18 août 2012

Politico-fiction: la CAQ prend le pouvoir et...

Chaque école devient...

Chaque école devient une entité autonome et régie par un CE qui détient les pouvoirs d'un conseil d'administration. Ce conseil est dorénavant formé majoritairement de parents. Ces derniers sont élus pour des mandats de deux ans. Malheureusement, comme d'habitude, après un engouement passager de vouloir affirmer leur nouveau pouvoir en matière scolaire, peu de parents participent à l'élection de leurs représentants lors de l'assemblée générale de début d'année. Lentement, on s'aperçoit que certains CA sont noyautés par des individus partageant une idéologie commune en matière d'éducation et il s'ensuit de fréquentes contestations de leadership.

L'embauche de directions d'école connait quelques ratés. On se rend à l'évidence: on manque d'individus compétents pour accomplir tous les nouveaux mandats dévolus aux 2 795 directeurs d'écoles publiques autonomes. Pour attirer les meilleurs candidats, on en vient à offrir des primes diverses comme dans le secteur privé et une formation en pédagogie n'est plus requise pour occuper ce poste. On s'aperçoit également que certains directions d'école, pour être réembauchées, sont devenues davantage d'habiles politiciens que des gestionnaires efficaces.

La gestion des écoles québécoises connait de nombreuses disparités et le MELS met sur pied une équipe d'inspecteurs pour s'assurer du respect de certaines normes minimales. Dans certains cas, le MELS doit même intervenir et mettre sous tutelle des écoles dont la gestion les pousse à connaitre déficit sur déficit ou qui ne respectent pas des normes minimales. Les élèves éprouvant des difficultés scolaires sont, par exemple, perçus comme étant un poids financier et certaines écoles s'arrangent pour ne pas les compter parmi leurs élèves.

Chaque région devient...

On assiste à des luttes importantes entre des écoles de diverses régions en décroissance pour attirer la faible clientèle scolaire qu'on y retrouve. Comme il n'existe plus de bassin d'élèves préétablis, certaines petites écoles estiment se faire «voler» des élèves par des écoles plus grandes ayant plus d'élèves, de ressources et d'équipement pour instaurer des programmes particuliers plus attrayants et vendeurs. C'est la loi de la concurrence qui s'applique, ne l'oublions pas.

À moyen terme, devant les luttes entre chaque école et pour des raisons d'équité, le MELS se résout à interdire les programmes particuliers aux allures régionales et instaure des bassins de clientèle fixes.

À l'extérieur des grands centres urbains, des petites écoles doivent immédiatement se regrouper pour avoir une direction commune. Les rivalités et les disparités locales sont autant de sources de conflits entre les parents. On observe des tensions entre les parents des différents CE.

Les centres de services régionaux qui, au départ, devait être des coopératives de services imposent de plus en plus leurs normes aux écoles utilisatrices. Le valet se transforme lentement en maitre. La mise en commun des ressources des écoles crée plusieurs conflits entre elles et on assiste ici aussi à des alliances politiques entre certains établissements au détriment d'autres.  Les couts de transition entre les commissions scolaires et ces centres soulèvent de nombreuses controverses et se traduisent à court terme, du moins on l'espère,  par une diminution des services offerts aux écoles.

De nombreux employés des commissions scolaires ont réussi à se replacer dans des écoles mais d'autres, plus astucieux, ont flairé la bonne affaire et ont fondé leur propre entreprise de services, notamment en ce qui a trait au service de la paie, du soutien informatique et de l'entretien des immeubles. À moyen terme, les couts reliés à ces services sont plus importants qu'à l'époque des commissions scolaires. D'autres employés, et pas nécessairement des cadres, sont au chômage.

Les enseignants et le personnel deviennent...

Au sein des conseils d'établissement, la place des membres du personnel et des enseignants est proportionnellement réduite comparée à maintenant. Ceux-ci sont maintenant perçus comme des employés.

Si chacun est régi par une convention nationale globale, chaque école a une convention locale et un syndicat distinct. Un ordre professionnel est instauré malgré la volonté des enseignants. La précarité dans ce secteur d'emploi devient plus grande. La sécurité d'emploi est dorénavant abolie et on fonctionne maintenant sous la forme de contrats de trois à cinq ans.

Le milieu scolaire devient moins attirant pour les jeunes candidats. Le début de l'augmentation de salaire - de 20% en moyenne et étalée sur six ans - a été reporté à la suite de la crise économique qui secoue maintenant le Québec. La pénurie d'enseignants se maintient donc, avec les conséquences que l'on sait.

********
Voilà un scénario parmi tant d'autres. J'aurais pu verser dans l'apocalyptique avec une version hard ponctuée de débrayages et de lois spéciales. Mais chose certaine, je ne crois absolument pas à la version Petite pouliche rose qu'on essaie de nous vendre.

