Excellent ce texte de Mme Allard qui résume bien le parcours de certains collègues qui ne pourront jamais être des nôtres finalement: «Profs sans permis dans un cul-de-sac».
À propos des profs ayant obtenu des autorisations provisoires pour enseigner, la journaliste indique «tous les gens qui les ont reçues ont dû s'engager à faire une formation en pédagogie. Or, bien des cours et stages ne se font que de jour, ce qui est incompatible avec le métier de prof.»
Elle cite l'exemple de Karyne Gamelin qui devra donc abandonner son travail d'enseignante payant et reconnu pour aller effectuer des stages bénévoles. De façon absurde, cette femme est assez compétente pour enseigner aux yeux proches d'une direction d'école tout en ne l'étant aux yeux lointains du MELS et des universités. Pire encore, elle côtoie fort possiblement des collègues moins scolarisés qu'elle!
Quant à la formation qui lui manquerait, notamment des stages, je ne comprends pas qu'on ne puisse pas reconnaitre son expérience de travail comme étant une formation pertinente. Je traiterai un jour de la formation en enseignement, mais vous me permettrez de vous dire que la pratique sur le terrain avec de bons collègues vaut bien des cours dits universitaires.
Bien sûr, les universités se défendent d'être des empêcheuses de tourner en rond. «Il faut faire des sacrifices», affirme Spencer Boudreau, vice-doyen à la faculté d'éducation de McGill. Il faudrait peut-être intelligent aussi et voir un peu plus loin que sa propre chapelle.
Le commentaire de Marc Turgeon, doyen de la faculté des sciences de l'éducation de l'UQAM est, à cet égard, très éclairant: «On jette facilement la pierre aux universités. Comment se fait-il que l'employeur n'organise pas le contrat ou l'horaire de ces personnes pour faciliter la formation si on les apprécie?» Que propose-t-il? Qu'elles enseignent à leurs élèves le soir, la fin de semaine, l'été?
Devant une pénurie d'enseignants qui dure depuis plus dix ans et que même les universités ont sous-estimée, il est du devoir des institutions universitaires de favoriser la formation de nouveaux enseignants. Or, elles se traînent la mentablement les pieds, quant à moi.
L'UQAM et l'UdeM offriront en janvier une maitrise menant au brevet d'enseignement pour les futurs profs de français, de maths et de sciences et technologie. Treize ans après les départs massifs à la retraite du plan Bouchard. Treize ans pour une maitrise qui rate en partie sa cible en formant des profs en français (peu de postes vacants) et pas en anglais, par exemple. L'Université de Sherbrooke a fait un peu mieux en offrant une maitrise similaire entièrement par Internet.
Mais encore une fois, on remarquera l'incohérence de notre beau système d'éducation: comprenez-vous comment on peut permettre à un aspirant prof de maths d'obtenir son brevet d'enseignement en ligne et sans stage de l'Université de Sherbrooke alors que Mme Gamelin devra se farcir tout le tralala si elle veut enseigner un jour? Moi pas.




