documents (ici et ici) que M. Parizeau, si vous le voulez bien, en ce qui a trait à la diplomation des garçons québécois selon qu'ils aient étudié dans une commission scolaire francophone ou anglophone. J'exclus de cette démonstration les commissions scolaires autochtones pour des raisons que j'expliquerai plus tard.

La commission scolaire de Montréal, utilisée comme base comparative par Monsieur Parizeau, a l'un des pires taux de diplomation des garçons après sept ans au Québec, toutes régions du confondues avec un cinquième avant-dernier rang sur 69 commission scolaire (50,4% pour la cohorte de 1999 et 49,4% pour 2000).

La commission scolaire English Montreal, elle, vient au deuxième rang pour ce qui est de la diplomation des garçons après sept ans au Québec, toutes régions confondues (77,4% pour la cohorte de 1999 et 78,6 pour 2000).

On comprend que M. Parizeau n'a systématiquement retenu que les chiffres illustrant le plus sa thèse. Oui, il existe un écart entre diplomation francophone et anglophone, mais le tableau est moins sombre que ce que l'ancien premier ministre du Québec le laisse entendre. Amusons-nous un peu à penser ce qui aurait pu être les manchettes des journaux si on s'était basé sur ces chiffres, par exemple:
  • Commission scolaire des bluets: 73,8% pour la cohorte de 1999 et 70,4% pour 2000.
  • Commission scolaire des découvreurs: 79,8% pour la cohorte de 1999 et 80,1% pour 2000.
  • Commission scolaire Eastern Townships: 53,6 pour la cohorte de 1999 et 45,25 pour 2000.
  • Commission scolaire Eastern Shores: 51,0% pour la cohorte de 2000.
Et que penser de ce bond de la diplomation des garçons de la commission scolaire de la Moyenne-Côte-Nord qui est passé de 51,5% pour la cohorte de 1999 à 70,3% pour 2000? Vite, allons découvrir ce nouvel Eldorado pédagogique!

Lorsque M. Parizeau écrit «Le taux de diplomation après cinq ans des garçons anglophones est presque deux fois plus élevé que celui des garçons francophones. Après sept ans, comme nous l’avons vu, plus de la moitié des garçons francophones n’ont toujours pas de diplôme, contre à peine plus de 20 des élèves anglophones», il ne faut pas oublier qu'il ne travaille qu'avec les exemples montréalais qui sont parmi les plus extrêmes.

De même quand il écrit «Un écart aussi prodigieux serait-il, comme je l’ai souligné plus haut, un effet pervers de la loi 101 ? Non. J’ai compté 13 commissions scolaires où le taux de diplomation des garçons après cinq ans est inférieur à 40 %. Dans la région des Laurentides, des quatre commissions scolaires, trois affichent des taux inférieurs à 40 %», là encore M. Parizeau regarde les exemples qui le confortent le plus dans sa vision catastrophique.

De façon plus générale, il faut reconnaitre que les commissions scolaires francophones ont un taux de diplomation des garçons après sept ans inférieur à leurs consoeurs anglophones. Elles s'en tirent autour du 63% tandis que leurs homologues anglophones sont davantage autour des 70%.

Mais il faut aussi ne pas négliger l'impact des écoles privées dans ces pourcentages qui ne concernent, il faut le rappeler, que les écoles publiques. Jouons aux hypothèses.

Prenons la réalité montréalaise: il y existe des établissements privés d'enseignement dans les deux langues. Peut-on supposer que les francophones préfèrent y inscrire leurs jeunes à cause du fort taux d'immigrants qu'on retrouve dans le réseau public ou d'une perception négative quant à celui-ci? Un tel phénomène vide alors ces écoles publiques d'élèves plus performants, entraînant à la baisse le taux de diplomation. Du côté anglophone, retrouve-t-on le même phénomène? Il serait donc intéressant de savoir combien d'élèves pour chaque communauté ne fréquentent pas le réseau public.