Pourquoi? Beaucoup trop de changements prévus. Beaucoup trop d'acteurs concernés. Pas assez de concertation entre eux. Et pas assez de planification avant d'avoir lancé de telles idées.






17 août 2012

CAQ: votez tout de suite, recevez plus tard

On connait tous ces annonces où l'on peut acheter tout de suite et ne rien payer avant deux ans. En politique, on assiste parfois à la même chose: votez tout de suite et attendez la réalisation de nos promesses plus tard.

C'est le cas avec la CAQ actuellement en éducation. (Pour les autres partis politiques, j'essaierai de faire le même exercice.) Si l'on regarde le cadre financier de cette formation politique, on découvre plussieurs points intéressants comme l'a souligné un commentateur anonyme dans le billet précédent.

Réduction des dépenses

Dans la section «Réduction des dépenses» (page 4 - tableau 2), on parle des «gains en efficacité chez Hydro-Québec», de la «Fermeture du siège social de l'Université du Québec» et de l'«Abolition des agences de la santé et des servies sociaux du Québec» comme la CAQ s'y est engagée, mais pas un mot sur une éventuelle abolition des commissions scolaires. Je ne comprends pas.

Année prévue des réalisations

Dans la section «Coûts des engagements de la Coalition Avenir Québec» (page 5 - tableau 3), là aussi, quelques petites surprises.

Tout d'abord, nous sommes en 2012-2013 pour ce qui est des budgétaires scolaires. Or, la CAQ n'entrevoit pas dépenser un sou avant deux ans pour respecter ses engagements en matière d'éducation. Donc, rien cette année (on le comprend), mais rien non plus l'année prochaine. Or, n'est-ce pas ce parti qui a affirmé incarner le changement et dont le chef a déclaré: «On va garder le cap sur nos objectifs. Maintenant, sur les moyens, on peut s’ajuster. De toute façon, on dit qu’on veut entreprendre ces changements dans les 100 premiers jours, mais on va les faire graduellement.»

Dans le cas de l'engagement «Une heure de plus à l'école», on y va de 50M $ en 2014-2015 avant de respecter intégralement la promesse de 290 M$ en 2015-2016.

Dans le cas du «Soutien des élèves en difficulté», on parle de 50 M$ en 2014-2015, de 200M$ en 2015-2015 et de 250M$ par la suite.

Dans le cas de l'«Initiation à la culture», on y va de 10 M$ en 2014-2015, de 30, 40 et 50 M$ les années suivantes.

C'est dans le cas de la «Rémunération des enseignants» que l'écart est le plus grand entre la promesse et la réalité budgétaire. La CAQ a promis une augmentation moyenne de 20% du salaire des enseignants. Or, voici les chiffres de cette formation politique concernant celle-ci.

2013-2014 : 0            
2014-2015:  0             
2015-2016:  120 M$ 
2016-2017:  290 M$  
2017-2018:  410 M$ 


En 2018, il y aura donc une augmentation cumulative de 820 M$ par rapport à aujourd'hui. Si l'on regarde ces chiffres, on est en deça du milliard de dollars prévu annuellement selon cet article:

Selon les informations qui ont circulé dans les médias hier, les membres de la Coalition pour l'avenir du Québec, dirigée par François Legault, proposeront d'augmenter de 20 % à 30 % la rémunération des enseignants, une mesure qui serait financée en haussant les tarifs d'hydroélectricité. Or, cette augmentation pourrait représenter des dépenses supplémentaires allant jusqu'à 1 milliard $, puisque la masse salariale des enseignants est d'environ 5 milliards $, en tenant compte des avantages sociaux

Si on sait qu'il y a environ 100 000 enseignants au Québec (primaire, secondaire secteur jeunes adultes et formation professionnelle), on en arrive aux augmentations de salaire annuelles suivantes:

2013-2014 : augmentation annuelle moyenne:  0,00$
2014-2015:  augmentation annuelle moyenne:  0,00$
2015-2016:  augmentation annuelle moyenne:  1 200,00$
2016-2017:  augmentation annuelle  moyenne: 2 900,00$
2017-2018:  augmentation annuelle moyenne:  4 100,00$

Si on se base sur le salaire moyen d'un enseignant québécois en 2007-2008 (soit 58 430$), une augmentation de 20% aurait dû se traduire par 11 686$ de plus. Ici, la CAQ propose d'augmenter le salaire moyen des enseignants de 14% (soit 8 200,00$) à la cinquième année de sa prise du pouvoir. Cet écart devrait être plus grand si j'avais eu sous la main des chiffres plus récents.

Bon, il se peut que je me trompe quelque peu dans mes chiffre concernant l'augmentation du salaire des enseignants. Mais on notera les points suivants;
- aucune augmentation de salaire n'est prévue pour les deux premières années alors qu'on peut parier que la CAQ, si elle forme le gouvernement, demandera des efforts aux eneignants;
- cette augmentation se fera graduellement sur une période de cinq ans;
- l'augmentation de salaire la plus substantielle, soit au moins la moitié, n'aura lieu qu'en fin de mandat de la CAQ.

Or, cinq ans, en politique et en économie, c'est une éternité.


16 août 2012

Le programme de la CAQ - deuxième partie

Dans ce deuxième billet portant sur la plateforme électorale de la Coalition Avenir Québec (voir les précédents ici, ici, ici et ici), on touche le coeur de celui-ci en éducation. Honnêtement, je ne comprends pas que les adversaires de la CAQ ne décortiquent pas davantage le programme de cette formation politique. Le niveau d'analyse des engagements de cette formation politique est faible et lui permet de marquer bien des points dans l'électorat par des promesses populistes et parfois irréalistes.

Ce billet est long. Il en vaut la peine.

Engagement 21: offensive majeure contre le décrochage scolaire
LA CAQ entend mettre tout en oeuvre tout un programme pour contrer le décrochage scolaire. C'est la base même de son programme en éducation et le principe qui guide toutes ses actions, comme on le verra. Elle a pour objectif d'augmenter de 8% d'ici 2020 le taux de diplomation, pour le faire passer de 73,8% à 80%.

Trois  commentaires. Un: les pourcentages calculés par le MELS, ce ne sont que des chiffres qui peuvent être «trafiqués» par un gouvernement ou un autre selon comment on calcule celui-ci. Une telle promesse vaut ce qu'elle vaut. Deux: selon la hausse du taux de diplomation  qu'on observe depuis quelques années, on peut se demander si le taux fixé par la  CAQ ne sera pas atteint de toute façon, quoi que l'on promette. Trois: il y a un an, M. Legault était bien plus ambitieux. Il proposait un taux de diplomation de  85%. Cette façon de lancer des chiffres sans trop qu'on sache sur quoi l'on se base est exaspérante et irresponsable, quant à moi.

À travers une réorganisation (dont l'abolition des commissions scolaires), la CAQ entend consacrer des ressources supplémentaires pour permettre de dépister les problèmes d’apprentissage afin d’assurer un soutien rapide aux enfants en difficultés, notamment dans les milieux socioéconomiques défavorisés où le taux de décrochage est plus élevé. Elle veut également ajouter des professionnels en orthophonie, en psychoéducation, en orthopédagogie et en psychologie dans les écoles. 

Aussi, on le verra, rien ne prouve que la réorganisation proposée par la CAQ dégagera des sommes significatives. De plus, il faut bien mal connaître le monde de l’éducation pour y aller d’une telle promesse. Actuellement, le milieu scolaire est aux prises avec une pénurie de professionnels. Qui plus est,  plusieurs d’entre eux ne veulent plus oeuvrer en éducation, car les conditions salariales et de travail qu’on y retrouve sont nettement insuffisantes par rapport à la pratique privée. On a beau promettre, il n'y aura rien à offrir ici.

Engagement 22: plus d'autonomie aux écoles (i.e abolir les commissions scolaires)
C'est ici que la CAQ entend abolir les 69 commissions scolaires actuelles (60 francos, 9 anglos) pour verser  les sommes versées à celles-ci directement aux écoles. Or, il se peut que je ne comprenne rien aux finances, mais la CAQ semble commettre une erreur  dans son programme  en confondant  frais de gestion et frais de fonctionnement (voir page 36). Est-ce vrai que «L’abolition des commissions scolaires permettra d’économiser environ la moitié de leur budget actuel de fonctionnement» comme on l'écrit à la page 37?  Si un intervenant peut m'éclairer ici, tant mieux!

LA CAQ entend créer 39 centres de services régionaux (30 francos, 9 anglos) pour permettre à diverses écoles de s'offrir des services en commun (transport scolaire, entretien des écoles, etc.). Pour la CAQ, cette structure serait souple. C'est à voir avec le temps...

Dans les faits, aucune analyse n’a été effectuée démontrant que les élèves recevront davantage de services directs et ressortiront gagnants de cette réorganisation structurelle. Ce n’est pas parce qu’on martèle sans cesse cette idée dans l’opinion publique qu’elle est nécessairement vraie. De plus, il n’existe aucune analyse des coûts des départs et des mises à la retraite d’employés, dont certains devront fort possiblement être réembauchés dans les nouvelles structures proposées. 