En région, il existe généralement davantage d'écoles privées francophones qu'anglophones. Cela a-t-il un impact sur les élèves fréquentant le réseau public? Un parent anglophone n'a alors pas le choix d'y inscrire son enfant, ce qui diminue la fuite des élèves performants de cette communauté vers le privé. Cela n'est évidemment pas le cas pour les élèves francophones. Dans les Laurentides et la région de Lanaudière, plusieurs collèges privés francophones draînent ainsi des élèves performants.

Il s'agit d'hypothèses, je le rappelle, mais quant à moi, la sortie de M. Parizeau est basée sur des données savamment choisies et la réalité de la diplomation des garçons francophones, si elle est préoccupante, n'est pas aussi désastreuse que celui-ci voudrait le laisse entendre.

Non, le véritable scandale du taux de diplomation des garçons est celui-ci:
  • Commission scolaire crie: 23,2% pour la cohorte de 1999 et 17,4% pour 2000.
  • Commission scolaire Kativik: 18,2% pour la cohorte de 1999 et 14,7% pour 2000.
Mais à propos de cette situation, M. Parizeau n'a pas daigné écrire un seul mot.

Enseignants; une espèce menacée?

Dans le Journal de Mouréal, on apprend ce matin qu'un juge a acquitté Paul Gonthier, cet enseignant accusé de voies de faits en se basant sur la notion du doute raisonnable.

Fait à noter: le procès a duré seulement une demi-journée et le juge a rendu immédiatement sa décision. On peut donc se questionner sur la pertinence pour les policiers et les procureurs de l'endroit d'avoir porté de telles accusations dans une cause qui fut si évidente aux yeux de ce magistrat: «Je ne crois pas l'entièreté du témoignage de M. Gonthier. Mais je retiens qu'il n'était pas en colère au moment des faits et qu'il a agi comme un instituteur qui doit faire respecter le règlement. J'ai un doute raisonnable quant au fait que l'accusé ait utilisé une force plus grande que nécessaire (pour se faire obéir.» Le juge a aussi pris en compte que l'élève ne s'était pas plaint de douleur immédiatement après cet incident et était même retourné en classe pour son prochain cours.

Bien qu'acquitté, l'enseignant poursuivi n'est pas moins craintif pour autant: «Je marche toujours sur des oeufs. Je trouve ça pénible pour moi et pour les autres professeurs qui ne sauront pas quoi faire.»

D'autres affaires semblables sont pendantes devant les tribunaux et ne sont pas sans rappeler à quel point les enseignants doivent être plus-que-parfait. Ils doivent pouvoir exercer l'autorité parentale et voient parfois leur carrière compromise à la moindre erreur. Un jeune hockeyeur tabasse un adversaire et s'en tire avec cinq minutes. Un prof prend les nerfs et voit sa carrière hypothéquée à jamais.

Je partage entièrement l'avis de l'avocat de M. Gonthier, Me Dury, à l'effet qu'il faudrait se pencher la façon de mieux protéger les enseignants dans le cadre de leur profession et d'éviter la judiciarisation de certaines situations: «C'est bien de protéger l'enfant, mais où est la protection du professeur? On demande une protection minimale.» L'histoire l'élève supposément mis en cage est en un bon exemple.

De plus, il faut revoir, quant à moi, les paramètres juridiques à l'intérieur desquels un enseignant exerce sa profession. C'est avec consternation que j'ai ainsi appris qu'un jugement de la Cour suprême du Canada interdirait à un enseignant d'être en colère en classe: «Les professeurs ont des émotions, explique Me Dury. Alors, c'est quoi la ligne de démarcation entre la colère et être fâché? Qui n'a jamais été vraiment fâché contre un enfant? Appliquer à la rigueur le jugement de la Cour suprême est délicat. C'est demander à l'humain d'être contre nature.»

«Engagez-vous, qu'ils disent»...

Textes ici, ici et ici.

A quatre heures et quart, moi et mon kirpan, on t'attend au rack à bécyk...

Attendons d'avoir plus d'informations avant de ruer dans les brancards, mais un jeune sikh aurait utilisé son kirpan comme arme lors d'une dispute dans une école de ville LaSalle.

Voilà un événement qui ne rassurera pas ceux qui s'étaient opposés au port de cet objet religieux à l'école. On se rappellera que les défenseurs du kirpan avaient expliqué qu'il ne s'agissait en aucun cas d'une arme.

Enfin, à tout hasard, je vous signale qu'il est impossible de monter à bord d'un avion en Amérique du Nord avec un tel objet (les adeptes de cette religion doivent le laisser dans la soute à bagages), surtout si l'on considère qu'un pirate de l'air sikh a déjà utilisé cet objet religieux pour détourner un avion.

Remarquez qu'un simple cutter aurait fait l'affaire...

C'est un dossier à suivre, comme on dit. (textes ici, ici et ici)


petit ajout de Richard Martineau aujourd'hui: http://www.canoe.com/infos/chroniques/richardmartineau/archives/2008/09/20080914-095123.html

et ce texte dans La Presse: http://www.cyberpresse.ca/article/20080914/CPACTUALITES/809140519/1028

Les valeurs québécoises

Si Richard Martineau vit souvent «au-dessus de ses moyens intellectuels» (dixit Danny Laferrière) et verse parfois dans la démagogie, il n'en demeure pas moins que son texte de ce matin vaut un peu le détour.

Surtout si on met en parallèle cet aveu de la porte-parole de la deuxième opposition officielle, Louise Harel, qui réclame un moratoire sur le financement de nouvelles écoles privées et le maintien de la réforme scolaire: «Quand je vois dans les sondages qu'il y a à peine 5 pour cent des Québécois qui considèrent l'éducation comme une priorité, je suis très inquiète.»

Madame Harel, au lieu d'être inquiète, pourriez-vous être concernée? Croyez-vous sérieusement que les idées que vous mettez de l'avant résoudront ce désintérêt des Québécois quant à la valeur de l'éducation? J'en doute.

Dans un texte franchement désolant, Yves Chartrand y va du commentaire suivant: «Devant l'état pitoyable du système scolaire public francophone, il ne peut qu'être bénéfique que ceux et celles qui ont participé à sa construction dans le passé reprennent le flambeau et nous rappellent selon quels principes ils l'ont faite.»

Tout d'abord, M. Chartrand gobe sans rechigner l'analyse de M. Parizeau pour ensuite oublier que ceux qui ont participé à la construction du système scolaire public sont parfois ceux qui en ont été les principaux démolisseurs...

Et quand je vois un journaliste comme Jacques J. Samson remercier M. Parizeau de sa contribution au débat sur l'éducation, je me dis que nos bons vieux collèges classiques n'ont pas nécessairement former que des génies...

Le point de vue de Michèle Ouimet, de La Presse, me semble bien plus consistant. dans un texte intitulé Zéro crédibilité, elle n'hésite pas à écrire: «Mais où étiez-vous au cours des 15 dernières années? C'est vous, oui, vous, premier ministre du Québec, qui avez lancé les états généraux sur l'éducation en 1995 parce que, et je vous cite, «il faut trouver la lumière à travers ce drame national que représente un taux de décrochage de 36% au secondaire». 9...) Alors vous pouvez repasser avec votre «déchirage» de chemise sur l'écart «effrayant» entre le privé et le public. Pour moi, vous avez zéro crédibilité parce que vous n'avez rien fait lorsque vous étiez aux commandes.»

Et vlan dans les dents!