Ce que l’on sait, par contre, c’est qu’une partie importante des services actuellement offerts par les CS devront encore être assurés par les écoles ou les centres de services régionaux. Qu’on pense au transport scolaire, à l’entretien des immeubles, au service de la paie, etc.  Les écoles et les centres de services régionaux devront également embaucher des employés pour vaquer aux nouveaux mandats qui leur seront confiés. Ce que l’on sait enfin, c’est que les coûts pour effectuer certains services seront plus élevés si l’on doit faire affaire à des entreprises privées qu’à des employés scolaires. 

Le programme de mises à la retraite anticipée des enseignants et des infirmières en 1997 ainsi que les fusions municipales sont autant de gâchis dont on doit se rappeler avant de croire au bien-fondé des grandes restructurations organisationnelles proposées par la CAQ. Ici, ce parti, qui prétend vouloir former un gouvernement responsable, n’a pas fait la preuve de l’efficacité du changement qu’il propose. L’abolition des commissions scolaires est davantage un credo populiste qui gaspillera temps et énergie. Il existe des moyens de les rendre plus efficaces, mais la CAQ a choisi la voie facile et dangereuse de procéder à leur abolition, ce qui fera que le monde de l’éducation connaitra une autre de ses réformes inefficaces et coûteuses. 

Au bas mot, ce seront des dizaines de milliers d’employés que la Coalition bardassera de la sorte pour des fins politiques. Des secrétaires, des menuisiers, des experts en ressources humaines. Sans aucune preuve que cette proposition génèrera des économies qui seront directement affectées aux services à l’élève,  il est humainement irresponsable, selon moi, de se lancer dans une telle aventure.

Également, la CAQ peut-elle préciser à quoi serviront les directions régionales du ministère de l’Éducation une fois cette restructuration effectuée si les centres régionaux de services peuvent , comme on peut le lire dans son programme électoral, «prendre en charge» (sic) une partie des pouvoirs qui leur sont actuellement dévolus?

Engagement 22: plus d'autonomie aux écoles (i.e des écoles autonomes)
Un autre fer de lance du programme de la CAQ est de conférer une plus grande autonomie aux écoles. Ainsi, les conseils d’établissement de chaque établissement auront des pouvoirs accrus et les parents verront leur représentativité sur ceux-ci augmenter alors que celui des membres du personnel sera tout au moins proportionnellement réduite, si ce n'est pas abolie. Soulignons aussi le paradoxe de voir une formation politique donner plus de pouvoirs aux parents dans le fonctionnement d'une école alors que son propre chef estime qu'ils transmettent de mauvaises valeurs à leurs enfants.

Que vaut cette autonomie sur papier quand on ne sait pas de quels moyens financiers supplémentaires disposeront les écoles? Toutes les directions d'école du Québec sont-elles aptes à relever un tel mandat?
 
Par ailleurs, une fois les commissions scolaires abolies, qui prendra les décisions concernant des litiges entre chaque école? Par exemple, qui déterminera quelle école offrira un programme sport-études et pas une autre? Autrefois, ces décisions revenaient  à des commissaires (trop faiblement élus). Mais maintenant, seront-elles prises par des fonctionnaires ministériels non redevables devant la population? N’assiste-t-on pas ici à une perte du pouvoir démocratique des contribuables? 

Enfin, autres questions sans réponse : qui embauchera et congédiera les directions de ces écoles autonomes? Qui embauchera et congédiera les enseignants? Quelle convention collective régira les rapports entre les écoles et leurs employés?  Quelle convention collective régira les rapports entre les centres de services régionaux et leurs employés?  Il ne faut pas croire qu’il s’agit de détails insignifiants quand on sait qu’il y a plus de 90 000 enseignants au Québec. Le silence de la CAQ à ce propos est d’autant plus lourd que ces questions lui a déjà été posées il y a plus d’un an  

Engagement 23: revaloriser la profession d'enseignant
Pour la CAQ, la réussite des élèves passe par des enseignants compétents et motivés. Pour atteindre cet objectif, elle propose divers moyens, dont deux sur lesquels j'aimerais m'attarder.

Tout d'abord, elle entend augmenter le salaire des enseignants afin d'attirer de meilleurs candidats. J'appelle cela un raisonnement de comptable. Quelqu'un de cette formation politique sait-il qu’en enseignement, les bons candidats sont davantage concernés par des valeurs humaines et sociales que monétaires? Le chef de la CAQ croit-il réellement que cette profession sera attirante pour de jeunes universitaires alors qu’il a en tête de retirer la sécurité d’emploi des enseignants et de les embaucher pour des contrats de trois à cinq ans? Enfin, les jeunes candidats seront-ils attirés par une augmentation de salaire  qui dépendra vraisemblablement d’une augmentation de leur tâche de travail?