Pour bientôt: l'effondrement du système de santé québécois

Attention, amis lecteurs: Jacques Parizeau va bientôt récidiver. Ayant mis la main sur des chiffres du ministère de la Santé et des Services sociaux (disponibles sur Internet tout comme ceux du MELS - on ne nage pas dans le scoop, vous l'avouerez), Monsieur nous expliquera que le système de santé québécois connait un effondrement sans précédent du côté des francophones en se livrant à l'analyse suivante:

  1. Il prendra uniquement les chiffres concernant les hôpitaux et les citoyens montréalais;
  2. Il étendra ces chiffres à l'ensemble du Québec;
  3. Il découvrira que les anglophones vivent plus longtemps et sont en meilleure santé.
À partir de là, il n'en faudra pas plus pour que les journaux propagent à tort et à travers cette analyse sans en questionner la méthodologie et qu'on en fasse l'objet d'un débat totalement erroné.

À noter: d'ici deux semaines, monsieur Parizeau fera le même exercice avec les routes québécoises et en viendra à la conclusion que la SAAQ connait un effondrement sans précédent par rapport aux francophones. Ensuite, ce sera avec le ministère de l'Agriculture et les fromages ayant un nom français...

Sans méchanceté, vous rappelez-vous qui était ministre des Finances du parti Québécois dans les années 80? Ou encore, qui était premier ministre du Québec de 1994 à 1996 alors qu'on concoctait la réforme dans les officines du MELS? Je ne sais pas mais, moi, je me garderais une petite gêne au lieu de jouer au grand pourfendeur public.

11 septembre 2008

Parizeau voit-il flou?

Jacques Parizeau, ex-premier ministre du Québec, y va une fois de plus avec une de ses charges médiatiques dont il a le secret. Ainsi, selon lui, l'école publique francophone est au bord de l'effondrement: le Québec, écrit-il est «confronté à une situation scandaleuse, à un formidable gaspillage qui compromet l'avenir. Ce n'est plus de ressources ni d'argent qu'il s'agit aujourd'hui, c'est à l'effondrement d'un système auquel nous assistons.»

La charge de M. Parizeau est un peu facile et méthodologiquement discutable quant à moi: «La faillite de notre système scolaire, ce n'est pas moi qui vais l'expliquer, même si j'aurais une foule de pistes à avancer. Je refuse de jouer à l'apprenti sorcier.» Pourtant, ce dernier n'hésite pas à dénoncer «une succession de ministres des deux bords, dans un charabia brumeux, avec la complicité des facultés d'éducation» qui ont «imposé aux enseignants des contorsions intellectuelles étonnantes».

Pour étayer son affirmation, M. Parizeau se base au départ sur l'écart important entre le taux de diplomation entre les réseaux publics francophone et anglophone montréalais. Par la suite, il compare les résultats d'autres commissions scolaires francophones à travers le Québec avec ceux des élèves anglophones montréalais Pour ma part, il utilise pour les fins de sa comparaison des éléments discutables. En effet, il base celle-ci uniquement sur des chiffres concernant les élèves anglophones montréalais. Or, il serait vain de vouloir étendre la réalité de la Métropole à l'ensemble du Québec tant il s'agit de deux réalité différentes. Qu'en est-il des résultats des CS anglophones hors Montréal?

De plus, est-ce l'école qu'ils fréquentent ou le milieu socio-économique dont ils sont issus qui explique cet écart entre les élèves francophones et anglophones montréalais?

Pour la ministre Courchesne, cet écart, selon le Journal de Montréal, «reposait sur une plus grande homogénéité de la communauté anglophone dans ses écoles. Elle estime que la communauté anglophone participe beaucoup à la vie des écoles, qui constituent des lieux de rassemblement.» Le chef de l'ADQ, Mario Dumont opine d'ailleurs dans le même sens. Peut-être.

Peut-être aussi que l'éducation est une valeur plus prononcée chez les anglophones comme l'a déjà montré certains sondages canadiens.

Peut-être également que M. Parizeau sous-estime le fait que l'école francophone doit, loi 101 oblige, intégrer davantage de jeunes immigrants dont le niveau socio-économique et la préparation à la scolarisation sont insuffisants?

Par contre, Mario Dumont est complètement dans le champ quant il affirme que ce sont les compressions en éducation et l'inefficacité des commissions scolaires qui expliquent ce supposé gâchis. À ce que je sache, les écoles anglophones sont sises au Québec et ont connu les mêmes politiques gouvernementales que leurs consoeurs francophones. C'est peut-être davantage dans la façon de gérer leurs écoles au quotidien et de vivre leur pédagogie que les anglophones se démarquent. Par ailleurs, le terme «girouette» convient très bien à celui qui pense maintenant, selon le Journal de Montréal, que «Tout débat qui remettrait en question la réforme scolaire serait toutefois long et stérile.»

Enfin, la réaction péquiste est plutôt décevante. Louise Harel, critique de la deuxième opposition en matière d'éducation, blâme le gouvernement Charest dans le dossier du décrochage. Décrochage, mais quel décrochage? N'est-ce pas son parti politique qui a mis de l'avant des politiques comme la réforme scolaire qui devait tout régler?

Il faut s'interroger sur l'état actuel du réseau scolaire québécois, mais je ne crois pas que la façon dont M. Parizeau l'ait faite soit exacte et productive.

Quelques textes (ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici et ici).

06 septembre 2008

Les jeunes et la liberté d'aller à l'école

J'aurais pu intitulé ce billet «Only in America» parce qu'il aborde une nouvelle pratique éducative de nos voisins du Sud. Sauf que c'est l'opinion d'une universitaire québécoise qui est finalement très révélatrice dans cet article publié dans La Presse.

Dans le comté texan de Bexar, les adolescents de 15 à 17 ans qui manqueront l'école plus d'un mois et demi seront surveillés nuit et jour au moyen d'un bracelet GPS fixé à leur cheville. Une telle pratique existe déjà dans un comté voisin et aurait réduit le taux de décrochage de 95%. Une autre visée de cette initiative - qui coûtera environ 100 000$ et s'adressera à entre 50 et 75 jeunes - est d'éviter que ces derniers entrent dans les gangs de rue.

Au Québec, une telle approche est impensable, d'après la professeure de droit Violaine Lemay, spécialiste du droit de la jeunesse, de l'Université de Montréal: «Au Québec, un directeur d'école qui constate des absences répétées doit tout d'abord contacter les parents, puis ensuite seulement la DPJ, qui doit prouver que l'absence de fréquentation scolaire compromet la sécurité de l'enfant. La liberté des personnes est très protégée au Canada. Les jeunes ont aussi droit à l'égalité. Si l'employeur d'un adulte le soupçonne de ne pas travailler assez, il n'a pas le droit de le surveiller avec un bracelet GPS. C'est la même chose pour les jeunes et l'école.»

Permettez-moi ici quelques commentaires. Je n'ai jamais connu de cas d'élève absent référé à la DPJ. Entre la théorie et la pratique, je crois qu'il y a un écart incroyable.

Ainsi, j'ai eu un élève de cinquième qui manquait une à deux journée par semaine, avec l'accord de sa mère. Le gamin, extrêmement intelligent, aurait pu facilement poursuivre des études au cégep. Mais il travaillait et était le principal soutien financier de la famille. Signaler ses absences trop fréquentes à sa mère revenait à se faire engueuler vertement, même si on proposait le recours à différents services pour remédier à la situation financière difficile de cette famille dysfontionnelle.

Ensuite, ma CS a équipé tous ses véhicules de service de GPS afin de surveiller ses employés des ressources matérielles. Il en est de même avec certains cols bleus de la ville de Montréal. On fait indirectement ce qu'on ne peut pas faire directement.

En fait, au Canada, les jeunes ont beaucoup de liberté, dont celle de demeurer ignorants. Sans verser dans la nostalgie et tout en étant conscient que je généralise un peu, autrefois, les bracelets GPS étaient davantage constitués de certains parents qui ne toléraient pas des jeunes oisifs et désoeuvrés. Il y avait certaines valeurs et un réseau familial ou social qui poussait le jeune à aller à l'école alors qu'aujourd'hui, on les laisse stagner dans des sous-sol de maison à jouer au X-Box. Les parents sont débordés, dépassés. La société de consommation, avec ses valeurs de satisfaction immédiate de plaisirs faciles et standardisés, réduit d'autant les notions d'effort et de persévérance.