Il faut savoir aussi que cette augmentation de salaire a connu diverses versions. M. Legault a tout d'abord parlé de 20 à 30% pour tous les enseignants. Maintenant, on en est rendu à une moyenne de 20% avec peut-être des tâches supplémentaires à accomplir.

Bien des candidats universitaires méritants ne veulent pas oeuvrer dans le domaine de l'éducation parce que le climat actuel des écoles est trop difficile et que certains élèves et parents manquent de respect à l'égard des éducateurs. En quoi un salaire plus élevé changera-t-il cet état de fait? 

La CAQ entend aussi encadrer le travail des enseignants par un ordre professionnel et évaluer  leur performance, en tenant compte entre autres de la réussite des élèves. Dans les faits, avec de telles mesures, les enseignants seraient les seuls employés du réseau de l'éducation aussi évalués. Ils seraient aussi parmi les professionnels les plus évalués au Québec. Ils seraient même plus évalués que certains anciens ministres de l'Éducation....  

Est-ce une mauvaise chose? Tout est dans la manière et dans les buts poursuivis. Personnellement, je trouve que les moyens mis en oeuvre sont hors proportion si, comme l'affirme M. Legault, il n'y a que 5% d'enseignants incompétents au Québec. Ou cette manoeuvre cache autre chose ou, à la CAQ, on est tout simplement trop zélé.

Une conclusion
Pour conclure, le programme électoral  de la CAQ traduit une méconnaissance certaine de l’enseignement et du réseau de l’éducation ainsi que de l’enseignement. Après avoir soutenu une réforme pédagogique désastreuse, M. Legault propose maintenant une réforme organisationnelle improvisée pour dégager des sommes dont il ne précise pas la hauteur afin d'embaucher des spécialistes dont on sait qu'ils sont en pénurie. Si les programmes de Parti libéral et du Parti québécois ne sont pas assez contraignants en ce qui a trait à la gestion des commissions scolaires, par exemple. il faut croire que, pour la Coalition Avenir Québec, la solution afin de régler un problème est de le faire disparaître et d’en créer de nouveaux. 

Je ne dis pas que certaines idées mises de l'avant par le parti de M. Legault soient foncièrement mauvaises, sauf qu'elles ne sont pas appuyées sur des analyses sérieuses. En ce qui concerne l'abolition des commissions scolaires, par exemple, je n'ai jamais rien recensé à ce sujet sauf des déclarations politiques. Encore une fois, et je radote, on ne peut pas entreprendre des changements majeurs de la sorte en éducation sur le fruit d'une intuition, de quelques réunions entre partisans d'une même idée ou d'un élan populiste. C'est téméraire, imprudent, irresponsable quand on pense aux élèves pour qui on entend oeuvrer.

Enfin, je note que le programme de la CAQ ne renferme pas une promesse faite par M. Legault il y a quelques mois visant à geler les subventions aux écoles privées pour consacrer ces sommes à l'amélioration du réseau public. De même, la CAQ n'entend pas étudier le nombre de fonctionnaires qu'on retrouve au ministère de l'Éducation et ses différentes directions régionales. Une lacune sérieuse, quant à moi, quand on prétend questionner les sommes dépensés en éducation et remettre en question la structure administrative dans ce domaine.

Quelques autres billets sur la CAQ:

14 août 2012

Éclairez-moi quelqu'un!

M. Legault affirme qu'il y a 4 000 emplois dans les commissions scolaires et qu'il compte en couper la moitié.

Or, je regarde ce tableau de la commission scolaire de Montréal et voici les chiffres qu'on y retrouve. Qui est coupé et qui garde son emploi là-dedans? À part les enseignants, bien sûr.

Année 2010-2011
Catégories d'emplois
Total
Réguliers
Total
Non réguliers
Grand total
Personnel hors cadre
4
0
4
Personnel cadre supérieur et directeur de service
33
2
35
Personnel cadre
38
1
39
Personnel de direction de centre et adjoint
82
1
83
Personnel de direction d'école et adjoint
310
1
311
Personnel de gérance
54
1
55
Personnel professionnel
745
205
950

Personnel enseignant



Jeunes
5143
0
5143 
Formation professionnelle
247
0
247
Formation générale des adultes
199
0
199
Sous contrat
2140
0
2140
Suppléance
0
2008
2008 
À la leçon
0
207
207 
À taux horaire
0
2988
2988 

Total du personnel enseignant
7729
5203
12932 

Personnel de soutien administratif
727
384
1111 
Personnel de soutien technique
1008
485
1493 
Personnel de service de garde
1038
1169
2207 
Personnel de surveillant de dîner et études dirigées
0
1553
1553 
Personnel ouvrier et aide-concierge
423
430
853 
Personnel concierge
201
267
468 
Personnel de cafétéria
134
290
424 
Honoraires, contrats et autres emplois
0
798
798 
Grand total des emplois
12526
10790
23316 
Total des employés réels *
         12021
       4919
16940











































































































CAQ: les perles de la journée

Je n'ai pu m'empêcher de rire en les lisant:

François Legault m'a convaincu: je vote pour un parti qui aura un chef asiatique à sa tête.