Ne pensez pas que je prône la contrainte et l'asservissement à l'école mais, en instaurant l'instruction obligatoire, je ne me demande si on ne doit pas accepter que certains jeunes décrochent.

Mme Lemay aborde un peu ce sujet: «L'école n'est pas nécessairement faite pour tout le monde. Avant, seulement les élites y avaient accès, maintenant tout le monde doit y aller. Les jeunes hyperactifs qui auparavant excellaient dans les champs se retrouvent enfermés dans une classe. Ça me fait penser à La fortune de Gaspard, de la comtesse de Ségur: un paysan décidait que ses deux fils le deviendraient aussi, ce qui rend très malheureux le fils qui aimait l'école; puis il se revire de bord, et décide qu'ils iront tous deux à l'école, ce qui rend malheureux le fils qui aimait les champs.»

On doit poursuivre l'atteinte de certains idéaux, par exemple celui de la réussite du plus grand nombre, mais j'en ai un peu marre de cette école que se définit toujours en fonction de jeunes qui ne seront pas intéressés par quoi que ce soit, de toute façon. Je ne sais pas. Sauf qu'actuellement, le programme de formation actuel avec son caractère uniforme, ne convient pas à tous les enfants. En voulant faire un seul modèle d'école s'adressant à tous les jeunes, je me demande si on ne fait pas une école pour personne. On est passé d'une tyrannie à une autre, quant à moi.

04 septembre 2008

Dans la chaleur infernale des écoles (ajout)

Température: 29 Celsius en classe avec 56% d'humidité. Voilà les conditions dans lesquelles mes petits apprennent depuis une semaine. S'ils suent, ce n'est pas de ma faute, bien que...

Il n'est venu à l'idée de personne de la direction d'apporter des mesures correctrices à cette situation. Certains collègues enseignent dans des locaux sans fenêtre et à l'aération hasardeuse. Le règlement interdit les bouteilles d'eau en classe, mais je ferme les yeux. Il y a des limites à l'application rigoureuse d'un code de vie.

Il y a quelques années, les enseignants d'une école de ma CS avaient même spontanément débrayé en réaction à une sitution encore plus chaleureuse.

En période d'examen, on agit autrement: ventilateurs et bouteilles d'eau à volonté. Il ne faut pas que les résultats ministérielles s'en ressentent. Là, c'est juste de l'enseignement...

En question quizzzzzz (comme le suggère Bulle):
Existe-t-il légalement des température minimum et maximum pour enseigner dans un local de classe?

03 septembre 2008

Les profs et l'utilisation de la force physique - la suite

Le Journal de Montréal revient sur ce sujet aujourd'hui avec deux textes.

Le premier, celui de Richard Martineau, cite l'exemple d'un jeune, expulsé 22 fois au cours des quatre derniers mois, et qu'un enseignant excédé a finalement pris par le cou.

Dans un deuxième texte, intitulé «Les enseignants bien formés», le secrétaire général de la Commission scolaire de Laval, Jean-Pierre Archambault, affirme que le personnel enseignant reçoit une formation adéquate quant à la façon de se comporter devant des événements violents.: «Même les surveillants du midi reçoivent cette formation. Mais vous savez, nous avons 44 000 élèves. Il y a des journées meilleures que d'autres.» Peut-être à Laval... mais, dans ma CS, j'ai un grand doute. Le titre de l'article est peu exagéré, quant à moi.