François Legault est ce politicien qui dénigre les parents québécois un jour et leur donne des écoles autonomes à gérer le lendemain.



12 août 2012

Le programme de la CAQ en éducation - première partie

Dans un précédent billet, j'abordais la plateforme électorale du Parti québécois en matière d'éducation primaire et secondaire. On y retrouvait huit engagements précis que j'estimais plutôt faibles et sans saveur.

Aujourd'hui, je consacre un premier billet aux engagements électoraux de la Coalition Avenir Québec (CAQ) concernant le même sujet. Je m'attarderai tout d'abord sur les mesures qui seront assurément peu couvertes par les médias traditionnels. Notons que deux engagements précis ont déjà été analysés, soit l'engagement 91 portant sur le soutien aux arts et à la culture pour les jeunes et l'engagement 20 concernant les cinq heures de plus par semaine à l'école secondaire.

*********
Engagement 82: fin de la pratique des écoles passerelles

LA CAQ entend mettre un terme aux écoles passerelles. Celles-ci, on le sait, sont des écoles de langue anglaise privée qui permettent aux élèves qui les fréquentent, ainsi qu'à leurs frères, soeurs et descendants, d'y acquérir après un certain parcours un droit constitutionnel à l'enseignement en anglais.

Pour y parvenir, la CAQ entend demander un amendement à l'article 23(2) la Charte canadienne des droits et libertés. On comprend mal que cette formation politique choisisse cette solution alors qu'elle affirme vouloir se tenir loin des chicanes constitutionnelles. On peut aisément présumer que cette demande se heurtera à un refus. Par contre, il est de bon aloi de demander un tel changement avant d'utiliser la clause dérogatoire pour défendre la langue française.

Engagement 30: meilleure intégration des élèves ayant des besoins particuliers

L'engagement de la CAQ semble mener à un resserrement des critères d'intégration des élèves en difficulté dans les classes régulières (on devrait plutôt parler de classes ordinaires) et à une augmentation des classes spéciales. Cette mesure s'inscrit à contrecourant de la tendance observée avec la réforme scolaire qu'a pourtant préconisée M. Legault. Elle risque de diviser les parents, selon le type d'enfant qu'ils ont sous leur gouverne.

Par ailleurs, la CAQ assure qu'elle augmentera l'accès aux élèves et aux enseignants à des services spécialisés dont ils ont besoin  (orthophonie, orthopédagogie, psychoéducation et psychologie). Cet engagement est vague et dépendra des ressources financières mises à la disposition des écoles. Mais surtout, il est étonnant que les membres de cette formation politique semblent ignorer la pénurie qui existe actuellement en ce qui a trait aux professionnels en éducation. Plusieurs d’entre eux ne veulent plus oeuvrer dans des établissements scolaires publics, car les conditions salariales et de travail qu’on y retrouve sont nettement insuffisantes par rapport à la pratique privée.

Engagement 29: cours sur l'économie, les finances personnelles et l'entrepreneurship

La CAQ propose la création d’un cours obligatoire n quatrième secondaire portant sur l’économie, les finances personnelles et l’entrepreneurship afin de remédier aux connaissances insuffisantes des jeunes Québécois en la matière. Cette idée devrait recevoir un bon accueil en général, mais soulève  l'interrogation à savoir comment sera réaménagée la grille-matières de la quatrième année du secondaire. 

Engagement 28: abolition du cours d'éthique et culture religieuse au primaire 

La CAQ entend donc abolir ce cours au primaire. Les raisons invoquées peuvent cependant laisser  certains observateurs perplexes.  Ainsi, à l'appui de cette mesure, on invoque les doutes des parents sur la pertinence de ce cours et la façon dont il est enseigné au primaire ainsi que la volonté de consentir davantage de temps aux matières de base.  On se rappellera que M. Legault  a été ministre de l'éducation lors de l'implantation de ce programme. Cet engagement ressemble à une concession faite  aux membres de la défunte ADQ.

Engagement 27: meilleur enseignement des langues

Afin d'assurer un meilleur enseignement du français, la CAQ affirme qu'elle ajoutera des ressources additionnelles à cet effet sans préciser lesquelles et combien il en coûtera. Par ailleurs, elle entend instaurer des examens nationaux à tous les cycles du primaire et du secondaire. 