Enfin, je signale ce troisième texte dont je cite quelques passages en pensant à ce que j'écrivais dans un billet précédent. Denis Jeffrey, professeur à la faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, a analysé près de 300 jugements québécois et canadiens dans le cas d'accusations portées contre des enseignants: «Les juges sont de plus en plus sévères envers les enseignants, il semble en fait qu'on s'acharne sur eux. On leur demande d'avoir une moralité encore plus élevée que les politiciens, les curés, les avocats et les notaires. En plus, on s'attend à ce qu'ils soient irréprochables en tout temps, même dans leur vie privée, en vacances, partout : on ne tolère plus rien. (...) Un juge a même statué qu'un prof se trouvant dans un bar et repérant un élève qu'il sait avoir moins de 18 ans devrait le signaler au gérant pour qu'il soit expulsé. On demande à l'enseignant de faire davantage que le parent.»

M. Jeffrey note que les enseignants, tout comme les parents, n'apprennent pas comment intervenir physiquement. «On agit souvent sans pouvoir réfléchir, avec les moyens du bord, parce que l'intervention se fait rapidement. C'est d'autant plus difficile pour les enseignants qu'ils doivent composer avec des élèves plus difficiles, qu'on a intégrés dans les classes normales alors qu'ils étaient autrefois regroupés dans des classes spéciales.»

Et vous, vous en pensez quoi?

02 septembre 2008

Les profs et l'utilisation de la force physique

Deux textes intéressants dans le Journal de Mouréal aujourd'hui portant sur les conséquences de l'utilisation de la force physique de la part d'un enseignant (ici et ici). Si la une du journal est un peu sensationnaliste, il n'en demeure pas moins qu'il est vrai que les profs ont de plus en plus peur de s'interposer ou d'intervenir lors de certains événements de crainte d'éventuelles poursuites judiciaires.

Loin de moi l'idée de me prononcer à savoir si nos écoles sont plus violentes ou les jeunes plus impolis (pour ma part, je crois que oui), mais trois faits sont peu soulevés dans toute cette question.

Le premier est que les enseignants sont de plus en plus amenés à intervenir à l'école parce qu'on leur confie des tâches relevant davantage des surveillants. J'ai de la difficulté à comprendre qu'on paie quelqu'un mon salaire alors qu'un surveillant est moins coûteux et que je pourrais aider davantage mes élèves en leur offrant de la récupération. Mais la tendance patronale est de remplir nos tâches avec n'importe quoi pour s'assurer qu'on fait le nombre de minutes prévu dans la convention collective. On place donc dans des situations potentiellement dangereuses des gens qui n'ont peut-être pas envie d'y être et qui, on le verra, n'ont pas la formation pour exercer ce rôle de façon adéquate.

Le second est justement que les profs ont reçu peu ou pas de formation sur comment intervenir en situation de crise. Rien à l'université et souvent rien de la part de leur employeur. Je me rappelle bien une formation à mon école. J'en ai retenu de ne pas tenir un élève par le bras, car les risques que je le lui casse malgré moi sont assez élevés. Pourtant, on n'hésite pas à congédier des enseignants pour un tel motif alors que des policiers, officiellement mieux formés, encourent à peine une suspension pour des actions drôlement plus violentes et impardonnables. Cherchez l'erreur.

Enfin, la troisième et la plus délicate est que l'intégration d'élèves ayant des troubles de comportements confronte parfois les enseignants avec des situations auxquelles ils ne sont pas préparés. Je me souviens encore de ma première rencontre avec un élève atteint du syndrome de la Tourette: «Va chier! Mange d'la marde...» Mon sang n'a fait qu'un tour mais, je ne sais pas pourquoi, je suis demeuré plutôt calme.

Quoi qu'il en soit, il est vrai que les profs hésitent de plus en plus à intervenir à la fois de crainte de conséquences judiciaires, mais aussi de la réaction des parents, de représailles de la part des élèves ou du manque de soutien de leur direction. Tout comme dans cette chanson de Félix Leclerc, ils ont appris «à faire un grand détour ou à fermer les yeux.» Les conséquences de cette non-intervention est que le climat dans les écoles ne peut que s'envenimer.