On me permettra d'être critique quant à cet engagement. Ce n'est pas tant le nombre d'examens que l'on administre que les exigences de ceux-ci qui importent. A-t-on également évalué le coût de ces examens, mais aussi leur impact sur la pédagogie alors que, dans les faits, certains enseignants auront l'impression d'enseigner pour évaluer?

En ce qui a trait à l'anglais, la CAQ ne remet pas en question l'enseignement de cette langue durant une demi-année au primaire.  Elle laissera aux écoles et aux enseignants de choisir les modalités et les méthodes reliées à cet apprentissage, allant même jusqu'à indiquer que cet enseignement peut débuter dès la cinquième année.  Un bémol cependant: cette autonomie causera un manque d'uniformité d'une école à l'autre, ce qui pourrait devenir problématique pour les élèves vivant un déménagement.

Dans un prochain billet, je me pencherai sur des sujets comme la valorisation de la profession d'enseignant, l'autonomie des écoles, l'abolition des commissions scolaires et l'amélioration du taux de diplômation.

10 août 2012

Il n'y a que les fous qui... (ajout)

Tiens, une autre ex-décideuse scolaire à la CAQ. Jetons un coup d'oeil à son parcours public remarquable.

Mme Denise Trudel a siégé à la commission scolaire des Premières-Seigneuries de 2002 à 2006 tout en se demandant à quoi servait une CS. Mais son poste était-il inutile alors?

«Inutile non, répond-elle. Parce que l'organisation et la structure étaient en place. Je ne considère pas que c'était inutile le temps où on était là. Mais je pense qu'aujourd'hui, on passe à autre chose.»

Mme Trudel admet elle-même qu'elle représentait un secteur qu'elle ne connaissait pas. Alors, que faisait-elle dans cette galère? Allons-y avec le reste du parcours de la dame pour trouver peut-être une réponse à cette question.

Celle-ci s'est fait élire à Québec sous le parti du maire Labeaume qu'elle a quitté pour devenir conseillère indépendante à l'hôtel de ville de Québec. Maintenant, elle se présente sous les couleurs de la CAQ.

C'est ce qu'on appelle un beau parcours politique, non? Et je rappelle qu'il a débuté alors qu'elle représentait un secteur qu'elle ne connaissait pas bien au sein d'un organisme dont elle se demandait l'utilité.

******
En passant, bordel, qu'est-ce que certains journalistes attendent pour poser des questions intelligentes au lieu de faire du copier-coller de déclarations politiques? Par exemple, à cette dame, j'aurais posé ces  questions.
1- Ok, qu'avez-vous fait d'utile pendant que vous étiez commissaire puisque vous dites ne pas avoir été inutile?
2- En quoi les CS sont-elles inutiles depuis votre départ? Qu'est-ce qu'elles faisaient à l'époque qu'elles ne font plus aujourd'hui?

09 août 2012

Pour la CAQ, l'école est une garderie

Nouvelle promesse de la Coalition Avenir Québec ce matin (ici, ici et ici): s'assurer que les heures d'ouverture des écoles secondaires correspondent aux heures de travail des parents des élèves, bref de «9 à 5».

Cette mesure serait instaurée sur une période de cinq ans et permettrait d'améliorer les services d'aide aux devoirs et d'offrir davantage d'activités sportives et culturelles. Elle ne serait pas appliquée dans toutes les régions puisqu'il faudra tenir compte des réalités de chaque milieu et des horaires du transport scolaire. Mais surtout,  le chef de la CAQ veut en finir avec ces adolescents qui entrent à la maison en fin d'après-midi et qui perdent leur temps «à jouer au Nintendo, au X-Box et des fois vedger comme ils disent.»

Une méconnaissance du milieu scolaire

L'idée est louable, mais traduit une profonde méconnaissance du milieu scolaire.

Tout d'abord, pour des raisons de logistiques de transport scolaire, il est impossible de faire commencer vers neuf heures les heures de cours de toutes les écoles secondaire d'une même région comme l'affirme la CAQ. Actuellement, pour une même commission scolaire, ces heures varient de 7h30 à 9h30.

Ensuite, dans plusieurs banlieues, les parents qui travaillent ne rentrent pas avant 18h00-18h30. Suivant la logique de la CAQ, que feront nos charmants petits bambins ainsi laissés seuls? Se pratiqueront-ils à fumer de la drogue et à boire pour se préparer au cégep, deux des activités fréquentes que l'on retrouve dans ces établissements d'enseignement, selon M. Legault?

De même, dans les banlieues et les régions, il faudra ajouter un service d'autobus scolaire supplémentaire qui coûtera une petite fortune - 290 millions $ sur cinq ans prévoit la CAQ , à moins que cette formation politique n'ait l'intention de garder tous les jeunes à l'école jusqu'à 17h00. Si c'est le cas, il faudra prévoir de sérieux casse-tête logistiques quant au transport parce que, encore une fois, il est impossible de raccompagner à la maison tous les élèves du secondaire d'une même commission scolaire en même temps.

Enfin, si on n'applique pas cette politique de façon uniforme comme le prévoit la CAQ, certaines écoles (et donc certains élèves) seront désavantagées. Ainsi, les établissements scolaires, où les classes commencent plus tard et terminent à 16h30, seront discriminées par ce programme. Auraient-ils droit au même service, mais le matin alors que des parents laissent leurs enfants perdre honteusement leur temps seuls à la maison jusqu'à 8h30 parfois?

Augmentation de salaire des enseignants

On le sait, la CAQ a proposé d'augmenter le salaire des enseignants de 20% afin de valoriser cette profession et d'y attirer de meilleurs candidats. Ce que l'on sait moins, c'est que cette proposition a été modifiée lors du premier congrès nationale de cette formation politique. Maintenant, cette augmentation sera en moyenne de 20%. Et si on lit entre les lignes, on comprend que cette augmentation sera conditionnelle, selon moi, à différents facteurs. La lecture de ce paragraphe me semble d'ailleurs assez révélatrice:

«Les enseignants seront appelés à contribuer sur une base volontaire pour l’aide aux devoirs. Et ils seront payés en conséquence, a-t-il promis. «Ceux qui vont accepter d’en faire plus auront une plus grande augmentation de salaire», a déclaré François Legault, qui s’est déjà engagé à hausser le salaire des profs de 20% s’ils acceptent de se prêter à une évaluation de leur travail en classe et d’être imputable du taux de réussite de leurs élèves.»

On ne parle donc plus d'une augmentation de salaire pour valoriser la profession, mais d'une augmentation de salaire conditionnelle à une augmentation de la charge de travail. Ce n'est pas du tout la même chose.

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Quoi qu'il en soit, si M. Legault veut instaurer ce programme dans les écoles secondaires québécoises, c'est que les écoles primaires ont déjà leur service de garde. Il tente ici de créer un pendant de ce service au secondaire. Mais , est-ce à l'école de s'occuper des jeunes du secondaire qui perdent leur temps l'après-midi?  Pour des raisons populistes, l'école québécoise devient littéralement de plus en plus une gigantesque garderie.

Personnellement, j'aimerais bien entendre le chef de la CAQ expliquer davantage son projet d'abolir les commissions scolaires. Il en parle bien peu alors qu'il s'agit pourtant d'un bouleversement majeur pour le monde de l'éducation.

08 août 2012

Il n'y a que les fous qui...

Voir un ancien directeur-général de commission scolaire briguer les suffrages sous la bannière de la Coalition Avenir Québec, voilà qui est plutôt particulier. Pourtant, c'est ce que fait Michel Hamel, ex-dg de la commission scolaire des Premières-Seigneuries de 2000 à 2010, dans le comté de Louis-Hébert.

Il faut lire cet homme qui parle de lui à la troisième personne: «Est-ce que pendant 10 ans Michel Hamel a fait un travail inutile? Bien non, je ne crois pas. Est-ce que dans les prochaines années, ça doit continuer comme ce l'est présentement? Absolument pas. On est rendus là comme société.»

M. Hamel s'est converti à la  CAQ en automne dernier lors de comités de réflexion sur l'éducation. Mais pendant 10 ans, il aura collaboré à une structure qu'il juge aujourd'hui trop lourde.

Ah bon.




07 août 2012

Nager pour survivre: juste pour en rajouter... (ajout)

Saviez-vous qu'il y a moins de noyades cet été que l'année dernière? Avouez que ça vous étonne. Aucun journal n'en fait sa «une» non plus. Étrange...

Je vous rappelle que le MELS va dépenser des millions $ par année pour enseigner à des enfants de troisième année du primaire à faire des culbutes dans l'eau avec une veste de flottaison.


«À ce jour, pour l'année 2012, 49 personnes ont péri noyées contre 53 à pareille date l'année dernière. [...]  Les cinq dernières noyades recensées depuis le 14 juillet sont celles d'hommes de 27 à 60 ans, dans des cours d'eau et non dans des piscines. Étonnamment, les trois dernières victimes sont des plongeurs.»

Explication de la Société de sauvetage: «C'est peut-être l'effet des nombreux reportages sur les noyades dans les médias qui ont incité les gens à faire plus attention. C'est peut-être aussi le signe que les messages de prévention commencent à passer; on espère qu'ils ont quelque chose avoir avec ça.» Peut-être... Peut-être... on espère...

Je vous rappelle qu'aucune étude n'a encore prouvé que cette formation a un impact positif sur le nombre de noyades.

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Merde, même André Pratte est d'accord avec moi.